30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 19:54

Aujourd’hui dimanche 30 mars 2008, 19ème jour de blocage de l’activité agricole.

 

Il fait beau, le ciel est bleu, les oiseaux chantent ! Il est 15h00

Tout est calme et chacun reste sur ses positions. Cristina Kirchner et le gouvernement ne disent pas un mot. Aucun discours, aucune déclaration, aucune présence à la télévision depuis vendredi soir. Il n’y a pas personne au numéro que vous avez demandé ! Affichage d’une stratégie du silence…jusqu’à lundi matin. (Est ce la bonne ?).

Coté ruralistas et syndicats agricoles, on occupe le terrain, les barrages sont montés, les medias sont aussi sur les routes avec le micro ouvert 24h sur 24h et interviennent une ribambelles d’agriculteurs qui expliquent leur mouvement, les difficultés de la profession, l’avenir du campo, la reprise de la ferme familiale dans le futur par les enfants…autre stratégie, la communication tout azimut, les questions, interrogations et réponses de chacun pour avancer à la fois sur ce problème mais aussi essayer de préparer l’avenir de la profession pour savoir de quoi demain sera fait l’agriculture argentine.

 

Ce matin dans le Clarin, une série d’informations (souvent très intéressantes) sur le monde rural en Argentine, son niveau de vie, ses problèmes, et son évolution depuis les années 90.

18 pages seulement dans le Clarin d’analyses de la réalité rurale. Un gros pavé à lire …je vous en ferai un résumé cette semaine, promis !

La Nationale 34 coupée à 120 km de Salta , Photo hier samedi 29 mars 2008.


Profitons donc de cette trêve du dimanche pour comprendre ce qui coince :

 

 

Retenciones fijas : (Rétentions fixes) : Les ruralistas demandent que les impôts sur les exportations soient fixes, c'est-à-dire que le % ne fluctue pas en fonction du marché international. L’idée du gouvernement c’est d’augmenter l’impôt en fonction du prix en USD du marché international (soja, maïs, tournesol, etc…). Les ruralistas sont contre, car il est très difficile de savoir à l’avance à combien sera vendu leur récolte et surtout combien il leur restera après impôts puisque l’état interviendra en gardant entre 44% et bien plus si le soja continue à monter sur le marché international. Exemple : le soja coûte 100, on taxe à 44%, 56 pour l’agriculteur et 44 pour l’Etat. Si le soja monte à 150, on le taxera à 63%, donc 56 pour l’agriculteur et 94 pour l’Etat. Bref si ça monte, tout benef pour l’Etat (sans travailler) et l’agriculteur ne gagne pas plus. Si ça baisse, l’agriculteur gagne moins. Au mieux tu gagnes pareil, au pire tu gagnes moins, intéressant comme travail non ? 

 

Retenciones móviles : (Rétentions mobiles) : c’est ce que propose le gouvernement, mais accepte maintenant d’aider en contre partie le petit exploitant en lui réintégrant ensuite une somme (qui reste à déterminer). Trop flou pour les agriculteurs qui voient en ce système une sorte de pression future, du style : « D’abord tu payes et ensuite si tu te comportes bien, on te rend une partie de ton impôt). De plus, reste ensuite à définir ce que sont un « petit exploitant » et un « gros exploitant ». Le gouvernement aura sûrement tendance à prendre tous les agriculteurs pour des gros propriétaires.

 

Blé : Le gouvernement est prêt à « libérer » les exportations. Libération de la quantité et de la valeur de vente encore soumise à un prix obligatoire de vente (bien en dessous du marché international, la différence entrant bien sur directement dans les poches du gouvernement).

 

Transports : Le gouvernement propose aussi des aides pour les exploitants se trouvant les plus loin des points d’embarquement à l’exportation. (Les ports). Les provinces concernées sont Chaco, Salta, Santiago del Estero et Tucumán. Une fois de plus c’est « tu payes d’abord et ensuite on voit combien on te subventionne pour ton transport camion jusqu’au port »


Quelques routes bloquées par ci par là, photo samedi 29 mars 2008.

 

Coté gouvernement, que se passe t'il ? :

 

Nestor Kirchner est entrain de jouer double jeu, d’une part il aurait montré sa « préoccupation » et aussi sa « désapprobation » envers quelques fonctionnaires de l’Etat comme le secrétaire de l’agriculture Javier de Urquiza et le ministre de l’économie Martín Lousteau. Personne n’est dupe derrière toute décision de Critina Kirchner on sait que Nestor Kirchner son mari donne son feu vert. Alors ? Nestor Kirchner se critiquerait lui-même ?

Je pense que l’on prépare déjà les remplaçants de ses deux ministères dans le cas où la semaine prochaine la situation s’aggrave bien plus. Mais au bout du 19 jours, il serait temps de commencer à s’agiter un peu. A se demander si ce n’est pas Cristina Kirchner qu’il faut changer !

 

Le gouvernement a donc invité les ruralistas à revenir s’asseoir à la table de négociation lundi prochain (demain, lundi 31 mars 2008), mais si c’est pour ne rien proposer de nouveau aux agriculteurs, les syndicats agricoles viendront ils ?

Une enquête commandée rapidement par le gouvernement cette semaine (et vite enterrée) montrerait que 62% des argentins appuient les ruralistas. Difficile donc pour Cristina Kirchner d’essayer de faire passer les agriculteurs pour des « nantis impopulaires ne voulant pas partager leurs richesses avec le peuple ». Pas de chance, le peuple est avec le monde rural et maintenant contre un gouvernement totalement aveugle et surtout sourd après 19 jours de revendication.


 

Hier samedi au Marché central de Buenos Aires, quelques camions y sont arrivés au petit matin après le déblocage de quelques heures des routes le vendredi soir. Mais en raison de pourrissement de la marchandise dans les camions (certains plus d'une semaine), il a bien fallu jeter une bonne partie. Ici des carottes.  

Cristina Kirchner doit cette semaine se rendre en Europe.

La voilà bien embêtée, « ira ou ira pas ? » se demande chacun.

Dans son agenda :

 

Mercredi 02 avril : Après avoir déposé des fleurs au monument des « héros » tombés pour les Malouines. (Date du début de la guerre des Malouines), elle prendra l’avion pour se rendre à Londres. (La date n’a donc pas été choisie au hasard).

Jeudi 03 avril, elle rend visite au parlement britannique, déjeune avec les lords et ensuite donne une conférence à la London School of Economics. Sûrement un discours du style « Comment appliquer une bonne économie agricole ».

Vendredi 04 avril : Rendez vous avec Eric Hobsbawn pour un début de forum des leaders progressistes, puis dîner avec le premier ministre anglais Gordon Brown.

Samedi 05 avril : Fin du forum progressiste (où elle apprendra justement peut être la définition de ce mot), puis décollage pour Paris.

Dimanche  06 avril : Journée libre à Paris, elle descendra sûrement dans un petit hôtel de la place Vendôme et ira faire ses courses chez Leader Price rue du faubourg St Honoré ou chez Tati de l’avenue Montaigne spécialement ouvert pour elle pour se refaire une garde robe. Quand on sait qu’elle a sorti que le conflit social des agriculteurs était une « grève des opulents » ça fait mal !!! J’espère que les photographes de La Nacion vont faire des photos de Cristina Kirchner avec ses derniers achats sortant de chez Louis Vuitton, ça fera sûrement plaisir au gaucho de base qui en a marre au fin fond du Chaco !

Lundi 07 avril : Elle déjeune avec Nicolas Sarkosy. (Nico, je sais que tu lis tous les jours mon site, (j’ai ton IP en mémoire dans mes statts), dis lui que ça déconne pas mal ici, je ne sais pas moi, toi qui connaît bien tous les dossiers, explique lui un peu l’Argentine !)

 

On attend donc avec impatience cette nouvelle semaine qui promet pas mal !

 

Ah ! un dernier truc, tout à l’heure en prenant mon ptit dej au « bar du coin », deux « casquettes » (j’appelle comme ça les pauvres types des villas miserias qui ont toujours nuit et jour leur casquette sur la tête…rien de péjoratif de ma part). Donc deux casquettes qui collaient des affiches sur l’avenida Corrientes appelant le mardi 1 avril à 16h à un regroupement pour soutenir Cristina Kirchner et son action pour un pays plus juste, blablablabla etc… J’avais envie de leur demander : Qui vous payent pour coller ces affiches ? Qui a payé ses affiches ? D’où viennent ses affiches ? Sûrement de la poche du contribuable… Bon c’est lundi, puisque mardi elle s’en va expliquer aux européens qu’elle est « une femme qui comprend le peuple » (elle souffre énormément du complexe Evita Peron).

 

Bon, sur ce, je vous laisse … je vais aller manger mes pâtes, en revenant du bar du coin, je suis passé à Dia et à Eki, pas l’ombre d’un bout de viande !

Comme toujours voilà chronologiquement les articles ayant un rapport avec ce que vous vivons en ce moment !

Le 26 mars 2008 à 20h00 : - Les derniers jours du gouvernement Kirchner ?
Le 27 mars 2008 à 13h00 : - La crise argentine dans le campo.
Le 27 mars 2008 à 20h00 : -
Discours de Cristina Kirchner.
Le 28 mars 2008 à 16h00 : -
On attend la réponse des syndicats agricoles.
Le 28 mars 2008 à 23h00 : -
La situation se détériore à nouveau.
Le 29 mars 2008 à 09h00 : -
Après la réunion avec Alfredo Fernandez.
Le 29 mars 2008 à 20h00 : -
Les syndicats agricoles durcissent le ton.
Le 30 mars 2008 à 15h00 : -
19ème jour de blocage, où en sommes nous ?
Le 31 mars 2008 à 20h00 : -
 Les agriculteurs désabusés.
Le 01 avril 2008 à 15h00  : -
Brouillard ce matin sur Buenos Aires.
Le 01 avril  2008 à 21h00 : - La crise de Cristina Kirchner. 

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Published by Le Petit Hergé - dans 03 - Actualité argentine
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commentaires

Pierre 31/03/2008 19:17

Bonjour,je tiens à confirmer concernant les "casquettes", c'est la triste réalité. Même lors du discours "d'intronisation" de Cristina, la plaza de mayo en était rempli..Par ailleurs, je vis à Caballito, les supermarchés (deux Coto à coté de chez moi) n'ont plus beaucoup de viande, c'est une réalité. Les carnecerias que j'ai croisé (il y en a deux sur Av. La Plata, je passe devant tous les jours) étaient également très peu rempli.En tout cas je tiens à te remercier pour ton site, j'habite ici depuis quatre mois, et j'ai obtenu tous les renseignements que je cherchais avant de partir.. à part pour un logement à plus long terme, j'ai d'ailleurs quelques bons plans si tu veux qu'on en parle contact moi.

Paddy 31/03/2008 09:44

Bonjour !
 
Petite pique sans méchanceté pour pimenter le débat : en lisant ton article, Hergé, et les passages sur l’infâme présidente qui va se gaver Place Vendôme, tandis que, plus loin, ces abrutis de pauvres se tapent le collage d’affiches pour la soutenir, on se demande qui, du rédacteur de l’article ou de sa cible, est le plus populiste. Vas-y mollo, ta prose commence à prendre des relents de canard pas frais, alors que jusqu’à maintenant, tes articles présentaient une remarquable et utile synthèse de la situation.
Blague à part, il y a une chose qui m’étonne de plus en plus, en te lisant et surtout en lisant les versions Internet des journaux argentins (La Nacion, Clarin, et les régionaux ), c’est l’inexistence – apparente en tous cas – de l’opposition. J’ai beau chercher, pas une allusion, rien. Rien non plus sur un quelconque débat parlementaire. (Les « retenciones », c’est quand même une nouvelle loi ,non ?) L’impression, c’est que ce conflit ne donne lieu à aucun débat au plan politique, ailleurs que dans la rue. Des précisions là-dessus ?
Enfin, je viens de lire un article dans « Pagina/12 » qui donne un éclairage sensiblement différent du tien au sujet de la pénurie alimentaire et de sa perception par la population. (http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-101594-2008-03-31.html)
Qu’en penses-tu ?

Le Petit Hergé 31/03/2008 13:00



Bonjour Daddy. A première vue tu as raison, j’ai relu mon article d’hier et ça fait un peu “populiste”. Que
Cristina Kirchner aille faire les boutiques place Vendôme, elle a en parfaitement le droit, (je ne tomberai pas cette fois ci dans le panneau en demandant d’où vient son argent …quoique, même des
journalistes commencent à se demander comment la famille Kirchner a pu en 5 ans multiplier par 4 ou 5 son patrimoine). Ce qui me fait rigoler c’est que depuis le début du conflit elle nomme les
ruralistas de «riches égoïstes qui ne pensent pas au peuple», voilà c’est tout !


Pour ce qui est des « casquettes pauvres » qui bossent pour elle, oui, ça toujours été eux qui ont
voté pour le parti péroniste et donc maintenant qui soutiennent Cristina Kirchner. Mais ceux qui collent les affiches ne le font pas par conviction, ils le font parce qu’ils ont besoin d’argent,
et j’ai même des gros doutes en leur éternelle soutien en leur présidente. Tu regarderas la presse argentine ou même les vidéos sur la manifestation qui aura lieu de la part de la CGT sur la
plaza de Mayo le 1er avril, et tu t’apercevras qu’une fois de plus ce sont des « casquettes » qu’on aura ramassé dans les villas pour bourrer les bus et les ramener dans le
centre avec les banderoles. Il n’y a aucune conviction politique de leur part, uniquement une conviction du ventre. (Je me mets à leur place, je ferais la même chose, quelques billets ramassés
pour aller jouer du tambour sur la Plaza de Mayo, ça en vaut la peine !).


Quant à l’article de Pagina 12 et de la pénurie des denrées alimentaires. Je ne sens pas de différences avec ce
que je dis. Il n’y a plus de viande, plus de poulet, très peu d’oeufs, les légumes et les fruits sont chers, mais « l’homme de la rue » dans sa très grosse majorité soutient le
mouvement ruraliste (je signale que je n’habite pas à Recoleta, mais dans un quartier de classe moyenne). On ne peux pas dire à ce jour que la population « souffre » des pénuries, ceux
qui en souffrent le plus sont certainement les professionnels du marché central, supermarchés, distributeurs, etc… qui perdent certainement beaucoup d’argent.


Pour ce qui est de l’opposition. Il me semble (une fois de plus je n’engage que moi), qu’il n’y a que deux
figures aujourd’hui de l’opposition. Mauricio Macri, et Elisa Carrio. Le premier vient d’être élu il y a quelques mois président de la ville de Bsas, et en ce moment a énormément d’autres chats a
fouetter, il vient de nettoyer le gouvernement de la ville, d’employés inutiles, corrompus, etc… il a donc déjà pas mal d’ennemis sur le dos et ne veut pas trop se mettre sur les combats
nationaux. Il se réserve sans aucun doute pour les prochaines élections présidentielles. Elisa Carrio, quant à elle, elle est arrivée première aux dernières élections présidentielles de 2007 dans
les grandes villes et la classe moyenne se reconnaît parfaitement en elle, alors qu’elle a toujours joué (encore plus il y a une dizaine d’année) une carte très a gauche, dans les années 80 et 90
on était même pas loin du style Arlette Laguiller. Mais bon, elle s’est assagit, a mis de l’eau dans son vin et passe très bien maintenant même dans la petite bourgeoisie. Elle parle à la
télévision (presque tous les jours), et arrive très souvent à me convaincre avec ses idées et ses analyses de la situation. Le seul problème qu’elle a, c’est qu’elle n’a derrière elle aucun parti
fort, en 2007 elle s’est présentée dans une formule de tête de gondole d’une multitude de petits partis qui étaient « contre Cristina Kirchner », une fois les élections terminées,
chacun a repris sa route. Alors aujourd’hui on l’écoute, un peu comme si il s’agissait d’une spécialiste rendant un rapport après un audit, mais le gouvernement et le parti péroniste n’a en
aucune manière peur d’elle. A bientôt !



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