2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 01:05

Un titre bien entendu un peu provocateur, mais finalement après 21 jours de médiocrité et de noyade programmée dans une bassine, un différent qui aurait pu être réglé en 48h se transforme en un drame antique. Nous n’avons plus à faire à une crise du campo mais à une crise de Cristina Kirchner.

 

100.000 personnes accompagnées et bien encadrés descendant des bus de tous les coins de la banlieue mis à leurs dispositions par les communes péronistes. Ils se sont dirigés bien sagement vers la Plaza de Mayo, ont attendu 2,3 voir 4 heures l’arrivée en hélico de LA Cristina Kirchner. A 17h00 elle monte sur le podium et prend la parole.


 

A ce moment là, on la sent mauvaise, elle va se lacher pendant 30 minutes de discours. mardi 01 avril 2008.

Comme toujours elle commence par dire que c’est normal qu’on lui en veule autant puisqu’elle est une « femme ». Qu’elle savait que SA condition de « femme » allait être à porter comme un fardeau mais qu’elle l’assumait totalement parce qu’elle devait défendre les intérêts du peuple. D’ailleurs le mot « peuple » (Pueblo) a du revenir en 30 minutes de discours entre 40 et 50 fois. On n’a donc tous compris, elle est donc là en fin d’après midi pour parler au « peuple » et le défendre des « méchants oligarques du campo » qui veulent garder tout l’argent rien que pour eux.

« Elle » c’est l’Etat qui va ensuite redistribuer l’argent des gros propriétaires aux petits propriétaires et aux pauvres. Elle parle ensuite du travail, le chômage a reculé (grâce a son mari), question comment 100.000 personnes « déplacés » des banlieues pauvres de Bsas peuvent se libérer un mardi à midi pour venir sur la Plaza de Mayo ? Travaillent ils ces 100.000 personnes ? Quel est le taux de chômeurs parmi ces 100.000 spectateurs ? On se demanderait presque si finalement d’avoir 100, 200 ou même 500.000 chômeurs sous la mains dans les banlieues ne permettrait pas d’avoir toujours sous la main de parfaits petits soldats prêt à se déplacer jour et nuit pour venir donner un coup de main au gouvernement a travers les syndicats et autres « association sociales ». Ce n’est ni Cristina ni Nestor Kirchner  qui les ont mis en place, ils existent depuis la nuit des temps ou plutôt depuis Peron en 1943. Domingo Peron avait vite compris dès les années 40 que le pouvoir se faisait peut être avec les militaires mais surtout à travers le peuple tenu en main par les syndicats. Il fallait donc soit museler les syndicats contestataires soit en créer de nouveaux favorables a sa politique. C’est ce qu’il a fait.  La base du péronisme, c’est un syndicat fort qui vient  à la rescousse d’un gouvernement péroniste en cas de danger où qui peut pressionner ou renverser un autre quand ils ne sont pas au pouvoir. Peron a crée ce système en 1943, sur le modèle fasciste italien des années 20 de Mussolini puis sur les syndicats allemands du troisième Reich. En Argentine, ce syndicat (CGT) existe depuis maintenant plus de 60 ans, il appuie, défend les intérêts des politiques péronistes (qui sont en fait les mêmes), c’est une entre aide non dite, tacite qui profite aux deux. Avant Nestor Kirchner, Duhalde en a profité, avant ce fut Menem qui en joua, etc….. Aujourd’hui Cristina Kirchner en hérite et s’en sert !



Les casquettes et les peronistes. Photo 01 avril 2008.

 

Le seul petit plus du couple Kirchner, c’est peut être d’avoir mis en place en quelques années une milice personnelle les « piqueteros K » qui en dehors du cadre propre du péronisme et des syndicats péronistes, travaillent directement pour eux. D’Elia en est le principal chef. Bien entendu entre les piqueteros K et la CGT ce n’est pas l’amour fou, mais lorsqu’il faut trouver un ennemi commun et se rassembler derrière la bannière des Kirchner, ils le font. C’est ainsi qu’aujourd’hui les deux mouvements étaient représentés sur la Plaza de Mayo mais on avait tout fait pour ne pas les mélanger de peur d’avoir une bataille générale devant les cameras de télévision. (Ça aurait cassé l’image du peuple uni avec Cristina).

 

Voila pourquoi le mot « peuple » vient aussi souvent dans le discours d’un péroniste. Le péronisme a besoin du peuple, je dirai même plus il a besoin du « pauvre ». Sans pauvre, aucune armée de sympathisants à pouvoir monter rapidement, pour pas trop cher, pour défendre les intérêts du pouvoir en place. Vous savez combien a reçu chaque « participants » de banlieue pour venir une demi journée porter les banderoles : entre 30 et 50 pesos plus quelques saucissons et surtout des promesses pour un avenir meilleur ou de l’eau courante pour cette année dans leur quartier de la Matanza. Chaque maire péroniste de banlieue s’est aussi déplacé avec leurs « troupes » pour se rendre sur la Plaza de Mayo. Sur 100.000 même si 80.000 étaient « aidés » avec une moyenne de 30 ARS, faites les comptes ça ne fait que 450.000 Eur. Pour une réunion qui va passer sur 10 chaînes de télé. Maintenant vous aurez compris pourquoi toutes les associations sociales, caritatives de la banlieue de Buenos Aires sont péronistes. Les associations reçoivent des subsides des maires et gouverneurs (aussi péronistes) et voila, le tour est joué, l’argent circule et on aide les « pauvres » a venir passer une bonne après midi sur la Plaza de Mayo.



MPP : Mouvement pour la participation du Peuple. Un exemple d'un mouvement complètement bidon monté de toute piece pour faire passer de l'argent de caisse en caisse. Plaza de Mayo le 01 avril 2008.
 


Les médias :

Un autre aspect intéressant du discours de Cristina Kirchner :

Pour la première fois de ses 4 mois de présidence, elle s’est directement attaquée aux journalistes et aux médias. Bien entendu, toute personne connaissant le pays, les rouages et ayant une bonne base d’instruction n’est pas dupe de toutes ces pratiques existantes en Argentine. Maintenant ne pas vouloir que ça se sache (de la bouche d’un journaliste), il n’y a qu’un pas a franchir.

Comment voulez vous qu’un journaliste puisse suivre la politique des Kirchner ? Les seuls à pouvoir encore les suivre sont ceux qui ont des intérêts en commun ou ceux qui sont soumis à des pressions.

Grosse attaque de Cristina Kirchner pendant son discours à l’encontre d’un dessin satirique sorti ce matin dans le Clarin. (Je vous le joins), et puis ensuite critique envers les journaux mais aussi les télévisions sur la manière dont l’actualité est « déformée » de leurs parts.

 

Comme vous le voyez la démocratie et la liberté de parole vont avoir de mauvais moments à traverser ces prochains jours. Il me semble à nouveau que ce soir nous avons une fois de plus franchit encore une barre de non retour.

 

Où va-t-on, ou plutôt jusqu’où va-t-elle ? 



Tous les articles sur la crise de Cristina Kirchner :

Le 26 mars 2008 à 20h00 : - 
Les derniers jours du gouvernement Kirchner ?
Le 27 mars 2008 à 13h00 : - La crise argentine dans le campo.
Le 27 mars 2008 à 20h00 : -
Discours de Cristina Kirchner.
Le 28 mars 2008 à 16h00 : -
On attend la réponse des syndicats agricoles.
Le 28 mars 2008 à 23h00 : -
La situation se détériore à nouveau.
Le 29 mars 2008 à 09h00 : -
Après la réunion avec Alfredo Fernandez.
Le 29 mars 2008 à 20h00 : - Les syndicats agricoles durcissent le ton.
Le 30 mars 2008 à 15h00 : -
19ème jour de blocage, où en sommes nous ?

Le 31 mars 2008 à 20h00 : - Les agriculteurs désabusés.
Le 01 avril  2008 à 15h00  : -
Brouillard ce matin sur Buenos Aires.
Le 01 avril  2008 à 21h00  : - La crise de Cristina Kirchner. 

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Published by Le Petit Hergé - dans 03 - Actualité argentine
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commentaires

antoine 21/04/2008 02:39

Je suis un peu timoré quant à l'analyse de cette crise (je vis ici depuis 2003... Plutôt de droite en France, plutôt de gauche ici... Je ne suis probablement pas le seul).Le Peronisme ? Après cinq ans passés ici, je demeure bien en peine de le définir. Et si je m'y essaie, je vais tenter de le faire selon un schéma gauche/droite qui semble inapplicable.La crise des agropecuarios ? Je la trouve exagérée et les arguments avancés par CK et Lousteau coïncident avec ce que je pensais déjà :- le prix du soja sur les marchés internationaux a gagné 300% en 1 an (quid d'une augmentation de 9% de l'impôt sur cette production ? Cela me paraît au contraire bien modeste).- quid de la monoculture et de la volonté de faire des profits immédiats ? (problèmes d'écologie et de prix des autres céréales entre autres)- quid des partisans d'Elia, qui, je le concède, sont achetés, mais à quel prix ? Pour le prix d'un choripan et de une gaseosa ? Acheter des manifestants pour un prix tant vil n'est-il pas le symptome d'un dysfonctionnement de la société Argentine ?- quid de la redistribution des richesses ici ? (et pourtant j'ai voté Sarko... comme quoi !). A la différence des USA que je connais pour y avoir vécu, ici cela a été premier arrivé premier servi : la concentration des richesses agricoles n'a rien de comparable avec le reste du monde (et les gros propriétaires ici ne gardent certainement pas leurs bénéfs en Argentine : direction Miami ou autres).Bref, mon opinion sur la crise actuelle reste indécise et trouble.

Le Petit Hergé 26/04/2008 01:12


Bonjour Antoine,

Je suis absolument d'accord avec toi, il est tres difficile d'analyser la politique et ses affaires sociales avec ses "codes francais" puisque tout est ici different. J'ai mis aussi pas mal
d'années a comprendre les "systemes" argentins, pour ensuite les decortiquer (et encore.... je n'ai pas encore tout saisi !)

En tout cas si je reprend les grands thèmes que tu as mis en avant :
(je n'engage que moi, et bien sur mon analyse est tres perso)
Le Peronisme : A la base, c'est un national-socialisme de pur style facsiste italien des années 1920-1930, en tout cas pour la periode peroniste 1943-1948. Ensuite apres la chute de Peron, le
systeme s'est totalement corrompu pour plutot privilegier des interets personnels qui n'ont rien a voir avec la defense de l'ouvrier ou meme du pays. Le systeme Menem etait archi corrompu et ultra
liberaliste (Peron a nationalisé les entreprises, Menem les a privatisé....et pourtant il se reclamait du peronisme), Nestor Kirchner apres on peut dire 1 premiere année valable et constructive a
sombré maintenant depuis 3 ans dans un systeme peut etre encore plus corrompu que celui de Menem. Pire Cristina Kirchner maintenant s'attaque a la liberté de la presse, on tombe dans une sorte
de pouvoir qui ne supporte plus une seule critique.


Paddy 02/04/2008 15:40

Re ! Juste pour signaler qu'aujourd'hui, Pagina/12 web publie un dossier assez complet sur ce thème, avec notamment un article d'un économiste spécialiste en économie régionale, le point de vue de deux membres de l'opposition au parlement(Ben voilà, en cherchant, on finit par trouver !) et un sondage pas du tout politiquement correct. A lire à partir de l'article principal http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-101672-2008-04-02.html, puis subnotas. De quoi alimenter le débat, je pense !

Paddy 02/04/2008 11:07

Bonjour !
 
Un article particulièrement intéressant d’Eduardo Van Der Kooy aujourd’hui sur ce thème. http://www.clarin.com/diario/2008/04/02/elpais/p-1641973.htm  Il souligne lui aussi le retour aux réflexes du « vieux péronisme », et les contradictions ainsi que l’anachronisme de la méthode. Mises en relief aussi, les dissensions à l’intérieur même des différents cercles des élus locaux (Reutemann, Binner, Schiaretti), mais également les limites de la méthode de protestation choisie par les agriculteurs : la paralysie d’un pays entier est une bombe à manipuler avec précaution, car elle peut vous exploser à la figure avant d’avoir fait son office. D’autre part, il renvoie aux prochaines élections parlementaires, ce qui permettra peut-être, en effet, premièrement d’y voir plus clair quant aux projets alternatifs, et deuxièmement de faire un point fiable (A moins que la démocratie n’existe plus en Argentine) sur l’état de l’opinion.
Mais ceci posé, l’article se consacre dans sa majeure partie à souligner la gestion calamiteuse de la crise par Cristina Kirchner. 4 discours en une semaine, c’est sans équivalent ! Surtout pour ne pratiquement rien dire, à part proférer des imprécations, s’enferrer dans l’autisme politique et agiter le spectre de 1976. (Remarque, vu de loin, on peut se poser des questions. Mais les temps ont changé, enfin j’espère !) Sans parler du recours aux gros bras et aux vieilles recettes populistes du Péronisme, donc.
Reste toujours le même étonnement pour l’Européen que je suis, sur le mode de fonctionnement politique de l’Argentine, où un populisme chasse l’autre, où aucun relais ne semble exister entre la société et le pouvoir en place, ni politique ni syndical, transformant ainsi les conflits importants en véritables guerres civiles, et où les intellectuels semblent être partis à la chasse aux papillons.

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