Mise à jour : 04 février 2026. #Actualité. #Histoire. #Musée

 

 

La polémique autour du sabre de San Martin

 

Le samedi 7 février 2026, le sabre courbe utilisé par le général José de San Martín lors de ses combats pour l'indépendance sera remis au Régiment de cavalerie des Grenadiers. Conformément au décret de Javier Milei signé le 03 février 2026, une cérémonie se tiendra au Champ de Gloire, à San Lorenzo, dans la province de Santa Fe (juste au nord de la ville de Rosario).

Cet événement commémoratif et les adieux à cette arme emblématique de l'histoire argentine ont suscité un regain d'intérêt pour son origine et les circonstances de son don au Musée historique national (situé à San Telmo) par la fille de Juan Manuel de Rosas.

La passation de pouvoir aura lieu après la cérémonie commémorative du 213e anniversaire de la bataille de San Lorenzo, qui se tiendra dans la municipalité du même nom.

Selon les autorités locales, le président a été officiellement invité à participer à l'événement et remettra le sabre à ses nouveaux détenteurs. Le sabre courbe sera transporté ensuite au régiment de grenadiers, situé au cœur du quartier de Palermo.

Une vive polémique politique a suivi cette décision qui dépasse le simple cadre administratif et touche l'identité historique argentine.

Alors simple tempête dans un verre d’eau ?

 

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Photo : Le général San Martin sabre au clair.  

 

Jose de San Martin, le héros national par excellence :

 

En 1811, José de San Martín acquit le sabre courbe dans une boutique londonienne. Dans un contexte turbulent en Europe et dans les colonies espagnoles d'Amérique, il savait qu'il en ferait bon usage.

De retour dans le Rio de la Plata (en 1812) il fut le premier à introduire cette arme en Amérique du Sud. Populaire dans l'Ancien Monde, elle était dotée d'une lame en acier de Damas, à la fois robuste et flexible. De plus, sa poignée était remarquable : elle était en bois d'ébène, son fourreau était recouvert de cuir et ses garnitures étaient en bronze.

Selon le Musée historique national, après avoir achevé sa campagne de libération (1817-1822), San Martín revint du Pérou, laissant à Simón Bolívar la tâche de poursuivre l'expulsion des Espagnols du sous-continent. Il emporta avec lui le sabre courbe qui avait mis fin à la présence coloniale espagnole au sud du continent.

Elle resta en possession du Général jusqu'en 1824, date à laquelle il dut s'exiler en France et fut confié aux soins de Doña Josefa Ruiz Huidobro à Mendoza.

Ce n'est qu'en 1837, lors d'un voyage en Argentine de sa fille Mercedes et de son époux, Mariano Balcarce, que San Martín leur demanda de rapporter cette précieuse arme. « Rapportez mon sabre courbe, qui m'a servi dans toutes les campagnes d'Amérique et qui servira à un petit-fils, si j'en ai un », écrivit-il alors dans une lettre.

D'après les témoignages de nombreux visiteurs, le "Libérateur" de l'Amérique accordait une place d'honneur à son sabre dans sa demeure parisienne puis celle de Boulogne sur Mer. Il y occupait un emplacement stratégique et prestigieux.

Le 23 janvier 1844, sa santé déclinante, il rédigea son testament et précisa à qui il devait être légué.

« Le sabre qui m'a accompagné durant toute la Guerre d'Indépendance de l'Amérique du Sud sera donné au Général de la République argentine, Don Juan Manuel de Rosas, en témoignage de la satisfaction que j'ai éprouvée, en tant qu'Argentin, en constatant la fermeté avec laquelle il a défendu l'honneur de la République face aux prétentions injustes des étrangers qui cherchaient à l'humilier », déclara-t-il.

Le Libérateur prit cette décision dans son testament de 1844, inspiré par la fermeté avec laquelle Rosas avait affronté les interventions de la France et de l'Angleterre lors du blocus franco-britannique (1839-1841) du Río de la Plata.

San Martín estimait que Rosas avait défendu l'honneur et la dignité de la Confédération argentine contre les prétentions des puissances européennes.

 

 

Photo : Juan Manuel Rosas.

 

Le sabre aux mains de Rosas :

Conformément à ses souhaits, le 17 août 1850, le sabre courbe parvint entre les mains de Rosas, grâce au transport sécurisé organisé par Balcarce.

Les archives historiques indiquent qu'à la réception de ce présent, il le conserva comme une relique : il le plaça dans un coffre dont le couvercle était orné d'une plaque de bronze gravée de la fameuse clause testamentaire.

À la fin du mandat de Rosas et de son exil (en 1852) subséquent à Southampton, en Angleterre, Rosas emporta avec lui l'épée de San Martín et, dans le but de définir qui en serait le nouveau propriétaire après sa mort, rédigea un testament dans lequel il ordonnait que sa fille Manuela Rosas et son gendre, Máximo Terrero, en prennent la charge.

En 1877, Rosas décède et l'arme est de nouveau déplacée, cette fois à Londres, où Manuela la conserve précieusement jusqu'en 1896.

Après plusieurs démarches et à l'occasion de l'inauguration du Musée national d'histoire (créé en 1889), elle en fait don à l'État comme « monument de gloire pour l'Argentine », afin de perpétuer le souvenir et le combat de José de San Martín pour les générations futures. Le 4 mars de l'année suivante (1897), elle intègre les collections du musée.

Le sabre du Libérateur et le drapeau de Macha, l'un des deux ayant appartenu à l'armée de Manuel Belgrano et découvert en 1883, sont les deux pièces les plus précieuses du Musée historique national.

D’ailleurs le public vient au musée précisément pour admirer ces deux pièces originales, le sabre étant placé sous la garde permanente des Grenadiers (Granaderos).

 

 

Photo : Le musée historique national situé à San Telmo. 

 

Les deux vols du sabre courbe et sa restitution aux grenadiers

Avec le sabre courbe de San Martín exposé au musée, l'héritage du « Libertador » fut transmis à tous ceux qui s'intéressaient à ses origines et à ses luttes patriotiques.

Son emplacement fut fixé par Manuelita Rosas, et il y demeura jusqu'à ce qu’en 1963 et 1965, deux groupes armés péronistes (alors clandestins), démantelés par la suite, aient volé le sabre dans l'intention de l'apporter à Juan Domingo Perón à sa résidence de Puerta de Hierro, à Madrid, en Espagne.

Il fut récupéré à chaque fois et restitué à sa place légitime.

Le vol du sabre de San Martín entraîna la démission du directeur du Musée historique, le capitaine Humberto Burzio.

Après le second vol, par un décret de Juan Carlos Onganía (1966-1970), dont le coup d'État avait renversé le président démocratique Arturo Illia, il fut ordonné en 1967 que le sabre de San Martín soit placé sous la garde des Grenadiers. Il resta en possession des grenadiers jusqu'en 2015.

 

 

Photo : Le général San Martin à différentes étapes de sa vie. 

 

2014 : Exposition temporaire de San Martin au Musée Historique National 

En 2014, le Musée historique a accueilli l'exposition « San Martín, bien plus qu'un héros national ». Bien que sous la garde des « Granaderos », pour la première fois depuis 1967, le sabre revint au Musée.

L'exposition était organisée conjointement par l'Institut San Martín, le Musée historique, le Musée d'Udaondo et les Grenadiers, qui ont apporté le sabre. Elle a duré dix semaines, et le sabre était exposé du mardi au samedi, sous la garde des Grenadiers.

Certains directeurs du musée ont exigé la restitution de la collection San Martín au Musée historique, à l'exception du sabre. Ce fut notamment le cas de feu Juan José Cresto, ancien directeur, qui avait même rendu sa demande publique.

Le spectacle était très impressionnant, avec la présence renouvelée des grenadiers qui gardaient le sabre et se relayaient pour assurer la garde.

 

 

Photo : Le 25 mai 2015, Cristina Kirchner par décret repasse le sabre de San Martin sous la garde de du Musée Historique National.

  

2015 : Retour officiel du sabre au Musée Historico Nacional (MHN)

En 2015, le musée a demandé à la présidente de l'époque, Cristina Fernández de Kirchner, la restitution du sabre courbe à sa collection.

Un décret a été promulgué, officialisant le retour de cette relique historique dans son lieu d’origine. Selon certaines sources, cette décision a déclenché une vive polémique entre les Grenadiers et le musée historique.

Il s’agit alors d’une décision politique, car le sabre étant parti en 1967 sous la dictature de Ongania pour le confier aux « Granaderos » (donc aux militaires), il fallait donc effacer cette décision et rendre le sabre aux autorités civiles et le restituer au musée Historique national.

C’est lors de l'anniversaire  de la « Révolution de Mayo » (25 mai 2015), que le sabre fut restitué au Musée national d'histoire pendant une cérémonie solennelle.

 

 

Photo : Javier Milei nommé grenadier honorifique en 2025

 

2025 : Milei devient « Granaderos » honorifique.

Depuis l’accession de Milei au mandat présidentiel, et argumentant que les mesures de sécurité dans le musée historique sont insuffisantes.

Milei veut faire d’une pierre deux coup : D’une part effacer le geste de Cristina Kirchner de 2015, et d’autre part faire plaisir à l’armée et surtout aux « Granaderos ».

D’ailleurs un possible traitement de faveur présidentiel envers le régiment est envisagé, suite à la nomination de Milei comme grenadier honorifique en 2025. Il fallait renvoyer l’ascenseur.

C’est de suite une levée de bouclier pour contrecarrer la décision de « rendre » le sabre aux « Granaderos »

 

 

Photo : la directrice María Inés Rodríguez Aguilar du MNH donne sa démission. 

 

2026 : Démissions en cascade au Musée National d'Histoire et conflit administratif

L’historienne et directrice María Inés Rodríguez Aguilar a présenté sa démission irrévocable lundi 02 février 2026 suite à l’annonce officielle de la mesure. Elle a justifié son départ en invoquant son « désaccord avec les mesures adoptées par le pouvoir exécutif ».

Dans sa lettre d’adieu, la directrice a écrit : « J’exprime ma profonde gratitude au personnel de l’institution, à son association d’amis, ainsi qu’au sous-secrétaire au Patrimoine culturel et à leurs équipes pour leur générosité et leur engagement durant mon mandat en faveur de la préservation et de la diffusion de notre précieux patrimoine national. »

Le départ de Rodríguez Aguilar nécessiterait la signature de la directrice nationale des musées, María Paula Zingoni (Pro Milei), pour le transfert physique de la relique.

Le gouvernement avait déjà accéléré le départ du précédent directeur, Gabriel Di Meglio, en 2025, en raison de son opposition répétée au transfert de la pièce au ministère de la Défense.

Le sous-secrétariat au patrimoine culturel a dépêché cette semaine un conservateur-restaurateur afin d'évaluer l'état de l'arme avant son transport. L'équipe de conservation du musée dispose déjà d'un rapport technique sur l'état de la pièce.

 

 

Photo : Une des descendante de Manuel de Rosas

 

Actions en justice des descendants et héritiers du sabre

La famille Terrero-Rosas, conseillée par l'ancien ministre des Affaires étrangères Rafael Bielsa (Pro Kirchner), prépare une action en justice pour empêcher le déplacement de ce don historique.

Candelaria Dominguez, descendante de Manuelita Rosas, a publié les détails de ce projet sur la plateforme Revista Anfibia.

L'ancien directeur Rodríguez Aguilar avait auparavant mis en garde les autorités culturelles contre le risque de recours de la part d'autres donateurs privés ou de provinces, compte tenu de ce précédent.

Le secrétaire à la Culture, Leonardo Cifelli (Pro Milei), fait office de témoin dans ce différend, sans s'être pour l'instant exprimé publiquement. Les experts estiment que cette mesure compromet la constitution du patrimoine national de demain.

Le poste de directeur du musée sera ouvert aux candidatures cette année, et Cifelli choisira un candidat parmi une liste restreinte proposée par des spécialistes.

Pourquoi cette version des faits refait-elle surface maintenant ?

En raison de la mesure adoptée par le ministre Federico Sturzenegger (Pro Milei) visant à dissoudre certains instituts historiques, à transformer l’Institut national San Martín en musée, et de l’incertitude quant au sort des collections respectives des institutions qui seront fusionnées en un seul organisme de recherche historique.

Lucía Ezcurra, qui affirme être une descendante directe de Juan Manuel de Rosas, a qualifié le président Milei de « limaçon rancunier » après qu'il ait ordonné le retrait de la relique du Musée national d'histoire.

Ezcurra a insisté sur l'origine et le destin de la relique, soulignant que San Martín lui-même avait offert le sabre à Rosas et que ce sont ses héritiers qui ont décidé d'en faire don au musée pour qu'il soit exposé au public.

Dans ses déclarations, Lucia Ezcurra à aussi qualifié le président d’« adolescent égocentrique » et de « ver aigri », l'accusant de haïr Rosas.

Selon Ezcurra, le conflit s'est envenimé après que le musée ait refusé d'autoriser Milei à utiliser le sabre lors de cérémonies officielles, ce qui aurait conduit au limogeage du directeur de l'institution et au décret ordonnant le retrait de la pièce de l'établissement.

 

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