Mise à jour : 06 mai 2026. #Buenos Aires. #Actualité

 

La bourgeoisie s'exilait vers le nord, aujourd'hui c'est plutot vers le nord ouest

 

Vous savez combien j'aime me perdre dans les rues de notre chère Buenos Aires. Pour l'architecte de formation que je suis, chaque pâté de maisons (chaque "manzana") raconte une épopée : celle de l'âge d'or ferroviaire, celle des palais d'inspiration française, ou celle, du modernisme (ou pire du style dit « brutaliste » des années 1970-80).

Photo ci-dessus : Un nouveau programme à Villa Urquiza. 

Mais aujourd'hui, on ne va pas parler de la poésie d'une corniche ou du mystère d'un vitrail. Aujourd'hui, on sort la calculette et on regarde la réalité froide et bétonnée de ce qui se prépare pour 2026-27.

En effet, une ville ne reste jamais figée et elle se développe comme un organisme vivant, s’agrandit, s’enrichit ou s’appauvrit et parfois disparaît. Donc coup d’œil cette fois sur le panorama de la ville de Buenos Aires, des secteurs qui se développent, et des quartiers qui restent sur la touche ou d’autres qui vieillissent !

Une étude récente publiée par le journal Ámbito Financiero vient de jeter un sacré pavé dans la mare. Pour le dire platement : le développement de notre capitale ne ressemble plus à une croissance harmonieuse (mais l’a-t-elle été un jour ?), mais à une véritable polarisation. Une fracture.

On ne va pas se mentir, ça a toujours été le cas, et je me souviens dans les années 90 qu’on me disait déjà que la calle (et avenida Rivadavia) était à la fois l’épine dorsale de la ville mais aussi la frontière psychologique, où l’on trouvait au nord, les « gens bien » et au sud « les autres ».

Je reviendrai certainement une autre fois dans un autre article vous expliquer comment depuis 1880, les populations les plus fortunées n’ont cessé de migrer génération après génération vers le nord !

En cette année 2026, on reste toujours dans l’exil vers le nord, et même plein nord-ouest ! Selon les projections futures de la consultante Terres, 70% de l'activité immobilière va se tasser dans seulement neuf quartiers.


 

 

L'Équation du Béton : Pourquoi là et pas ailleurs ?

 

On pourrait croire que c'est une affaire de goût, que les promoteurs ont soudainement tous eu un coup de foudre pour les arbres de Belgrano ou le calme de Saavedra. Que nenni !

Derrière chaque grue qui se lève, il y a une équation mathématique implacable[cite: 1]. Pour qu'un projet voie le jour, le prix de vente final du mètre carré doit absorber le coût du terrain, le coût de construction (qui ne cesse de grimper) et la marge du développeur. Si le résultat ne brille pas, la pelleteuse reste au garage.

Photo ci-dessus : Un nouveau programme à Villa Urquiza. 

"Le marché n'est pas capricieux. Il est logique. Il va là où les chiffres "ferment", là où l'infrastructure est déjà là, et surtout là où la demande est prête à valider des prix qui donnent parfois le vertige."

Aujourd'hui, le coût de construction standard a franchi la barre des 1 300 USD / m2. Si vous voulez du "premium", on flirte avec les 1 600 USD. Avec de tels tarifs, les investisseurs ne jouent plus aux dés : ils misent sur les quartiers qui ont déjà fait leurs preuves, là où le risque de ne pas vendre est proche de zéro.

Et puis il y a aussi, à la fois le manque de terrain dans certains quartiers et aussi le côté « has been » qui font fuir les investisseurs et les acheteurs potentiels, mais qui ne font plus du tout réver le Porteño qui en a les moyens comme les quartiers très chics de Recoleta et de Retiro, (Bulles de touristes, de Airbnb, de locaux exclusivement réservés aux touristes,… bref invivable) ou même le quartier très "bling bling" de Puerto Madero qui n’attirent que les parvenus, les narcos et les hommes politiques de la même trempe ! Mais quel bourgeois accepterait de se mélanger à cette clientèle ?


La Radiographie des "Neuf Magnifiques"

 

Voici comment se découpe le gâteau immobilier portègne pour l'année 2026-2027. C'est une véritable carte de l'argent et de l'influence qui se dessine sous nos yeux.

 

Architecture Buenos Aires

 

 

 

1. Le Corridor Nord : Le Nouveau Centre de Gravité (2010-2030)

Núñez, Saavedra, (Coghlan), Villa Urquiza, Colegiales, Belgrano. ( +/- 40% des projets)

 

C'est ici que bat le cœur financier du secteur. Des quartiers comme Núñez ou Saavedra, autrefois résidentiels et familiaux, se transforment à vue d'œil.

Photo : Nouveau projet à Nuñez.

On y trouve des infrastructures déjà prêtes ou en cours de finition, une sécurité relative et, surtout, une capacité de "densification" sans trop de frictions avec le voisinage (même si les vieux habitants grognent devant les tours qui cachent le soleil).

Cet axe nord-ouest est donc en « expansion » (ce sont ces quartiers qui prendront de la valeur entre aujourd’hui et 2030).

Ce sont 40 à 45% de la totalité des constructions nouvelles à Buenos Aires (pour ne pas dire presque la moitié).

Une famille classe supérieure ou moyenne supérieure décidera de s’installer dans un de ces 5 quartier ces deux prochaines années. Ce sont déjà 5 énormes quartiers qui sont recherchés depuis une bonne dizaine d’années.

 

 

 

2. Les Valeurs Sûres : Palermo et ses satellites (2000-2020)

Palermo, Villa Crespo, Almagro, et puis Caballito qui a toujours été chic bien qu’installé au centre géographique de la ville. (+/- 30% des projets)

Photo : Nouveau projet à Caballito

 

On ne présente plus Palermo. C'est le marché test permanent. Qu'on parle de Hollywood, Soho ou de Nuevo, Palermo reste la locomotive.

Ce qui est intéressant, c'est de voir comment ce dynamisme "déborde" plus récemment sur Villa Crespo et Almagro.

Ces quartiers, autrefois plus populaires, deviennent les refuges de ceux qui ne peuvent plus se payer le "vrai" Palermo mais veulent en garder l'esprit.

il y a aussi Caballito, à la mode dès les années 1980, mais qui s'est re-dynamisé depuis 2010. 

On les appelle les « secteurs consolidés », 30 à 35 % du parc immobilier en construction dans la ville, ce sont les quartiers qui sont déjà « chics » et qui ont déjà pour la plupart été à la mode depuis les années 2000. Mais la « mode » commence à les délaisser peu à peu.

Pour Palermo, vous enlevez tout de même les secteurs à bulles touristes (ou aucun Porteño ne voudrait en ce moment s’y installer), comme Palermo Viejo (Soho) ou Palermo Hollywood, mais le boom a plutôt eu lieu dans les secteurs de Palermo de Las Cañitas, Imprenta, Carranza, Lineal, et même Arevalo en dernier en ce moment. Pour connaitre tous les secteurs de Palermo

 

 

 

3. Les « secteurs en intégration » (2020-2040)

Agronomía, Paternal, Villa Ortúzar, Chacarita. (+/- 15 % des projets)

Photo ci-dessus : Un nouveau programme à Villa Ortuzar. 

 

Là c’est encore le moment de faire de bonnes affaires, ça va plutôt « exploser » (quoi qu’on sente déjà les prémices). Pensez 2030-2040.

Ça sera pour les deux années qui viennent 15 - 20 % de la totalité des grands projets de la capitale. On est chic, avec de l’argent et bobo ou alors dans le numérique, graphiste et branché et aussi un doigt décalé.

Bref, c’est le coin de Chacarita en ce moment qui s’organise. Suivent à toute vitesse, Villa Ortuzar, et Paternal.

Quant à Agronomia, il y a de la place et ça viendra en seconde vague. Je rajoute aussi Parque Chas, qui est petit et ne possède pas de nouveaux terrains, mais les petites maisons vont commencer à s’arracher d’ici peu !

 

 

 

4. Le Centre « déjà bien bâti »

San Nicolas, Montserrat, Balvanera. (5% des projets)

Photo : Encore quelques projets nouveaux dans le quartier de Balvanera. 

 

Les quartiers de Retiro et de Recoelta sont totalement saturés et extrêmement denses. Quelques projets du coté du bas de San Nicolas.

Encore quelques nouveaux immeubles s’érigent sur les ruines d’anciennes constructions (qu'on regrette parfois).

Plus de réglementation justement pour le bâti historique, alors c’est sûr, les investisseurs rechignent à se lancer dans la paperasse et à affronter les associations de défenses du patrimoine historique.

Les nouveaux projets sont plutôt a rechercher au sud de Balvanera ou alors à San Cristobal. 

 

 

 

5 : Les Zones "En Pause"

C’est le Sud de la Ville (Pompeya, Soldati, La Boca, etc.) (10 % des projets)

Photo : Nouveau projet dans le quartier de Parque Patricios.

 

C’est certainement le Grand Oublié de la Reine du Plata. C'est là que le bât blesse pour l'urbaniste amoureux de sa ville.

Regardez les chiffres : seulement 10 à 15% de l'activité pour tout le Sud ! Pourtant, des quartiers comme Parque Patricios, Nueva Pompeya ou San Telmo disposent d'un potentiel foncier immense.

La loi permet d'y construire, l'espace est là... mais la demande, elle, hésite. Bien que Parque Patricios depuis l'installation du siège du gouvernement de la ville en 2015 et l'arrivée du métro avec la ligne H a véritablement changé, ça "rame" quand même un peu ! 

En 2026, on assiste à une sous-utilisation flagrante du potentiel urbain du Sud. C'est une occasion manquée de rééquilibrer la cité, de désengorger le Nord et de redonner vie à des zones historiques. Le risque est clair : une ville qui se fracture socialement et spatialement, avec un Nord ultra-dense et un Sud qui attend un miracle qui ne vient pas.


Qu'est-ce qui pourrait changer la donne ?

Pour 2026-27, les carottes sont cuites. Les projets qui sortiront de terre sont déjà sur les plans de travail des architectes. Mais si l'on veut un 2028 ou un 2029 plus équilibré, deux leviers doivent être actionnés.

  1. Le crédit hypothécaire : Actuellement, les banques prêtent surtout pour l'ancien. Pour que le marché du neuf se démocratise, il faut que la classe moyenne puisse acheter "en pozo" (sur plan) avec des crédits longs (Justement on en parle, et ça donnera certainement l’occasion d’un nouvel article).
  2. L'investissement public : Il n'y aura pas de promoteurs au Sud tant que le métro, la sécurité et les espaces verts n'y seront pas au niveau du Nord.

 

En conclusion : 

 

Pour finir, prenons un peu de hauteur. Si l’on regarde l'immense nappe urbaine qui nous entoure, le Grand Buenos Aires n’en finit plus de grignoter la pampa.

Aujourd'hui, la banlieue s'étend sur 13 500 km² — c’est quasiment la moitié de la Belgique ! — pour abriter plus de 16 millions d'âmes.

Photo : Projet dans le quartier de Colegiales.

 

Pourtant, au milieu de ce géant, notre Capitale Fédérale fait figure de roc : ses limites n'ont pas bougé d'un centimètre depuis 1888 et sa population, d'une stabilité déconcertante, tourne autour des 3 millions d'habitants depuis 1947.

Mais attention, calme ne veut pas dire inertie ! Cette population urbaine, après s’être entassée du centre vers les limites nord en bâtissant toujours plus haut, s'essouffle.

La quête de m² et de sérénité se déplace désormais, boussole en main, vers le Nord-Ouest.

Le Buenos Aires de demain s'écrit désormais dans le déplacement de cette bourgeoisie à la conquête de quartiers plus vivables et familiaux, là où l'on peut encore trouver l'âme de la ville loin du tumulte des zones saturées.

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