Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 21:50

Mise à jour : 18 septembre 2011. Article écrit par Laurence Hilleret.

Teatro Nacional Cervantes :

À Buenos Aires, l’idée de théâtre est bien souvent associée à un seul lieu emblématique : el Teatro Colon. Cependant, la capitale fédérale est une capitale artistique et ainsi, regorge d’autres établissements qui valent le détour. Le Teatro Nacional Cervantes est un de ceux-là. Situé sur l’avenida Cordoba, à l’angle de la rue Libertad, le vieux théâtre, classé monument historique de la ville depuis 1995, s’élève encore après toutes ces années et propose diverses activités culturelles : les pièces de théâtre classique ou d’auteur côtoient les cours et autres ateliers, les concerts et ballets, les congrès d’acteurs mais aussi les rétrospectives cinématographiques.

Le rêve d’une actrice Espagnole :

 

L’histoire du Théâtre Cervantes est indissociable de celle d’une figure emblématique du début du XXème siècle : Maria Guerrero. Cette actrice espagnole renommée, qui inspira les grands dramaturges de son temps et contribua à la popularisation du théâtre professionnel en Argentine, arrive pour la première fois à Buenos Aires en 1897. Elle et son mari, Fernando Diaz de Mendoza, étaient à la tête de la troupe de théâtre « Compañía Guerrero - Díaz de Mendoza » aussi nommée « Compañia del Teatro de la Princesa de Madrid ». Ils prennent l’habitude de venir chaque année durant l’hiver australe donnée quelques représentations à Buenos Aires et élisent toujours le théâtre Odeon. Leur arrivée fait partie de l’agenda culturelle de la ville, telle est grande leur renommée. Ils deviennent vite les piliers de la vie théâtrale florissante espagnole puis latino-américaine. Mais en 1910, le Théâtre Odeon est démoli et la troupe ne retrouve plus leurs repères. C’est alors que germe l’idée chez le couple Guerrero-Diaz qui est à la tête d’une fortune immense de monter leur propre salle. Ensemble, à partir de 1918, ils déploient leur temps, leur énergie mais surtout leur fortune personnelle dans l’immense projet de construire ce nouveau et grand théâtre à Buenos Aires qu’ils appelleront le Cervantes !
Souhaitant encourager cette entreprise, le roi d’Espagne, Alfonso XIII, collabore à la construction du théâtre en faisant envoyer des matériaux artisanaux d’Espagne vers l’Argentine. Au moins dix villes espagnoles contribuèrent ainsi à sa construction : Valence pour les carreaux en faïence, Séville pour les fauteuils et les bancs, Barcelone pour la peinture ou encore Ronda pour les portes. Les élites bourgeoises espagnoles qui se rendaient à Buenos Aires transportaient également souvent des matériaux pour Le Cervantes. Plus de 700 personnes travaillèrent sous la vigilance de Maria Guerrero pour bâtir le théâtre. Le bâtiment est de style Neo baroque espagnol (ou même défini comme « renacentista español »
et fut signé des mains des architectes Fernando Aranda Arias et Emilio Repetto, et reprennent le dessin de la façade du Rectorat de l’Université de Alcalá de Henares, où avait étudié justement Cervantes !

  

Photo : En 1920, angle de l'avenida Córdoba à droite et de la calle Libertad à gauche. Même angle que la photo actuelle placée dans l'encart supérieur. Surprenant l'elargissement du trottoir avec la façade en construction du futur théâtre qui passe derriere une ancienne boutique qui a l'air encore ouverte !

L’inauguration :

 

En 1921 s’achève la construction du Cervantes, nom donné en l’honneur du grand auteur espagnol, Miguel de Cervantes (Maria Guerrero ayant toujours refusé que le théâtre porte son nom). Le 5 septembre 1921 marque le jour de la concrétisation du rêve du couple Guerrero : ce jour est celui de l’inauguration, au cours de laquelle Maria tient le rôle principal dans la pièce La Dama Boba de Lope de Vega.

Le théâtre représente alors un réel accomplissement culturel et social dans la ville de Buenos Aires. Il est le lieu privilégié des rendez-vous d’artistes, d’intellectuels et de la haute société de l’époque. La presse portenienne en fait des gorges chaudes et salue l’accomplissement du rêve des Guerrero.

Dettes et acquisition du théâtre par l’Etat Argentin :

 

Cependant,  la prolifération des théâtres à Buenos Aires contribua à faire baisser l’audience du Cervantes. Parallèlement, la construction et l’entretien du théâtre coûtent cher; les dettes générées ne sont plus tenables pour les époux qui ne voient pas d’autres solutions que de mettre le théâtre en vente aux enchères ! Par chance le président de la République Argentine, Marcelo T. De Alvear, réfléchissait à la possibilité de se doter d’un théâtre national. En effet en juillet 1924, la Nation avait créé le Conservatoire National de Musique et d’art dramatique mais ne possédait toujours pas de lieu permanent. L’acquisition du Cervantes par l’Etat Argentin parait alors toute naturelle et permet d’y placer le conservatoire et de disposer d’une salle pour pouvoir y donner des representations. Il faut reconnaître que l’aide d’Enrique Garica Velloso, un ami argentin du couple espagnol, fut primordial dans la plaidoirie qu’il fit pour convaincre l’acquisition du Cervantes : « Vous êtes tous au courant des mésaventures financières qui, avant l’achèvement du théâtre, pèseront  sur ses illustres instigateurs et propriétaires. Le théâtre Cervantes est perdu pour eux. D’un moment à l’autre se produira un crack définitif et il m’ait douloureux de penser que le théâtre passera dans les mains de mercenaires, je recommande donc vivement au gouvernement national d’en faire la rapide acquisition, par l’intermédiaire de la Banque Nationale. ». L’Etat l’acquiert en 1926 et en 1933, et après avoir abrité le conservatoire national, devient le théâtre national de la comédie argentine.

Aujourd’hui, le Cervantes reste encore le seul théâtre national d’Argentine.

  

Photos : Façade du teatro sur l'Avenida Córdoba, Interieur de la salle, Affiche inaugurale du lundi 5 septembre 1921.

L’époque d’or du Cervantes :  

En 1935, on nomme premier directeur du théâtre Cervantes, un acteur et directeur d’oeuvre, Cunill Cabanellas.  C’est sans doute l’époque d’or du Cervantes, accompagné par Rómulo Berruti en charge du poste d’« Administrateur de la Comedie », il joua un grand rôle dans la vie et le développement du théâtre. Ses objectifs étaient l’amélioration du niveau de réalisation artistique (effets scéniques, détails du décor, jeu de lumières…) et la recherche du perfectionnement théâtral dans le jeu des acteurs. Par ailleurs, il soutenait les auteurs nationaux (même novices) dans le choix du répertoire et ainsi participa à la création d’un atelier de réalisation scénique. Pour lui, les auteurs nationaux de qualités étaient indispensables. Il marqua le début de la « Comédie », le 24 avril 1936 et se retire en démissionnant en 1941.

 

Jusqu’en 1956, de multiples directeurs se succédèrent à la tête du Cervantes. Le 14 août 1956 est créée la « Comédia Argentina » qui se veut plus qu’une simple troupe d’acteurs et qui a pour vocation de remettre au goût du jour la littérature dramatique et l’art scénique en général. Orestes Caviglia est alors nommé directeur (jusqu’en 1960). Il participe à la création d’ateliers de diction, d’improvisation, de récitation… Sa philosophie se résume en ces mots : « La comédie argentine sera un lieu de vocation et non un instrument de vanité (…) les acteurs sont au service du théâtre ».

L’incendie d’août 1961 :

 

L’histoire du Cervantes prend cependant un tour tragique quand le 10 août 1961, un court circuit sur la scène, provoque un incendie qui ravage le théâtre. Grâce aux rideaux de sécurité, actionnés assez rapidement, les dégâts ont été limités, mais ils s’élèvent quand même à près de 50 millions de pesos.

Le projet de réparations est confié à l’agence d’architecture Mario Roberto Álvarez y Asociados. Ce nouveau projet permet d’ajouter une annexe au théâtre, et surtout d’agrandir la scène. L’espace scène est monté sur 17 niveaux, 3 sous-sols, le niveau scène et 13 étages de décors et de materiel technique. Cependant, le reste du théâtre (et notamment le hall principal) fut reconstruit à l’identique, dans le style architectural baroque espagnol d’alors, fortement empreint d’influence de la Renaissance, que voulurent lui donner les architectes Fernando Aranda Arias et Emilio Repetto. Sept ans de travaux, de modernisation et d’embellissements pour que le 18 juin 1968 le théâtre réouvre pour un concert donné par l’Orchestre Symphonique National.

En 1994, le Théâtre est enfin classé monument historique National et en 1997 par décret obtient une certaine indépendance financière et artistique de l’Etat bien qu’étant toujours attaché au Secrétariat de la Culture.

 

La restauration de 2009 :

 

Le secrétaire de la Culture de la Nation, Jorge Coscia, et l’ambassadeur espagnol en Argentine, Rafael Estrella, signe le 2 septembre 2009, la mise en marche de la première étape d’un plan de restauration et de modernisation du Teatro Cervantes, décidée en mars de la même année à Madrid. Cette initiative de l’Etat Espagnol est la principale pour commémorer le bicentenaire de la Nation. L’Espagne prend à sa charge les coûts (300.000 euros) de la pré étude du projet.

 

En 2011, le théâtre est toujours en rénovation. De larges échafauds cachent sa façade afin de restaurer les vitraux du hall central et de la salle principale.

Cependant, il accueille toujours les activités artistiques au sein de ses trois salles, de son hall principal et de son salon bleu.
La salle principale, qui porte le nom de sa bienfaitrice, a une capacité de 860 places. Les spectateurs peuvent prendre place dans les petites loges qui bordent le tour du théâtre ou bien dans les fauteuils tamisés de velours rouge et de dorures.
La salle Orestes Caviglia ne comporte, elle, que 180 sièges et est davantage destinée aux musiques de chambre et autres concerts intimistes. Enfin, la salle Luisa Vehil peut accueillir 120 personnes mais principalement pour des conférences (pas de spectacles).

La programmation nationale mais aussi internationale, très riche et hétérogène du théâtre permet de satisfaire tous les arts, que ce soit la danse, la musique, le cinéma ou le théâtre, bien sûr. Proposant des films et expositions gratuites, il faut compter une quarantaine de pesos pour voir un « vrai » spectacle.

Les conseils du Petit Hergé :

 

Aujourd’hui, comme hier, le théâtre Cervantes reste un lieu incontournable de la vie artistique de Buenos Aires. L’association des amis du théâtre national de Cervantes contribue d’ailleurs à faire vivre sa diversité culturelle et décerne le Prix Maria Guerrero qui récompense acteurs, actrice, directeur… Né du rêve d’une actrice passionnée, il continue à faire vivre l’art et rêver le spectateur.

Les mercredis, vous pouvez passer à 14h pour bénéficier d’une visite guidée du théâtre, jouée par les acteurs (La visita de los Quijotes- $20). À 17h, attardez-vous pour voir gratuitement un des films de Leonardo Favio dans le cadre d’une rétrospective qui lui est dédié. Et enfin, ne partez pas sans avoir vu à 21h une pièce gratuite (elle aussi !) d’un compositeur argentin.

Simple visiteur, ou fervent amateur de théâtre n’hésitez surtout pas à passer par le Cervantes, ne serait que pour poussez ses portes de la calle Libertad et jeter un coup d’œil au hall et à la salle. Vous êtes juste à deux cuadras du Colon, faites d’une pierre deux coups, ça sera votre journée théâtrale !

Informations pratiques : Adresse : Avenida Cordoba 1155 (a l'angle de la calle Libertad)

Pour s’y rendre : Station de métro : Tribunales.

Téléphone : (011) 4815-8883

Secrétariat de direction  secprivada@teatrocervantes.gov.ar

Bureau des relations culturelles relacionesinstitucionales@teatrocervantes.gov.ar

Site web :

http://www.teatrocervantes.gov.ar/sitio/site/home/default.php

Directeur actuel (en 2011): Rubens W. Correa

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Par Le Petit Hergé - Publié dans : 02 - Tourisme - Communauté : Argentine pour tous !
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