Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 20:00

Mise à jour : 20 mai 2012.

nullEl Teatro Picadero de Buenos Aires :

 

Buenos Aires, la ville des théâtres, certainement. On parle de plus de 300 salles dans la ville. Le Porteño en raffole et si les cinémas au cours des 40 dernières années ont fermé peu à peu leurs salles, les théâtres par contre voient leur nombre croitre tous les ans. Le dernier en date : Le Picadero dans le quartier de Congreso. Il avait disparu après un attentat en 1981, trente ans après il renait de ses cendres.

 

Photo : La derniere touche avant l'ouverture. (Photo Petit Hergé, lundi 14 mai 2012). Cliquez pour agrandir.

nullTout débute par une fabrique de bougies :

Lorsqu’on regarde le bâtiment de l’extérieur, le théâtre présente une façade peu habituelle pour un théâtre, en effet il s’agit d’un bâtiment industriel datant de 1926 qui fut construit pour abriter une fabrique de bougies de voiture. Ce premier bâtiment fut construit par l’architecte milanais Benjamin Pedrotti qui était déjà l’auteur des grands magasins Gath & Chaves installés dans le micro centre à l’intersection de la calle Florida et de la calle Sarmiento. On y fabriquait donc des bougies de voitures de la marque Bosch ou plutôt « American Bosch » comme on les désignait ici en Amérique, car au début de la première guerre mondiale, le gouvernement des Etats-Unis expropriait les allemands de leur société pour transformer toutes les succursales et fabriques de la marque en créant une nouvelle société qui gardait le « Bosch » tout en y accolant « American ». C’est ainsi que Don Armido Bonelli représentant et propriétaire de la franchise pour l’Argentine, ouvra dans un passage du quartier de Congreso sa première fabrique. Si on s’intéresse de plus prés à la façade, on aperçoit sur le fronton encore les initiales de la marque « AB » ainsi qu’une figure humaine du « Fritz » qui symbolisait un aviateur allemand.

A se demander si justement cette marque n’est pas à l’origine des deux surnoms péjoratifs de nos voisins allemands dès la première guerre mondiale (Fritz et Bosch).

Photo : Même angle, le Teatro Picadero à l'abandon en juillet 2007.

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Photo : A gauche, le passage Rauch dans les années 40. Un marché occupe l'espace, sur le trottoir de droite au centre la fabrique Bosch. Au dessus, le logo de American Bosch, au dessous, la figure de l'aviateur Fritz sur la façade du Théâtre.

nullUn passage pas comme les autres :

Autre particularité de l’endroit, le passage. En effet il n’est pas comme les autres. Imaginer un passage en forme de « S » dans cette ville rectiligne en damier. Sa forme s’explique par le passage de la première voie ferrée d’Argentine en 1857 qu’empruntait la locomotive « La Porteña » (On la trouve aujourd’hui exposée dans le musée des transports de Lujan). La voie venait de la Station Centrale de la Plaza Lavalle, empruntait la calle Lavalle et au niveau de Callao déviait sur la gauche en un « S » pour rejoindre l’avenida Corrientes et filer sur la Gare de Once pour terminer dans le quartier de Floresta. On nomme alors cet endroit de courbe de l’Ouest (La compagnie des chemins de fer se nommant Ferrocarril del Oeste), ou aussi de Courbe des Oliviers (Curva de los Olivos), et même de Courbe de los Hornos de Bayos (les fours de Bayos). En 1883, la gare de la Plaza de Lavalle est détruite (laissant place au Teatro Colon) et les voies sont démantelées en 1893 jusqu’à la gare de Once qui devient à son tour Gare Terminus. C’est a cette époque que le « S » devient un passage et qu’on le nomme Pasaje Federico Guillermo Rauch, en l’honneur d’un allemand (de son vrai nom : Friedrich August Rauch ) qui, entre 1826 et 1827, organisa trois campagnes contre les indiens Ranquel de la Pampa (Un véritable carnage sans distinctions de sexe ou d’âge). Il est mort entre les mains des mêmes indiens en 1829 durant les guerres de sécession entre Fédéralistes et Unionistes. Le temps passant, il est certain qu’à la fin du XXème siècle, cet illustre « héros » perdant aux yeux de nos contemporains du panache dans ces glorieuses batailles, les autorités de la ville de Buenos Aires décidèrent en 1988 de rebaptiser le passage du nom d’Enrique Santos Discépolo (Un musicien, compositeur de tango, et dramaturge bien plus pacifiste).

Une plaque aujourd’hui est fixé du coté de l’Avenida de Corrientes à la mémoire de ce fils de Buenos Aires. Pourtant ce petit bout de rue ne fut pas seulement synonymique de fabrication de bougies, de l’expansion prometteur du rail en Argentine ou d’un lieu de prédilection au développement des arts, car à la fin du XXème siècle, une fois les rails enlevés, la forme en S lui donna une certaine notoriété pour ce qui est le plus vieux métier du monde. En effet les maisons closes s’y installèrent et purent (une façon de parler) y ouvrir grandes leurs portes puisque ce petit bout de rue était en dehors de tout axe de circulation donc très discret. Si jusque dans les années 40, on empruntait le passage ce n’était pas vraiment par hasard. Existait aussi au milieu du passage, une fois par semaine, une « Feria Franca » c'est-à-dire un marché jusqu’à la fin dans les années 50.

Photo : Les années 40, le passage ocupé par un marché, à droite la fabrique de bougie.

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Photos : De gauche à droite, Le Teatro del Picadero en 1980. Le même à l'abandon en novembre 2007, et le 06 août 1981 après l'attentat.

nullUn théâtre contestataire en période militaire :

La fabrique installé au nº 1857 du passage ferme ses portes et reste longtemps abandonnée jusqu’en 1980, où Guadalupe Noble et l’acteur et directeur Antonio Mónaco décide de la transformer en Théâtre, où plutôt en « Théâtre Ouvert » (Teatro Abierto), ouvert à tous les artistes et à tous les types de théâtre qu’en cette période de dictature, les autres salles officielles refusent de programmer. Ce nouveau lieu est appelé El Picadero. Le Théâtre est inauguré le 21 juillet 1980, les pièces présentées sont encore tolérées, mais le concept même de Teatro Abierto est une révolution dans le milieu, une contestation, de nombreuses pièces sont au programme et toute une mouvance d’opposition vient s’y rencontrer, s’exposer et débattre. Pour le gouvernement militaire s’en est de trop, mais ne peut officiellement interdire les œuvres, ni même fermer le Picadero. Fin juillet 1981, des œuvres ouvertement contestataires y sont programmées, une semaine après, le samedi 06 aout 1981 au petit matin, trois bombes pulvérisent la salle et déclenche un incendie. Il ne restera que la façade. C’est la fin du Picadero qui aura tenu moins d’un an. Désapprobation de l’ensemble des intellectuels de Buenos Aires, on demande même ouvertement des dédommagements à l’Etat.  17 propriétaires d’autres salles proposent de continuer le Teatro Abierto, finalement c’est le Teatro Tabaris qui deviendra le siège du nouveau mouvement.

 Cinq ans de solitude et d’abandon, seule la façade encore debout et une façade noircit accompagnera les passants jusqu’en 1986. Puis l’homme d’affaire Lazaro Droznes loue l’endroit y refait des travaux et y installe un Plateau de télévision. Pas de chance non plus, il fermera rapidement ses portes. En 1991, le même Lazaro Droznes l’achète et le refait presque à neuf pour en faire un centre culturel sous la direction artistique de Hugo Midón en 2001. Une fois de plus, le centre ne connaitra que quelques mois de vie en raison de la crise de fin 2001 et ferme à nouveau.

 

Photo : Juste après l'incendie du 06 aout 1981. Il ne reste presque plus rien, la façade et une loge de vestiaire.

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Photo : En novembre 2007. La démolition arrive sur les murs du Théâtre, les pelleteuses s’apprêtent à le détruire.

null2007 : Proche de la disparition définitive :

Le pire arrive en 2007, lorsque la station Shell installée au bout du passage sur l’Avenida Corrientes est fermée, acheté par le promoteur « D Buenos Aires » pour y bâtir un programme de bureaux et de logements. La station essence est démontée, deux petits immeubles la touchant sont rasés et le Théâtre figure sur la liste de démolition…Ce sont les habitants du quartier à travers une association « basta de demoler » qui vont aller devant le tribunal de la ville pour ajourner le permis de démolir puis l’annuler en faisant valoir une loi porteña qui interdit de démolir un théâtre si ce n’est pour en reconstruire un autre. Le chantier voisin est arrêté. Il y a conciliation entre l’association, la ville de Buenos Aires et le promoteur Ernesto Lerner pour construire (ou reconstruire le théâtre qui avait déjà essuyé quelques coup de pelleteuse). On nomme Hector Calmet, scénographe pour suivre l’avancement du chantier, alors que sur le lotissement voisin, la tour de bureau reprend de la hauteur. Finalement le promoteur revend le terrain du Picadero à Blutrach (déjà propriétaire des salles du Metropolitain de l’avenida Corrientes) qui s’implique corps et âme (et portefeuille) dans l’achèvement du nouveau théâtre.

Photo : Novembre 2007, un panneau de démolition sur la façade du théâtre.  

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Photos : Même angle de vue du théâtre Picadero avec l'ensemble de l'architecte Mario Roberto Alvarez qui se monte progressivement sur l'Avenida Corrientes. De gauche à droite : Septembre 2008 / Février 2009 / Juin 2010.

nullLe nouveau Picadero :

Le projet est confié par Sabastian Blutrach à l’architecte Gustavo Keller et le consultant technique est Marcelo Cuervo. Le théâtre possède une seule salle de 296 places et disposera d’un bar et d’une confiteria dans le hall d’entrée. Bien que Blutrach programme des saisons plus commerciales sur ses salles du Metropolitain, son idée est de faire du Picadero une salle « alternative » en mémoire au Teatro Abierto des années 80, la salle est plus petite que celles du Metropolitain et donc peut se permettre de prendre plus de risque sur des œuvres plus originales.

Mardi 22 mai 2012, sera l’inauguration officielle, avec autorités de la ville pour la présentation d’une œuvre musicale « Forever Young », adaptation de Daniel Casablanca d’une pièce norvégienne. La salle sera ouverte au public à partir du mardi 29 mai 2012.

Bonne chance au nouveau théâtre !

nullFiche Technique :

Teatro El Picadero :

Latitude : 34°36'13.66"S.

Longitude : 58°23'35.88"O

Adresse : Pasaje Enrique Santos Discépolo 1857.

Métro : Callao (Ligne B) à 100 m.

 

Photo : Emplacement en rouge du Théâtre. Cliquez pour agrandir. (1024 x 708)

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Par Le Petit Hergé - Publié dans : 02 - Tourisme - Communauté : Argentine pour tous !
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