31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 00:07
Mise à jour : 30 mai 2009.

Le Cordobazo de 1969Le Cordobazo de 1969 :

 

Nous voilà juste au 40ème anniversaire du Cordobazo de 1969, le moment de revenir sur cette période de l’histoire où une fois de plus les argentins durent affronter un gouvernement militaire.

Vidéo du film "El Cordobazo", durée de 30 mn. (En 3 parties).
1ère partie non disponible pour le moment.
Ci dessous vidéo de présentation avec traduction.

 

Vidéo de présentation du Cordobazo. Traduction ci-dessous.



Au matin du 29 mai 1969, dans la ville de Cordoba, de  nombreux ouvriers sortent des principaux centres industriels pour se diriger vers le centre manifester contre la politique de répression et d’ajustements économique mis en place par le gouvernement militaire de Ongania.

La protestation ouvrière est aussi accompagnée par des centaines d’étudiants et d’universitaires qui se regroupent dans le quartier de Clinicas pour attendre l’arrivée des ouvriers.

Alors que les étudiants et les ouvriers se rejoignent dans les rues de la ville, une énorme quantité d’effectifs policiers se placent autour de cette place principale pour empêcher le regroupement. La répression ne se fait pas attendre…

Ce qui commence comme une simple manifestation, termine comme une véritable rébellion populaire. Aux étudiants et aux ouvriers viennent alors se joindre les habitants du quartier, et en quelques minutes, la ville de Cordoba flambe.

La rébellion communément appelé le « Cordobazo » est étouffée uniquement dans l’après midi du jour suivant quand l’armée occupe l’ensemble de la ville. Une nouvelle ère dans la politique argentine, la mobilisation et la lutte populaire vont s’installer dans cette période d’agitation et de violence.


 

Juan Carlos OnganiaLe régime de Ongania :

 

Le régime du Général Juan Carlos Ongania est certainement un des régimes les plus détesté du XXème siècle par les argentins. Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1966, il a mis en place un régime dictatorial pour appliquer une politique nommé « Revolucion Nacional » entre 1966 et 1970, puis repris par deux autres généraux entre 1970 et 1973. Cette période prendra fin avec le retour de Peron en 1973 (après un bref passage du péroniste Hector Cámpora).

En 1969, nous sommes donc dans la troisième année de ce régime dictatorial de Ongania. Au tout début de sa présidence (en 1966-1967), Ongania a réussi a maintenir l’inflation, et a développer l’économie du pays, mais au prix de sacrifice social, congélation des salaires, interdiction syndicale (visant essentiellement la CGT) et répression systématique de toute contestation ouvrière et universitaire (la nuit des longs bâtons en 1966). Toute opposition étant considérée comme communiste, et donc manœuvrée de l’extérieur (via URSS), il fallait donc à la fois surveiller les frontières de toutes infiltrations « rebelles » et mener une guerre intérieure pour trouver les « terroristes ».

Pour le régime en place, un intellectuel, un étudiant, ou un ouvrier est donc forcément manipulé par l’International communiste. C’est justement le Cordobazo de 1969, qui affaiblira Ongania et il sera obligé de quitter son poste remplacé par le général Roberto Marcelo Levingstion, qui ne fut pas mieux !


 

Dans les rues de Cordoba. 1969La situation de 1969 :

 

Si l’amélioration économique des années 1966 et 1967, sembla profiter au gouvernement, celui ne perdit pas le temps de mettre en pratique sa nouvelle idéologie anti-contestataire. Dès 1966, la chasse aux syndicalistes « bolchevique », « péroniste », pire, les intellectuels, était de mise ; et lorsque à partir de 1968, la situation économique commença à se dégrader, c’est alors que l’argentin de la rue pu se rendre compte très concrètement que toutes les réformes mises en place depuis 3 ans par le gouvernement n’étaient pas pour lui faciliter la vie :

- Congélation des salaires.
- Disparition du minimum salarial.
-  Interdiction des grèves.
- Changement du mode d’indemnisation en cas de licenciement.
-  Loi de « Répression du Communisme » qui donna main libre à la persécution de toute contestation dans les entreprises qu’elle soit ou non de gauche, car tout contestation sera forcément considérée comme « communiste ».
- Dissolution des partis politiques.
- Création de la DIPA  (Dirección de Investigación de Políticas Antidemocráticas), son nom veut tout dire, une sorte de GESTAPO bien huilée ou tout individu est forcément suspect surtout si il ne rentre pas vite dans le rang.


Vidéo : El Cordobazo. 2ême partie (9 mn 59s)

Le Cordobazo de 1969Mai 1969 :

 

On comprend alors pourquoi dès le début de l’année 1969, le peuple gronde mais n’ose bouger. Pourtant dès le début du mois de mai 1969, on assiste ça et là, de manières sporadiques à des grèves sauvages et à des contestations dans les grands centres industriels, du pays (Tucuman, Buenos Aires, Rosario, Cordoba). Le déclencheur ? La goutte qui fait déborder le vase : la disparition du « sabado ingles » (Samedi chômé, droit obtenu par l’ouvrier argentin dans les année 20) décrété par le gouvernement, faisant ainsi passer la semaine ouvrable de 5 à 6 jours ! Dès le 14 mai, grève à Cordoba, Tucuman est en grève depuis la veille, le 13 mai pour salaires impayés dans certaines entreprise sucrières, Rosario à partir du 16 mai connaît aussi une époque de grands mouvements de grèves qui sera appelée le « Rosariazo ». Au départ les grèves débutent de manière désorganisée dans chaque usine et entreprise en difficulté économique, elles sont vite réprimées. Mais ensuite les courant politiques de gauche et les syndicalistes (encore en liberté) se regroupe et forment des manifestations plus unies dans les rues des faubourgs et des zones industrielles (surtout à Cordoba).

 

Le 14 mai à Cordoba pendant les manifestations il y a eu 11 blessés et 26 arrestations alors le 26 mai, le syndicalisme cordobes en liaison avec les mouvements étudiants décide une grève générale de 37 heures pour les 29 et 30 mai.

 

C’est ainsi qu’au matin du 29 mai 1969, la majorité des entreprises de la petite ceinture de Cordoba se mettent en grève et les ouvriers décident de marcher ensemble vers le centre de la ville, pour montrer leur mécontentement quant à leurs situations.

La nouvelle se repend vite, et les universitaires et étudiants décident de suivre le mouvement en se regroupant dans le quartier de Clinicas en les attendant pour participer à leur marche.

 

A 11h la police (municipale et provinciale) est déployée pour que les deux groupes de manifestants ne puissent se rejoindre. Les premiers jets de pierre sur les forces de l’ordre sont lancés de la part des étudiants et ceux-ci chargent en réprimant vigoureusement. Coté ouvrier premiers heurts sur l’Avenida Vélez Sarfield, puis devant le Hogar Escuela Pablo Pizzurno

Il est midi et demi, la police tire sur les ouvriers à l’intersection du Boulevard San Juan et de Arturo M. Bas, la première victime tombe, il s’agit de Maximo Mena, un ouvrier mécanicien de la fabrique automobile IKA.

 

Le concessionaire Citroen incendié à Cordoba La nouvelle se répand, les habitants descendent alors dans les rues pour prêter mains fortes aux manifestants et monter les premières barricades. La foule est furieuse, et la police est obligée de se retirer. La manifestation se transforme en insurrection. Le Cercle des sous-officiers de l’Armée est mis à sac et incendié, tout comme le siège de la société Xerox , ainsi que le concessionnaire Citroën., plus des bureaux de différents services de la ville, comme la douane et le fisc.

La ville est incontrôlable pendant toute la nuit du 29 au 30, ce n’est que le lendemain matin que l’armée est envoyée pour calmer les rues, et procéder aux arrestations. Les « meneurs » sont arrêtés, tels que Agustin Tosco (arrêté, condamné par un tribunal militaire à 8 ans de prison, mais libéré après 17 mois), il faut dire qu’il se déclarait lui-même communiste marxiste, une véritable tare pour l’époque !

Pendant encore 6 mois, les grands centres urbains connaîtront des grèves et des manifestations violentes ( le 2ème Rosariazo à Rosario en septembre 1969).


Vidéo : El Cordobazo. 3ème partie (7 mn 09s)

Symbole du mouvement des guerilleros montonerosLes conséquences :

 

Psychologiquement, pour la première fois, les argentins se rendent compte que le gouvernement militaire n’est pas si fort, et qu’un nouveau soulèvement est possible (et même souhaité par certain) pour le renverser. Puisque aucune contestation n’est possible, ne reste plus que la manière forte pour le déloger.

Il y a alors créations de nombreux mouvements clandestins d’extrême gauche de type guérilleros, qui appliqueront des sabotages et des attentats. El Ejército Revolucionario del Pueblo, Los Montoneros, Las Fuerzas Armadas Revolucionarias, etc…

Coté syndicalisme, le gouvernements est obligé de lâcher du lest dans les grandes entreprises (mécaniques et automobiles) en reconnaissant des mouvements syndicalistes.

Quant à Ongania, il en sort très affaiblit est devra quelques mois plus tard démissionner, pour laisser la place à un autre Général, Roberto Marcelo Levingstion.

Il y a eu en cette journée du 29 mai 1969 officiellement 34 morts et 400 blessés.


Le Cordobazo de 1969Autres articles dans le Petit Hergé :

- Juan Domingo Peron. (Mars 2009). 2 articles.
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Chili : Coup d'état du 11 septembre 1973. (Septembre 2008).
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Coup d'Etat du 24 mars 1976. (Mars 2009).
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- La débacle automobile argentine.(Avril 2009).
- Décès de Raul Alfonsin.(Avril 2009).
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Une crise peut en cacher une autre.(Octobre 2008).

 




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