26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 18:24

Mise à jour : 26 mai 2010.

 

Bilan du 25 Mai 2010: Le bicentenaire d'une révolution argentine

Les commémorations du bicentenaire de la révolution de mai (à ne pas confondre avec le bicentenaire de l’indépendance qui aura lieu en 2016) auront retourné la ville pendant 5 jours. Nous voilà au lendemain de la fête un peu groggy de tant d’agitation, de bruits, de discours et de déclarations à l’envolée. Il est temps de faire le bilan de ce qui sera de toute façon un souvenir fort dans toutes les têtes argentines.

 

 
 
Kirchner, argentins et opposition :

  

Ainsi ce 25 mai 2010 devait être la sublimation de ces fêtes dispersées où autorités nationales (le couple Kirchner) auront tout fait pour ne pas croiser les autorités de la ville de Buenos Aires (Mauricio Macri). Chacun de leur coté, Pro K, anti K, PJ dissident, piqueteros anti ou pro K et autres « movimientos » auront au moins durant 5 jours participé chacun de leur coté à leur manière à cette fête sans agression (ni même verbale), une sorte de « trêve des confiseurs » de 5 jours le temps de faire comme si tout était de la même couleur que la maison du même nom.

« Viva la Patria, Viva Argentina », une sorte de slogan passe partout quand il n’y a rien à dire, ou plutôt quand tant de sujets fâchent et qu’il est bon ton de parler dans le vide, histoire de meubler les vides laissés par les non-dits.

Aucune unité dans les commémorations, une succession d’évènements ou plutôt une série de fêtes données dans  des mondes parallèles. C’est ainsi que l’ambiance du samedi n’était pas la même que celle du dimanche, ni même que celle du lundi ou du mardi. L’ambiance de la Plaza de Mayo  (du mardi) très politique dénotait avec celle de l’Obélisque de 9 de Julio bien plus « bon-enfant » et badaud d’argentins provinciaux étant montés dans la capitale « voir le défilé ».

 

Les argentins :

Le grand gagnant ! Les argentins étaient au rendez vous. La météo n’avait pourtant pas aidé, brouillard et pluie du vendredi soir au lundi. Le moment le plus difficile, le dimanche soir où des trombes d’eau ont déferlé sur Buenos Aires, juste à la fin du défilé des collectivités étrangères qui se sauvèrent de justesse du déluge, mais toutes la séries de concerts (et surtout de tango) furent annulés. On donna quand même le coup d’envoi du feu d’artifice de la soirée (chaque soir avait son spectacle pyrotechnique).

Le meilleur ? Pour la fin ! Comme Dieu depuis 1978 est argentin, Il avait bien fait les choses, puisque dès le matin du mardi 25 mai, un ciel tout bleu s’étalait au dessus de la ville ! Il suffit de cette seule journée pour effacer les quatre précédentes, car la mémoire collective ne se souviendra que de cette dernière où le soleil argentin semblait sortir de son drapeau.

Du jamais vu pour Buenos Aires, 2.000.000 de personnes sur la 9 de Julio entre avenida Cordoba et Belgrano, sur Corrientes entre Callao et l’Obélisque, sur Avenida de Mayo entre Congreso et Plaza de Mayo et enfin sur Diagonal Norte pour le dernier défilé.

Tous les argentins étaient là, toutes classes sociales confondues, toute origine mélangée, de la pampa gringa à quelques représentant des « peuples autochtones »., des porteños des beaux quartiers à cette classe moyenne chaque fois plus pauvre des suburbios, et puis de tres nombreux provinciaux qui voulaient être présents avec leurs enfants pour les « 200 años de la Patria ».

En cette journée du mercredi 26 mai, alors que le démontage des structures des podiums, stands et autres illuminations est entamé, on fait déjà le premier bilan des fêtes. Entre vendredi soir et lundi soir 6.000.000 de visiteurs et de spectateurs sur la 9 de Julio, dont deux millions pour la seule journée d’hier. Il était d’ailleurs impossible de pouvoir s’approcher des stands des provinces ou de déguster les spécialités gastronomiques, puisque seuls (si on peut dire) 250.000 personnes ont pu les visiter. Il y eut 140 spectacles différents, 15.000 participants aux différents défilés, et 1200 artistes qui ont pris le micro pour chanter ou sont montés sur un podium pour danser.  Pour Buenos Aires du jamais vu !

 

Photo : On reconnait Mujica (Uruguay) à l'extrème gauche (comme d'habitude), Lugo (Paraguay) à lunette et en pseudo habit ecclésiastique (tout comme lui), un peu plus à droite Lula (Brésil), Morales (Bolivie) en anorak des postes, Cristina Kirchner (le pays ou tout va mieux) en peignoir bleu sortant de la salle de bain, Nestor (Son président) présent en tant que ....."Mari de" et depuis 2 semaines président de l'UNASUR (union des pays d'Amérique du sud) parce que Mujica s'est fait avoir !

 

 

 

 On se souviendra :

Du défilé du « groupo Fuerza Bruta » entre la Plaza de Mayo et la 9 de julio hier le 25 mai . Plusieurs tableaux vivants de l’histoire argentine, joué par des comédiens et des acrobates. Et là je dis Bravo ! Un tableau de soldats de la guerre des Malouines sautant sur des mines (pour le seul coté sinistre du défilé), un défile des folles de mai sous une pluie artificielle dans un silence pesant à faire trembler, une fausse manifestation des années 40 des suffragettes à la sauce péroniste, le déplacement d’un énorme transatlantique chargé d’émigrants au milieu de Diagonal Norte, une voiture (Une Di Tella 1500) qui vole pour représenter l’industrie nationale des années 60, un cortège de taxis Fiat Sienna sur les toits desquels étaient attachés des musiciens de tango, de temps à autres les « couples de clients » sortaient des taxis pour se mettre à danser ! Très bien fait, je tire mon chapeau ! Original, de bonnes idées et très bien orchestré. Pendant un moment les organisateurs eurent peur de ne pas pouvoir entrer sur Plaza Republica (Obelisque) telle était compacte la foule, mais avec de la bonne volonté, les plateformes (gigantesques) purent passer !

Du petit son et lumière donnée sur la façade du Cabildo en hommage aux 200 ans. Techniquement irréprochable (bien meilleur que celui donné la veille sur la façade du Colon), mais comme il s’agissait d’une commande de la nation (donc de Kirchner), « l’histoire officielle » était a mon gout bien trop « dirigée ». 200 ans difficiles à résumer sur 10 minutes, mais quand on met le doigt trop souvent dans ce qui est « pour la vision Kirchner » le politiquement correct, ca en devient un peu trop « cliché ». Trop d’anti britannisme primaire avec les deux « invasions anglaises » de 1806-1807 qui tiennent plus d’anecdotes que de moments cruciaux pour le pays, une couche supplémentaire sur les Malouines, les méchants militaires de 1976, mais le gentil militaire Peron de 1943, le méchant bombardement de 1953 de la Plaza de mayo (contre Peron, donc on en parle), et puis la crise de décembre 2001. Bref on aura retenu que les anglais sont méchants depuis 2 siècles avec les argentins, que Peron et sa femme sont des gens biens et qu’une fois qu’ils n’étaient plus là, ça a été la chienlit (comme disait un autre grand général), dictature militaire, folles de mai, et même crise de 2001…..mais Nestor et Cristina sont là et veille maintenant sur le bon peuple !

De La ré inauguration du Teatro Colon : Enfin ! (dirait on !) après 7 ans interminables de travaux. Il le fallait, certes ! Mais à se demander si finalement on aura fait durer le plaisir pour pouvoir l’inaugurer pour le bicentenaire !

Enfin, on se souviendra aussi de la foule, des argentins : ils étaient  petits ou grands, vieux ou moches, jeunes ou costauds, joyeux et badauds, du rural au jeune percing, de la gueule d’un toba à celle sortie d’un uniforme SS… et tout ça, ça fait d’excellents argentins… (Comme dirait la chanson). 99% de ces argentins présents hier dans les rues, n’avaient pas un seul ancêtre sur le sol de ce pays en 1810. Ils sont presque tous arrivés après…et pourtant ils s’approprient ce passé ! C’est à ce moment là que l’on comprend que le peuple argentin n’existe pas, mais que la nation ou le sentiment d’appartenir à une certaine culture existe elle réellement ! C’est l’aboutissement du mélange d’autres apports qui donne le sentiment d’appartenance à une nouvelle tribu : Les argentins.

 

 

 

Et la politique dans tout ça ?

Elle était présente tout au long de ces journées, en filigramme. Notre chère Castafiore Kirchner ayant l’art de se brouiller avec tout le monde, comme un œuf au fond d’une casserole, là voila en ce 25 mai pris à son propre piège du « qui m’aime ? » Puisqu’à la réponse à cette question, on entend aujourd’hui voler les mouches dans le salon Blanco de la casa Rosada.  Donc « exit » tous les méchants qui n’aiment plus sa vérité et à ce petit jeu, La Cristina rassemble encore un dernier carré de fidèles avant Waterloo, mais la débandade est proche et le cercle « d’amis fideles » rapetisse au fil des mois (j’ai envie de dire au fil de ses gaffes). Photo : Le vice president de la Nation n'étant pas invité par les Kirchner (rien moins que ça !), Cobos est donc resté chez lui à Mendoza (à droite de la photo) et en a profité pour saluer le gouverneur de la province Celso Jaque (pourtant de la mouvance Kirchner) qui avait lui refusé de se rendre à Buenos Aires. (un de plus à s'écarter de Cristina).

Le campo : (ou monde agricole) est déjà depuis longtemps passé dans l’opposition. Même au plus profond de la pampa perdue, le simple péon a autant d’amour a donner à sa présidente qu’à ses doryphores.

L’industrie et le commerce : Après l’art argentin de monter une politique à vue de nez, où le long terme s’arrête au lendemain, où la confiance dans une loi, un décret ne dure que le temps d’en voir un autre le contredire, il est certain que tout industriel argentin voit clair dans l’avenir, et se montre confiant pour investir.

Investissement extérieure : Pour ce qui est des investissements étrangers, cela fait déjà longtemps qu’européens ou asiatiques misent tout dans la région sur Sao Paulo, Montevideo ou Santiago de Chile. Son dernier chef d’œuvre à la Castafiore fut d’interdire le mois dernier l’importation de denrées alimentaires. Dans un pays qui exporte 10 fois plus qu’il n’importe dans le domaine, ca en devient comique. L’Union Européenne et le Brésil ont fait savoir qu’ils prendraient  au plus vite des mesures adéquates (merci pour les exportations argentines).

Clergé catholique : il est déjà dans le camp des opposants, puisque il dénonce que la pauvreté augmente, et puis  il se permet de dire que la politique de la Cristina n’est pas la bonne. Comme à tout 25 mai, le ou la présidente se doit d’assister à un Tedeum. Cette année celui de la Cathédrale de Buenos Aires se fit sans elle (mais avec tous les autres politiques de l’Opposition qui regroupe maintenant 95% des politiques y compris de son propre parti). La Cristina préféra aller contempler Dieu dans la basilique de Lujan (à 70km de Bsas).  La bas, l’archevêque Radrizzani assura l’office en ne cachant pas les mêmes convictions que son Eglise. Voilà donc la Cristina qui du écouter in vivo des phrases telles que :  « Une demande pour une meilleures indépendances des pouvoirs » « pour une amélioration de nos institutions », »en tant qu’argentin nous devons tous être plus serein et savoir écouter avec respect pour arriver a un consensus au delà des partis et des intérêts personnels »

La Pauvre Cristina a du se dire que finalement elle aurait du rester à Buenos Aires, je pense que depuis hier l’archevêque Agustin Radizzani est passé sur la liste noire, encore un qui ne « l’aime pas », l’ennemi intérieur est partout…

 

Les ennemis extérieurs :

En parlant d’ennemi intérieur, cela me fait penser à l’autre, je parle de l’ennemi extérieur qui pour le moment se cache dans le Royaume Uni, l’axe du mal pour le monothéisme Kirchner. Le petit discours d’hier donné par Cristina dans le « salon des Patriotes Latinoamericains » m’a laissé pantois. Sortir devant 7 présidents invités et un parterre d’ambassadeurs pour un discours de fête (car le 25 mai est une fête), que 1810 était le début de l’indépendance de l’Amérique du sud  (et c’est vrai) et que 200 ans plus tard des pays continuaient à maintenir des colonies (Les Malouines par exemple !), cela prouvait que le Royaume Uni (elle l’a cité) était un pays archaïque.  L’ambassadeur britannique a du apprécier ! La France a eut de la chance, elle n’a pas parlé de la Guyanne francaise ! Bref, Cristina a l’art et la manière de mettre à l’aise chez elle ces invités lorsqu’elle y donne une fête !

D’ailleurs des 7 présidents invités qui sont Lula (Brésil), Mujica (Uruguay), Morales (Bolivie), Lugo (Paraguay),Chavez (Venezuela), Correa (Equateur) et Piñera (Chili), après le défilé, seul Chavez est resté pour le diner d’honneur. Il a fallu au dernier moment réorganiser les tables. Les 6 autres présidents ont prétexté l’heure tardive pour se mettre à table (je ne vous raconte pas l’ambiance !!!!!)  Même pour ses voisins, elle devient insupportable ! (Je dirais même plus, infréquentable). On lui rend visite, protocole oblige, mais strictement le minimum. On refuse même de se mettre a table avec …pour vous dire comme le courant passe bien !

La dernière boulette : (je ne sais pas si c’est vraiment la dernière) :

Cristina Kirchner en tant que présidente mais aussi comme chef des forces armées (comme en France) a refusé de présider le défilé militaire du dimanche 23 mai sur l’avenida 9 de Julio ! (elle était fatiguée !). Sa chaise est restée vide ! Imaginez un 14 juillet, le chef de l’état français restant chez lui pour regarder le défilé ! Quand penseraient les français ?  Eh bien ici, on en pense de même !

En conclusion : Cristina Kirchner au niveau local comme international a été en dessous de tout lors des célébrations. Une seule image restera gravée pour ce 25 mai 2010, les 2 millions d’argentins dans les rues de Buenos Aires, unis et joyeux. Pour eux, c’était vraiment une fête !

 

 

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- Inauguration des fêtes du 25 mai 2010.(21 mai 2010).

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Published by Le Petit Hergé - dans 03 - Actualité argentine
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commentaires

TUDELA 03/06/2010 23:37



Encore une fois, j'apprend sur ce beau pays que je vais découvrir cet été. Merci le "petit Hergé" !!



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