18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 16:04

Mise à jour : 18 octobre 2009. Article écrit par Jean Rémy Bost

Les « vols de la mort » tourmentent encore :

L’Argentine n’en fini plus de chasser ses vieux démons. Plus de 30 ans plus tard, Les « vols de la mort » planent à nouveau dans les esprits des argentins, et notamment dans celui du juge Sergio Torres qui mène depuis peu une véritable traque contre les pilotes ayant participé à ces vols. Quelque 30.000 personnes ont été portées disparues durant la dictature militaire en Argentine (1976-1983), et au cours des "vols de la mort" les opposants politiques étaient drogués au Penthotal et jetés vivants, parfois morts, depuis des avions ou des hélicoptères militaires. Des centaines d'opposants à la dictature militaire en Argentine ont ainsi été tués, y compris l'une des plus célèbres, Azucena Villaflor, fondatrice du mouvement des Mères de la Place de Mai, dénoncée à l’époque par le notoire capitaine Astiz, l’ « ange blond de la mort ». Elle a en effet fait partie des premières victimes identifiées au cimetière du Général Lavalle (avec Esther Ballestrino de Careaga et Maria Ponce de Biancoles), et des experts argentins en médecine légale ont ensuite apporté la preuve que les fractures multiples retrouvées sur leurs corps révèlent qu'elles ont d'abord été « victimes d'une chute grave, probablement depuis une grande hauteur » selon les mots de Carlos Somigliana. Un constat qui est donc venu confirmer les rapports médicaux établis en 1977 faisant état des mêmes causes de leur mort, ne laissant plus de doute possible sur l’existence de cette pratique. Mais jamais cette méthode d'élimination n'a été reconnue par les responsables de la dictature. Adolfo Scilingo, condamné à 640 années de prison pour avoir été un ancien tortionnaire de l’Ecole de Mécanique de la Marine (Esma), où sont entrés pour ne jamais ressortir vivants des milliers d'opposants, avait certes publiquement reconnu l'existence des "vols de la mort" mais s’était ensuite rétracté.

 



Vidéos : Film "Escadrons de la mort, l'Ecole Française" (2004) Canal+. Film en 7 parties. 2 premieres parties : 9 mn 43 s et 10 mn 05s.


 Techique de disparition mis en pratique lors de la bataille d'Alger et enseignée en Argentine par les français sous la dictature.

 

Dans l'Edificio Libertador, les bureaux des instructeurs français jusque dans les années 80.L'école française :

L’amiral argentin Luis Maria Mendia, idéologue présumé des « vols de la mort », a demandé en janvier 2007, lors de son procès, en Argentine, pour crimes contre l’humanité, la présence de Valéry Giscard d’Estaing, ainsi que de l’ancien premier ministre Pierre Messmer, de l’ex-ambassadrice à Buenos Aires Françoise de la Gosse et des tous les officiels en place à l’ambassade de Buenos Aires entre 1976 et 1983, de comparaître devant la cour en tant que témoins. Tout comme Astiz avant lui Luis Maria Mendia a en effet fait appel au documentaire de la journaliste Marie-Monique Robin intitulé « Les escadrons de la mort – l’école française » pour tenter de faire le lien entre les « vols de la mort » et la pratique de la guerre d’Alger dite des « crevettes Bigeard », initiative de Marcel Bigeard, reprise ensuite au Vietnam, qui consistait à faire disparaître sans procès des opposants en les lestant, pieds et mains liés (d’où le mot « crevette »), pour les jeter au fond de la mer méditerranée ou d’un fleuve. La France aurait en effet tenu en Argentine une formation des forces argentines par des anciens membres de l’OAS.

 



Vidéos :
3ème et 4ème parties. 9 mn 16 s et 9 mn 50 s. Aide du Brésil lors du coup d'Etat chilien en 1973, et formation d'officiers chiliens au Brésil par les français dans les années 70.


Mars 76 mise en place en Argentine des techniques françaises lors des arrestations et des interrogatoires.
Les généraux argentins sont tous des élèves des français.

 

Julio Alberto PochLes démons du ciel :

Ainsi, cette pratique pourtant reconnue et admise à demi-mots par ses propres instigateurs n’a pas empêché Julio Alberto Poch, pilote de la compagnie Transavia, âgé de 57 ans et ayant la double nationalité néerlandaise et argentine, de continuer de voler tranquillement pendant 22 ans pour le compte de cette compagnie néerlandaise, filiale à bas coûts de KLM et d’Air France, jusqu’à a son arrestation mardi 22 septembre à l'aéroport Manises de Valence, sous ordre du juge argentin Sergio Torres. Le pilote arrivait de l’aéroport Schiphol à Amsterdam avec pour copilote son fils Andy lorsque l’unité spéciale d’intervention de la Police Nationale Espagnole a débarqué dans la cabine de l’ancien lieutenant de frégate à peine l’appareil atterri, munie d’un mandat d’arrêt international pour ensuite être conduit au centre pénitentiaire Picassent en Espagne avant de comparaitre devant le juge Eloy Velazco de l’Audience Nationale espagnole. Le juge Torres s'était rendu en décembre 2008 aux Pays-Bas pour recueillir le témoignage de collègues de Poch, dont l’un d’entre eux déclara : « (Poch) m'a raconté comment, à bord de son avion, des gens encore vivants étaient jetés dans le vide ». Selon ces mêmes personnes, Poch se vantait de son passé et il semblait évident que tout le monde était au courant de ces agissements, y compris la direction de Transavia. La police hollandaise a en outre fait une saisie au domicile de Poch, situé rue Westdijk à Zuidscherme, à environ 25 kilomètres d’Amsterdam, et y a trouvé quelques documents confirmant son sinistre passé.

 



Vidéos :
5ème et 6ème parties. 8 mn 45 s et 8 mn 20 s. Des anciens de l'OAS participant directement aux arrestations à Buenos Aires. Double language de la France.


Michel Poniatowski, ministre des affaires étrangères.. Collaboration entre la DST et les services chiliens entre 1978 et 1980. L'affaire Jean Yves Claudet Fernandez. Bras International du plan Condor.

 

Emir Sisul Hess :

Une semaine plus tard (Le 04 octobre 2009), c’est au tour de l’ancien capitaine de l’armée et pilote naval Emir Sisul Hess d’être arrêté à Bariloche à son domicile, au 4491de la calle El Atardecer,  sous ordre du juge Torres, dans ce qui semble être l’aboutissement de longues années d’enquête et de recueil de témoignages. Il sera cité à comparaître aux tribunaux de Comodoro mais nie déjà toute implication. De la même manière qu’avec Poch, les témoins qui accusent Sisul Hess parlent d’un homme assumant parfaitement ses anciens agissements et s’en vantant même, racontant comment les gens pleuraient et le suppliaient de ne pas les jeter à l’eau. Il aurait même détaillé les faits, précisant « qu’ils leur mettaient un sac sur la tête, les faisaient monter dans un avion et les transportaient jusqu’à les jeter dans le Rio ». En attendant d’être fixé sur son sort bien que les témoignages soient accablants, Sisul Hess a été transféré au centre pénitentiaire de Marcos Paz.

 

Du remou qui risque de déranger :

Ces dernieres arrestations de pilotes argentins à travers l'Europe, et la mise en place de procès ces prochains mois, risque de faire remonter à la surface une partie de notre histoire récente où l'aide de la France sous la présidence de Giscard d'Estaing n'est pas des plus glorieuses. A deux doigts de se demander si en plus d'appuis de conseillers militaires depuis la fin des années 50, la France n'aurait pas non plus appuyé politiquement la junte militaire argentine jusqu'en 1980. L'Histoire le dira !

Photo : Michel Poniatowski, ministre de l'Interieur entre 1974 et 1977. En visite officielle à Buenos Aires en octobre 1977. Il n'est alors plus ministre de l'Interieur, mais "représentant personnel du président Valéry Giscard d’Estaing". Petite déclaration de l'intéressé lors de son passage dans la capitale argentine repris dans le quotidien La Nacion : « Le terrorisme constitue une situation de guerre, et tous les États sont solidaires pour le combattre. La France est solidaire de toutes les luttes contre le terrorisme ».

 

Vidéo : Dernière partie. 3 mn 17 s. En conclusion, la derniere phrase parle d'elle même. 

 


Assemblée Nationale en FranceLes répercussions du film en 2003 en France :

Après la diffusion du film de Marie Monique Robin en France, un rapport est fait par le député Rolland Blum pour l'Assemblée Nationale. (Rapport 1295, enregistré le 16 décembre 2003). Ce rapport est rédigé dans le but de savoir si il est nécessaire de créer une commission d'enquête "sur le rôle de la France dans le soutien aux régimes militaires d'Amérique latine entre 1973 et 1984", La demande est faite par le député Noel Mamère.

Deux points sont débattus :

1) La recevabilité des propositions de résolution tendant à la création d'une commission d'enquête.
A cela la réponse est que "la proposition de résolution de M. Mamère ne semble pas irrecevable en ce qui concerne la nature des faits pouvant donner lieu à enquête",

2) Si les conditions de recevabilité semblent réunies, il reste à déterminer s'il convient, en opportunité, de créer ou non une commission d'enquête sur une éventuelle responsabilité de la France dans la répression menée par les dictatures latino-américaines dans les années 1970 à l'égard de leurs opposants.
A cela est répondu : "les généraux argentins ou chiliens indiquent qu'ils ont appliqué des méthodes enseignées par d'autres peut se comprendre - ils cherchent à atténuer leur responsabilité individuelle en faisant croire qu'ils agissaient dans le cadre d'une lutte mondiale contre le communisme - mais cela ne doit pas nous faire oublier que les tortionnaires en question ne sont vraiment pas des témoins dignes de confiance".
Puis une deuxième série d'arguments concerne la période 1973-1984 elle-même, période pendant laquelle la France aurait joué un double jeu en soutenant en sous-main les dictatures latino-américains.
La réponse est :" aucun élément concret ne vient étayer cette affirmation gratuite".

Conclusion : "Votre Rapporteur estime donc que les allégations portées sur le rôle de la France en Amérique latine dans les années 1970 sont sans fondement sérieux. Elles reposent en effet largement sur des raccourcis discutables liés à la prétendue invention par l'armée française du concept de « guerre subversive ». Dans, ces conditions, il ne semble pas opportun de créer une commission d'enquête sur le rôle que la France aurait joué dans la répression menée par les dictatures latino-américaines entre 1973 et 1984, qu'elle a toujours condamnées.

Il n'y aura donc pas d'enquete !

Pour lire le rapport 1295 de l'Assemblée Nationale.




Escadrons de la mort, l'école française 
Les liens externes :

- Arrestation de Julio Poch à Valencia. Article du Clarin du 30 septembre 2009.
- Article de l'Agencia de Noticas de Bariloche de
l'arrestation de Emir Sisul Hess. Le 04 octobre 2099.
- Fiche technique du film
"Garage Olimpo" (1999) centre clandestin de détention.
- Fiche sur le livre de Marie-Monique Robin,
"Escadrons de la mort, l'école française"(2004).
Tortures et disparitions, méthodes françaises. Article publié par Pagina 12 le 02 septembre 2003.

 

Gouvernement de Giscard d'Estaing au grand complet periode 1974-1976D'autres articles du Petit Hergé :

- Histoire et politique en Argentine.
- Elections présidentielles argentines de 2007. (Octobre 2007).
-
La crise du campo argentin de 2008. (Mars 2008). 30 articles.
-
Le décès de l'ancien président Raul Alfonsin. (Avril et Mai 2009). 5 articles.
-
Juan Domingo Peron. (Mars 2009). 2 articles.
-
Le Cordobazo de 1969. (Mai 2009).
-
Chili : Coup d'état du 11 septembre 1973. (Septembre 2008).
-
Coup d'Etat du 24 mars 1976. (Mars 2009).

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Published by Le Petit Hergé - dans 6A - Histoire & Politique
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commentaires

Paddy 16/11/2011 11:33



A ce sujet, et celui de la première confession d'A. Scillingo, un livre passionnant : "El Vuelo", d'Horacio Verbitsky, vieux militant et chroniqueur à Pagina/12. Le livre est diifficile à
trouver, mais il existe en PDF ici: http://www.4shared.com/folder/0xOY2faD/Revolucin_en_Argentina.html


Au sujet de la collaboration des services français, il ne fait aucun doute que "l'école française" des techniques de répression et d'interrogatoires, largement expérimentées en Algérie, a
beaucoup inspiré les dictatures sud-américaines, argentine particulièrement. Voir l'excellente analyse que fait à ce propos le philosophe José Pablo Feinmann dans un passage de son livre-somme
sur le Péronisme (Peronismo, filosofia politica de una obstinacion argentina) du film de Gillo Pontecorvo "la bataille d'Alger". ("La batalla de Argelia como manual de
contrainsurgencia")



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