Mise à jour : 22 juillet 2026. #Français à Buenos Aires #Média #Balvanera #Tango.

Mathis Reichel, guitare et tango à Buenos Aires

Mathis Reichel 

#29 Les Suisses en Argentine

 

Mathis, la métamorphose : de la Suisse au tango de Buenos Aires

Et si, à 74 ans, on pouvait tout effacer pour renaître à l’autre bout du monde ? C'est le pari fou de Mathis. Ancien professeur de musique à Bâle, ce voyageur au long cours a choisi de troquer le strict "cadrage suisse" contre le chaos vibrant de Buenos Aires. Entre balades à bicyclette dans Balvanera, nuits de tango endiablées et souvenirs de traversées de l'Atlantique à la voile, il nous confie sa magnifique métamorphose. Un témoignage rare sur la liberté, l’âge et le bonheur de recommencer à zéro.

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Vidéo : Entretien avec Mathis Reichel (Juillet 2026). 42 mn

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Au programme de cet entretien :

Dans cet échange de 43 minutes, cliquez directement sur les chronos en bleu pour accéder instantanément au sujet qui vous intéresse :

⏱️ Chapitres de la vidéo :

  • 00:00 – Introduction : Une enfance bâloise
  • 02:10 – Prof de guitare et tango à Bâle
  • 05:11 – École de tango à Bâle et premiers voyages à Buenos Aires en 1996
  • 07:50 – Un passionné de voile et de voyage
  • 09:40 – L'idée de migrer à Buenos Aires
  • 11:22 – Pourquoi venir (tango, guitare, culture et liberté)
  • 14:43 – Mes 3 "despedidas" à Bâle, entre tristesse et joie
  • 17:08 – Je ne regrette pas la Suisse, je revis à Buenos Aires
  • 20:13 – Avoir le temps et profiter de Buenos Aires
  • 23:52 – L'insertion dans la vie quotidienne
  • 27:39 – Premières impressions : Le "Mi amor" de Pocha et la disponibilité des Porteños
  • 29:56 – Buenos Aires, ville solitaire ou ville de la vie ?
  • 31:31 – Buenos Aires : Contrastes sociaux marquants
  • 32:38 – Immensité et infini
  • 33:29 – Le chaos quotidien : S'habituer au rythme local
  • 37:05 "Bahia Blanca" de Carlos Di Sarli à la guitare
  • 38:39 – Conseils pour les Suisses
  • 41:00 – Salutations en bâlois

Chapitre 1 : 

De Bâle à Buenos Aires : les racines musicales d'un Suisse errant

Né à Zurich et grandi à Neuchâtel avant de s'ancrer durablement à Bâle, Mathis porte en lui la rigueur et la culture helvétiques. Issu d'une famille profondément ancrée dans la musique — entre frères flûtistes, sœurs pianistes et ancêtre compositeur —, il s'est naturellement tourné vers sa vocation. Toute sa vie durant, il a exercé comme professeur de guitare, enseignant au lycée de Liestal ou à l'école de musique de Muttenz, soutenu par un savant mélange de financements publics et privés. Mais derrière cette apparente tranquillité académique se cachait un esprit insatiable, déjà tourné vers l'ailleurs. Aventurier dans l'âme, il ne s'est pas contenté de la terre ferme : il a aussi dompté les océans, menant de longues années de navigation et accomplissant même une traversée épique de Tenerife jusqu'aux Caraïbes à bord d'un voilier de cinquante mètres. Pourtant, après avoir effleuré le rêve de vivre sur les flots, c'est une autre partition qui finira par l'appeler. À quarante ans, en plein cœur de la Suisse, Mathis découvre le tango argentin. C'est le début d'une passion dévorante qui ne le quittera plus jamais, transformant peu à peu ses repères et semant en lui la graine d'un exil lointain.

Chapitre 2 :

Le choix de Buenos Aires : entre impératif économique et passion du tango

Pourquoi quitter la quiétude de la Suisse pour s'installer à Buenos Aires à l'automne de sa vie ? La réponse de Mathis est d'une honnêteté désarmante. D'un côté, il y a la réalité implacable des chiffres : la vie en Suisse pèse lourd, et sa pension de retraité trouve ici une terre d'accueil infiniment plus douce pour s'offrir une existence paisible et confortable. De l'autre, il y a l'appel viscéral de la culture argentine. Amoureux fou du tango et de la guitare, il venait déjà explorer la scène musicale locale depuis sa première visite en 1996. Contrairement à ceux qui redoutent le grand saut, Mathis n'a pas hésité à tourner la page de sa vie européenne. À soixante-quatre ans, après avoir cessé toute activité professionnelle, il a mûri ce projet pendant plus d'une décennie avant de sauter le pas. S'installer dans la capitale argentine n'était pas une fuite, mais un alignement parfait entre ses moyens financiers et ses aspirations artistiques. Entre les milongas qu'il arpente plusieurs fois par semaine et sa recherche permanente de nouveaux répertoires guitaristiques, Buenos Aires s'est imposée à lui comme une évidence absolue, le seul port d'attache digne de sa passion.

Chapitre 3 :

La grande métamorphose : renaître à soi à 74 ans

Tourner le dos à ses repères européens demande un courage peu commun, mais pour Mathis, cette décision répondait à un besoin vital de s'alléger du passé. À 74 ans, on a derrière soi une longue route pavée de moments lumineux mais aussi de lourds fardeaux, d'incompréhensions et d'habitudes figées. En choisissant l'Argentine, il s'est offert le luxe rarissime de tout recommencer à zéro, décidant de s'affranchir du strict « cadrage suisse » qui pesait sur son quotidien. Il décrit son arrivée à Buenos Aires avec la poésie d'un nouveau-né, libéré du poids des rôles sociaux et des rancœurs accumulées. Ses deux filles, restées en Europe, l'ont compris et encouragé, préférant un père épanoui sous le soleil sud-américain à un homme étriqué dans ses certitudes helvétiques. Les adieux, déchirants mais menés avec dignité lors de soirées mémorables entre amis et danseurs, ont scellé cette rupture nécessaire. Aujourd'hui, Mathis l'affirme sans détour : il n'éprouve aucun manque de la Suisse, aucune nostalgie paralysante. Sa métamorphose est totale, organique et profondément libératrice, prouvant qu'il n'y a jamais d'âge pour réinventer sa propre destinée.

Chapitre 4 :

Le tourbillon quotidien de Balvanera entre bicyclette et milongas

S'installer dans le quartier vivant de Balvanera, c'est plonger directement dans les contrastes saisissants de Buenos Aires. Loin des clichés aseptisés, Mathis a adopté un rythme de vie trépidant qu'il savoure chaque instant. Ses journées débutent sans réveil rigide, par un café auvergnat ou local au restaurant Macondo, avant de feuilleter la presse argentine. L'homme aux trois prénoms — Mathis en Suisse, Matthias avec deux "h" sur ses papiers, et le chaleureux Matías adopté en Argentine — ne connaît pas l'ennui. Entre deux séances de travail acharné à la guitare, il enfourche sa bicyclette pour traverser la ville, pédalant jusqu'à Palermo ou s'émerveillant de l'immensité du Río de la Plata. Il loue la chaleur humaine des Argentins, ces inconnus qui vous apostrophent d'un affectueux « mi amor » dès le premier café ou qui refont le monde du tango en quelques minutes dans une file d'attente. Bien sûr, le choc est parfois brutal : la pauvreté criante qui s'étale dans les rues à la nuit tombée le touche profondément, tout comme le chaos bienveillant des horaires locaux. Mais ce désordre magnifique, fait d'improvisation et de sourires, a balayé pour de bon la rigidité de son ancienne vie.

Chapitre 5 : 

Le regard du sage : conseils à ceux qui veulent tout plaquer

Observer le parcours de Mathis, c'est recevoir une magnifique leçon de philosophie de vie. Interrogé sur les conseils à donner à un compatriote suisse qui hésiterait à franchir le pas, sa réponse fuse, lumineuse et radicale : il faut tout laisser derrière soi et arriver avec un esprit totalement vierge, sans la moindre attente. Car à Buenos Aires, rien ne se passe comme prévu, tout s'apprend à partir de zéro, de la pression de l'eau sous la douche aux lenteurs administratives légendaires. Ceux qui refusent cette souplesse mentale sont condamnés à souffrir. En contrepartie, la ville offre à ceux qui l'adoptent une intensité de vie incomparable. Mathis a trouvé ici un équilibre rare, entouré d'amis de longue date comme le peintre Guillermo à La Boca, ou complice de ses sorties nocturnes avec Gaby. S'il envisage peut-être de voyager un jour vers Salta, le Paraguay ou le Brésil, il ne ressent pour l'instant aucune urgence à bouger. Son paradis se trouve là, au dernier étage d'un immeuble haussmannien entouré de verdure, guitare en main. Une preuve éclatante que la maturité est le plus beau moment pour oser enfin vivre ses rêves.

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