Pour les touristes français en Bolivie : Situation le 22 mai 2026
22 mai 2026Mise à jour : 22 mai 2026. #Bolivie. #Actualité.
Tempête sur l'Altiplano : Radiographie d'une Bolivie au bord du gouffre
La Bolivie traverse l'une des crises les plus aiguës de son histoire contemporaine. À la suite des informations publiées par les grands journaux du pays — de La Razón à El Deber, en passant par Los Tiempos et Correo del Sur —, le panorama national est celui d'une paralysie quasi totale.
Entre revendications économiques locales et sables mouvants de la géopolitique mondiale, voici une analyse détaillée de la situation au cours de ces dernières 48 heures.
Devant l’intérêt que vous avez développé pour mon premier papier sur la Bolivie, voici donc le second volet, rédigé quarante-huit heures plus tard. La situation reste particulièrement brûlante sur l’Altiplano et les événements s’y succèdent à un rythme effréné.
L’idée n’est évidemment pas de vous inonder quotidiennement, mais de vous proposer un point régulier dès que l'actualité l'exige, et ce jusqu’à la stabilisation du pays.
N’ayant pas la science infuse, je sollicite votre indulgence pour les éventuelles imperfections de ces lignes.
Certains m'ont reproché un léger parti pris pour le gouvernement en place lors de ma précédente chronique.
Sachez que je m’efforce de maintenir une neutralité absolue. Pour ce faire, je plonge mes yeux dans les quotidiens boliviens et argentins de tous horizons politiques — des titres conservateurs aux pages de "Página 12" ou de "La Izquierda Diario", plus favorables au camp d'Evo Morales.
Dans ce brouhaha de propagande et d'intox où chacun fustige son adversaire, faire la part des choses est un exercice de haute voltige.
Revenons donc aux faits bruts des dernières 48 heures. Cette synthèse s'adresse à trois publics : nos compatriotes actuellement sur le terrain qui doivent composer avec 47 points de blocages routiers, ceux qui s'apprêtent à boucler leurs valises pour découvrir ce magnifique pays, et enfin la majorité d'entre vous qui nous lisez par simple curiosité intellectuelle et par amour indéfectible pour l’Amérique du Sud.
Entre la démission du ministre du Travail, remplacé par l'aymara Williams Bascopé, l'inflexibilité du président Rodrigo Paz et l'ombre d'Evo Morales qui réclame des élections depuis son bastion du Chapare, le tableau est complexe.
Ajoutons à cela le jeu des puissances — l'intérêt de Washington pour les 23 millions de tonnes de lithium bolivien et les ponts aériens humanitaires des voisins chilien et argentin — et nous obtenons une crise totale.
Pour les touristes français sur place :
Routes coupées et paralysie logistique : Quel impact pour les voyageurs ?
Pour les touristes français actuellement sur place ou ceux qui planifient un voyage imminent, le mot d'ordre est à la plus grande vigilance. Le réseau routier national est profondément désorganisé. On compte désormais près de 47-48 points de blocage actifs impactant les axes du pays.
Les manifestants (syndicats ouvriers, transporteurs et factions paysannes) coupent les liaisons interdépartementales majeures. Voyager par bus ou par voiture d'une région à l'autre est devenu presque impossible et comporte des risques importants de rester bloqué au milieu de nulle part pendant plusieurs jours. La fameuse « Larga Noche de Museos » à La Paz a même dû être reportée en raison du contexte sécuritaire. Il est fermement recommandé de privilégier les liaisons aériennes internes — bien que les aéroports soient pris d'assaut — et de consulter quotidiennement les alertes de l'ambassade de France à La Paz.
La question suivante se pose, alors plus ou moins de blocages de route qu'il y a 48 heures ?
D'après le point officiel de la cellule de transitabilité de l'ABC (Administradora Boliviana de Carreteras) et les journaux de ce vendredi 22 mai 2026 : il y a PLUS de blocages.
Pour L'ABC, allez voir à : https://www.abc.gob.bo/ et pour la "transabilité", le lien est en surchauffe, mais vous pouvez toujours essayer : https://transitabilidad.abc.gob.bo/captcha-form
La situation s'est alourdie. On est passé de 26 ou 38 points noirs en début de semaine à 47-48 points de blocage actifs s'étendant désormais dans sept départements (La Paz, Oruro, Cochabamba, Potosí, Chuquisaca, Santa Cruz et Pando).
Voici la cartographie précise de ce qui est débloqué, de ce qui s'est rajouté et des zones de paralysie totale.
- Les quelques rares déblocages (qui respirent mieux)
Il n'y a pas eu de "libération" définitive de grands axes par la force, mais plutôt des suspensions temporaires ou des escortes :
Le couloir de Senkata (El Alto - La Paz) : C'est le point clé pour l'alimentation. La police a réussi à sécuriser temporairement la sortie d'environ 70 camions-citernes de carburant depuis la plante de Senkata. Le carburant arrive au compte-gouttes à La Paz, mais la route n'est pas "libre", elle est sous contrôle militaire.
Les corridors humanitaires sanitaires : Un accord de dernière minute a permis de laisser passer de manière exclusive les convois d'oxygène médical et de sérums sur l'axe Cochabamba - La Paz. Les véhicules civils et touristiques en sont exclus.
- Les nouveaux blocages (Où la situation s'est aggravée)
Le conflit a fait tache d'huile en s'enfonçant dans les provinces du sud et des vallées, des zones qui étaient jusqu'ici plus calmes :
Entrée de Chuquisaca et Potosí : De nouveaux barrages ont été installés dans les secteurs de Retiro (route de Turuchipa), entre Turichipa et Betanzos, ainsi qu'au niveau de Millares (la frontière entre Chuquisaca et Potosí).
Renforcement à Santa Cruz : Un nouveau point de coupure sociale très dur est apparu dans le secteur des producteurs à Los Troncos – Núcleo 1.
- Les points noirs historiques (situation restant totalement gelée)
L'axe central de l'Altiplano est verrouillé. Les terminaux de bus de La Paz et de Cochabamba maintiennent la suspension totale des départs interdépartementaux.
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Le verrou de La Paz / Oruro (Totalement bloqué) :
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La route principale La Paz - Oruro est coupée en plusieurs morceaux : à Villa Remedios, Lahuachaca, Panduro et au Cruce Luribay.
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L'axe Patacamaya - Sica Sica (secteur La Huachaca) et la route vers le Pont international de Desaguadero (frontière péruvienne) sont totalement paralysés.
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Vers l'Altiplano Nord, l'axe Patamanta - Huarina et Achacachi reste inaccessible.
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Le verrou de Cochabamba (Totalement bloqué) :
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La route vers l'Est (le Chapare) est coupée à Padresama (entre Locotal et Villa Tunari), le fief d'Evo Morales.
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La route vers l'Ouest (vers Oruro/La Paz) est close à Bombeo, Pongo et Confital (secteurs des bifurcations de Ventilla et Tacopaya).
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Le verrou de Potosí (Tourisme Uyuni coupé) :
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La route stratégique Potosí - Uyuni est toujours bloquée au niveau du Mirador de Uyuni.
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Pour faire simple : l'Altiplano (Ouest et Centre) est un cul-de-sac routier ce vendredi 22 mai 2026. Si vous devez impérativement bouger entre La Paz, Cochabamba et Santa Cruz, la seule et unique option reste l'avion, sous réserve de trouver des places prises d'assaut.
NB : Je prepare une carte avec plus de détail qui sera mise en ligne j’espère dans la journée ou demain matin (samedi)
Pénuries et géographie de la crise : Des provinces exsangues
L'asphyxie logistique a plongé plusieurs centres urbains dans une urgence humanitaire et sanitaire critique.
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Les villes les plus touchées (La Paz, El Alto, Cochabamba) : Le Service départemental de santé (SEDES) de La Paz a déclaré l'état d'urgence hospitalière.
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Les réserves d'oxygène médical, de sérums et de médicaments essentiels sont à un niveau critique. Dans les marchés, les files d'attente d'une longueur interminable s'allongent pour obtenir du gaz en bonbonne ou un simple poulet par personne. À Cochabamba, épicentre des barrages, les pertes économiques pour les entreprises locales s'élèvent à 50 millions de bolivianos par jour.
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Les pénuries nationales : L'essence et le diesel manquent cruellement. Les chauffeurs font la queue pendant plus de six heures dans les stations-services pour espérer remplir leur réservoir.
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Les provinces préservées : Si les départements de La Paz, Oruro, Cochabamba et une partie de Santa Cruz subissent le gros de la crise, les régions du sud et de l'est comme le Beni (Trinidad), le Pando ou Tarija vivent dans une normalité relative, bien que l'inflation interne globale (qui frôle les 14 %) y pèse également sur les prix de l'alimentation.
Secousses à la Plaza Murillo : Le gouvernement se fissure
Face à l'immense pression de la rue, l'édifice gouvernemental a vacillé.
Le premier fusible politique important a sauté au cours des dernières heures : la démission d'Edgar Morales, le ministre du Travail, qui était devenu la cible privilégiée des syndicats.
Pour tenter d'éteindre l'incendie et diviser la base autochtone des manifestants, le président Rodrigo Paz a immédiatement procédé à un remplacement stratégique en nommant Williams Bascopé Laruta, un avocat constitutionnaliste d'origine aymara.
Lors de sa prise de fonction, le nouveau ministre a imploré Dieu d'apporter « la sagesse et la justice » au pays. L'opposition et les principales forces de l'Assemblée législative (Libre, Unidad, PDC) estiment toutefois que ce changement est dérisoire et exigent une « chirurgie majeure » de tout l'appareil exécutif.
Le discours de fermeté de Rodrigo Paz
Lors de ses dernières déclarations publiques au cours des dernières 48 heures, le président Rodrigo Paz a choisi la ligne de l'inflexibilité totale, excluant d'emblée toute idée de démission.
S'adressant à la nation depuis le Palais de Gouvernement, il a fustigé les manifestants qui exigent son départ, qualifiant leurs méthodes d'« affront direct à la démocratie et à l'ordre constitutionnel ».
Le chef de l'État a rappelé que son mandat courait légitimement jusqu'au 7 août prochain et qu'il ferait respecter la loi.
Pour tenter d'amorcer une sortie de crise non violente, il a annoncé la création imminente d'un « Conseil Économique et Social » afin de restructurer le modèle financier du pays, tout en réitérant que l'armée et la police interviendront pour libérer les axes routiers si le bon sens ne l'emporte pas.
Le bras de fer de la COB : La marche sur la capitale
Depuis ce mercredi, la puissante Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) a considérablement durci sa position.
Rompant tout dialogue avec le pouvoir exécutif, le leader syndical Eduardo Ferrufino a orchestré une démonstration de force massive.
Les militants de la COB, rejoints par les mineurs et les paysans, se sont rassemblés au niveau de la Multifonctionnelle de la Ceja d'El Alto avant de fondre sur le centre de La Paz.
La COB a rejeté en bloc les propositions de dialogue du président Paz, exigeant sa démission comme préalable à toute levée des barrages.
Les syndicats dénoncent les réformes structurelles exigées par le FMI en échange d'un prêt de 3,3 milliards de dollars, les qualifiant de retour en arrière « néolibéral » destructeur pour la classe ouvrière.
Le sphinx du Chapare : Les mouvements d'Evo Morales
L'ancien président Evo Morales demeure le chef d'orchestre en sous-main d'une grande partie des blocages de routes, opérant depuis son bastion imprenable du Chapare, une zone fonctionnant désormais comme un véritable « État dans l'État ».
Dans ses dernières sorties sur les réseaux sociaux et auprès des radios cocaleras, Morales a nié l'existence d'un « plan macabre » ou d'une tentative de coup d'État, affirmant que la révolte est celle d'un « peuple fatigué des mensonges ».
Pour résoudre la crise, Morales réclame désormais la tenue d'élections générales anticipées sous 90 jours.
Visé par un mandat d'arrêt pour des accusations graves d'abus sur mineure, il tente d'utiliser la détresse économique des syndicats pour forcer la chute du gouvernement Paz et échapper à la justice.
L'échiquier international : Washington et le poids des voisins
La crise bolivienne s'inscrit également dans un contexte géopolitique majeur lié au contrôle des 23 millions de tonnes de lithium du pays.
La position des États-Unis : Washington soutient fermement le gouvernement de Rodrigo Paz. Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a publiquement déclaré que les États-Unis ne toléreraient pas le renversement de dirigeants démocratiquement élus par des « criminels ».
L'accord minier signé fin avril prévoit également le retour discret de la DEA (l'agence antidrogue américaine) sur le sol bolivien, ce qui provoque la fureur du camp d'Evo Morales, qui dénonce l'ingérence américaine.
Le rôle des pays limitrophes : Face à l'urgence humanitaire à La Paz, les voisins s'activent pour ravitailler la population.
L'Argentine de Javier Milei a mobilisé un avion militaire Hércules C-130 pour acheminer des tonnes de nourriture (bien que l'opposition bolivienne soupçonne l'envoi discret de matériel anti-émeute).
Le Chili a également envoyé un avion cargo avec 5 tonnes de vivres et d'intrants médicaux d'urgence, tentant de desserrer le nœud coulant qui asphyxie l'Altiplano.
Sur ce, chers lecteurs, je retourne terminer ma carte des routes boliviennes en espérant vous donnez plus de détails dans le prochain article !
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