Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /Août /2008 22:45
Mise à jour : 30 mai 2010 / 02 mai 2009 / 26 août 2008.

Cine Teatro Ópera


- Adresse :
Avenida Corrientes 860

(Capital Federal) Argentine.
- Quartier : San Nicolás
- Sous Quartier : Micro Centro
- Année : Projet et construction 1935
- Inauguration :
05 août 1936 sous le nom de Gran Teatro Ópera
- Architecte : Albert Bourdon (Belgique).

- Article en relation :

-Teatro Citi ou Ópera (Mai 2010).

Clemente Lococo :

Il est certain qu'au début des années 30, le plus important entrepreneur dans le monde de l'industrie cinématographique porteña est Clemente Lococo qui détient déjà un important réseau de salles en ville. C'est en fait le fondateur de la société de production E.F.A. Il rachète début 1935 (pour 800.000 pesos, une fortune !) sur l'Avenida Corrientes une vieille salle du nom de "Teatro de la Ópera". Il s'agit d'une salle où l'on passe essentiellement des concerts lyriques, d'une architecture italienne (bien que dessinée par l'architecte belge Jules Dormal), dans le style du Teatro Colon. Plus qu'une simple salle, le Vieux Teatro Opera est alors un symbole, c'est la deuxième salle de Buenos Aires, le choix de Clemente Lococo n'est donc pas un hasard, il est au plus haut de sa réussite professionnel et voit en cette acquisition une manière d'exprimer face à ses rivaux son indéniable suprématie dans les affaires.
Aucun bâtiment n'est alors, en Argentine, classé "monument historique" (il faut attendre 1940 pour cela), et la destruction du vieux Buenos Aires est alors de mise, on a soif de modernisme, et le pays est dans les toutes premières puissances mondiales. La ville gagne des buildings là où s'élevaient des bâtiments de type colonial. On trace de nouvelles avenues dans le micro centre : Diagonal Norte, Diagonal Sur, Avenida Corrientes et l'Obélisque, alors bien sur, de vieux bâtiments historiques et quelques églises sautent sous les bulldozers.
1935 : on détruit le vieux Teatro Opera (les travaux de démolition débutent le 29 aout 1935) puisqu'on élargit la calle Corrientes pour la transformer en avenida.

Le vieux Teatro Opera (1872-1935) :

Que dire de cette vielle salle du Teatro Opera qu'on démolit ce 29 aout 1935 ? Je n'ai trouvé que de rares infomations concernant le vieux théatre, et seulement deux photos (dont celle de gauche).

Il a vu le jour le 25 mai 1872 dans alors l'étroite calle Corrientes, le projet était signé Ernest Landois, puis en 1888, son propriétaire Roberto Cano décide de le rénover totalement (pourtant presque tout neuf) et confie les travaux à un autre architecte belge Jules Dormal. En cette fin du XIXème siècle, point de divertissement léger dans ce lieu, une programmation lyrique, classique, opéra et symphonique, en un mot du "sérieux". Le public l'est aussi, du "beau monde" vient s'y presser et on comprend alors pourquoi Roberto Cano ne lésine pas en 1888 à remodeler son théâtre "presque neuf" en du "tout neuf" puisqu'on vote en 1886 la construction de la "concurrence" : le Teatro Colón. Amusant de savoir que le Colón n'a pu être terminé qu'en 1904 justement sous les ordres du même architecte Jules Dormal !
Au début du XXème siècle, 3 salles règnent en maître sur la programmation musicale "sérieuse" : Le Teatro Ópera, Le Teatro Cólon et le Teatro Coliseo. Les saisons se succèdent et au fil du temps le Teatro Colón gagnent des points, plus grand, plus moderne, plus élégant, alors bien sûr dès 1910 la programmation du Teatro Ópera décline, on peut dire qu'a partir des années 20, il y a plus d'opérettes que d'opéras et que le lyrique se fait rare. On n'est plus tres loin du music hall ! Un incendie le ravage en 1929, ce qui permet de le réaménager pour le moderniser (en électricité par exemple), mais ca vie fut courte puisqu'il est mis en vente en 1935.

Photo : Ancien Teatro Opera de l'avenida Corrientes démoli en 1935. 

La constuction du Gran Opera Teatro (1935-1936)



Bien sûr que Clemente Lococo s'est fait plaisir en achetant début 1935 le vieux Teatro Ópera, mais il savait de toute façon que l'intérêt résidait uniquement dans le terrain puisque le vieux bâtiment devait être rasé dans les prochaines années en raison de l'élargissement de l'Avenida Corrientes. Où alors est ce une façon de faire un pied de nez à un quelconque concurrent en se portant acquéreur d'une salle que l'on va conserver que quelques mois. Aura t'il senti une certaine jouissance à faire démolir lui même ce qui avait été le "temple du bon goût" 50 ans auparavant ?
En tout cas, le 29 mars 1935, la première masse s'abat sur la façade et en quelques semaines le bon vieil Opera n'est plus qu'un amas de décombre que les camions viennent charger. Entre mars et septembre 1935, tout est démoli et le terrain est nettoyé.
Clemente Lococo veux édifier et posséder la salle la plus moderne et la plus grande de toute l'Argentine. Il contacte l'architecte belge Albert Bourdon de Dinant (1881-1965) qui est "LE" spécialiste des salles de cinéma et qui a émigré en septembre 1904 à Buenos Aires. (Il a fait ses études à l'Académie royale des Beaux Arts d'Anvers, d'où il est sorti avec son diplôme sous le bras en 1902). Clemente Lococo connait bien l'architecte belge puisqu'il l'a déjà fait travaillé en 1932 une première fois sur une de ses premières salles : Le cinéma Pueyrredon. Après Le Gran Teatro Ópera, Albert Bourdon travaillera encore 9 fois de suite pour Lococo sur des projets de salles de cinéma. Sa dernière étant la modernisation de la vielle salle du Gran Splendid (aujourd'hui Librairie Ateneo) en 1964.
La nouvelle salle du nouveau Cine Teatro Opera est fortement inspirée de la salle du Grand Rex de Paris qui vient d'être inaugurée. Albert Bourdon en rassemble les principales particularités : Grande salle, décors de salle hispano mauresque à la sauce art déco, et faux plafonds de la salle illuminés par des étoiles brillant sous un ciel légèrement nuageux. Comme pour la grande salle de Paris, on veux faire croire au public, qu'il assiste à une projection en plein air !
Pendant la construction, on ne perd pas de temps. A partir d'octobre 1935, les fondations sont faites et on fait travailler les ouvriers en trois "8" samedi, dimanche et fêtes ! C'est qu'il est pressé Clemente Lococo ! Il sait très bien qu'il va avoir un concurrent sérieux en face de son futur palais, juste de l'autre coté de l'avenida Corrientes sur le trottoir impair, le futur Gran rex de Buenos Aires ! Alors bien sur il faut finir au plus vite, mais aussi il veut prouver qu'il peut monter la salle la plus grande d'Argentine en 6 mois ! Une sorte de "chalenge" dans le "chalenge". Il le voulait prêt pour mars 1936 son Ópera, il l'aura terminé en juin 1936, mais qu'importe, 9 mois pour monter un monstre, c'est déjà hallucinant ! Août 36, c'est l'inauguration !
 
L'inauguration du Gran Opera Teatro (Août 1936)



Le soir du 07 août 1936, le Teatro Gran Opera est inauguré avec le film américain "Show Boat" traduit en espagnol "El Ensueño del Misisipi" réalisé par James Whale avec Irene Dunne et Paul Robeson. La soirée d'inauguration fut organisée par une association caritative dirigée par Adelia Harilao de Olmos. Les 2500 invitations furent envoyées aux personalités les plus connus du monde politique, économique et artistique. C'est ainsi que de nombreux députés et sénateurs entourèrent le président de la République Argentine Agustín P. Justo ainsi que le gouverneur de la province de Buenos Aires,  Fresco, qui occupa avec ses propres invités toute la premiere file du super pullman au premier balcon. Autre film à l'affiche la même semaine . les Temps Modernes de Charlie Chaplin. (Le film n'a pu etre projeté en premiere au Teatro Opera car il est sorti le 14 mai 1936.

Photo : Foyer du Cine Tetaro Ópera, mélange d'art déco et de style Paquebot. Photo 2006. 

L'architecte Albert Bourdon est aussi l'auteur des salles à Buenos Aires du Cataluña, du Roca et du Pueyrredón. Il a aussi travaillé en province à la Plata, à Mar del Plata, San Juan, Mendoza et Salta.


Photos : A l'origine, la façade ne possédait pas d'echafaudages métaliques pour installer les panneaux des spectacles. A gauche : façade, foyer, salle et escalier en 1936. Plans originaux : Sous sol, rez de chaussée, pullman et super pullman. A droite : Certainement une des première photo du Cine Teatro Opera en 1936 juste après son ouverture.

Photo : Journal porteño de 1935 annonçant le début du chantier du "Gran Teatro Ópera"sous le contrôle de l'architecte belge Albert(o) Bourdon.

Le modernisme des années 30
Lorsque la salle est inaugurée en 1936, elle est à la pointe de la technologie et du modernisme pour l'époque, autant sur le point des services offerts au public, que sur l'infrastructure technique mis à la disposition des spectacles. La salle dispose de 2.500 places et dispose d'un écran de cinéma rétractable le plus large de tout le pays. Pour les spectacles, la fosse d'orchestre est mobile et s'enfonce dans les sous sols. Coté public, il pouvait dès 1936 profiter de l'air conditionné en été, de téléphones dans le hall d'accueil, mais aussi d'une nursery pour y laisser leurs bambins durant la soirée. Le complexe possédait aussi en sous sol un mini ciné pour séance privé le "Petit Ópera". Le Teatro Ópera est pourtant vite dépassé par un autre "gros monstre" dès l'année suivante en 1937, en face de lui sur l'autre trottoir de l'avenida Corrientes, s'implante le Gran Rex qui le dépasse par son gigantisme.

Photo : Il aura 37,50 m de haut annonce le journal. On prévoit l'inauguration en mars 1936. En fait les travaux auront un peu de retard et il sera inauguré le 05 aout 1936.

 

Photos : A Gauche : Coupe longitudinale sur l'entrée donnant sur l'avenida Corrientes. A droite : l'Avenida Corrientes et le Teatro Opera dans les années 40. A la gauche du Teatro Opera, le Cine Teatro Porteño (Corrientes 846) qui n'existe plus (remplacé dans les années 60 par immeuble de bureau), à la droite du Teatro Opera, immeuble d'habitation de deux étages et boutique Parker. Ce petit immeuble aujourd'hui est aussi détruit et remplacé par immeuble de bureau datant des années 60. Pour agrandir les photos, cliquez dessus !

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Modernisation 1998 - 1999 et l'affaire Citibank en 2010 : 
 

Entre mai et novembre 1998, des travaux de modernisation ont eu lieu pour agrandir la scène afin d'offrir des comédies musicales, le théatre a du rester fermé 6 mois. Les travaux sont confiés aux architectes Gloria Roberts et Ricardo Gilardi. On réduit la capacité de la salle (on passe de 2.500 places à 1852 places) pour agrandir la scéne, et on démolit malheureusement les décors muraux ainsi que le ciel étoilé.

En mars 2010, Citibank entreprend de rénover la salle et reçoit en contrepartie par la société propriétaire de la salle T4F une concession de trois ans pour nommer la salle "Teatro Citi". Le public porteño refuse cette decision et la pression médiatique permet de "sauver" la dénomination "Opera" de la salle. En mai 2010, finalement le choix est fait sur l'appelation "Citi Opera". Lire article : Une opération marketing qui tourne au fiasco.  

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Les conseils du Petit Hergé :

Il n'y a pas de visite prévue pour découvrir le Cine Teatro Ópera, mais rien ne vous empêche de vous offrir un spectacle pour aller y jeter un coup d'oeil un soir. Même si vous ne comprenez pas un mot d'espagnol, allez tout de même y trainer vos pieds l'après midi pour voir si un des spectacles peu vous intéresser. Le Teatro Opera propose surtout toute l'année des comédies musicales ou des spectacles de chanteurs ou de groupes confirmés. Un mélange entre le Palais des Congres de Paris et l'Olympia. Le prix des places débutent en général autour de 50 à 60 ARS (2008). De plus la rotation des spectacles est rapide entre 1 soirée et 5 soirées, souvent aussi des "matinées" vers 15h ou 16h pour "artistes débutants" ou musique classique ou folklorique. Pour ces matinées les prix sont ridiculement bas et quelquefois l'entrée est gratuite.

 

Infographie : Les deux plans de repartissement des places du Teatro Opera de Buenos Aires (2010).

A droite, l'orchestre est composé de deux parties : Platea Preferencial (en général le plus cher), et Platea Comun.

A gauche, au balcon, les meilleures places : Platea Alta, puis Super Pullman 1 et 2, et enfin Pullman 1 et 2 (où on ne voit plus grand chose !)

Les liens en relation avec le sujet :


- Site web sur Albert Bourdon (en anglais)

Photo : Avenida Corrientes au début des années 50. Les deux immeubles encadrant le Teatro Opera ont depuis été détruits (dont le "Teatro Porteño").

Par Le Petit Hergé - Publié dans : 6H - Architecture & Architecte - Communauté : Argentine
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