17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 20:48

Dernière mise à jour : 17 mai 2020 / 23 mai 2009. #BuenosAires

La Confiteria del Molino (1916) :

 

La Confiteria del Molino, fait partie des hauts lieux, ou plutôt faisait partie des hauts lieux de la gastronomie et de la pâtisserie de Buenos Aires jusqu’à ce que ses portes ferment définitivement en 1997. Mais ne soyons pas pessimiste, la « confiteria » tout comme l’immeuble qui l’abrite a été classée la même année au patrimoine historique de la ville et ne peut donc disparaître. Pour le moment l’édifice est toujours abandonné, et depuis 2000 tous les 3 ou 4 ans revient sur le devant de la scène un plan et un projet de restauration. Il faut attendre novembre 2014 pour qu’une loi demandée depuis fort longtemps par une association promouvant  la rénovation de la confiteria soit votée par l’assemblée nationale qui  déclare « de utilidad pública, y sujeto a expropiación, por su valor histórico y cultural".

Il faut ensuite attendre encore quelques années pour débloquer des fonds de la Nation pour commencer les premiers travaux. C’est enfin chose faite, et les ouvriers travaillent maintenant au fil des sommes alloués par le Congreso  à la restauration. Depuis 2018, les travaux sont en marche (lente) mais tout de même en marche !

L’immeuble, situé aux intersections des avenues Rivadavia et Callao dans le quartier de Balvanera, est un symbole de l’architecture Art Nouveau porteño.

   

Photos : La confiteria del Molino à l'angle des avenues Callao et Rivadavia. A gauche, vitrail du salon, au centre état de la confiteria en 2008. A droite la porte d'entrée principale en 2019 lors de la restauration. 

La première Confiteria de la calle Federacion y Garantias (1848)

En 1848 (Certains disent 1850 voire 1859), Constantino Rossi achète la Confiteria del Centro qui se trouvait aux angles des rues Federación et Garantiás. (Actuelles rues Rodriguez Peña et Rivadavia, la Plaza Congreso n’existait pas à cette époque). La confiteria est rebaptisé en «Antigua Confiteria del Molino » en 1859, car existait à sa proximité un moulin à grain appelé « El Molino a vapor de Lorea » (Le plus ancien de la ville datant de 1821 et placé sur la Plaza Lorea).

L’endroit fut assez vite adopté par la haute bourgeoisie qui y venait pour savourer les meringues, marrons glacés et autres panettones aux châtaignes ainsi que le dessert « Impérial Russe » création de la maison.

En 1886, Cayetano Brenna rachète la confiteria à Constantino Rossi.

    

Photos : Ascenseur du bâtiment en 2018. Escalier en colimaçon du haut de la coupole en 2019.

Elément de décoration à l'angle de la façade de la Confiteria en 2011.

La seconde confiteria del Molino (1905)

En 1904, Brenna achète une petite maison se trouvant juste aux angles de Rivadavia et de Callao, et en 1905 déménage de la calle Rodriguez Peña pour s’y installer. C’est alors un petit immeuble comprenant le salon au rez-de-chaussée surhaussé de deux niveaux abritant des logements.  En 1909, Cayetano Brenna achète le terrain situé sur Callao 32. En 1910, Brenna s’associe avec les frères Juan et Andres Rocatagliatta. En 1911, il achète aussi l’autre terrain situé sur Rivadavia 1815. Son idée est de faire construire un somptueux bâtiment sur la totalité de ces trois terrains pour placer sa nouvelle confiteria et des appartements de rapport en étages. Il confie la construction de son « palais » à l’architecte italien Francesco Teresio Gianotti qui se doit de monter cet imposant édifice sans pour cela devoir fermer l’ancienne. Les travaux s’effectueront donc tout en continuant la fabrication, la dégustation et la commercialisation de ses produits.

    

Photos de 1916, les deux photos latérales pendant la construction. Photo centrale, la Confiteria achevée. 

La construction de la troisième et nouvelle Confiteria (1915-1916)

Le projet est donc confié à un de ses compatriotes, l’architecte Italien Francesco Gianotti en 1915. Cet architecte arrive pour la première fois à Buenos Aires en 1909. Connu dans la ville pour avoir travaillé en 1910 sur un projet de Gaetano Moretti sur le pavillon de l’Italie lors de l’exposition Internationale de Buenos Aires avec un autre architecte Mario Palanti (L’architecte qui construira quelques années plus tard le Palacio Barolo de l’avenida de Mayo). Gianotti repart ensuite en Italie mais revient définitivement à Buenos Aires en 1911 pour s’installer calle Parana au numéro 972. Il se lance alors dans son plus beau projet, la Galeria Guemes (1913-1915). C'est-à-dire que lorsque notre Italien Brena fait appel à Gianotti pour lui demander de dessiner et de construire la plus belle confiteria de la ville en 1915, l’architecte est alors l’une des figures les plus connues de la ville et sa réputation n’est plus à faire. Il passe donc du projet de Galeria Guemes qu’il est en passe de terminer (L’inauguration a lieu en décembre 2015) à celui tout nouveau de la Confiteria del Molino. (1915-1916). Le projet tout comme le chantier est extrêmement rapide. On pense que la conception et les dessins de Gianotti débutent en février 1915, et que le début du chantier intervient en juin 1915. En un peu plus d’un an, le bâtiment est réalisé. La confiteria sera inaugurée le 09 juillet 1916.

L'architecte choisira de surmonter l'ensemble par une coupole accompagnée d’ailes de moulin tournantes en permanence. Cayetano Brenna fait venir toute la décoration de son nouvel établissement d’Italie, portes, 150 m2 de vitraux, marbres, céramique, cristallerie et bronze.

La proximité du Congreso (terminé en 1909) fait que les principaux législateurs y ouvrent un compte. La Confiteria devint rapidement à la fois le lieu de réunion des politiques, de rencontres amoureuses furtives mais aussi le passage obligé des artistes du moment qui y venaient pour voir et y être vus.

Le bâtiment :

Le bâtiment a une structure en béton armé, un matériau encore nouveau à l'époque où il était de mise encore de construire en briques et dalles catalanes. La société allemande GEOPÉ était en charge des travaux, apportant sa connaissance et sa manipulation du matériau, connu à l'époque sous le nom de "Portland Cement" .

Le bâtiment, qui a la forme de base du bâtiment académique typique de Buenos Aires, se compose de deux sous-sols, un rez-de-chaussée et cinq étages. Les salles de fête étaient au coin de la rue et les trois sous-sols abritaient une usine de fabrication complète, une fabrique de glace, des entrepôts, des entrepôts et l'atelier de mécanique. L'enveloppe supérieure a été utilisée pour les maisons et les bureaux. Afin de ne pas interférer avec l'activité de la confiserie, les colonnes de fer ont été placées de manière à supporter le sous-sol et le rez-de-chaussée, et la structure en béton armé qui supporte le reste du bâtiment a été placée dessus. Car ce fut une exigence de Brenna, construire tout en continuant la vente dans l’ancien bâtiment situé en dessous du nouveau chantier.

Sa façade en coin a un développement symétrique et est revêtue de pierre de Paris. Son ornementation fantastique se démarque, avec une influence vénitienne. Le bâtiment présente des mosaïques en opaline, des chapiteaux en bronze et des céramiques en or dans la mansarde.

Au sommet du toit, il y avait des sculptures allégoriques qui rendaient hommage aux provinces argentines.

Les lames d'un moulin de fantaisie sont encore visibles devant et juste au-dessus se dresse l'imposant dôme de la flèche, qui a été fermé avec des vitraux Art Nouveau multicolores.

Bien que la composition du bâtiment soit conforme, à la fois dans les plans et les façades, à l'ordre traditionnel, sa décoration est innovante pour l'époque, combinant des céramiques colorées dans la tour, des vitraux, des verrières en fer et en verre et des ornements en bronze dans les vitraux, et à l'intérieur des salles, donnant au complexe (selon les mots de l'architecte Federico Ortiz), un air festif et joyeux.

Photo aérienne de la Plaza Congreso en 1920. La cofiteria del Molino est entouré.

   

L’Age d'Or :

Quelques clients habituels : Alfredo Palacios qui demandait toujours un cognac et un café avec des croissants, Carlos Gardel qui y venait souvent et qui demanda un jour à Brenna de composer un nouveau dessert pour le servir à son ami Irineo Leguisamo (c’est ainsi que fut inventé ''el Leguisamo »), Lisandro de la Torre, Leopoldo Lugones, le tenor Tito Schipa (grand amateur de champagne), la soprano Lili Pons, Niní Marshall, Libertad Lamarque et Eva Perón (Thé avec petits fours). D’autres célébrités tels que Oliverio Girondo écrira : "Las chicas de Flores tienen los ojos dulces, como las almendras azucaradas de la Confitería del Molino", ou l’écrivain et journaliste Roberto Arlt qui relata dans le journal “Aguafuertes Porteñas”, l’anecdote burlesque du franc-tireur qui se réfugiât dans la confiteria lors de la révolution de 1930. Il faut dire que pendant ces événements, les troupes de Uriburu passant sur Callao pensèrent qu’il y avait de nombreux francs-tireurs cachés dans la Confiteria et commencèrent à tirer sur les façades et y mirent le feu. Il fallut attendre quelques mois de travaux pour le rouvrir le 12 octobre 1931.

L’immeuble est à classer dans le style architectural antiacadémique qu’est l’Art Nouveau (Bien que déjà révolu en Europe pour cette époque). Tous les services son ultra moderne dans la conception d’un salon en ce début du XXème siècle. Salon de Réception et de fêtes à l’étage, Confiteria et Bar au rez-de-Chaussée, 2 sous-sols pour la fabrication des pains, pâtisserie, mais aussi usine à fabrique de froid pour élaborer les glaces, cave à vin, et même atelier mécanique pour pouvoir entretenir tout le matériel sur place. A partir du deuxième étage et jusque sous les toits, appartements et bureaux en location.

Photo : La flèche de la Confiteria del Molino. 25 juillet 2019.

Le déclin :

En 1938, la mort de Brenna entraîne la fin de l’époque dorée de la Confiteria, Renato Varesse prend la gérence du lieu jusqu’en 1950 et sera accompagné par le pâtissier Antonio Armentano jusqu’en 1978, date à laquelle le pâtissier vendra Le Molino, murs et enseigne a un groupe d’actionnaires qui dès 1979 fera faillite.

Entre 1979 et 1997, La confiteria résista, bon an mal an, aux aléas des crises grâce aux petits enfants de Cayetano Brenna qui voulurent sauver le lieu. Mais le 23 février 1997, les portes de la Confiteria del Molino fermèrent définitivement ses portes après 137 ans de présence dans le quartier.

Le 24 octobre 1997, le bâtiment de la confiteria del Molino est classé monument historique. Aujourd’hui La confiteria del Molino est incluse dans le patrimoine international de l’Art Nouveau de l’Unesco.

Depuis sa fermeture, les crises économiques ont touché durement l’Argentine (celle de 1998, puis celle de 2001-2002) et ne permirent à personne de pouvoir proposer un projet viable quant à la sauvegarde du patrimoine, d’une rénovation de l’ensemble de l’immeuble et d’une réouverture de la confiteria.

En 2004, on a cru un temps que le moment était arrivé de voir de nouveau les portes de la confiteria ouvrir avec l’élaboration d’un projet d’hôtel, mais ce projet est tombé à l’eau une fois de plus. 

Le grand problème qui se posait dans ces années 2000-2010 était de savoir réellement a qui appartenait le bâtiment, de nombreuses familles s’affrontaient chacune avec de très bons avocats. En attendant le bâtiment s’effritait, prenait l’eau, le second sous-sol fut inondé, et il fallut même démonter en toute hâte des vitraux de la coupole de la tour qui risquaient de s’écraser sur les passants.

Photo : Début de la rénovation du salon du premier étage. Photo : 12 avril 2019.

Le renouveau :

Si depuis 2018, grâce à l’expropriation et l’achat par la Nation du bâtiment et aux débloquements des fonds, les travaux de restaurations ont commencé, c’est aussi la préservation du patrimoine gastronomique qui s’est mis en place. En effet le nouveau projet comprend aussi la récupération des anciennes recettes de confiserie, celles qui ont rendu la confiteria célèbre et ont renforcé l'identité du lieu. Pour cela, les historiens interrogeront les anciens employés gastronomiques.

On parle aussi de réserver (en 2020) une partie de la confiteria à un petit musée retraçant les époques les plus représentatives des lieux. 

Comme le bâtiment appartient aujourd’hui au Congreso de la Nacion, on s’attend peut être que les étages supérieurs soient occupés par des services lui appartenant.

Depuis 2018, les travaux de rénovation ont commencé, puis en 2019, pour montrer l’avancement  de ceux-ci, quelques journées portes ouvertes ont eu lieu pour différents motifs et c’est une foule considérable de porteños qui se sont à chaque fois présentés par curiosité, et aussi par fierté car ce « molino » est aujourd’hui une sorte d’emblème de retrouver avec nostalgie l’ancienne époque dorée du pays. Personne n’est capable de donner avec exactitude la date de la fin des travaux, surtout en mars 2020 avec l’arrivée du corona qui a stoppé net la bonne marche du projet. Il ne faut donc surtout pas désespérer, il est certain que tôt ou tard la « Confiteria del Molino » va rouvrir, on en fait maintenant une affaire de principe !  

Photo : Début des travaux de rénovation du salon du premier étage. 21 août 2018.

Les conseils du Petit Hergé :

Que vous soyez dans le quartier de Balvanera ou de Montserrat, vous ne pouvez pas la rater, de plus en suivant l’Avenida de Mayo vous arrivez sur la Plaza Congreso et donc le « Molino » devient forcément un point de repère avant de bifurquer vers le quartier de Recoleta. En attendant sa réouverture, vous avez tout de même de bonnes autres adresse dans un rayon de 200 m autour pour profiter des pâtisseries comme celle du café de los Angelitos, du Bar Victoria, ou un peu plus moderne, le Bar Casablanca, si vous cherchez une pizza et une torta de Ricota surtout n’hésitez pas à entrer à la Americana, et si vous chercher un cadre un peu plus 1900 c’est le bar Tropezon qu’il vous faut. Au fil des mois, la façade commence à se dégager, et les toits commencent de nouveau à briller. La trame la plus propre est celle donnant sur la avenida Rivadavia. En semaine, vous voyez au premier étage transformé en atelier, tous les artistes, les ébénistes, les stucqueurs, les céramistes, peintres et autres artistes s’affairant à leurs taches.

Comme toujours si vous désirez profiter d’une visite pour découvrir le quartier et le bâtiment, prenez contact avec moi sur : petitherge@hotmail.com

Photo : Remise en place des ardoises de la fleche de la Confiteria. 2019.

A visiter aussi dans le quartier de Balvanera :

      


 

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commentaires

Gilles 24/05/2009 12:26

Mhh j'en ai l'eau à la boucheC'est à deux pas de chez toi... j'espere que tu as pu y aller avant la fermeture.Ciao

Le Petit Hergé 24/05/2009 17:44


Bonjour Gilles,

En effet, je me souviens y être allé plusieurs fois entre 1994 et 1996, c'est en effet à deux pas de chez moi, et il y avait une ambiance tres rétro à l'intérieur !
Il faut esperer que ce lieu revive, le même cas s'était présenté pour la Confiteria Las Violetas, et celle ci est aujourd'hui dynamique et pleine de vie ! A bientot Gilles !


Echecs 24/05/2009 08:39

Merci pour ce dépaysement.Yves 

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