Bolivie : Un pays en état de siège
20 mai 2026Mise à jour : 20 mai 2026. #Bolivie. #Actualité.
La Bolivie au Bord du Gouffre : Entre Insurrection, Ruine Économique et Scandales Judiciaires
Bien que mon carnet de notes soit habituellement saturé par les incroyables péripéties de notre chère Argentine, un reporter digne de ce nom ne saurait détourner le regard des frontières voisines, et la Bolivie en fait indubitablement partie !
Voilà déjà de longues semaines que ce grand pays andin s'enfonce pas à pas dans une pétaudière insurrectionnelle d'une gravité inédite.
Pour retrouver un tel parfum de sédition, il faut à tout le moins remonter sept ans en arrière, à la fameuse crise post-électorale d’octobre et novembre 2019.
Mais si l'on ose une comparaison avec ses pires heures de tumulte et de violence, c'est un saut de vingt-trois ans dans le passé qu'il faut accomplir, jusqu'à l'année 2003, pour retrouver un climat aussi explosif que la terrible « guerre du gaz ».
Bref, rangeons un instant nos dossiers argentins et plongeons tête la première dans les méandres des difficultés de notre tumultueuse voisine bolivienne :
Un pays en état de siège
La Bolivie traverse actuellement la crise institutionnelle et sociale la plus dramatique de son histoire récente.
Ce qui n’était au départ qu’une contestation liée à la crise économique s’est transformé, en l'espace de trois semaines, en un véritable embrasement national.
Menée par l'ancien président radical Evo Morales et ses partisans, une offensive d'envergure paralyse le pays et menace de faire s'effondrer le gouvernement légitime de centre-droit dirigé par Rodrigo Paz. À Washington comme à La Paz, le mot est désormais lâché : la Bolivie fait face à une tentative de « coup d'État ».
1. L'Embrasement de La Paz et l'escalade de la violence
Le centre historique de la capitale administrative, La Paz, s'est mué en un théâtre de guerre urbaine. Des milliers de manifestants — principalement des mineurs, des paysans de l'Altiplano et des enseignants ruraux ralliés à la cause de Morales — encerclent les institutions de la République.
Les affrontements avec les forces de l'ordre ont atteint un niveau de sauvagerie inouï :
Un bilan lourd et des institutions ciblées : Les autorités font état de 127 personnes arrêtées à la suite des violents heurts survenus sur la place Murillo, épicentre des institutions gouvernementales. On déplore de nombreux blessés parmi les forces de l'ordre, dont onze policiers souffrant de traumatismes graves (traumatismes crâniens et fractures maxillaires) causés par des jets de pierres et de briques.
Destructions de biens publics : Des groupes de manifestants s'en sont pris violemment à des bâtiments officiels, saccageant le Tribunal départemental de justice de La Paz et pillant des commerces privés. Plusieurs véhicules de police et motocyclettes ont été incendiés au cœur de la ville.
Paralysie des services essentiels : Face au chaos, les banques de la capitale ont baissé le rideau et les écoles ont suspendu les cours, privant de nombreux enfants du seul repas de leur journée (le petit-déjeuner scolaire) en raison de la rupture des chaînes d'approvisionnement.
2. L'Asphyxie Économique : L'héritage toxique du MAS
Au fondement de cette révolte populaire se trouve une crise économique structurelle sans précédent, fruit de deux décennies de gestion populiste par le Mouvement vers le Socialisme (MAS).
Pendant des années, l'État bolivien a vécu sur l'illusion d'une croissance infinie financée par l'exportation d'hydrocarbures. Mais le manque cruel d'investissements et la mauvaise gestion ont asséché les puits de gaz.
Aujourd'hui, la Bolivie est devenue dépendante des importations de carburants, ce qui a vidé les réserves de dollars de la Banque centrale. L'inflation a grimpé en flèche pour atteindre 20,4 %, tandis que l'économie informelle dévore désormais 85 % de l'emploi dans le pays.
Arrivé au pouvoir il y a six mois à peine, le président Rodrigo Paz a tenté d'assainir les finances publiques en réduisant les subventions sur les combustibles.
Cette mesure de rigueur a provoqué une pénurie immédiate de naphte et de carburants sur tout le territoire, poussant les camionneurs et les transporteurs à organiser des barrages routiers permanents. À ce jour, on compte au moins 32 points de blocage stratégiques à travers les départements du pays, isolant totalement La Paz du reste de la nation. Le coût financier de ces blocus est intenable : l'économie perd plus de 50 millions de dollars par jour.
3. L'Affaire Évo Morales : Sexe, pouvoir et impunité
Sapristi, l'élément le plus scandaleux de ce dossier réside dans les motivations profondes de cette insurrection !
Si les syndicats réclament des augmentations salariales et du carburant, le véritable donneur d'ordres, Evo Morales, cherche avant tout à échapper à la justice de son pays.
L'ancien président fait l'objet d'un mandat d'arrêt international et d'une procédure judiciaire accablante relancée à la fin de l'année 2024 par la procureure de Tarija, Sandra Gutiérrez :
Des accusations infamantes : Morales est accusé de traite aggravée de personnes, détournement de mineurs et viol d'une jeune fille de 15 ans (nommée Juan Evo Morales Ayma sur les registres) survenu entre 2014 et 2016, relation dont serait née une enfant. La justice dispose de plus de 170 preuves matérielles et de 39 témoignages concordants.
La fuite et le chantage : Ayant refusé de se présenter à sa première audience judiciaire à Tarija, Morales a été officiellement déclaré en rébellion et en fuite. Il s'est empressé de crier au « complot politique » ourdi par le nouveau pouvoir.
Le sanctuaire du Chapare : Pour éviter la prison, l'ex-chef d'État s'est retranché au cœur de son bastion tropical de Cochabamba, dans le secteur du Chapare. Il y est protégé par des centaines de partisans armés et de producteurs de coca. La semaine dernière, ses fidèles ont même envahi et bloqué l'aéroport de Chimoré pour interdire tout atterrissage des forces d'élite de la police venues l'interpeller.
Morales utilise le chantage du soulèvement populaire pour exiger l'annulation complète de ses poursuites pénales et imposer une réforme constitutionnelle qui lui permettrait de concourir à l'élection présidentielle de 2027.
4. La Réaction du Gouvernement : L'offensive diplomatique
Face à cette sédition ouverte, le gouvernement de Rodrigo Paz a décidé de durcir considérablement le ton, tout en écartant pour le moment la proclamation de l'état d'exception afin de privilégier les voies démocratiques et institutionnelles.
Le ministre des Affaires étrangères bolivien, Fernando Aramayo, a fermement dénoncé des actes de « sédition et de terrorisme » orchestrés par le clan Morales.
Le gouvernement s'apprête à porter officiellement l'affaire devant l'Assemblée générale de l'Organisation des États Américains (OEA) afin de réclamer l'envoi d'une mission internationale pour constater la tentative de déstabilisation démocratique. « On ne peut négocier ni dialoguer avec le crime », a martelé le chef de la diplomatie bolivienne.
Parallèlement, la justice a ordonné l'arrestation de Mario Argollo, le tout-puissant secrétaire général de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), accusé d'« instigation publique à délinquer » pour avoir mené le blocus sauvage de La Paz.
5. Soutien International et Condamnation Américaine
La communauté internationale observe l'effondrement bolivien avec une inquiétude croissante. Plus d'une douzaine de chancelleries ont d'ores et déjà apporté leur soutien explicite au président constitutionnel Rodrigo Paz (qui a accédé à son mandat en novembre 2025).
La condamnation la plus vigoureuse est venue des États-Unis. Le sous-secrétaire d'État américain, Christopher Landau, a pris publiquement la parole lors de l'assemblée du Conseil des Amériques à Washington.
Il a qualifié les actions d'Evo Morales d'« intention flagrante de coup d'État » financier et politique. « Il est inacceptable qu'un processus démocratique où le président a été élu de manière écrasante il y a à peine six mois soit menacé par des manifestants violents bloquant les rues », a-t-il affirmé avec gravité.
En revanche, le président colombien Gustavo Petro a adopté une posture radicalement inverse en estimant que la révolte en Bolivie s'apparentait plutôt à une « insurrection populaire » légitime, s'attirant les foudres de la diplomatie de La Paz, qui l'accuse d'ingérence inacceptable dans les affaires intérieures de l'État.
Conclusion : Un pays fracturé et suspendu au pire
En définitive, la Bolivie offre aujourd'hui le visage désolant d’un pays totalement fracturé en deux blocs irréconciliables.
Tandis que l’armée et la police militaire lourdement armées montent la garde devant le Palais Quemado pour préserver les apparences du pouvoir républicain, le peuple bolivien étouffe sous le poids des blocus, de la faim et des pénuries d'énergie.
Le bras de fer entre un président légitime acculé à des réformes économiques impopulaires et un ancien leader syndicaliste prêt à sacrifier la paix de son pays pour préserver son impunité personnelle s’annonce sanglant et incertain. L'avenir de la démocratie andine ne tient plus qu'à un fil très mince.
Pour le tourisme :
S'il y a bien une question cruciale à poser au milieu d'un tel remue-ménage, c'est celle de la sécurité de nos courageux compatriotes voyageurs ! Si des touristes français se trouvent actuellement en Bolivie ou comptaient s'y rendre toutes voiles dehors dans les prochains jours, il y a de sacrées précautions à prendre.
Voici un point de situation complet pour éclairer les voyageurs en Bolivie :
Pour ceux qui y sont déjà : Prudence et patience !
Le mot d’ordre absolu est d'éviter à tout prix de jouer les reporters téméraires.
Fuir les rassemblements : Les manifestations, notamment autour de la place Murillo à La Paz et dans les grandes artères de Cochabamba ou d'El Alto, peuvent dégénérer en un clin d'œil (jets de dynamite, gaz lacrymogènes). Mieux vaut rester sagement à l'écart.
Le piège des blocus routiers : Les barrages paralysent plus d'une trentaine d'axes majeurs. Il est formellement déconseillé de tenter de les forcer en voiture ou en bus. Si vos voyageurs sont bloqués dans une ville de province, la consigne est d'y rester en attendant une accalmie plutôt que de se retrouver coincés en plein désert ou sur une route de montagne sans vivres ni carburant.
Le réflexe Ariane : S'ils ne l'ont pas encore fait, ils doivent s'inscrire d'urgence sur le portail Ariane du ministère des Affaires étrangères français pour être localisés et recevoir les alertes de l'ambassade de France à La Paz en temps réel.
Pour ceux qui prévoient d'y aller prochainement : Un report s'impose !
Ce n'est pas le moment de jouer les explorateurs ! Voyager en Bolivie en ce moment relève du parcours du combattant et gâcherait complètement l'aventure.
Logistique en miettes : Entre les pénuries de carburant qui immobilisent les bus et les taxis, le risque de fermeture soudaine des aéroports régionaux (comme à Chimoré récemment) et les difficultés d'approvisionnement des hôtels et des restaurants, l'expérience touristique est totalement compromise.
Le conseil du Quai d'Orsay : Il est vivement recommandé de reporter tout voyage non essentiel en Bolivie tant que le bras de fer politique et les blocus nationaux n'auront pas trouvé d'issue pacifique. Mieux vaut prolonger son séjour dans les pays voisins (comme le Chili, le Pérou ou notre chère Argentine) en attendant que le ciel andin se dégage !
Bref, surveillons les cartes et les dépêches de près, mais pour l'instant, gardons nos globes-trotteurs à l'abri des turbulences !
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