21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 23:58

Mise à jour : 21 septembre 2016. Catégorie Histoire. 

Hotel de Provence

(1850-1912) :

 

Calle Cangallo 25 (ancienne numérotation) – Peron 319 (numerotation actuelle).

 

Un nouvel article permettant de se replonger dans le passé, dans celui d’un Buenos Aires qui a totalement disparu. La période qui s’étend entre le début de l’arrivée des grandes vagues de la migration européennes et le début de la première guerre mondiale (1855-1914) est d’une richesse architecturale très intéressante. Malheureusement bon nombre de bâtiments n’existent plus.

A partir de 1855, le secteur aujourd’hui appelé la « City », au nord de la Plaza de Mayo se montait peu à peu de premiers hôtels de plusieurs étages qui donnaient à la ville un premier semblant de petite ville. Ces nouvelles constructions contrastaient avec les autres de l’époque coloniale souvent construites de plein pied et occupant encore majoritairement la zone.

L’embarcadère des voyageurs (datant de 1855) située sur le paseo de Julio (aujourd’hui avenida Alem) entre les calles Cangallo (Peron) et Cuyo (Sarmiento) à partir de laquelle débarquaient tous les voyageurs et migrants tentant l’aventure ou cherchant à faire des affaires avec le nouveau monde, pousse les hôteliers souvent aussi fraichement débarqués à ouvrir leurs établissements juste à ses pieds. Ce qui explique que presque tous les hôtels de la période 1850-1880 se situent dans le secteur délimité par Alem - Plaza de MayoCorrientes – Maipu.

Dominique Lescarret, un de mes fidèles lecteurs de Marseille m’a envoyé en ce mois de septembre 2016, la photo d’une carte postale de l’Hôtel de Provence datant de juin 1904, qui ma poussé à me pencher sur cet hôtel disparu depuis bien longtemps.

Photo : Agrandissement de la façade de l'Hotel de Provence vers 1895-1900 donnant sur la calle Cangallo. Le drapeau a été rajouté à la photo !  

Photo : Voila la carte postale envoyée par Dominique Lescarret (Cliquez sur la photo pour agrandir). 

Dans un décor art nouveau en vogue en ce début de siècle, 6 vignettes photos montrant en plus de la façade de l’hôtel donnant sur la calle Cangallo, les intérieurs de l’établissement : La cuisine, la salle à manger, la salle de lecture, le patio et le vestibule. 

Plan : Le plan est ancien, date de 1860, le lotissement (XIV) montre bien l'emplacement de l'Hotel de Provence qui dispose déjà de son patio intérieur. Dans la même rue de Cangallo juste en face de son entrée s'élevait le Temple Nord Americain (disparu depuis fort longtemps), sur le même bloc et donnant sur la calle de Mayo, le Temple Anglais (Toujours existant). La pension de famille "Maison de Famille Belge" cité de l'encart suivant, ouvrira plus tard (20 ans plus tard) sur le lotissement "20". 

Le premier Hôtel de Provence

(1850-1912)

 

Me voilà donc plongé au fond de mes archives et de mes recherches sur le net pour avoir quelques infos sur cet hôtel.

Toujours pas encore assez d’infos pour savoir en quelle année exacte il fut construit (vers 1850, mais d’autres parlent de 1852 ou 1853), mais déjà des traces exactes en 1863 et 1869 sur son existence, répertorié et déjà recommandé aux voyageurs. Il apparait cette année là dans un livre en anglais “Handbook of the River Plate” écrit par les frères Mulhall

On y apprend qu’en 1869, il y a trois grand hôtels les plus élégants de la ville (il n’existe pas encore la classification d’étoiles). Il n’existe pas encore non plus de Palace (il faut attendre 1909), donc les « meilleurs » hôtels en 1869 sont pourvus de « grandes chambres », de « bonne ventilation » et d’une bonne cuisine.

Les trois hôtels les meilleurs et donc aussi les plus chers sont :

  • Hôtel de la Paix (Cangallo 56, calle Peron, ancienne numérotation) entre 50 et 120 pesos la nuit.
  • Hôtel du Louvre (San Martin 95, ancienne numérotation) entre 50 et 100 pesos la nuit.
  • Hôtel de Provence (Cangallo 25, ancienne numérotation) entre 40 et 80 pesos la nuit.

Les autres à la mode en 1869, sont Hotel del Globo (Calle Mayo 38, ancienne numérotation), Hotel de Paris (Calle Mayo 43), Hotel Europa (Calle Mayo 53), Hotel Victoria (Calle Corrientes 21) et Hotel Roma (actuelle numérotation Cangallo/Peron 323). Tous entre 30 et 40 pesos la nuit.

Bref tous tiennent dans un mouchoir de poche dans le même secteur du bas du quartier de San Nicolas.

Quelques années avant en 1863, aussi sur The River Plate Handbook for 1863 (un véritable guide du Routard de l’époque) on apprend qu’au 25 de la calle Cangallo il y a l’Hôtel de Provence tenu par « Bosch & Sempé ». L’hôtel compte 60 chambres.

L’Hotel de Provence a changé de propriétaires de très nombreuses fois.

Vers 1881, le propriétaire est un certain Joseph Perez. En 1904 (date de la carte postale) le propriétaire se nomme Ignacio Reter.

Si je n’ai pas encore la date de sa démolition, j’ai appris toutefois que celui-ci avait déménagé sur la calle San Martin 365 au début de l’année 1913. J’en conclue donc (peut être assez hâtivement qu’il fut vendu et démoli la même année ou en 1912)… à vérifier !

 

Photos : En haut du cadre, la salle de lecture de l'Hotel de Provence (vers 1900), vue à partir de l'embarcadère vers l'Hotel de Provence. 

Photo : Vers 1890 à partir du "Muelle de Pasajeros" Embarcadère des passagers (à l'extreme droite, le pavillon en bois). Les passagers arrivants à Buenos Aires depuis l'Europe avaient cette premiere vue et impression de la ville. De tres nombreuses enseignes annonçaient les hotels. A gauche l'Hotel del Globo, sur Calle de Mayo mais donnait aussi sur le Paseo de Julio. L'Hotel Europa, à l'angle du Paseo Julio et de la calle Cangallo avait son entrée principale aussi sur la calle de Mayo. L'Hotel de Provence bien qu'étant sur Cangallo avait installé son enseigne principale sur sa terrasse en direction du large pour attirer l'oeil des passagers. L'Hotel de la Paix, le plus haut (et le plus chic) profitait de sa hauteur pour installer son enseigne sur sa tour. Enfin, une pension de famille "La Maison de Famille Belge" aussi installée sur calle de Mayo avaient des fenêtres et une terrasse donnant sur Paseo de Julio. A droite, la Capitainerie dans l'axe de l'embarcadère. Cliquez sur la photo pour l'agrandir. 

Photos :

Enfin je garde le meilleur pour la fin, sur une des plus anciennes photos du Paseo de Julio datant de 1867. (Sans aucun jardin, sans arbre et encore moins sans la future ligne de train qui arrivera à la future « Estacion Central » (1872), voilà ce qui deviendra bien plus tard la Avenida Alem.

A première vue on ne remarque rien (en tout cas en ce qui concerne l’Hôtel de Provence), pourtant en zoomant un maximum sur la partie gauche de la photo, on remarque l’enseigne de l’Hôtel.

Surement la première photo portant la première preuve de l’existence de l’hôtel. Photo antérieure de plus de 30 ans à la carte postale. Et pourtant l’Hôtel devait déjà être ouvert depuis 15 ans.  

Seconde époque :

Le Grand Hotel de Provence

Il ne s’agit pas du tout du même édifice, mais de la construction, à 3 « cuadras » de l’ancien, d’un plus grand hôtel certainement par le même propriétaire de l’ancien Hôtel de Provence entre 1912 et 1913. C’est pour cela qu’il conserve son nom et son personnel.   

Le Grand Hôtel de Provence

(1913-)

 

Ce nouvel hôtel de la calle San Martin est nommé le « Grand Hôtel de Provence » pour le différencier de l’ancien de la calle Cangallo.

Le nouveau bâtiment inauguré donc en début de cette année 1913 comportait un rez-de-chaussée et 5 niveaux donc bien plus haut que son ancêtre (Rez-de-chaussée et deux étages), et pourvu de tout le modernisme possible en ce début de siècle. Dans un style totalement art nouveau, l’architecte est italien du nom de Paolo Scolpini. On trouve la photo de la façade dans le guide de tourisme Baedeker de 1914, ainsi que les premiers commentaires pour les voyageurs de l’époque.

On apprend aussi que c’est la même équipe (que celle de l’ancien hôtel de Provence) qui tient la cuisine.

Cet hôtel de 1913 existe encore, mais aujourd’hui a été transformé en immeuble de bureau. On peut le voir entièrement ravalé et restauré toujours sur San Martin 365. Il y a pourtant subit quelques transformations qui a supprimé tous ces ornements « art nouveau » lui donnant un style bien plus académique français.

En guise de conclusion, comme je dis souvent : l’enquête continue, et je ne manquerai pas de vous faire part de mes dernières découvertes concernant l’ancien et le nouveau Hôtel de Provence.

 

Photos : En haut la photo de 1914 lors de l'ouverture de l'hotel, et ci dessous la même façade après la rénovation de 2015.  

Photo : Publicité de 1914 du Grand Hotel de Provence. 

Découverte concernant le premier Hotel de Provence : 

(23 septembre 2016) 

Photos :

 

A la droite de l’Hôtel de Province en 1904, à l’angle de la calle Cangallo et de la calle 25 de mayo, on construit l’édifice de la caisse d’épargne de la Bola de Nieve. (Sur le plan du dessus, lotissement XIII).

Celui ci n’existe plus non plus aujourd’hui. Mais cela confirme que lorsque la carte postale fut envoyée en juin 1904, le vieux bâtiment apparaissant à droite sur la carte postale n’existait plus. Il s’agissait jusqu’alors d’une boutique d’un couturier espagnol. La photo de la carte postale doit dater de 1900 ou de quelques années avant.

 

En bonus, découvert au lendemain de la publication de l'article (22 sept 2016). A droite, une photo sur laquelle on découvre partiellement les deux tramées de droite de la façade de l'hotel de Provence prise en 1905. En effet, le petit édifice comprenant un rez de chaussée et un étage à doite de l'hotel, était occupé par un tailleur espagnol, il fut certainement démoli entre 1903 et 1904, pour laisser la place au chantier pour construire un véritable immeuble en cette année 1904 pour la société "Bola de Nieve", une société mutuelle de caisse d'épargne. L'architecte fut le Francais Edouard Le Monnier qui construisit un immeuble semblable à Rosario (Cordoba et Laprida en 1906). celui de Rosario est toujours debout, celui de buenos Aires sur la photo a disparu à son tour et totalement transformé dans les années 1950. 

La photo de la Bola de Nieve en 1905 en entier ci-contre (adresse Cangallo 301).

Les conseils du Petit Hergé :

 

Difficile de donner un conseil sur un bâtiment qui n’existe plus. Vous pouvez toujours à vos heures perdues vous rendre devant l’emplacement du 319 de la calle Peron pour constater qu’il a été remplacé par un bâtiment de bureaux des années 20-30 qui n’attire pas forcement l’œil.

Les employés se bousculent dans la rues, entrent dans l’immeuble sans se soucier du passé et de ce qui pouvait s’y trouver il y a un siècle.

Pour ce qui est de l’immeuble du Grand Hôtel de Provence de San Martin 365, toujours debout et recyclé en immeuble de bureaux, il est presque dans l’état, tout frais restauré, et vous pourrez vous y glisser sans attirer l’œil du portier. Nostalgie, nostalgie…

Toujours possible de vous faire visiter certains aspects de Buenos Aires lorsque vous serez de passage dans la ville !

A lire aussi dans le Petit Hergé : 

   

 

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 19:09

Mise à jour : 15 mai 2014. Catégorie : Histoire.

Buenos Aires : 10 avril 1973 :

L’armée de terre argentine avec l’appui de la Police Fédérale mettent en place des contrôles de véhicules aux principales avenues de Buenos Aires à partir d’avril 1973. Le gouvernement recherche des extrémistes et spécialement ceux de l’ERP (Ejército Revolucionario del Pueblo), dont Mario Roberto Santucho qui avait réussi à s’échapper de la prison de Rawson avec 5 autres codétenus politiques le 15 août 1972. On pensait pouvoir le capturer dans sa province d’origine de Santiago del Estero, mais dans les principales villes du pays comme à Buenos Aires sont aussi mis en place des contrôles routiers. Un communiqué officiel est lu le 10 avril 1973 qui indique que « En conformité aux lois en vigueur et pour créer les meilleures conditions possibles pour la passation du pouvoir le 25 mai 1973, à partir du 10 avril 1973, il a été adopté des décisions afin que les forces militaires du pays aient les moyens nécessaires pour neutraliser l’augmentation des attentats subversifs et terroristes. L’armée pourra mettre en place des opérations destinées à localiser et à arrêter les auteurs et responsables du chaos et des destructions, et contribuera à la paix intérieure, sécurisant la vie des personnes et du patrimoine national »

Cette vidéo date de ce 10 avril 1973. Les medias descendent dans les rues, et essayent d’en savoir un peu plus auprès des forces de sécurité. Le journaliste n’arrivera pas à tirer un seul mot des militaires ni de l’agent de la police fédérale présent sur le contrôle.

En fait Mario Roberto Santucho avait réussit depuis longtemps à sortir d’Argentine pour se refugier au Chili (sous Allende) puis a quitter Santiago de Chile pour rejoindre Cuba. Il revient en Argentine en novembre 1972 pour reprendre le commandement de l’ERP-PRT. Les services d’intelligence de l’armée argentine, l’apprennent et mettent donc en place un plan important de ratissage dés son retour qui ne fera que s’amplifier à partir d’avril 1973. Il ne sera jamais repris mais va mourir le 16 juillet 1976 à Villa Martelli (banlieue ouest de Buenos Aires) chez un ami sous les balles de l’armée.

Nous sommes dans une période trouble de l’histoire argentine (une de plus). Depuis mars 1971, la présidence est sous la conduite (de facto) d’un militaire : Alejandro Agustin Lanusse. Nous sommes toujours dans la période de ce qu’on appelle la « Révolution Argentine », pourtant les militaires cherchent une porte de sortie et appellent à des élections démocratiques pour le 11 mars 1973. Les élections ont lieu est le candidat Hector Campora (Justicialiste et très proche de Perón alors en exil en Espagne) les gagne. Les militaires ont du mal à accepter à la fois les élections (premières élections libres en 21 ans !) mais surtout le résultat (un péroniste !). La passation se fait tout le 25 mai 1973 dans le calme.

Avant ce 25 mai 1973, pendant les quelques mois qui précédent, les opérations policières se font plus denses car on sait qu’après le retour de la démocratie, il y aura peut être des comptes à régler…

Je rassure tous les défenseurs des gouvernements militaires. La présidence d’Hector Campora ne dura pas ! Une fois en place,  il doit renoncer 2 mois plus tard sous la pression de péronistes de droite et confie le pouvoir à Raul Alberti Lastiri qui va préparer le retour de Perón aux commandes du pays. (octobre 1973).

 

Vidéo : Contrôle de l'armée dans les rues de Buneos Aires. Angle de la 9 de Julio et de Avenida San Juan dans le quartier de Constitucion. 10 avril 1973. 3 mn 33 s.

 A lire aussi dans le Petit Hergé :

      

 

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