23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 02:00

Mise à jour : 17 fevrier 2016 (Seconde édition). 22 avril 2014 (1ère).

Catégorie : Buenos Aires.

Quartier de Montserrat à Buenos Aires :

 

Le quartier de Montserrat (que l’on peut écrire aussi Monserrat) est le quartier avec celui de San Nicolas qui est le plus ancien de Buenos Aires. Etendu sur 2,2 km2 il englobe une partie de ce qu’on appelle communément le Micro Centro, et de nombreuses zones touristiques comme la Plaza de Mayo, l’Avenida de Mayo, la Plaza Congreso, la Manzana de las luces, le début du paseo de las historietas.

Les guides étrangers ont à tord au fil des années englobé le sud du quartier de Montserrat dans celui de San Telmo. Donc rendons à César ce qui lui appartient et sachez que les calles de Mexico, Venezuela, Belgrano et Moreno sont bien à Montserrat et non à San Telmo. Il est même certain qu’une forme de snobisme a poussé les hôtels construits ces dernières années dans ce secteur à s’affubler d’un « San Telmo » à leur enseigne alors qu’on se trouve en plein Montserrat. Nous sommes en plein centre et ce quartier est à découvrir absolument lors de votre passage à Buenos Aires

Lire ensuite un second article pour completer votre circuit  : A visiter dans le quartier de Montserrat.

Photo : Sur l'Avenida de Mayo, le Cabildo de profil avec la calle Bolivar au fond, sur laquelle depuis 1931 se dresse le City Hotel

 

Photo : La fresque sur l'immeuble Avenida de Mayo 984. L'immeuble est de 1903, il a hebergé tout d'abord le Gran Hotel Eslava puis change de nom dans les années 1910 pour devenir l'Hotel d'Arc jusqu'en 1943 dont le rez de chaussée était occupé par la Confiteria Alhambra. Dans les années 1990, le batiment est fermé puis squatté pendant presque 30 ans. En 2001, il sert de siege pendant quelques semaines pour l'expo Casa FOA, c'est à ce moment que des artistes peignent une fresque sur l'immeuble coté Avenida de Mayo et calle Bernardo de Irigoyen. Une fois la FOA passée, l'immeuble retombe en sommeil et c'est en 2011 où un hotel s'y installe à nouveau en préservant la fresque coté Avenida de Mayo. Aujourd'hui, le nouvel hotel se nomme : La Fresque ! 

Physionomie du quartier :

 

Plan en damier de l’époque coloniale espagnol, les rues sont plus étroites que dans le reste de la ville et ne permettent pas de planter toujours des arbres sur les trottoirs. Un sentiment un petit étouffant en semaine quand la circulation est à son comble.  Seules les avenues (Mayo, Belgrano, 9 de Julio, Diagonal Sur et Paseo Colon) sont plus vertes et permettent une respiration plus profonde avant de s’enfoncer à nouveaux dans les étroites rues où s’entremêlent employés, touristes, habitants, bus, camions de livraisons et taxis. Comme la partie Est du quartier (Micro centre) est essentiellement occupée par des administrations, des bureaux et des hôtels, la semaine est trépignante alors que le weekend est assez mort (sauf pour la feria de la calle Defensa le dimanche).

Montserrat est donc incontournable pour le voyageur, de nombreux vestige de la période coloniale se mêlent  à ceux XIXème et du XXème siècle. A découvrir : La Casa Rosada, le Cabildo, l’Eglise et couvent San Francisco, l’Eglise et couvent de Santo Domingo, tout comme la plus ancienne église de la ville celle de San Ignacio, les constructions éclectiques de l’avenida de Mayo, ou le siège de la douane de Buenos Aires en pleine restauration face à Puerto Madero.

Photo : La Calle Adolfo Alsina, au fond la statue du General Roca. Photo Décembre 2006.

 

 

Photo : Fondation de Buenos Aires par Juan de Garay le 11 juin 1580 à l'emplacement actuelle de la Plaza de Mayo.

Un peu d’histoire :

Pas de doute, quand Juan de Garay plante son premier pieu (arbol de la justicia, comme on dit alors, voir photo ci-dessus) sur l’actuelle Plaza de Mayo pour commencer à quadriller les futures rues de ce qui va être la ville de la Trinidad en ce mois de juin 1680 (dont le nom changera rapidement en Buenos Aires), nous sommes bel et bien sur ce qui sera plus tard le quartier de Montserrat. Sur les 135 « manzanas » (pâtés de maison) délimités par Juan de Garay, 72 sont dans le futur quartier de Montserrat.

A quelques cuadras à l’ouest de la Plaza de Mayo en 1755, un catalan, Juan Pedro Sierra, propriétaire d’un terrain (« Chacra »), demande l’autorisation d’élever une chapelle à la gloire de Notre Dame de Montserrat (Vénérée en Catalogne). La chapelle est édifiée en 1756 sous les ordres de l’architecte italien Antonio Masella. Comme juste à coté se trouvait un endroit ou les charretiers avaient l’habitude de reposer leur équipage, une petite place se formait et s’entourait d’échoppes, commerces et pulperias. Le noyau du nouveau quartier de Montserrat naissait ! Cette place fut vite baptisée aussi Plaza Montserrat. Les noirs de Buenos Aires sont vite conquit par la réplique de la statue de Nuestra Señora de Montserrat  puisque celles-ci a la peau noire, elle devient donc vite la patronne des noirs de la ville (25 % de la population pendant la deuxième partie du XVIIIème siècle). Pendant un siècle, la petite chapelle accueillera, les habitants du quartier, les commerçants les charretiers et les noirs de la ville. En 1859, la chapelle est trop petite, elle est démolie et en 1865 est inaugurée au même emplacement une église bien plus grande (qui  est la même qu’on peut voir aujourd’hui) du nom de Nuestra señora de Montserrat.

Photo : Vue de la Plaza Mayor (en ayant le Rio de la Plata dans le dos) en 1750. En face le Cabildo. Pendant les jours de fetes on érigeait provisoirement une arène pour les corridas juste devant le Cabildo. A doite la Cathedrale, les deux tours sont encore debout, en 1752 elles vont s'effondrer ! En face dans l'axe, la future calle Rivadavia, on la nomme alors la calle de las dos torres (en reference aux deux clochers de la Cathédrale que l'on voit de très loin quand on arrive en ville). C'est en fait le début du Camino Real vers la ville de Córdoba. Au fond à gauche, à 800 m du Cabildo, l'emplacement ou sera construit quelques années plus tard (en 1756) la chapelle de Notre Dame de Montserrat.

Photo : Vers 1840, Juan Manuel Rosas assite à un Candombe.

A cette époque 25 % de la populatrion de Buenos Aires est noire.

Montserrat, le Quartier Nègre de Buenos Aires :

 

Dés la fin du XVIIIème siècle, le quartier de Montserrat, que l’on nomme alors Barrio San Juan devient vite le quartier nègre de la ville (Rien de péjoratif à l’époque sur l’emploi de ce terme). Les noirs deviennent même majoritaires dans le quartier et cela jusqu’en 1850. Dans le langage quotidien porteño, le quartier sera nommé Barrio Mondongo, le « mondongo » ou en français les trippes, étant le plat préféré de la population noire du Rio de la Plata, ou Barrio del Tambor, le quartier du tambour, instrument préféré des noirs.

Entre 1810 et 1840, la population noire de la ville est à son apogée, la majorité des noirs sont libres (depuis le début de l’indépendance du pays, 1810 – 1816, les noirs obtiennent peu à peu leurs libertés, la constitution de l’Etat de Buenos Aires en 1852 déclare que tous les habitants du pays on des droits et des garanties égales) et s’installent dans le quartier pour y vivre en construisant des ranchos en terre glaise et en paille pour élever volaille, porc, et autres petits animaux d’élevage. Les autres noirs travaillent dans les services, cuisines, vendeurs ambulants, ou lavandières pour les femmes. A l’ouest de la Plaza Buen Orden (aujourd’hui calle Lima), presque tous les habitants sont noirs. Les rues les plus denses sont les calles Chile et Mexico ou les noirs se regroupent par origine. On dit à l’époque qu’ils se regroupent par « Naciones » formant des sortes de sociétés ou castes. Le Cabildo en 1821 dut même intervenir pour commencer à régir les castes pour qu’elles ne s’affrontent pas entre elles. Intervenant ainsi afin de délimiter les professions ou les secteurs d’activités dans la vie quotidienne, religieuse ou festive.

La caste la plus importante et la première à s’être formée fut celle de la Conga. Celle qui avait la main mise sur les danses, les tambours, carnavals, et de tout l’argent qui pouvait en être récolté. Cette caste avait une sorte de monopole sur la musique, le bal, les danses, festivals. Mais rapidement d’autres « Sociétés » furent mises en place comme  La « Cabunda » en 1823, installée calle Chile comme celle de la «Moro » en 1825, puis celle de La Bungela en 1829 installée calle Mexico. Los « Rubolos » comme los « Congos » eux étaient installés calle Independencia.

Même au début du XXéme siècle, en 1903, alors que la population noire a presque entièrement disparu de Buenos Aires, la ville reconnait que la « Nacion » Bengela (noirs originaires d’une des provinces d’Angola) devient propriétaire d’un terrain sur la calle Mexico 1272.

Photo : Photographie de 1867. Surement prise du haut de la Douane de Taylor (Terminée en 1857. Emplacement actuel de la Casa Rosada). La prise est faite vers le sud, donc quartier Montserrat Est. En bas, là où il y a encore le Rio, aujourd'hui se trouve Paseo Colon. Peu de constructions sont encore aujourd'hui debout, l'Eglise Santo Domingo, et tout au fond dans le quartier de San Telmo, l'Eglise San Pedro de Telmo qui n'a encore qu'un seul clocher (le second sera érigé par l'architecte Benoit en 1876). La vielle douane (datant de 1778) qui se trouvait sur la calle Belgrano que l'on peut voir sur la photo sera détruite au début du XXème siècle. On voit deja le début de la calle Balcarce qui est construite uniquement du coté pair.

La Place Montserrat

 

Le nom vient donc tout simplement de l’église du même nom installée à 50 m de cette place sur la calle Independencia. Entre 1791 et 1800, on y a même donné des corridas, mais les taureaux s’échappaient dans les rues et le voisinage se plaignait aussi du peu de distinction du public qui y venait plus pour faire les poches ou les bourses dans les alentours que pour profiter des corridas. 

Autre jeu (d’argent) très en vogue aussi dans la Buenos Aires coloniale, était les combat de coqs, le Cabildo dès 1767, permet et autorise les combats dans le quartier de Montserrat. On nomme les endroits où on les donne, les « Reñideros » ou les « Galleros », il y en a plein le quartier, le premier à ouvrir fut el "gallero" José de Alvarado,  mais surtout les plus connus sont sur la calle Venezuela (vers la cadra des 700) et puis sur la calle Tacuari (cuadra des 600). Les combats étaient tellement devenus à la fois à la mode mais surtout extrêmement intéressant pour les gains, qu’on venait spécialement de provinces et même de Montevideo pour parier. En 1861 la ville essaye de calmer le jeu (sans pour autant l’interdire) en le régissant et lui donner un statut légal. C’est seulement dans les années 1960 que par loi, l’Argentine interdit les combats de coq. Dans les faits ils continuent encore aujourd’hui, certaines provinces comme celle de San Luis l’autorisent

En 1821 le régiment « Amigos del Orden » se domicile près de la place, qui devient en plus de son activité commerciale importante, une sorte de « place parisienne de la Révolution » ou on fusille, et on pend. La potence est en permanence dressée, et les malheureuses victimes sont souvent exhibées pendant plusieurs jours, pour bien rappeler aux blancs comme aux noirs que la justice et que le « Bon Ordre » sont de mise à Buenos Aires !  La place prend donc le nom de « Buen Orden ».

Ne cherchez plus aujourd’hui cette place, elle n’existe plus, puisqu’elle fut englobée dans le tracé de l’avenida de 9 de Julio juste au niveau ou s’élève aujourd’hui la tour du Ministère du développement social. (Vous savez la tour blanche qui est juste dans l’axe de l’avenida 9 de Julio). L’église du quartier est toujours debout (celle-ci date de 1865) et se situe sur Avenida Belgrano (Avenida Belgrano 1151) juste a quelques mètres de ce qui fut l’ancienne place.

      

Photos : La Librairie de Avila (Immeuble de 1926), un des clochers de San Ignacio (Les deux clochers datent de 1686), et l'Hotel Castelar (inauguré en 1928).

L’idée de Quartier ou Cuartel à Buenos Aires :

 

Si l’Eglise a déjà divisé la ville en paroisse, il faut attendre 1734 pour que les autorités du Cabildo décident administrativement de suivre le mouvement en délimitant enfin les premiers quartiers de Buenos Aires au nombre de huit. Il y a alors 12.000 habitants à Buenos Aires, on parle alors non pas de Quartiers mais de « Carteles », avec une idée précise, mieux contrôler la ville et éradiquer la contrebande. Le nom de Montserrat n’est pas encore choisi, mais on désigne la zone par Barrio San Juan. En 1747, dans chaque « Cartel » est désigné un « Commissaire de quartier » pour le représenter mais surtout pour le surveiller. En 1772, la ville s’étend (26.000 habitants) et le Gouverneur de la ville décide de découper Buenos Aires en 16 « Barrios » ou « Cuarteles », avec un représentant à la tête de chacun que le gouverneur désigne lui-même. Les limites du quartier ont changé au fil des années avant de connaitre sa forme actuelle. La division ecclésiastique ne coïncidait que rarement avec les limites administratives. C’est ainsi que l’équivalent de Montserrat avant 1769 pour l’Eglise, se nommait « Catedral al Sur » puis enfin a partir de cette année : Parroquia de Montserrat. Les limites n’ont plus changées depuis 1969 avec quelques modifications en 1972.

    

Photos : L'entrée du Café Tortoni (Ouvert en 1893) sur Avenida de Mayo, la Pharmacie La Estrella (Ouvert en 1894), le Passage Urquiza-Anchorena (Inauguré en 1921).

Les conseils du Petit Hergé :

 

Montserrat est l’un des deux quartiers les plus anciens de Buenos Aires (avec celui de San Nicolas), de plus c’est celui qui a peut être été le moins transformé au début du XXème siècle. Il reste donc de nombreuses demeures coloniales et du milieu du XIXème siècle. Chaque rue est intéressante, je dirais même presque chaque édifice. Vous êtes entrainés dans le temps et il faut savoir s’y perdre et surtout oser entrer dans les boutiques et les immeubles.

Ce premier article a été monté pour vous faire entrer dans cette partie de l’historie qui raconte le tout début de la ville, je vous invite maintenant à lire le second article concernant le quartier de Montserrat pour découvrir tout ce qu’il vaut la peine d’être vu et visité.

Lire donc la suite dans : A visiter dans le quartier de Montserrat.

Je vous souhaite bonne lecture et surtout n’hésitez pas à prendre contact avec moi pour toutes vos questions. Mon mail : petitherge@hotmail.com

Photo : Le bâtiment de la Fresque en 2005, avant l'ouverture de l'hotel du même nom.

  

Photos : Le Musée du Bicentenaire ouvert en 2011. Le café des 36 billards fermé en janvier 2014 pour etre rénové et rouvert en 2015. Le Palacio Barolo inauguré en 1923 sur l'Avenida de Mayo. 

  

Photos : Le Club Español, une bonne adresse pour déjeuner et diner. Le restaurant Las Asturias sur Avenida de Mayo. Le London City, l'emblème de l'angle Avenida de Mayo et de Perú. Il ouvre en 1954 et ferme en juillet 2013 pour etre rénové.  

A lire aussi dans le Petit Hergé :

      

 

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Published by Le Petit Hergé - dans Buenos Aires
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commentaires

Martin 13/06/2017 14:55

Bonjour,

Je souhaiterai vivre à Montserrat (je suis actuellement à Recoleta, muy caro, aïe) mais les Argentins que j'ai interrogé me l'ont déconseillé (apparemment le quartier serait pas sûr la nuit...). Mais bon, comme il s'agit d'Argentins de Recoleta, j'imagine que n'importe quel quartier leur parait moins sûr que le leur (ce qui est probablement vrai mais ça ne veut pas dire que les autres quartiers sont invivables heureusement ^^).

Pourrais-je avoir votre avis de connaisseur là-dessus ?

Le Petit Hergé 13/06/2017 15:01

Bonjour, en effet pour tout habitant de Recoleta (donc qui ne sors pas souvent de Recoleta) les seuls quartiers fréquentable sont, en plus du leur, Retiro, Puerto Madero, Belgrano et Palermo, ca s’arrête la ! Soit 5 quartiers sur 48 ! Une vision de leur ville un peu étriquée ! Prends contact avec moi et on se prend un café ! petitherge@hotmail.com

bizco 25/04/2014 14:35


Bonjour,il me semble bien que quand s'agit de la population noir,en français on doit l'écrire avec majuscule:Noir  Amitiés

Le Petit Hergé 10/05/2014 15:12



Alors là j'ai un doute. Tu as raison quand on dit : Les Noirs (avec une majuscule) comme les Francais ou les Argentins. Mais pour population noire (c'est plutot une minuscule) comme pour
population française ou population féminine. On demande un arbitre !   



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