Mise à jour : 18 septembre 2025. #San Telmo. #Gastronomie. #Buenos Aires

 

Bar El Federal (San Telmo - Buenos Aires) Septembre 2025

 

Un des plus anciens bars encore en activité à Buenos Aires

Le Bar Federal situé à San Telmo est d’après Wikipedia le bar et restaurant le plus ancien de Buenos Aires puisqu’ouvert en 1864 comme "despensa" (épicerie) pourtant on sait que le Tortoni (San Nicolas) date de 1858 et que la Biela (Recoleta) est de 1850. Donc méfions-nous des infos qu’on peut recueillir de ci de là sur internet.

Une chose est sure, le lieu est ancien et a changé plusieurs fois sa physionomie en fonction des affectations qu'elle reçut. Depuis 1930, le mobilier a très peu changé, mais conserve quand même quelques éléments antérieur comme le grand comptoir en bois et son arcade recouverte de vitraux et surplombée d’une horloge datant de 1904.

Quant à son nom "El Federal", il fait référence à un soldat des troupes fédéralistes reconnaissable à sa "gorra" rouge. La guerre en Argentine entre les fédéralistes et les unionistes débuta en 1826. 

 

Photo octobre 2024 : Bar El Federal et son comptoir impressionnant.

 

 

Un peu d’histoire

 

On n’a pas la date exacte, mais on suppose que c’est vers 1864, qu’ouvre à l’angle des calles Perú et Carlos Calvo, une modeste épicerie où on trouve un peu de tout, allant de la nourriture à des produits d’entretien pour la maison ou le campo.  

À l'époque, les commerces portaient le nom de leur propriétaire, et celui qui tenait l’endroit appartenait à un certain Señor Segovia. Et il est fort à parier que la "Despensa" se nommait aussi "Segovia".  On pouvait trouver de bonnes sardines espagnoles, des figues de Smyrne originales et une excellente huile d'olive italienne.

Tout au long de la fin du XIXème siècle, la "despensa" est transformée en maison close en tout cas dans sa partie à l’étage, puis de nouveau en une épicerie, celle de Jesús, qui proposait aussi des boissons et des aliments.

Ce coin de rue n'a commencé à s'appeler "El Federal" qu'à la fin des années 1960, lorsqu'il est devenu un bar. En effet, avec l’apparition des libres services et autres supermarchés, la "despensa" perd sa clientèle, ou plutôt ses clients passaient plus de temps à y venir boire qu’à acheter des aliments.

Ces bars-despensas étaient irrésistibles pour les immigrants ; ils avaient une connotation d'échange. Le bar était le lieu de brassage culturel populaire. La fin du XIX et début du XXème était l'âge d'or des magasins généraux ruraux nommés "Pulperias" avec débit de boissons, une façon élégante de dire qu'on pouvait y boire une "grappa" ou une "caña" parce qu'on y vendait des boissons alcoolisées.

    

Photos du Federal de 2006 et 2008.

 

En 1930, le commerce fonctionne comme épicerie de quartier et débit de boissons. C'est à cette époque qu'il a acquis son identité actuelle. Les portes, les fenêtres et les comptoirs que le bar possède encore datent de cette époque.

En 1964, alors que le Federal fête ses 100 ans, le "frigorifico" (entreprise frigorifique axé essentiellement sur le la coupe et l’élaboration de viande bovine ou porcine) Cárdenas ouvre ses portes dans le quartier de Mataderos. Elle produit de la charcuterie et des saucisses qu’on trouve rapidement dans la "despensa", et on y vient de tout le quartier pour y en acheter. 

Dans les années 1970, il faut se rendre à l’évidence, les supermarchés du quartier inexorablement accaparent la clientèle des anciennes "despensas" et la partie épicerie doit fermer pour ne laisser ouvert que le bar.

On y sert du vermouth pression, du jambon cru et de la "sopressata". On y trouvait également des snacks, des tortillas, du vin. De la bière glacée, des sandwichs spéciaux, du cidre pression et des légumes marinés.

 

 

Photo janvier 2025 : Pablo Durán, patron du Federal. 

 

Le rachat en 2002 :

 

En 2002, en pleine crise économique (2001-2002), le Federal n’est plus très loin de la faillite et se trouve en très mauvais état. Les propriétaires se résolvent à le mettre en vente avec tout son matériel, les couverts et assiettes, les tables et les chaises.

C’est alors que Pablo Durán, entrepreneur gastronomique passionné dans la sauvegarde des anciens bars et à les transformer pour les faire revivre, tombe sur la petite annonce et va le voir de suite.

Malgré son état de délabrement avancé, c'était un lieu emblématique de San Telmo, avec un mobilier magnifique et il trouve que c’était regrettable de tout démanteler et de vendre séparément le mobiliers, les souvenirs, les ustensiles, plats et couverts.

Le propriétaire du commerce était assez difficile pour la négociation et il a fallu plusieurs mois pour finaliser un contrat et pouvoir l'acquérir. Finalement Pablo Durán l’achète avec son oncle, qui n'est pas restaurateur.

Les premiers travaux furent de remplacer et rénover la cuisine entièrement. Le salon arrière était à l'abandon. Les toilettes durent être modernisées ainsi que toute l’installation de la plomberie.

 

Photo janvier 2025 : Le Federal et sa salle principale. 

 

Juste avant, la dénomination « bars notables » est déclarée par la loi 35, datant de 1998, par la ville de Buenos Aires.  Cette loi fut créée par l'Assemblée municipale afin que tout bar ou restaurant remplissant une série de conditions puisse en devenir un.

Le bar doit être ancien et représentatif du quartier, conserver autant que possible son architecture ainsi que son mobilier d'origine et être un lieu de rencontre. À l'époque, lorsque la loi a été adoptée, le propriétaire n'était pas intéressé par le projet. Pablo Duran l'a donc présenté à la commission, et bien sûr, il fut accepté en 2002.

Tout cela se reflète dans les miroirs qui décorent la salle à manger, aux côtés des "fileteados" de Buenos Aires et des publicités vintage pour Toddy, Pineral et Fernet Branca. Tout est d'époque : l'immense comptoir en bois massif avec son arche surélevée, les mosaïques en calcaire, la caisse enregistreuse du XIXe siècle.

Le premier bar de la famille Duran face au Parque Lezama fut acheté en 1982, ce fut l’Hipopotamo (aussi à San Telmo). Pablo y a commencé à 19 ans comme serveur vêtu d'une veste blanche et de boutons argentés, malheureusement peu de temps après son rachat, le père meurt et c’est Pablo avec son frère qui prennent la relève. Concernant toujours l’Hipopotamo, celui-ci fut fermé pour rénovation en 2024 et rouvert en janvier 2025, c’est le petit-fils Santiago (donc le neveu de Pablo) qui en est aujourd’hui à la tête.

 

Photo octobre 2024 : Bar El Federal et ses vielles étagères. 

 

 

Photo Janvier 2025 : Pendant le service.

 

Le Federal aujourd'hui :

 

La clientèle est essentiellement composée de touristes de passage dans le quartier ou de quelques habitués Porteños qui s'y sont donnés rendez vous.  L’énorme avantage est que bar est ouvert 7 jours sur 7 et sert à n'importe quel moment sans horaires de cuisine. Vous pouvez commander une milanaise à 17 h et elle vous sera servie sans problème

Dès l'entrée d'El Federal, l'impressionnant comptoir se remarque immédiatement, orné d'une arche en bois finement sculptée et ornée de vitraux, mise en valeur par une horloge imposante en son centre. Cet élément se trouve au cœur d'une longue salle qui a conservé son carrelage d'origine, ses tables en bois anciennes, ses étagères remplies de bouteilles et sa caisse enregistreuse vintage, créant une atmosphère nostalgique et chargée d'histoire.

Parmi les légendes qui entourent El Federal, on compte la visite récurrente de Roberto « El Polaco » Goyeneche (chanteur incontournable du monde du tango des années 1950-1970), qui y s'arrêtait pour déguster une Hesperidina aux touches personnelles à chaque concert à San Telmo.

On y retrouve également le souvenir d'un événement tragique survenu dans les années 1950 : un jeune homme, par amour interdit, a tué la fille de l'épicier devant le café, commettant un féminicide.

Toutes ces histoires, parmi d'autres, contribuent à la richesse narrative et surtout à la légende d'El Federal qu'on continue a entretenir. 

    

Photos : Vermouth, petit déjeuner ou tablas. 

 

 

Photo : Énormément de tablas proposées.

 

Ce qu’on peut y déguster :

 

Avant même sa transformation en bar à la fin des années 60, l'angle de Buenos Aires occupé par El Federal était déjà connu comme le lieu où les tapas et le vermouth étaient devenus une tradition.

Aujourd'hui, ce rituel sacré est préservé, comme en témoigne l'importance de l’apéritif en tablas ou tapas que l'on y sert encore.

Les tapas sont nombreuses et comprennent du fromage de campagne, des olives noires et vertes, du "prosciutto", des cœurs de palmier, du "cantimpalo", de la "sopresatta", une "tortilla", du roquefort, des saucisses et du pain maison. Les tablas sont servies pour deux personnes et peuvent en satisfaire trois. Il faut compter autour de 20 euros.

Autre option pour grignoter : le "Telmo", composé de longes de porc fumé, de "boconccino", de tomates cerises, d'olives farcies, de raviolis frits, de "cantimpalo", de saucisse et de pain maison, un peu moins cher mais dans les 15 euros.

Pour les végétariens, l'option idéale se compose d'aubergines, de brochettes "caprese", de saucisse sarde marinée, de raviolis frits, de tortilla, de pain maison, de fromage bleu, de noix, d'olives farcies et de cœurs de palmier à la sauce golf. Le prix tourne aussi autour de 15 euros . Des versions miniatures ou des petites assiettes sont également disponibles.

Pour les accompagner, il y a du vermouth maison pression, du gin et du cidre pression (le cidre est maison aussi).

Coté menu, des choses simples avec de très nombreux sandwichs traditionnels, servis avec des types de pains différents à votre guise : "pebete", arabe, français, multigrains, maison ou "figazza". Le sandwich cru et fromage coûte aux environ de 5 euros tout comme le sandwich salami et fromage. Quelques autres originalités, on trouve le "pastrami" avec concombre, moutarde, laitue et oignons caramélisés et le rumsteck à la milanaise avec fromage, laitue, tomate et frites.

Comme le Federal continue toujours à travailler avec Carderas, la charcuterie est vraiment de bonne qualité. Goûtez le jambon cru !

Parmi les options les plus actuelles, on trouve bien sur aujourd’hui les hamburgers. Tous sont servis avec des frites et peuvent être commandés simples ou doubles. Et comme dans tous lieux de Buenos Aires, les "milanesas" sont incontournables, qu’elles soient napolitaines ou non.

Vous pouvez également commander des pâtes maison. Pour les jours plus froids, ils proposent des plats mijotés comme le ragoût de lentilles ou les tripes. Pour les occasions spéciales, ils proposent du locro (les jours de fêtes nationales, comme le 25 mai).

L’autre grande spécialité du "Federal" c’est la "tortilla" dans toutes ses variantes. L’autre point fort, les pâtes maison. Le Federal produit son vermouth et son cidre, tout comme son pain.  

Comme il y a du monde tous les jours et quelque soit l’heure, il y a aussi la possibilité d’y aller a l’heure du petit déjeuner ou du goûter, histoire de prendre un café accompagné d’une viennoiserie ou d’une part de gâteau. 

 

    

Photos août et septembre 2025 : Locro, diner et escalope. 

 

 

Peinture : Le Federal d'après Lidia Papic. 

 

Les conseils du Petit Hergé :

 

J’ai envie de dire que le Federal est certainement le bar le plus curieux et le plus "dans son jus" de San Telmo.

Donc, si vous êtes dans le quartier et n’avez le temps de passer que dans un seul bar, Le Federal est une bonne alternative. (Surtout évitez toutes les propositions gastronomiques de la calle Defensa). 

Ce n'est pas le moins cher, mais pas le plus cher du quartier. Tout dépend de vos moyens, si vous ne regardez pas à la dépense allez y pour déjeuner ou même pour dîner et laissez vous aller, faites vous plaisir.

Pour le dîner choisissez les 3 jours les plus tranquilles, les lundis, mardis et mercredis soir. A partir du jeudi, il y a du monde et oubliez totalement les vendredis et samedis soir à partir de 20h. De même évitez les dimanches midi, par contre le dimanche soir, peu de monde.

En fait je recommande de ne pas y aller lorsqu'il y a du monde, car vous éviterez tout d'abord la queue à l’extérieur, d’être placé à une table désagréable, mais surtout de faire face à un service totalement dépassé aux heures de pointes. A midi en semaine peu de monde.

Si vous faites attention à votre budget, passez y tout de même pour connaitre l'endroit, que ça soit pour un petit déjeuner, ou tout simplement un café ou un thé en après midi. 

Je vous redonne l'adresse : Carlos Calvo 599.

Le "Federal" appartient à la même famille Durán qui contrôle déjà l'Hipopotamo (San Telmo), Le Celta Bar (Montserrat), Le Bar de Cao (San Cristobal), la Cafe Margot (Boedo), la Rotiseria Miramar (San Cristobal) et le Cafe Poesia (San Telmo).

Je vous le précise, car tous font partie des "bars notables" de la ville de Buenos Aires et tous ont donc gardé ou ont été rénovés en retrouvant au plus juste leur style début du XXème siècle. En un mot, ils sont tous à découvrir ! 

 

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