10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 17:00

Mise à jour : 10 août 2012. Catégorie Buenos Aires.

Article écrit par Nicolas Piquet-Gauthier.

nullBuque Museo Fragata Sarmiento :

 

« La patrie ne s’agrandit pas seulement en cultivant la terre : il faut conquérir la mer. Il est nécessaire de faire flotter le drapeau argentin aux quatre coins du monde. » Président Sarmiento, fondateur de l’Ecole Navale

La frégate «ARA Presidente Sarmiento» amarrée désormais dans le bassin n°3 de Puerto Madero était à sa construction en 1897 le premier bateau école moderne qu’eut l’argentine. Moderne à l’époque il fit la fierté de l’Argentine et fut son représentant dans le monde entier au début du 20ème siècle. Reconnu monument historique en 1962, il s’est en 1964 transformé en un musée où l’on peut découvrir la vie à bord et les techniques de navigation et de guerre navale d’antan. Remontons alors plus d’un siècle auparavant !

nullUn bateau école de 1896 construit en Angleterre :

 

Avant l’arrivée de ce bateau, il existait évidemment des bateaux dédiés à l’enseignement pour la flotte navale, mais il manquait cruellement un bateau moderne de guerre qui fut conçu spécialement à cette fin. En 1893, le vétéran Capitaine de navire Martin Rivadavia émit un projet sérieux accompagné de plans à l’Etat majeur de la marine pour qu’elle se dote, en accord avec les techniques les plus avancées de l’époque, d’un bateau école qui fît honneur à la flotte argentine. Après quelques modifications, le projet fut approuvé en 1895 et le capitaine Manuel Domecq Garcia fut désigné responsable en chef du bateau-école à construire. Le 14 février 1896, le gouvernement signa le contrat avec l’entreprise Laird Brothers, dont les chantiers navals se trouvent à Birkenhead, près de Liverpool en Angleterre.

La frégate fut conçue par l’ingénieur Bevis de ce chantier naval réputé qui utilisa comme modèle le fameux clipper HMS Clive primé à plusieurs reprises. Ce bateau avait gagné à trois reprises le prix décerné au gagnant de la régate  Angleterre-Cap de Bonne-Espérance. Sans perdre de temps, la construction fut lancée et dès le mois de Juillet 1896 la quille fut posée. Le coût total s’éleva à 143 143 livres sterlings. Sa mise à l’eau le 31 août 1897 fut parrainée par Ana Cané Dominguez. C’est logiquement qu’il fut baptisé Fragata Sarmiento dans la mesure où le président avait autorisé en 1872 la fondation de la première école nautique qui était devenu en 1873 l’Ecole Navale. En effet, l’idéal de Domingo Faustino Sarmiento était d’offrir aux jeunes marins argentins la possibilité de parcourir le monde : « Que nos jeunes marins voyagent d’un pays à un autre, observent, apprennent, assimilent la culture des anciens pays et surtout qu’ils montrent aux vieilles nations que ici, dans le Rio del Plata, une nation prospère. Quand ils verront arriver un navire argentin, avec à son bord des jeunes robustes, sains, aguerris, beaux et courageux ; ils sauront alors que notre République est prometteuse. »

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null1898 : Premier voyage, Liverpool – Buenos Aires :

 

Le 19 mai 1898, s’effectuèrent les premiers essais officiels de navigation, le 24 mai de l’armement et le 24 Juin au matin fut hissé le pavillon argentin. Une fois l’équipage constitué sous les ordres du Capitaine Enrique Thorne, le navire put alors le 14 juillet quitter le port de Liverpool. Après deux escales à Vigo puis Gênes, il arriva à Buenos Aires le 8 août 1898 naviguant seulement à la voile.

Le premier voyage d’instruction débuta le 12 janvier 1899 sous les ordres du Capitaine de frégate Onofre Betbeder. Fort de ses 48500 milles nautiques (dont 29000 à la voile) en 20 mois et 40 jours, ce fut le plus long de l’histoire de la frégate. Parmi ses 71 escales, il prit part à l’historique poignée de main entre les dirigeants d’Argentine (le général Julio Argentino Roca) et du Chili (Federico Errazuriz) à Punto Arenas le 15 février. Le 16 juillet 1900, il fit escale au port d’Annapolis (Etats-Unis) pour la cérémonie de bénédiction du pavillon parrainée par Guillermina Oliveira César de Wilde. Il rentra à son port d’attache le 30 octobre 1900.

nullBateau école jusqu’en 1939 :

 

Jusqu’en 1939, il réalisa 39 longs voyages d’instruction dans le monde entier, parcourant ainsi 1 100 000 milles nautiques (soit 2.035.000 kms) ce qui équivaut environ à 50 tours du monde. Ce ne fut ainsi pas moins de 23 000 cadets et officiers de la marine qui furent formés. De nombreuses célébrités visitèrent le bateau à chaque port où il faisait escale, en voilà quelques unes parmi tant d’autres : le Tsar Nicolas II de Russie, l’empereur allemand Guillaume II et des présidents étrangers comme William Taft des Etats-Unis. D’autre part, il fit partie des parades pour les couronnements d’Edouard VII et de Georges V d’Angleterre, d’Alphonse XIII d’Espagne. Il participa entre autre à l’inauguration du Canal de Panama, de la statue de José San Martin à Boulogne-Sur-Mer et à celle du général Manuel Belgrano à Gênes en Italie. Il a manœuvré lors de la grande parade pour le centenaire de la Révolution de Mai, ayant à son bord Isabelle de Bourbon ainsi que le président de la République. Bref plus qu’un simple bateau école, la Fragata Sarmiento revêt un rôle diplomatique de premier plan !

 En 1939, il arrêta de réaliser des voyages internationaux mais resta tout de même un outil précieux pour l’enseignement naval militaire. En effet, à son bord les cadets embarquaient deux mois pour de courts voyages d’instruction en mer.

Vidéo : Tournée par la société Productora VIP en 2008. 5 mn 43 s.

nullDes dernières missions à son attache à Puerto Madero :

 

Durant les années 50, ses voyages se sont limités à des navigations le long des fleuves Rio de la Plata, Parana et Uruguay. Pendant ces années, il fait figure d’emblème de la force navale d’instruction. C’est pourquoi il fut le bateau présidentiel lors de la grande parade de Mar del Plata en 1956. Sa dernière mission fut d’être le lieu d’entrainement des sous-officiers de l’Ecole de Marine jusqu’en 1961 (dernière année d’activité). Le 9 juillet 1988 fut la dernière navigation de la frégate pour une visite de l’escadre navale. Depuis elle est restée dans son site pour de bon de Puerto Madero.

Elle fut déclarée monument historique le 18 juin 1962 selon le décret n°5589 et convertit en musée le 22 mai 1964. C’est la frégate ARA Libertad qui reprit le flambeau dès 1962 et continua l’enseignement des cadets de l’Ecole Navale. A son bord, désormais on peut trouver divers objets significatifs de ses épopées : une pierre qui appartenait à la muraille de Chine, le corps embaumé d’un chiot de race terre-neuve nommé Lampazo (mascotte de la frégate), un drapeau d’Argentine confectionné à Shanghai où l’on peut voir le soleil brodé avec les yeux bridés …

 

Photo : Le Buque Sarmiento, l'Ambassadeur de l'Argentine à l'étranger. A chaque escale en Europe en 1902 visite d'un monarque ou d'un président de la république à bord. Sur la photo, le Tsar de Russie Nicolas II.

nullUn navire musée à Puerto Madero :

 

Séparé par el Puente de la Mujer (le pont de la femme) inauguré le 20 décembre 2001 et construit selon les plans de l’architecte espagnol Santiago Calatrava, Uruguay et Sarmiento sont deux bateaux-école transformés en Musée. Ces bateaux centenaires coûtent très cher à l’entretien et ont été largement usés par leurs nombreuses navigations. Par exemple, les deux canots de secours situés à babord et à tribord du voilier Sarmiento qui sont des répliques de ceux utilisés jadis par le Titanic ont coûté pas moins de 800 000 pesos. Le choix était donc simple : les détruire ou en faire des musées pour payer les frais d’entretien colossaux. Mais la frégate Sarmiento est une légende dans l‘Ecole navale d’Argentine, son histoire a même fait l’objet d’un film « Fragata Sarmiento » réalisé en 1940 par Carlos Borcosque. Elle a donc été transformée en musée pour qu’elle puisse perdurer à travers le temps.

Mais alors pourquoi l’avoir placé à Puerto Madero et dans ce bassin-là ? Toujours dans la même logique de recherche de fonds, le quartier étant une zone de la capitale intensément visitée par les touristes (il héberge par exemple trois hôtels cinq étoiles, et de très nombreux restaurants) sa place était toute trouvée. En effet, chaque jour entre 500 et 1000 touristes viennent découvrir la vie des matelots du 20ème siècle en montant à bord de ce navire. Le week-end, ce sont près de 3000 touristes qui arpentent le pont de Sarmiento. Ainsi les frais d’entretien sont couverts par les 2 pesos demandés à l’entrée.

Vidéo : Television Canal 7 le 02 mai 2012. 5 mn 03 s. 1ère partie.

nullAménagement du musée :

 

Les amateurs de voile seront sûrement déçus de voir que ce monument marin ressemble désormais plus à un musée sur l’eau qu’à un bateau.  En effet, il a été largement aménagé pour accueillir des touristes en masse. Tout le parcours est fléché et aménagé pour tous les âges (déambuler dans un bateau de l’époque devrait ressembler normalement à un parcours du combattant tant les escaliers peuvent être raides et les portes basses mais ici ce n’est point le cas). Dans la cale, une petite salle de cinéma a été aménagée où un film d’une vingtaine de minutes résume brièvement l’historique de ce bateau. Sans grand intérêt, si vous vous êtes un petit peu renseignés sur ce bateau avant de monter à bord, il est de loin plus intéressant de lire avec attention les écrits relatant les voyages d’apprentissage qui nous font littéralement voyager à travers le temps tant la vie des matelots y est décrite avec précision. Vous y apprendrez par exemple que sur 20m de long et 4 de large, 100 matelots dormaient dans des hamacs suspendus les uns aux dessus des autres, alors que les quartiers du commandant de bord occupaient toute la poupe du bateau. Les officiers eux jouissaient d’une cabine ainsi que d’une salle de cours. L’équipage était en général constitué d’un Commandant, de 32 officiers, de 40 cadets et de 275 matelots.

nullLa majestueuse cabine du Commandant, fermée au public, est quant à elle merveilleusement conservée. Dans la première pièce, se tient une grande table en bois massif au tour de laquelle peuvent prendre place une vingtaine de personnes. C’est là que le commandant autrefois recevait ses officiers pour qu’ils transmettent les ordres aux subalternes. La décoration est somptueuse, sur la droite on peut admirer un piano d’époque (cf photo) qui est un présent de l’Afrique du Sud. Puis un couloir tapissé des portraits des commandants d’antan de ce navire mène à une pièce qui constitue l’arrière du bateau. Ici, assis dans des fauteuils sculptés à la main, le spectacle est unique : outre le bureau du commandant qui donne sur un balcon à la poupe du bateau, on peut admirer deux tableaux du grand peintre argentin Benito Quinquela Martin. Cet endroit incomparable avec le reste du bateau par sa richesse et par son authenticité accueille encore comme il le fit jadis de grandes personnalités.  Si vous voulez vraiment ressentir l’atmosphère qui pouvait régner sur ce bateau cent ans plutôt, c’est bien là qu’il faut mettre les pieds, seulement soyez malin cet espace est normalement fermé au public !     

nullFiche technique du Sarmiento :

 

Dimensions : 85,5 m de long, 13,2 m de large

Gréement : 3 mâts accueillant 35 voiles : un mât central de 54,3 m de hauteur, un mât de misaine (mât d’avant) de 52 m et un mât d’artimon (mât arrière) de 42,5 m

Coque : type Clipper américain, coque en acier jusqu’à la ligne de flottaison puis en bois ; le tout recouvert d’une couche de cuivre

Vitesse : 4 chaudières, dont les deux principales de marque française Niclausse, alimentent un moteur atteignant les 13 nœuds (environ 24 km/h) ; vitesse de croisière : 6 nœuds

Déplacement : 2 733 tonnes (combustibles compris)

Moteur : machine à vapeur de 1800 chevaux-vapeurs

Ancres : 4 de 2350 kg chacune à l’avant ; 2 à l’arrière de 250 et 650 kg chacune 

Hélices : 2 de bronze

Cheminées : 2 télescopiques

Figure de proue : sphinx d’Argentine, réplique de celui conservé au Musée naval du Tigre sculpté par Manuel Barcia

Figure de poupe : Ecus argentin

Armement à l’origine :

- 4 canons Armstrong de tir rapide (de longueur 5,40 m et de calibre 120 mm)       

- 6 canons Armstrong de tir rapide (de calibre 57 mm)

- 2 canons Maxim-Nordenfeldt (de calibre 37)

- 3 lances torpilles positionnées au-dessus de l’eau

- 2 mitrailleuses Maxim-Nordenfeldt de 7,62 mm

Vidéo : Television Canal 7 le 02 mai 2012. 5 mn 44 s. 2ème partie.

nullPour le visiter :

 

Horaire d’ouverture : Du lundi au vendredi de 9h à 20h, le samedi et dimanche de 9h à 22h

Adresse : "Dique 3" Bassin n°3 (au niveau de la calle Macacha Guemes et Alicia Moreau de Justo) dans le quartier de Puerto Madero à Buenos Aires

Téléphone : (011) 4334-9336/9386/9389

Tarif d’entrée : 2 pesos (enfant moins de 5 ans accompagné gratuit) (Juillet 2012).

nullPour en lire plus sur le sujet :

 

Quelques livres :

 

Los viajes de la Sarmiento 1899/1931, édité en 1931

 

Carlos Vigil (1968). Los Monumentos y lugares históricos de la Argentina. Editorial Atlántida.

 

Quelques sites web :

 

- Histamar.

- Clarin du 31 aout 1997.

- Grande Argentina.

- Nuevo Madero.

Wikipedia.

- Todo Buenos Aires.

- Le film Fragata Sarmiento (1940).

 

 

 

 

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