Mise à jour : 25 mai 2026. #Bolivie. #Actualité.

25 mai 2026. La mobilisation massive a débuté à la Ceja d'El Alto avec la participation de paysans des organisations Túpac Katari et Bartolina Sisa. Petit Hergé à Buenos Aires

 

 

Bolivie : Paralysie et ultimatum !


Pour bien comprendre le drame qui s'est noué ce week-end, il convient de planter le décor.

Depuis le 8 novembre 2025, la Bolivie est présidée par Rodrigo Paz Pereira (fils de l'ancien président Jaime Paz Zamora), un économiste d’orientation libérale qui a succédé à Luis Arce, mettant fin à près de deux décennies d'hégémonie du socialisme du MAS.

Porteur d'un programme audacieux baptisé « Capitalismo para todos » (Le capitalisme pour tous), le président Paz s’est engagé dans une refonte globale de l’économie, provoquant la fureur des syndicats, des mouvements paysans traditionnels et des factions de gauche radicale, menées notamment par l'ex-candidate présidentielle, Eva Copa.

Au moment où s'ouvre ce lundi 25 mai, le pays subit son 25eme jour consécutif de blocages de routes.

Une asphyxie méticuleuse orchestrée par les syndicats agricoles et les organisations populaires qui paralyse le réseau routier national, empêchant l'approvisionnement des grands centres urbains en nourriture, en carburant et en médicaments.

La Paz, siège du gouvernement, est assiégée, tandis que l'économie nationale accuse des pertes vertigineuses.

 

Avis à nos lecteurs voyageurs et aux globe-trotters !

Je sais votre impatience légitime de connaître l'état précis des routes et la carte des barrages qui paralysent le pays. Que les touristes se rassurent : mon prochain billet (demain mardi) sera entièrement et spécifiquement consacré à la situation de la viabilité routière, axe par axe, pour vous aider à naviguer au mieux dans cette tempête.

Pour l'heure, le présent rapport fait le point complet sur les dernières 48 heures économiques, sociales et politiques qui viennent d'ébranler à nouveau la Bolivie.

Accrochez vos ceintures, l'Histoire s'écrit sous nos yeux !

 

Dimanche 24 mai 2026 : C'était la journée de tous les dangers

Le dimanche 24 mai restera dans les annales comme la journée de l'escalade de la violence et de l'internationalisation humanitaire de la crise.

Déblocage de la route de El Alto à Oruro. Petit Hergé à Buenos Aires

 

L'opération de déblocage militaire et le drame de Vilaque

 

Face à l'étranglement de l'axe routier stratégique El Alto-Oruro, le gouvernement de Rodrigo Paz a ordonné une intervention conjointe de la Police nationale et des Forces armées pour libérer les voies d'accès.

L'objectif initial était d'établir un « corridor humanitaire » pour laisser passer les convois de vivres.

Cependant, à la hauteur de la localité de Vilaque, l'opération a tourné à l'affrontement rangé.

Les manifestants radicaux ont accueilli les forces de l'ordre à coups de dynamite et de jets de pierres.

La réponse des forces de sécurité, faisant usage d’agents chimiques et de matériel anti-émeute, s'est avérée implacable.

Au cours de ces violents affrontements, un jeune manifestant de 24 ans, identifié sous le nom de Víctor C., a été mortellement touché par une balle.

Ce décès a immédiatement mis le feu aux poudres. La Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) et les syndicats de bloqueurs ont accusé la police d'avoir fait usage d'armes létales, transformant le jeune homme en martyr de leur cause.

Par ailleurs, la police a annoncé l'interpellation et l'arrestation de 48 personnes lors de ces échauffourées, tandis que le Défenseur du Peuple (Defensor del Pueblo) tirait la sonnette d'alarme face à l'explosion de la conflictualité.

Le ministre des Travaux publics, Mauricio Zamora, a confirmé que lui-même et la caravane qui participaient à une opération de déblocage avaient été la cible de deux embuscades cette dans la nuit du 23 au 24 mai 2026. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Photo : Le ministre des Travaux publics, Mauricio Zamora, a confirmé que lui-même et la caravane qui participaient à une opération de déblocage avaient été la cible de deux embuscades cette dans la nuit du 23 au 24 mai 2026

 

L'odyssée du ministre Zamora

 

Le ministre des Travaux publics, Mauricio Zamora, a personnellement vécu les affres de cette tension.

Chargé de superviser le retour d'une caravane humanitaire sous l'égide des « Drapeaux blancs », son convoi a été la cible de trois embuscades successives de la part de bloqueurs radicaux, notamment à Copata et Tilata.

Pendant plusieurs heures, le sort du ministre est resté incertain, les rumeurs de sa disparition ou de sa capture circulant de rédaction en rédaction.

Finalement, après avoir esquivé les barrages par des routes secondaires pour échapper aux jets de pavés et aux explosions, le ministre Zamora a réussi à rallier La Paz sain et sauf en fin de soirée, déplorant le sabotage délibéré du corridor par les insurgés.

La Bolivie a reçu un don de quatre tonnes de vivres et de produits essentiels de la part du Pérou dimanche 24 mai 2026. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Le ballet aérien de la solidarité régionale

 

Face au blocus routier, le président Rodrigo Paz a activé les canaux diplomatiques. Le dimanche 24 mai a vu se concrétiser un véritable pont aérien international pour sauver les villes boliviennes de la famine.

En provenance du Pérou, un avion de la Force aérienne péruvienne a atterri pour rapatrier des citoyens boliviens qui étaient restés bloqués à Puno et Desaguadero, tout en livrant quatre tonnes d'aliments et de produits de première nécessité.

Depuis l'Argentine, le gouvernement de Javier Milei a envoyé des avions de transport militaire Hércules pour acheminer d'urgence des provisions et des fournitures médicales.

Le président Paz a publiquement exprimé sa gratitude envers Milei, soulignant que « c'est dans les moments difficiles que l'on reconnaît les nations sœurs ».

Le Chili, le Brésil et l'Équateur participent également à cet élan d'assistance logistique, preuve de l'inquiétude des chancelleries face au risque d'effondrement démocratique en Bolivie.

 

Le front législatif à Sucre


Pendant ce temps, réuni à la Casa de la Libertad à Sucre, le Sénat a voté à la majorité l'abrogation de la « loi Eva Copa », une législation restrictive qui limitait strictement la capacité de l'exécutif à décréter l'état d'exception ou d'urgence.

Le projet de loi abrogeant ces « verrous » a été transmis à la Chambre des députés. C'est un signal politique fort : le pouvoir législatif commence à ouvrir la voie pour que le président Paz puisse utiliser des mesures d'exception constitutionnelles si le chaos persiste.

25 mai 2026. Queue impressionnante des habitants qui veulent prendre le téléphérique de La Paz . Petit Hergé à Buenos Aires

 

Photo : 25 mai 2026. Queue impressionnante au petit matin des habitants qui veulent prendre le téléphérique de La Paz . 

 

Le lundi 25 mai 2026 : La paralysie et l'ultimatum

 

Nous voici aujourd'hui, lundi 25 mai. Loin de s'apaiser, la tension a franchi un nouveau cap, marqué par le deuil, la colère populaire et des annonces économiques majeures.

 

Une capitale asphyxiée et sans transports

 

Ce lundi matin, La Paz s'est réveillée dans une ambiance spectrale.

Le syndicat des transports urbains a suspendu ses services en raison de la pénurie drastique de carburant et pour protester contre l'insécurité. Les avenues du centre-ville sont envahies par de multiples marches de protestation.

Les citoyens se massent par milliers dans des files d'attente interminables pour emprunter les lignes de téléphérique (Mi Teleférico), seul moyen de transport encore fonctionnel pour relier El Alto au centre de La Paz.

Les tribunaux de La Paz ont quant à eux décrété de fait cinq jours de congé forcé pour l'ensemble des magistrats et fonctionnaires judiciaires, l'accès aux bâtiments étant devenu impossible.

Des colonnes de paysans et de travailleurs marchent à nouveau vers le centre historique de la capitale administrative, exigeant avec véhémence la démission immédiate du président Rodrigo Paz.

 Rodrigo Paz a annoncé depuis Sucre la réduction de 50 % de son salaire et de celui de ses ministres. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Photo : Le président Rodrigo Paz a annoncé depuis Sucre la réduction de 50 % de son salaire et de celui de ses ministres comme mesure d'austérité. De plus, l'Exécutif activera un "perdonazo tributario" (amnistie fiscale) national au milieu de la crise.

 

La riposte politique de Rodrigo Paz : Austérité et concessions

 

Acculé mais déterminé, le président Rodrigo Paz a pris la parole ce lundi pour annoncer un paquet de mesures drastiques destinées à désamorcer la crise sociale et à prouver sa bonne foi au peuple :

Réduction de 50 % des salaires de l'exécutif : Dans un geste de haute portée symbolique, le président a annoncé une réduction de la moitié de son propre salaire ainsi que de celui de tous ses ministres. « Ce gouvernement doit donner l'exemple de l'austérité », a-t-il martelé.

Le « Perdonazo » fiscal : Prenant le contre-pied de ses détracteurs qui l'accusent de gouverner pour les élites, la présidence a annoncé un projet de loi d'amnistie fiscale (el perdonazo tributario).

« Ce n'est pas une loi pour les riches », a-t-il insisté, précisant que cette mesure vise à alléger la dette des petits commerçants, des artisans et des travailleurs indépendants étouffés par la crise.

De son côté, le Conseil municipal de Santa Cruz a emboîté le pas en approuvant également une loi d'allègement fiscal local.

Appel au Conseil Économique et Social : Pour institutionnaliser la sortie de crise, la présidence a officialisé la convocation de la première réunion du Conseil Économique et Social, invitant toutes les forces vives à s'asseoir à la table des négociations.

Démenti sur les privatisations : Le ministère des Mines a fermement démenti ce lundi les rumeurs propagées par l'opposition selon lesquelles le gouvernement s'apprêtait à privatiser les entreprises minières étatiques, dénonçant une campagne de désinformation agressive.

 Le mouvement civique national (Civicos Cruzeños, sur la photo) a exigé ce lundi du président Rodrigo Paz qu'il déclare l'« état d'exception sectorisé ». Petit Hergé à Buenos Aires

 

Photo : Le mouvement civique national (Civicos Cruzeños, sur la photo) a exigé ce lundi du président Rodrigo Paz qu'il déclare l'« état d'exception sectorisé » afin de rétablir l'ordre et de garantir l'approvisionnement au niveau national, et l'a convoqué à une réunion ce jeudi à Santa Cruz de la Sierra

 

L'ultimatum des "Gremios" et la menace des comités civiques

 

Malgré ces annonces, la base sociale reste inflexible.

Ce lundi, les "gremiales" (commerçants ambulants) et les travailleurs indépendants ont lancé un ultimatum de 72 heures au gouvernement pour qu'il décrète le gel immédiat des crédits bancaires et apporte des aides directes, sans quoi ils rejoindront massivement les blocages de routes.

À l'autre bout du pays, la riche région de Santa Cruz s'impatiente.

Les puissants comités civiques cruceños ont lancé ce lundi un appel solennel à la population pour commencer, dès demain mardi 26 mai, des opérations d'auto-défense et de déblocage citoyen des routes de l'Est si l'État ne rétablit pas l'ordre, faisant craindre de violents affrontements inter-citoyens.

L’archevêque de Santa Cruz René Leigue, l’archevêque de la Paz Percy Galván et l’évêque de Cochabamba,  Iván Vargas ont exhorté au dialogue. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Photo : L’archevêque de Santa Cruz René Leigue, l’archevêque de la Paz Percy Galván et l’évêque de Cochabamba, Iván Vargas ont exhorté à ne pas se fermer à un dialogue sincère et à abandonner les postures politiques et les idéologies caduques.

 

Appels pressants au dialogue et enquêtes

 

Face à l'imminence d'une rupture constitutionnelle, l'Église catholique, le Défenseur du Peuple et les organisations des Droits de l'Homme ont publié ce lundi un communiqué conjoint.

Ils supplient les parties d'arrêter les violences et d'ouvrir un dialogue sans conditions. Le gouvernement, par la voix de son ministre de la Justice, a exigé l'ouverture d’une « investigation approfondie » pour identifier et punir les responsables de la mort du jeune Víctor C. à Vilaque, cherchant ainsi à calmer la fureur syndicale.

Sur le plan macroéconomique, la Banque interaméricaine de développement (BID) a réaffirmé ce lundi son soutien aux efforts financiers du gouvernement bolivien pour maintenir la stabilité, tandis que sur le marché des changes, le dollar américain s'est maintenu stable à son taux officiel de 6,85 bolivianos, malgré la tempête politique.

Un Bloqueo sur une route de Bolivie ce dimanche 24 mai 2026. Petit Hergé à Buenos Aires

 

Synthèse de la situation actuelle (lundi 25 mai après-midi)


Pour résumer fidèlement la situation en ce moment même :

Sur le plan sécuritaire : La tension est à son comble après la mort d'un manifestant dimanche. Les routes restent bloquées, et Santa Cruz menace d'intervenir par la force citoyenne dès demain.

Sur le plan social : La Paz est paralysée, privée de transports et de carburant. Les files d'attente aux téléphériques s'allongent sous le regard inquiet des forces de l'ordre.

Sur le plan politique : Le président Paz joue son va-tout en coupant de moitié les salaires des ministres et en offrant une amnistie fiscale aux classes populaires, tout en recevant l'appui logistique crucial de ses alliés régionaux (Argentine, Pérou).

En un mot, la situation est critique, et les prochaines heures décideront du destin de la démocratie bolivienne. Nous suivons l'affaire de près !

 

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