Mise à Jour : 31 juillet 2026. Montserrat. Buenos Aires. Culture. Architecture.

Librería de Ávila. Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Quand les vieux pavés racontent Buenos Aires

Aujourd'hui, on pousse la porte de la doyenne, le vénérable sanctuaire des lettres et du vieux papier qui résiste encore et toujours aux outrages du temps moderne : la fameuse "Librería de Ávila", ancrée au coin des rues Alsina et Bolívar, en plein cœur du quartier historique de Monserrat.

Il ne s'agit pas là d'une simple échoppe où l'on vient troquer un roman de gare contre une pièce de monnaie ! C'est le cœur battant de la mémoire argentine, un véritable coffre-fort d'où s'échappe cette odeur si particulière de poussière vénérable, de reliures en cuir et de secrets bien gardés.

Ici, les murs suintent l'histoire avec un grand H. C'est le genre d'endroit où l'on croirait presque entendre le bruissement des pèlerines de Mitre ou les pas feutrés de Borges venant chercher l'inspiration divine entre deux rayons poussiéreux.

À travers les âges, cette maison a traversé les tempêtes politiques, les crises économiques à répétition et la folie des promoteurs immobiliers sans âme. Elle a vu défiler les vice-rois, les révolutionnaires de Mai, les poètes maudits et les flâneurs impénitents. Des moments clés ?

Oh, il y en a eu à revendre ! De la modeste "botica" coloniale du XVIIIe siècle jusqu'au refuge actuel des bibliophiles exigeants, chaque décennie a déposé sa petite couche de patine sur ce comptoir séculaire.

Alors, enfile ton costume de dandy curieux et laisse-moi te conter l'épopée de ce bout de trottoir portègne qui refuse obstinément de plier l'échine face à la marche du temps !

🗺️ Envie de visiter la Librería de Ávila et le quartier de Montserrat ?

Ne restez pas plantés seuls face à votre écran, fidèles compagnons d'aventure ! En tant que guide professionnel ici à Buenos Aires, je vous propose de quitter le virtuel pour le réel.

Ensemble, nous allons arpenter le pavé de Montserrat, décoder son âme urbaine et pousser les portes de ses sanctuaires les plus secrets, à commencer par ce comptoir mythique. Une véritable exploration culturelle et historique... servie bien frappée, à la sauce Petit Hergé !

(Petite boussole pratique : vérifiez vos spams, parfois mes messages aiment jouer à cache-cache !)

👉 petitherge@hotmail.com

Plaza Mayor et le Cabildo de Buenos Aires en 1812. Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Naissance de la première librairie d’Argentine :

Provenant de Cadix, où il était déjà propriétaire d'une pharmacie, Francisco Salvio Marull s'installe avec sa famille à Buenos Aires et obtient le 28 avril 1777, l'autorisation du conseil municipal d'ouvrir une pharmacie à l'angle des rues San Carlos et Santisima Trinidad (aujourd’hui Adolfo Alsina et Bolivar). (Voir photo, vue de la Plaza Mayor de Buenos Aires en 1812)

On parle souvent de l'ouverture de son établissement appelé "La Botica" en 1785, mais il me semble que dés l’autorisation en poche, il l'ouvre de suite. J'ai donc un petit doute sur l'exactitude de la date d'ouverture de cette échoppe, et celle-ci aurait pu avoir eu lieu 7 ans avant ! Pour la petite histoire, vers 1787, il ouvre aussi une succursale à Montevideo, gérée par son frère Narciso Marull et Francisco Estrada.

Cet établissement était une sorte de droguerie où l’on pouvait acheter toute sorte de produits comme des aliments, des médicaments, des liqueurs, des articles de bazar, quelques habits et, chose rare et même inédite pour l’époque, des livres et des journaux !

En 1801, on y vend le premier quotidien de Buenos Aires « El Telégrafo Mercantil ». Les livres viennent pour la plupart d’Europe et sont donc relativement rares et prisés à Buenos Aires. Francisco Salvio Marull décède l'année suivante en 1802.

Au fil des successions, peu à peu, la fonction d’épicerie disparaît et les livres remplacent tous les autres articles pour qu’il n’y ait finalement plus qu’eux sur les étagères. Et ainsi, en 1820, La "Botica" devient peu à peu une librairie, la première du pays.

L’histoire raconte même qu’entre 1810 et 1825 les acteurs de la révolution se réunissaient au « Café Marco » se tenant en face et venaient régulièrement à la librairie afin d’acheter de nouveaux livres.

L'emplacement est stratégique : à deux pas de la Plaza Mayor (Plaza de Mayo) et juste en face du prestigieux Colegio Real de San Carlos, futur berceau de l'intelligentsia argentine (depuis 1863 "Colegio Nacional de Buenos Aires").

Ancienne vitrine de la libreria del Colegio dans l'immeuble démoli en 1926. Photo vers 1900. Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

Vers 1830, la pharmacie cède définitivement la place aux bouquins et devient la "Librería del Colegio".

La première librairie du pays devient rapidement un haut lieu de la culture porteño où de nombreuses personnalités viennent discuter, partager, et bien entendu acheter leurs bouquins.

Défilent alors des figures pittoresques : l'Allemand Gustavo Halbach, puis un mystérieux sieur Steadman, et Rafael Casagemas. Mais le vrai tournant survient après la chute de Rosas, quand débarque un exilé français haut en couleur, Pablo Morta, bibliophile impénitent et bavard impénitencier.

Paul Morta édite son premier almanach « Almanaque Agrícola e Industrial de Buenos Aires » mais surtout insuffle un vent de liberté et transforme l'arrière-boutique en un salon littéraire incontournable où l'on refait le monde en sirotant du bon vin et en parlant de la patrie de Voltaire.

Vers 1870, il passe le flambeau aux frères Igon – Juan Bautista, Juan Urbano et Pedro – qui continuent à publier des pépites et attirent la fine fleur du pays : Pedro Goyena et Santiago de Estrada y tiennent quasi tribunal.

Au début du XXe siècle, la maison passe aux mains de Cabaut y Cía, qui se spécialise dans le manuel scolaire patriotique. (Voir photo)

Le temps passe, et la Libreria del Colegio traverse les âges et les modes. Nombres de personnalités culturelles et politiques comme Manuel Belgrano, José Hernández ou Paul Groussac auront tous un jour poussé la porte de cette librairie.

Libreria del Colegio. Actuelle Libreria de Avila. Photo 1927. Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Démolition et reconstruction :

Au début du XXème siècle, la librairie n’occupait plus la maison coloniale qui avait abrité la première "Botica" de Francisco Salvio Marull, mais un immeuble comptant un étage construit dans les années 1870-80 dans le pur style mélant néo-classicisme et renaissance italienne alors en vogue dans la bourgeoisie porteña.

En 1926, lorsque ce vieux bâtiment tire sa révérence sous les coups de boutoir des pelleteuses, le terrain appartient alors au tout-puissant "Arzobispado" de Buenos Aires (l'archevêché). Pas question pour autant de laisser ce coin de rue stratégique aux mains du vide : l'Église décide d'ériger un tout nouvel immeuble résidentiel de style "art déco" (Voir photo)

Pour mener à bien ce chantier d'envergure, la réalisation est confiée à un duo d'experts de haut vol : le talentueux architecte Ángel Pascual et le rigoureux ingénieur Luis Migone. Ensemble, ils dessinent cette bâtisse cossue aux balcons ouvragés et aux lignes robustes, pensée pour abriter des logements aux étages tout en sanctuarisant la vénérable librairie au rez-de-chaussée et dans son vaste sous-sol.

Une prouesse d'architecture urbaine qui, sous des airs de modernité des années 1920, a su préserver l'écrin secret de la mémoire argentine. Quand la pierre bourgeoise rencontre l'amour du vieux papier, ça donne un monument taillé pour traverser les siècles !

Une association du tonnerre

L'architecte Ángel Pascual et l'ingénieur Luis V. Migone (souvent répertorié avec son second prénom ou l'initiale V.) avaient déjà l'habitude de croiser leurs talents. En témoignent d'autres pépites architecturales de l'époque, comme le somptueux et pittoresque Chalet de Miguel Gambin (construit également en 1926 à Mar del Plata), où Pascual s'était associé aux côtés de Migone et de l'entreprise de construction Martín Marco. C'était un tandem de choc des années folles, combinant la finesse artistique de l'architecte et la rigueur technique de l'ingénieur en béton armé.

Teatro Colon de Mar del Plata (1923-1924). Oeuvre de Angel Pascual. Petit Hergé à Buenos Aires

Ángel Pascual était un architecte de premier plan, reconnu pour son audace stylistique — il s'était fait remarquer quelques années plus tôt, en 1921, en créant une stupéfiante « Mansión Neo Azteca », un hybride fou entre palais français et temple précolombien ! On lui doit aussi des projets d'envergure comme des théâtres et des résidences bourgeoises. En 1926, il était au sommet de son art créatif. Photo : Teatro Colón de Mar del Plata (1923-1924)

Luis Migone, quant à lui, était une pointure incontournable de l'ingénierie civile à Buenos Aires, réputé pour sa maîtrise des structures robustes et pionnier dans l'usage des techniques modernes de construction de l'époque.

Quand ces deux pointures ont planché sur le nouvel immeuble de la rue Alsina pour le compte de l'Archevêché, ils savaient exactement comment marier l'élégance académique des étages à la solidité nécessaire pour porter l'arche sainte des vieux bouquins au rez-de-chaussée.

La Libreria del Colegio du temps de Cabaut. Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

 

La ronde des propriétaires : quand les capitaines se succèdent

Une institution de cette envergure, c'est un peu comme un vieux navire de ligne : les capitaines se succèdent à la barre, mais le pavillon reste hissé haut. Au fil des décennies, la maison a connu des fortunes diverses et des maîtres d'équipage aux profils pour le moins bigarrés. On a vu passer des pédagogues austères, des éditeurs audacieux et des amoureux transis du papier jauni.

Après les pionniers du XIXe siècle, les frères Igon ont cédé leur place à la firme Cabaut y Cía (voir photo) au début du XXe siècle, orientant la baraque vers le grand œuvre de l'éducation nationale et la fourniture des écoliers studieux. Chaque propriétaire a apporté sa pierre à l'édifice, modifiant subtilement l'assortiment des rayons selon l'air du temps et les exigences du lectorat argentin. Tantôt temple de la dévotion religieuse et des manuels de grammaire, tantôt officine de la pensée libérale ou de la poésie romantique.

Libreria del Colegio. Actuelle Libreria de Avila. Photo 1927. Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

En 1939, une maison d’édition « Editorial Sudamericana » installe son siège dans l’immeuble et s’associe avec la librairie pour y présenter ses ouvrages. Pendant près d’un demi-siècle, la librairie et la maison d’édition marcheront main dans la main, mais la crise de 1989 aura raison de « la Editorial » et la librairie devra aussi fermer ses portes !

L’établissement restera fermé jusqu’en 1993, date à laquelle Miguel Angel Avila (déjà propriétaire de la libreria Fray Mocho) décide d’acquérir les murs et d’entreprendre des travaux afin de rouvrir cette librairie historique.

En Septembre 1994 est inaugurée enfin la nouvelle librairie fraîchement rebaptisée « Libreria de Avila ». Le lieu ne tarde pas à récupérer son prestige d’antan et en 2000 le gouvernement de la ville de Buenos Aires classe la librairie au « Patrimonio Historico de la Ciudad ».

Tout récemment la reconnaissance va plus loin, puisque le 04 avril 2011 la librairie est déclarée Lugar Histórico Nacional par le gouvernement national.

Le fil rouge n'a jamais rompu. Les repreneurs successifs ont tous compris qu'ils n'étaient que les dépositaires temporaires d'un trésor national. Gérer un tel endroit, ce n'est pas faire de l'épicerie fine, c'est entretenir une flamme sacrée. Il faut du caractère, de la patience et une bonne dose d'inconscience pour refuser les sirènes de la rentabilité immédiate et continuer à accumuler des bouquins introuvables quand tout le monde ne jure que par le numérique.

Ces hommes de l'ombre ont mérité le respect éternel des flâneurs. Car sans leur obstination têtue, ce coin de rue historique n'serait aujourd'hui qu'un triste parking ou une franchise anonyme vendant du café soluble. Chapeau bas, messieurs !

Miguel Angel Avila en 2018. Propriétaire de la Libreria del Colegio (Libreria de Avila) Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

 

1989 : Le grand frisson et le sauveur Miguel Ávila

Arrive l'année maudite de 1989. L'Argentine tangue, secouée par une hyperinflation galopante qui broie les économies et vide les poches des citoyens plus vite qu'un pickpocket à Constitución.

La librairie, essoufflée, au bord de l'asphyxie financière et menacée par les créanciers, est à deux doigts de fermer définitivement ses portes.

Pire encore : le spectre d'une reconversion en fast-food américain – oui, un fichu McDonald's ! – plane sinistrement au-dessus du vénérable comptoir.

Imaginez le cauchemar : des effluves de friture industrielle et des emballages en plastique à la place des in-octavo poussiéreux ! C'est le moment que choisit un vrai preux chevalier des temps modernes pour entrer en scène : Miguel Ávila (Voir photo). Déjà patron de la célèbre librairie Fray Mocho, ce passionné intransigeant met toutes ses économies dans la balance pour racheter l'affaire in extremis.

Ávila ne se contente pas de sauver les meubles ; il redéfinit totalement l'identité de l'établissement en le rebaptisant "Librería de Ávila" en hommage à ses illustres racines et à son propre patronyme.

Il prend le contre-pied absolu de la modernité superficielle. Fini les manuels scolaires de grande surface, place aux livres anciens, aux éditions de collection, aux estampes rares et aux pépites d'historiens introuvables.

Dans le sous-sol, il installe un chaleureux café littéraire où les érudits viennent débattre à l'abri du vacarme de la rue. Grâce à son courage et à son flair de vieux routier, le gouffre est évité de justesse. La reine de Monserrat est sauvée des eaux !

L’archevéché

L'Archevêché de Buenos Aires n'a jamais vendu l'immeuble ! Il en est toujours le fier propriétaire à l'heure où l'on se parle.

À la fin des années 1980, quand la coopérative d'employés qui gérait alors la librairie a dû baisser le rideau, le local s'est retrouvé dans un état d'abandon total. L'Archevêché, propriétaire des murs, s'est retrouvé avec cette coquille vide et a bien failli commettre l'irréparable. Un pré-contrat était même déjà dans les tuyaux pour louer l'espace à une célébrissime chaîne de fast-food américaine (oui, on a littéralement frôlé un McDonald's sur les cendres de l'histoire argentine !).

C'est à cet instant fatidique que notre preux chevalier du papier, Miguel Ávila, entre en scène. Au lieu de racheter les murs — ce qui aurait été inabordable —, il a entamé de longues et rudes négociations directement avec les propriétaires de l'immeuble, l'Archevêché de Buenos Aires, pour reprendre l'exploitation des lieux.

L'Église était notamment représentée dans ces tractations par l'ex-ministre Cayetano Antonio Licciardo, et l'affaire est même passée entre les mains d'un certain Jorge Bergoglio, alors figure de l'Archevêché et devenu plus tard le Pape François.

Ils ont fini par toper là : Ávila a signé un accord avec le diocèse pour pouvoir restaurer et rouvrir le sanctuaire sous le nom de Librería de Ávila en 1994. Il est donc propriétaire du fonds de commerce, mais locataire des murs !

C'est une véritable bénédiction. Miguel Ávila lui-même a reconnu plus tard que si l'immeuble avait appartenu à un propriétaire foncier privé classique, la librairie n'aurait jamais pu résister financièrement aux innombrables crises économiques argentines (notamment lors des crises, économique de 2001-2002 et sanitaire de 2020). C'est grâce à la patience et à l'aide de l'Archevêché, toujours maître des lieux, que ce joyau tient encore debout aujourd'hui.

Comme quoi, l'alliance de la soutane et de la reliure, ça fait parfois de vrais miracles !

Libreria del Colegio. Actuelle Libreria de Avila. Intérieur. Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

 

De 2020 à nos jours : résister au XXIe siècle numérique

Et nous voilà arrivés dans notre décennie, cette époque étrange où les écrans plats ont remplacé les feuillets et où l'intelligence artificielle essaie de nous faire croire qu'elle a inventé la poésie. Entre la crise sanitaire mondiale de 2020 qui a mis le tourisme à l'arrêt et les soubresauts économiques chroniques de l'Argentine, la Librería de Ávila a dû faire preuve d'une sacrée résilience.

Pourtant, le miracle persiste. Derrière la vitrine de la rue Alsina, le temps semble toujours suspendu. Miguel Ávila et son équipe continuent de faire de la résistance active. Pas question de céder aux sirènes des algorithmes ou de la dématérialisation froide. Ici, on touche le papier, on hume le carton vieilli, on feuillette un grimoire du XIXe siècle avec la même émotion qu'un gamin découvrant un trésor de pirates.

Certes, les temps sont durs. Les touristes se font parfois plus discrets, les factures s'alourdissent, et la jungle urbaine de Buenos Aires gronde fort au-delà des vitrines. Mais la librairie reste un pôle d'attraction incontournable pour les amoureux de la culture authentique, les chercheurs têtus et les voyageurs en quête de sincérité. C'est le dernier rempart contre l'uniformisation globale.

Aujourd'hui plus que jamais, cet endroit incarne la résistance spirituelle d'une ville qui refuse d'oublier d'où elle vient. Tant qu'il y aura un type pour pousser la porte en bois et demander un vieux recueil de poésie introuvable, la Librería de Ávila continuera de narguer le XXIe siècle avec panache.

Les distinctions : Quand Buenos Aires salue ses monuments

Une maison qui traverse les siècles sans prendre une ride finit toujours par récolter les lauriers qu'elle mérite. Au fil des décennies, la vénérable Librería de Ávila a vu les autorités de la Ciudad Autónoma de Buenos Aires lui dérouler le tapis rouge et multiplier les hommages officiels. La première reconnaissance fut celle (voir photo) la déclarant "site d’intérêt culturel" en 2000.

Première reconnaissance par la Ville de Buenos Aires de La Libreria del Colegio en 2000. Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

Reconnue et adoubée par les institutions culturelles et des recherches spécialisées comme la plus ancienne librairie en activité d'Amérique latine (certains parlent même au monde, mais c'est ignorer le tempérament exagéré du portègne), elle s'est vu décerner ce titre historique incontestable pour récompenser ses racines plantées dès 1785 au beau milieu du vieux Montserrat.

Dès mars 2011, la Legislatura porteña et le décret présidentiel ont également officialisé son statut de Site et Monument Historique National, sanctuarisant à jamais cette sentinelle du papier face aux pelleteuses des promoteurs.

La ville et la Direction Générale du Patrimoine l'ont par ailleurs inscrite au panthéon des librairies de valeur patrimoniale de la capitale.

Plus qu'une simple vitrine commerciale, c'est le cœur battant de tout le sous-continent qui se trouve ainsi salué. Quand les institutions locales reconnaissent qu'un vieux comptoir en bois et des piles de bouquins poussiéreux valent dix fois plus que toutes les tours en verre réunies, c'est que Buenos Aires a encore un sacré sens de l'honneur !

Intérieur de la Libreria del Colegio (Libreria de Avila) Montserrat. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Les conseils du Petit Hergé : le pèlerinage indispensable

Bon, trêve de bavardages, passons aux choses sérieuses ! Est-ce que le détour en vaut la chandelle ? Tu m'enlèves les mots de la bouche : c'est un oui majuscule, absolu et sans appel ! Si tu passes par Buenos Aires sans mettre les pieds à la Librería de Ávila (Voir photo), c'est comme aller à Rome sans voir le Pape ou commander un bife de chorizo cuit semelle. Une véritable hérésie touristique.

Pour qui ? Pour tous les curieux, les amoureux de belles lettres, les nostalgiques d'un temps où l'on prenait le temps de vivre, et les voyageurs qui en ont marre des attractions aseptisées.

Combien de temps ? Prends-toi au moins une bonne heure, voire deux si tu te laisses happer par les conversations du libraire ou la magie du sous-sol.

Que faire et que voir ? Flâne sans but précis, admire les boiseries, contemple les gravures anciennes, observe les reliures fatiguées par l'histoire et descends bouquiner un brin dans le café littéraire du sous-sol.

Qu'acheter ? Ne repars surtout pas les mains vides ! Offre-toi une vieille édition de poésie argentine, une carte géographique d'époque ou un essai historique poussiéreux sur le Buenos Aires de 1900. C'est le genre de souvenir qui a une âme, bien loin des babioles en plastique fabriquées à l'autre bout de la planète.

Allez, enfile tes chaussures de marche, file t'encanailler du côté de Monserrat et dis bien au revoir de ma part au vieux comptoir. Tu m'en diras des nouvelles !

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