23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 21:47

Mise à jour : 22 août 2010. Ecrit par Mathilde Arrault

Règlement de compte :

Le 19 Avril 2010, le propriétaire du supermarché Aurora dans le quartier Belgrano est gravement blessé par balle et forcé de retourner en Chine à sa sortie de l’hôpital. Le 9 Juillet 2010, Huaxi Chen est assassiné : son corps est retrouvé criblé de balles dans son supermarché de Palermo Hollywood. Le lendemain, deux hommes entrent dans l’établissement de Lin Zheng, également à Palermo Hollywood, et lui tirent deux balles dans les jambes avant de partir. La semaine antérieure, Zheng avait reçu un message en chinois disant « si tu veux continuer à travailler, paie 60 000 dollars », suivi d’un numéro de téléphone portable. Et l’on pourrait dresser une longue liste de cas similaires à Buenos Aires.

Les attaques de ce genre se multiplient mais les autorités locales ne s’alarment pas. Presque aucun moyen n’est mis en œuvre pour les recherches. Et comme les victimes s’enferment dans le silence, les affaires tombent rapidement dans l’oubli. Parce que la communauté chinoise est vue comme un microcosme, on y admet plus facilement des évènements qui seraient des scandales en dehors.

Tout laisse à croire que c'est la mafia chinoise qui est impliquée dans ces cas de menaces et agressions. Mais voila, quand on aborde le sujet des « triadas », c'est le nom des organisations criminelles du pays, rien n’est simple à prouver.

Photo : Menaces en idéogrammes chinois inscrites sur un mur à Palermo.

 

Les triades :

Les « triades » sont vieilles de 2500 ans, originaires de Chine et financées par la communauté chinoise. Les mafias chinoises se différencient des autres par l’existence de rituels très précis, comme les rituels d’intégration des nouvelles recrues, et par la présence de guides spirituels au sein du groupe. Selon les sources du Clarin, deux de ces groupes opèrent sur Buenos Aires, et c'est le 14K qui serait l’auteur des attaques de Palermo Hollywood et de Colegiales. Ce groupe originaire de la province de Fujian est composé de 5 familles. Selon Interpol, il compte plus de 160 000 membres dans le monde, et se finance principalement par les extorsions de fonds, le blanchissement d’argent, les paris en lignes et le trafic de drogue provenant de Colombie et du Mexique. Il s’est radicalisé en Amérique du Sud depuis une dizaine d’années, et tente de contrôler la communauté expatriée. En effet le 14K accorde des prêts aux migrants chinois afin qu’ils financent leur installation. Une fois installés, les expatriés se retrouvent soumis au 14 K et redevables d’une somme d’argent exorbitante, liée aux forts taux d’intérêt pratiqués. A Buenos Aires, le 14K ne se contenterait pas d’extorquer des fonds à la communauté chinoise, il contrôlerait également un réseau de prostitution. Depuis le développement du réseau dans la capitale argentine, seulement 2 membres ont été arrêtés pour les crimes commis, puis renvoyés en Chine. La police Fédérale n’a jamais pu soutirer d’informations supplémentaires sur le groupe.

 

La mafia chinoise règle ses comptes en employant des tueurs à gages argentins

A Buenos Aires, la mafia chinoise exige aux propriétaires des supérettes le paiement annuel d’un tribut, en l’échange de quoi elle offre une protection et une garantie qu’aucun concurrent ne s’installe dans le secteur. Les sommes demandées atteignent 60 000 dollars. Et en cas de refus, le traitement est radical : plus que la protection de son établissement, c'est sa vie que le propriétaire met en jeu. Une nouvelle tendance apparait : la mafia a dorénavant recours à des tueurs à gages argentins. Certains groupes argentins semblent même avoir des liens avec les « triadas » chinoises, comme le montre l’attaque du 8 Aout 2008. Dans ce règlement de compte entre chinois, l’assassinat a été commis par un ancien policier argentin, également membre d’une bande accusée d’avoir attaqué 3 supermarchés chinois dans la banlieue sud de Buenos Aires.

A Buenos Aires, les zones sous contrôle des « triadas » peuvent être identifiées, notamment grâce à la couleur des façades des supermarchés. Ainsi, le lendemain de la mort de Huaxi Chen, la façade de son magasin n’était plus mauve, mais bleu. D’après les experts, ceci est l’indication que le secteur est maintenant contrôlé par une autre « triade ».

 

La police, impuissante ?

Le 13 janvier 2009, un commerçant chinois a porté plainte, suite à des menaces qu’il aurait reçu. « Rassemble 50 000 dollars sinon on va débarquer, tout casser et tuer tout le monde », suivi d’un numéro de téléphone portable. La Direction de Lutte contre les Crimes Organisés de Buenos Aires a dressé une liste des victimes et mis sur écoute le téléphone, mais personne n’a osé porter plainte et aucune suite n’a été donnée à l’affaire.

En effet, de nombreux obstacles se dressent quand il s’agit de régler les crimes au sein de la communauté chinoise. Le premier, et peut être le plus important, est le silence des victimes. Par peur des représailles ou pour ne pas aller à l’encontre des règles de la communauté,  les victimes chinoises refusent de collaborer avec les autorités argentines. Dans la plupart des cas, des accords tacites sont passés entre agresseurs et victimes. Le second obstacle est linguistique : en Chine, il existe des milliers de dialectes en plus du mandarin qui est la langue officielle, et ce sont ces dialectes qui sont utilisés par la communauté expatriée. Or il n’y a qu’un seul interprète officiel autorisé par la Cour à intervenir dans ces affaires, qui maîtrise le mandarin ; et les policiers chinois parlant ces dialectes ne sont pas habilités à infiltrer les organisations ou à suivre les appels téléphoniques. Troisième obstacle : pour peu qu’il y ait des témoins non chinois, ceux-ci sont par la suite incapables de reconnaître l’agresseur. Un commissaire admet : « les gens ne distinguent pas un chinois d’un autre, à part s’il mesure 2 mètre ou a les cheveux peint en vert » - ce qui est peu probable.

 

La communauté chinoise en Argentine :

L’immigration chinoise en Argentine a connu son apogée dans les années 1970 et 1980, avec l’arrivée de Taïwanais fuyant le régime politique, puis de migrants de Chine intérieure. Et contrairement à ce qu’il se passe dans de nombreux pays, les communautés chinoise et taïwanaise d’Argentine ne connaissent pas de rivalités. D’après les données non officielles, la communauté chinoise en Argentine compterait 60 000 membres. A Buenos Aires, 25 000 établissements sont tenus par des chinois. Même s’il n’existe pas dans la capitale de « Chinatown » comme aux Etats Unis, c'est à Belgrano que l’on trouve le plus grand nombre de Chinois.

La communauté chinoise est régie par des règles très précises, non écrites, et difficiles à cerner pour un occidental. Par exemple, si un chinois achète un fond de commerce proche d’un autre chinois déjà installé, le nouveau venu doit payer une redevance ou alors s’associer à ce dernier. D’après Miguel Angel Calvete, secrétaire général de la Chambre des Supermarchés des Résidents Chinois, on ne peut ainsi pas parler de mafia à Buenos Aires mais de gangs, qui n’auraient pas de liens avec la Chine mais qui seraient influents à Buenos Aires, Ciudad del Este et au Brésil.

Mafia ou non, ces affaires font couler le sang tout autant que l’encre des journalistes et inquiètent de plus en plus l’opinion publique.

 

 

Lien exterieurs :

 

- Diario Horizonte. Journal chinois de Buenos Aires.

 

A lire dans le Petit Hergé :

- Grands Magasins Harrods de Buenos Aires.

- Bilan des fêtes du bicentenaire

- Ushuaia (Terre de Feu)

- Dictature argentine : Les vols de la mort

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- Le Gato Negro de Buenos Aires

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