Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 22:00

Mise à jour : 03 mai 2012.

nullLa Plaza Lorea :

Le 30 septembre 1908 est décidé par la loi 6286 de créer un parc en face du nouveau projet du Palais Législatif du Congrès (Congreso). C’est la mort de la Plaza Lorea qui fut englobée dans le nouveau projet. Mais quelle était cette place ? Existe-t-elle encore ? Aujourd’hui on se sent un peu seul au centre de l’énorme plaza Congreso, mais il y a encore un peu plus d’un siècle, au même endroit une petite place qui se nommait Plaza Lorea grouillait de commerçants, de mauvais garçons et de soldats.

 

Infographie : le seul vestige de la Place, le Teatro Liceo.

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Un certain Isidro Lorea :

En 1782, Isidro Lorea, espagnol originaire de Biscaye, charpentier et ébéniste achète (alors) en dehors de la ville, un terrain de 2 hectares pour installer ses ateliers. Son terrain est alors délimité par les rues Pazos (actuelle San Jose), Maderna (Actuelle Cevallos), De las Torres (Actuelle Rivadavia), et Del Cabildo (Actuelle H. de Yrigoyen). On dénommait alors ce terrain comme Hueco del Mercado de la Piedad. Isidro Larea une fois installé dans son nouvel atelier, fabrique tables chaises, mais aussi des retables pour l’Eglise de San Ignacio ainsi que pour la Cathédrale. Il y restera vingt cinq ans, avant de mourir durant l’invasion anglaise de la ville en 1807. Peu avant sa mort, il avait donné à la ville son terrain pour que celle-ci installe dessus une place de 70 varas par 140 varas ( 61 m x 122 m) pour qu’elle puisse servir d’arrêt à toutes les charrettes provenant du camino real (Rivadavia) ou de la route de la Tunas (avenida Entre Rios) avant d’entrer en ville. L’unique condition qu’avait demandé Isidro Larea était que cette place porte son nom à perpétuité. Le Vice Roy du Rio de la Plata , le marquis de Sobremonte lui concède après sa mort en 1808 par Résolution du Cabildo.

Plan : Plan de la ville de Buenos Aires en 1872 avec emplacement de la place Lorea. Cliquez pour agrandir.

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Photo : Photo satellite de la Plaza Congreso actuelle. A droite en rose, l'emplacement de l'ancienne Plaza Lorea. A l'extrême gauche, le Palacio Congreso. Cliquez pour agrandir.

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Marché et stationnement de charrettes :

Pendant toute la première moitié du XIXème siècle, la place fut en effet le centre de tous les commerçants entrant et sortant de la ville avec leurs charrettes, charrues, chevaux et bœufs. Qui dit commerçant, dit forcement rapidement un centre d’échange et de commerce qui du centre de la place dans un premier temps va s’installer dans un marché. En effet, le long de la place sur le coté Est, est construit par l’architecte Teofilo Lanus sur deux étages, le « Mercado Modelo » devenu ensuite le « Gran Mercado Modelo ». Sur le coté Ouest, se trouvait aussi un moulin à farine nommé tout simplement « Molino Harinero » appartenant au fils d’un ministre prussien du nom d’Albach. Une anecdote à ce sujet, en 1856, une des premières ascensions en Aérostat par le français Lartes tourne presqu’au tragique quand partant de cette même place, le balon mal gonflé perd de l’altitude et termine en s’écrasant contre les ailes du moulin, le français s’en sort miraculeusement. Il y avait aussi à l’angle des rues Victoria et San Jose et jusqu’en 1849, une des laiteries « Lecheria » les plus importantes de la ville appartenant au basque Norberto Quirno qui concentrait tout le lait venant des pâturages du village de Flores (A 5 km en suivant l’avenida Rivadavia vers l’ouest). De l’autre coté de la place, coté sud, les écuries de la police « Escuadrón de Vigilantes de la Policia a Caballo », avec une caserne de pompier et une prison. En août 1868, est monté le premier réservoir d’eau (dit Tanque Lorea) qui servira à l’alimentation en eau potable toute la ville de Buenos Aires. En Novembre 1871, les premiers réverbères de gaz font leur apparition sur la place. Il faut attendre ensuite 1884, pour que les premières améliorations s’y fassent. On y plante alors des arbres et on y installe des bancs. Pendant donc neuf ans, la place gardera la même physionomie, jusqu’en 1893, où l’avenida de Mayo arrivera à son niveau. A partir de ce moment et jusqu’en 1910 la place mais aussi tout le quartier va subir une modification drastique.

Photo : Une des premieres photos de la place. On est vers 1885, les arbres sont plantés et les bancs sont posés et depuis 17 ans le réservoir d'eau trone au milieu de la place.

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Photo : Quelques années après, la végétation est plus dru. A gauche de la place, le Mercado Modelo, au centre le Tanque de agua Lorea, réservoir à eau de la ville.

 

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La nouvelle Plaza Congreso respecte l’ancienne Plaza Lorea :

Avant même le début du chantier du Palacio Congreso (en 1897), de nombreux projets avait été soumis à la mairie de Buenos Aires, comme celui de Joseph Bouvard qui proposait une place circulaire à partir de laquelle partaient différentes avenues sur le modèle de la place de l’Etoile de Paris.  Mais on revint à des projets plus modestes et ce fut celui du français Charles Thays qui fut retenu. Moins onéreux puisqu’il ne fallait que détruire que deux pâtés de maisons (manzana) en face du futur Congreso et englober l’ancienne Plaza Lorea pour disposer d’une place de plus de 4 hectares dans l’axe de la nouvelle Avenida de Mayo (le percement débute en 1889). A l’origine l’avenida de Mayo devait arriver au pied de la nouvelle construction du Congreso, mais quand le chantier du percement de l’avenida de Mayo arrive au niveau de la plaza Lorea en octobre 1893, les habitants de la place font une pétition pour que la nouvelle avenue ne détruise pas leur place et passe sur son coté et non en son centre.

Plan : On voit bien à droite l'arrivée de l'Avenida de Mayo qui se courbe pour relier l'avenida Rivadavia. Aujourd'hui la Plaza Lorea se réduit à la partie en haut à droite du plan. Cliquez pour agrandir.

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Photos : A droite comme à gauche, la statue de Mariano Moreno. A gauche en 1910, à droite aujourd'hui.

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Photos : Même vue à un an d'écart. A gauche, on voit encore les écuries de la Police donnant sur la place Lorea. une partie est déjà démolie. L'arbre au premier plan se situe sur la Plaza Lorea. Photo de droite : L'arbre est toujours là, mais il ne reste plus un seul batiment sur la future place Congreso. Nous sommes vraisemblablement entre les deux photos entre fin 1908 à gauche, et fin 1909 à droite. 

1908 – 1910 Destruction d’un quartier pour la création de la Plaza Congreso :

Les autorités de la ville exproprièrent en 1908 les deux pâtés de maisons compris entre la plaza Lorea et l’avenida Entre Rios. Le quartier et les habitudes de ses habitants en furent bousculés, car voila bien un siècle que certains commerces fonctionnaient. On trouvait ainsi la Casa Mirador du Colonel Domingo Bosch (A l’angle de Rivadavia et Entre Rios), Le collège Condorcet (comme à Paris) à l’angle de Entre Rios et Yrigoyen, la première confiteria del Molino (angle Rodriguez Peña et Rivadavia) nommé ainsi en raison de la proximité du Molino Harinero. Il y avait aussi un cirque du nom de Buckingham Palace (sur Irigoyen et Solis). Tous ces bâtiments et lieux faisaient partis du quotidien des habitants du quartier et en quelques mois (1908-1910) les virent détruire. C’est ainsi que la Confiteria Entre Rios accolée au Collège Condorcet tout comme le Bazar portant le drôle de nom de « Bikini » toujours sur Entre Rios furent détruits au plus vite. Il fallait aller le plus rapidement possible pour être fin prêt pour les fêtes du centenaire de l’Argentine de mai 1910. Les grabats des démolitions à peine levés de la place étaient remplacés par des monticules de terres végétales à étaler au plus vite, d’arbustes à planter, de bancs, de fontaines et de sculpture à placer. Le tout seulement en quelques mois.

L’endroit peut être le plus historiquement significatif, sur la calle Irigoyen juste en face de l’écurie de la police était la Casa de Carmen Varela, nommé aussi « l’Academia », en fait d’académie disons tout simplement un « peringundin » comme on dit en « lunfardo » pour ne pas dire un bal à la moralité plus que douteuse où on venait plus s’y perdre qu’y chercher quelque chose. On dit que les pianistes des lieux furent les premiers à y jouer du tango (alors tellement marginal). En 1876 sur la place, à l’angle de la calle Rivadavia et Parana se lève le théâtre, qui est aujourd’hui le plus ancien de Buenos Aires. Il se nomme Teatro Eldorado, puis changea de nombreuse fois de noms, Teatro Goldoni, Progreso, Moderno, Rivadavia et enfin Liceo comme aujourd’hui.

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Photo : Vue prise des toits du Congreso. Carte postale de 1916, on y voit en jaune l'emplacement de la Plaza Lorea. L'axe de l'avenida de Mayo, avec l'obélisque de la Plaza de Mayo. Au fond le Rio de la Plata avec les grates ciels porteño du Railway Buiding (1910), de la Galeria Guemes (1915) et de la Inmobiliaria (1910). En bas à gauche, le Teatro Liceo. Cliquez pour agrandir.

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Un théatre, seul vestige de la Plaza Lorea :

La Plaza Lorea bien qu’existant encore officiellement, a en fait été totalement phagocyter par la Plaza Congreso. De l’ensemble des immeubles qui l’ont composé, le seul vestige est l’ancien théâtre Liceo. On peut encore se promener à l’emplacement même de la sculpture du Penseur de Rodin et avec un peu d’imagination, se projeter un peu plus d’un siècle en arrière pour imaginer les commerçants et les habitants se bousculant aux porte du Mercado Modelo.

Photos : Le Teatro Liceo, du temps de la Plaza Lorea autrefois, et aujourd'hui.

A lire dans le Petit Herge :

-  La Galeria Güemes de Buenos Aires : L’édifice Güemes à Buenos Aires, abritant au rez-de-chaussée la Galeria Güemes, est un des premier gratte-ciel de Buenos Aires. Première construction entièrement montée en béton armé dans la ville. L’ensemble fut dessiné et conçu en 1912, commencé en 1913 et inauguré en 1915.  Entièrement rénovée en 2007, c’est une des curiosités à découvrir lors de votre passage à Buenos Aires. Facile d’accès surtout pour tous ceux qui passe sur Florida ou qui sont sur la Plaza de Mayo. Depuis que la façade sur San Martin est toute propre, un régal !... 

- Le Palacio de Congreso de Buenos Aires : Le congrès de la nation, est un monument construit par l’architecte italien Vittorio Meano, à la suite d’un concours d’architecture mis en place à partir de 1895, qu’il a remporté. Le 8 janvier 1896, ce dernier remporte le concours. Lors de ce concours, il faut savoir que 28 projets auront été présentés dont par exemple, celui de Pierre Paul Alfred Massüe (dit Alfredo Massue). Cependant, l’architecte italien meurt en 1898 et c’est l’architecte belge Jules Dormal qui sera en charge de la suite de la construction...

- Cafe de Los Angelitos de Buenos Aires : le « café de los angelitos » anciennement nommé « Bar Rivadavia » fut ouvert en 1890  par l’italien Batista Fazio et était fréquenté à l’époque par les malfrats et les brigands. Il s’agissait d’un bar très modeste au sol en terre battue qui était aussi très souvent le lieu de rendez vous de « payafores » (conteur-chanteur toujours accompagné d’une guitare). Les plus connus étant Gabino Ezeiza, Higuito Cazon et Jose Betinotti. Il faut dire que le quartier était alors très populaire. Des l’ouverture du Palacio de Congreso en 1906 à trois cuadras de là sur Rivadavia, la population change un peu et les mauvais garçons se mêlent à d’autres qui sont les députés et sénateurs...

- Confiteria del Molino de Buenos Aires : La Confiteria del Molino, fait partie des hauts lieux, ou plutôt faisait partie des hauts lieux de la gastronomie et de la pâtisserie de Buenos Aires jusqu’à ce que ses portes ferment définitivement en 1997. Mais ne soyons pas pessimiste, la « confiteria » tout comme l’immeuble qui l’abrite a été classée la même année au patrimoine historique de la ville et ne peut donc disparaître. Pour le moment l’édifice est abandonnée, et tous les 3 ou 4 ans revient sur le devant de la scène un plan et un projet de restauration. L’immeuble est situé aux intersections des avenues Rivadavia et Callao dans le quartier de Congreso, et un symbole de l’architecture Art Nouveau porteño...

Par Le Petit Hergé - Publié dans : 02 - Tourisme - Communauté : Argentine pour tous !
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