24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 00:57

Mise à jour : 23 juin 2010.

nullPeupler Ushuaia au plus vite :  

 

Au milieu des années 60, le gouvernement argentin est confronté au problème de devoir impérativement peupler la Terre de Feu. Face à la grande ville chilienne de Punta Arenas qui compte 50.000 habitants, les 4.470 habitants d’Ushuaia ne pèsent pas lourd ! De plus sur les 8.000 habitants du Territoire Argentin de la Terre de Feu, 75 % sont chiliens ! Il faut se rendre à l’évidence que la partie argentine de la Grande Ile de la Terre de Feu est de moins en moins argentine depuis la fermeture du « Presidio » pénitencier.

Dans les années 50 et 60, la méfiance à l’égard du voisin ne fait que s’accroitre : Le Chili !  Vous savez, le pays qui veut « nous voler » la Patagonie ! Donc il faut occuper le territoire et surtout peupler d’argentins ce désert humain !

Si vous n'avez pas lu la première partie : Ushuaia (1869 - 1965).

Photo : Avenida San Martin à Ushuaia sous la neige en 2008. 

 Cinquième période : Ushuaia Loi 19.640. (1966 -1990)

Le recensement de 1966 relève 4.470 habitants à Ushuaia et 3.840 habitants à Rio Gallegos, la seconde ville du Territoire. 8.000 habitants en tout et pour tout pour une province grande comme Le Salvador ou Haïti ! Dans la région, la ville chilienne de Punta Arenas s’est accrue pendant la première moitié du XXème siècle d’une manière considérable et devient un grand port, Ushuaia reste un patelin mal desservi par les liaisons maritimes. En 1900, on compte 900 habitants à Punta Arenas pour 300 à Ushuaia, et en 1915, soit quinze ans plus tard grâce à la découverte d’or, il y a déjà 5.000 habitants dans la ville chilienne alors que la population d’Ushuaia n’a que faiblement grossie. Dans un bouquin datant de 1928 que j’ai pu dénicher, il est dit que la principale liaison maritime partant d’Ushuaia est celle qui relie la ville chilienne de Punta Arenas ! Au moins deux vapeurs par semaine pour aller à Punta Arenas, alors que pour se rendre dans n’importe quel autre port argentin (celui de Rio Gallegos par exemple), il n’y a que quelques bateaux de la marine argentine par mois.

Début des années 60, Ushuaia dépend économiquement et logistiquement de Punta Arenas avec une population majoritairement chilienne. En 1965, Punta Arenas est déjà une ville industrielle, portuaire, pétrolière de 50.000 âmes (en 1945 on y découvre du pétrole, donc gros boom démographique et industrielle dans les années 50).  Alors qu’Ushuaia est toujours un patelin perdu à moitié abandonné comptant 4.500 habitants. Il fallait réagir !

Mais voilà ! Comment rendre viable un village qui n’a aucun attrait spécifique dans son sol ? Aucun intérêt agricole, un élevage centré uniquement sur le mouton, très peu pèche, aucune industrie, une population faible et peu instruite et de plus chilienne, une histoire trop récente et qui est loin de tout ? Réponse : Par de la propagande et des avantages fiscaux ! Pour le bien de la Patrie, L’Argentine s’étendra de « La Quiaca à Ushuaia »

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Photo : La Calle San Martin et angle 25 de Mayo en 1977 (Photo : Maria Elena Spinato). En 1977 : 10.000 habitants.

 

nullLes deux axes sont le

tourisme et l’industrie.

 

Pour les services et l’industrie, le gouvernement met en application la loi nº 19.640 en 1972 (puis réactualisée à plusieurs reprise dans les années 90) pour aider les entreprises à s’installer dans la province (encore simple Territoire à l’époque). Pas d’impôts, pas de TVA, des aides de tout type, une sorte de zone franche grande comme la province. Bref, un paradis fiscal sans un seul impôt. Le seul handicap est ensuite de faire acheminer tout ce qui est produit sur Buenos Aires pour y être vendu, et c’est loin ! Le gouvernement argentin avait pris exemple sur le Brésil qui quelques années auparavant (en 1967) avait mis en place la zone franche de Manaus. Le plan brésilien avait l'air de fonctionner alors on voulait l'appliquer en Terre de Feu !

Pour ce qui est du tourisme, à partir du milieu des années 60, le gouvernement met en place toute une politique d’aide pour installer hôtellerie, modernisation du port, piste d’atterrissage (aujourd’hui actuel aéroclub de Ushuaia), route RN3 tracée entre Ushuaia et Rio Grande déjà existante, élargie et asphaltée au moins dans ses premiers kilomètres au départ des deux villes (En 2010, la route vient d’être enfin terminée !).

En 1966, on inaugure le premier hôtel (digne de ce nom), l’Hotel Albatros. Il brule en 1982, mais on le remet sur pied. La télévision arrive en 1967, un centre multi-sport est ouvert en 1971 et les premiers immeubles d’habitations sortent de terre en 1972. En 1973, l'école de ski est créée. Premier vol d'un boeing 737 sur Ushuaia en 1974. Quelques périodes de grande tension dans la relation entre l’Argentine et le Chili ont fait qu’Ushuaia a vécu quasi dans un état de conflit. La première fois durant le Noël 1978 pour une histoire de souveraineté sur les iles Picton, Lennox et Nueva qui finalement finiront par devenir chiliennes en 1984, et une seconde fois en 1982 durant la guerre des Malouines.

En 1983, au retour de la démocratie, il y avait sur tout le territoire une bonne centaine d'entreprise, qui avait ramené de Buenos Aires, 6.000 ouvriers. La plupart des sociétés produisaient des articles électroniques, téléviseurs, autoradios. D'autres sociétés productrices de textile et de plastique s'installèrent à Rio Grande et dans une moindre mesure à Ushuaia. Ce boom dura moins de 10 ans, puisque la loi de convertibilité de l'Austral puis du Peso (1 USD = 1 ARS) en 1991, fit que peu à peu l'Argentine et encore plus la Terre de Feu perdirent leur compétitivité face aux produits d'importations.

 

nullSixième période : La désindustrialisation d’Ushuaia (1991 – 2001)

Avec le manque de compétitivité des industries locales, les sociétés ferment les unes après les autres et les ouvriers se retrouvent sans emploi

En 1995-1996, la moitié des entreprises avaient déjà fermé leurs portes. Le plus gros employeur d'Ushuaia, Aurora-Grundig mit la clef sous la porte en 1997 en licenciant 750 employés. Instabilités, doutes, tensions syndicales, manifestations ont ponctué la vie économique et politique de la province entre 1998 et 2002.

Si l’activité industrielle de la ville se dégrade au fil des années 90, l’activité touristique continue de croitre tranquillement. Le peso fort ne rebute pas trop les touristes étrangers à venir voir ce que l’on commence à nommer « La ville du bout du Monde » à grand coup de marketing à l’international. C’est dans ces années où le nombre de touristes étrangers dépasse celui des argentins. Le porteño n’est plus en mesure à la fin des années 90 de se payer des vacances à Ushuaia mais l’européen le peut ! Les hôtels et l’infrastructure de loisir arrivent donc en cette époque de crise interne à se développer bon an mal an. En 1995, on inaugure même en grandes pompes l’aéroport International d’Ushuaia. L’ancien ne pouvait pas recevoir les gros, piste trop courte. Le Boeing 747 peut alors se poser sur le nouvel aéroport. On peut augmenter aussi les liaisons. Aujourd’hui en 2010, jusqu’à 6 allers-retours par jour sur Buenos Aires.

nullSeptième période : Ushuaia S.A. (2002-2010)

Il faut attendre la fin de la convertibilité en décembre 2001, et la fin de la crise fin 2002, pour voir, avec un peso dévalué par 4 par rapport au dollar, un renouveau de l'activité économique de la ville. En février 2004, L'ancien ex Grundid rouvre son usine sous le nom de "Renacer".

Si l’industrie a perdu 10 ans, et qu’à partir de 2002 essaye de se redresser, elle part presque de zéro et la « reconstruction » est lente et difficile. Par contre le tourisme n’a pas connu de « trou », à part la saison 2001-2002 qui a fait fuir à la fois le touriste européen qui ne comprenait pas trop à travers son téléviseur ce qui se passait dans le pays et préférait remettre son voyage en Argentine. Quant à l’argentin (même fortuné), il avait d’autre chat à fouetter que d’avoir la tête à penser aux vacances !

Entre 2002 et 2010, on ne compte plus les ouvertures de nouveaux hôtels, et reconnaitre la créativité de la municipalité d’Ushuaia pour inventer tout type d’évènements touristiques et culturels afin de combler la période creuse (les 6 mois d’hiver). Car en cette première décennie du siècle, le tourisme à définitivement convaincu les autorités de la ville, et elles misent tout dessus au détriment de l’industrie qui est reléguée sur la ville de Rio Grande.

Au niveau de la politique de peuplement, il est indéniable que le gouvernement argentin a totalement réussi sa politique puisqu’en 30 ans (1970-2000), la population a été multipliée par 10 ! 1970 : 6.000 habitants. 1980 : 12.000 habitants. 1991 : 30.000 habitants. 2001 : 46.000. 2004 : 54.000. 2010 : 60.000 habitants.

nullA suivre :

 

Un troisième article est déjà en préparation concernant Ushuaia en 2010

 

Photo : Unité de production d'appareils d'air conditionné à Ushuaia.

Liens sur Ushuaia externes :

 

 

null D'autres articles du Petit Herge :

 

- Tourisme en Argentine.

- Bariloche : Généralités et histoire.

- Bariloche : Que voir en ville ?

- Bariloche : Que voir aux alentours ?

- Villa El Chocón.(Mars 2008).

- Le MNBA de Neuquén.(Mars 2008).

- Généralités sur la province du Chubut.

- Tourisme dans la province du Chubut. (Novembre 2008).

- L'arrivée des baleines à Puerto Piramides.(Mai 2008).

 

Photo : Cellules de l'ancienne prison de Ushuaia

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