L'Argentine enregistre le taux d'homicides le plus bas d'Amérique du Sud
02 oct. 2025Mise en ligne : 02 octobre 2025. #Actualité.
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L'Argentine enregistre le taux d'homicide le plus bas d'Amérique du Sud
La ministre de la Sécurité nationale, Patricia Bullrich, a présenté les statistiques de criminalité pour 2024 et le premier trimestre 2025, accompagnée de la secrétaire à la Sécurité, Alejandra Monteoliva, et du directeur national du renseignement criminel, Marco Antonio González.
Bien entendu, cette nouvelle datant de fin mai 2025, est aussi une annonce politique appuyant les nouvelles directives pour lutter à la fois contre les crimes, la corruption, les vols et cambriolage, la traite des personnes et la contrebande.
Toujours bien difficile de décortiquer les chiffres officiels de la réalité, mais comme les tableaux des faits sont compilés d’une année à l’autre en se basant sur les mêmes procédés de calcul, le crime, le vol, et la traite des personnes sont en effet (à part la parenthèse du Corona) en baisse d’année en année.
Donc soyons tout de même satisfait dans une Argentine en proie aux crises cycliques de voir apparaître de temps en temps au moins un élément positif. (Alléluia !)
Le gouvernement actuel déclare bien sur que c’est grâce à lui seul que tout va mieux, mais en se penchant tout de même sur les 30 dernières années, on s’aperçoit que la pandémie (comme dans tous les pays du monde) a fortement entravé le crime et les délits.
Les années 2020, 21 et 22 furent les années ayant connu le moins de délits dans le pays. Depuis bien entendu toutes les courbes de la délinquance remontent mais sans tout de même retrouver leur niveau de 2018-2019.
Photo : Patricia Bullrich. Ministre de la sécurité nationale
Je laisse Patricia Bullrich continuer sa déclaration :
« Les résultats obtenus ce trimestre sont très importants. La baisse des homicides en 2024 sera la plus faible jamais enregistrée depuis que nous tenons des statistiques, avec un taux de 3,8, le meilleur d'Amérique latine, le plus bas », a déclaré la ministre.
Elle a ajouté : « Nous sommes fiers de pouvoir dire au peuple argentin et au monde que l'Argentine est en train de réduire les homicides, les crimes sexuels, la traite des êtres humains et les homicides contre les femmes et les enfants. Nul besoin de structures ; il fallait la volonté et la détermination de s'opposer à tous ceux qui menacent la vie. »
Exact rajouterai-je, mais comme je l’ai déjà dit, le dernier gouvernement Kirchner a aussi fait baisser le crime.
Les années les plus problématiques avec des taux de criminalité les plus hautes furent 2013 et 2014 (Taux d’homicide de 7,5 et 7,6, avec la fin du mandat chaotique de Cristina Kirchner), et en cherchant plus loin et plus dangereux, nous avons les années 2001 et 2002 (avec chacune un taux d’homicide de 8,5 et 9,5, expliqué par l’énorme crise économique de 2001 et 2002).
Donc sur le long terme, c’est incontestable, l’Argentine va mieux ou plutôt moins mal en matière de criminalité, surtout depuis 2017.
Avec un taux d’homicide en 2024 de 3,8, c’est le taux le plus bas atteint depuis que j’habite dans le pays (1994).
Lors de sa présentation, la ministre a souligné que 507 homicides ont été enregistrés au cours des trois premiers mois de l'année 2025, contre 561 au trimestre précédent, soit une baisse de 9,6 %.
« Nous poursuivons cette tendance grâce aux plans que nous mettons en œuvre. D'une part, les forces de police provinciales et, d'autre part, le Plan 90-10. Les résultats sont encourageants », a-t-elle déclaré.
Photo : La marche contre le triple féminicide de Brenda (20 ans), Morena (20 ans) et Lara (15 ans) exécutées en banlieue sud de Buenos Aires par les narcos en septembre 2025.
Le féminicide :
Depuis quelques années, l’Argentine est particulièrement soucieuse de diminuer le nombre de victimes féminines en raison de son sexe. C’est ce qui est comptabilisés sous le terme de « féminicide » souvent assassinées par leur mari, leur ancien conjoint ou un membre de leur famille.
Il faudrait en fait les séparer du nombre des victimes féminines de crimes crapuleux, mais les derniers tableaux ne le font pas, donc comme le nombreux global de victimes baisse, il est donc normal que mathématiquement les victimes féminines aussi.
C’est ainsi que Bullrich se targe de la baisse de 14,3 % des homicides de femmes, passant de 362 en 2023 à 313 en 2024 : « C'est véritablement important et historique. Ces homicides sont généralement liés à des situations impliquant des couples, des ex-couples et des problèmes familiaux. »
Elle ajoute : « Dans les relations avec des partenaires ou des ex-couples, et dans les relations familiales, 56 % de ces homicides concernent des femmes. »
Bref, voila un point sur lequel je ne suis pas d’accord, les crimes ont baissé, hommes et femmes et dans les mêmes rapports donc ni en plus, ni en moins (chaque année, entre 17 et 18% des victimes sont des femmes).
Il y a donc une appropriation politique à vouloir souligner que le féminicide baisse en Argentine depuis 2024 (arrivée de Milei au pouvoir) alors qu’avant ce taux augmentait. En un mot, il reste toujours identique au fil des années, mais on en parle bien plus, puisqu’il est devenu un thème de campagne récurrent depuis plusieurs années.
Il y a tout de même un sujet sur lequel nous sommes d’accord « la baisse de 35,9% des crimes liés à la traite, qui touchent principalement les femmes et les enfants ». Et c’est vrai, la prostitution interdite dans le pays est bien présente, alors certes moins de crime, mais dans certaines provinces elle est extrêmement développée (Prov de Mendoza, Jujuy, Salta, San Juan, Misiones et la ville de Buenos Aires).
Photo mars 2024 : Arrestations et emprisonnement des narcos en style "Bukele" depuis l'arrivée de Milei. Dans la prison "Penal de Piñero" au sud de Rosario.
La drogue :
En ce qui concerne le trafic de drogue, Bullrich a signalé une baisse de 14 % de vente, de la production, de l'organisation et du financement de ces organisations criminelles : « Ces organisations ont perdu leur capacité d'organisation, de financement du trafic de drogue, de collusion et de production. »
Là aussi, elle me parait très optimiste, les chiffres lui donnent raison, surtout par des opérations fort bien menées en 2024 dans les points chauds des banlieues de Rosario, Santa Fe, et dans la province de Salta, où la police provinciale de cette dernière travaille main à main avec les narcos.
Donc l’année 2024, aura été l’année où des gros coups furent portées aux narcos, mais la nature ne tolérant jamais le vide, il suffit de quelques mois et le système sera réorganisé. Donc attendons les chiffres de 2025 et de 2026, pour savoir si ce ne fut qu’une victoire de bataille, ou si la guerre peut être gagnée par le gouvernement.
En terme de possession et de trafic de drogue 2024, médaille d’or pour ce qui est du taux pour la province de Salta (production, passage et importation) suivi par la ville de Buenos Aires (consommation), d’autres provinces suivent comme celles de Formosa, la Pampa, San Luis et Mendoza.
Photo : Légère augmentation des vols en Argentine en 2024.
Les vols :
Seule ombre au tableau, concernant les vols, Bullrich a indiqué qu'ils étaient restés stables, avec une légère augmentation de 0,5 %. « Ces crimes sont présents dans les 24 provinces. Vols de téléphones portables, vols d'appareils numériques, vols de motos. Nous allons en discuter avec les services de police et les ministères de la Sécurité de tout le pays », a-t-elle déclaré.
Pour les vols et cambriolage, ce sont la ville de Buenos Aires, la province de Cordoba, Salta et Mendoza qui arrivent en tête. A la fois des province touristiques, et les voleurs adorent les touristes, et aussi des provinces (CABA, Cordoba) qui sont riches, et on préfère cambrioler les riches que les pauvres !
Au niveau des taux, on revient aux même que ceux d’avant pandémie.
Photo 2020 : Interception de contrebande dans la province de Salta avec la Bolivie.
La contrebande :
La contrebande, toujours au niveau des frontières du nord du pays, que ça soit avec la Bolivie, le Paraguay et le Brésil, et dans les deux sens.
Bullrich est fière d’annoncer une réduction de 7 % sur toutes les formes de contrebande. (Mais le chemin est long !)
Dans le top des provinces qui pratiquent le plus la contrebande, Formosa haut la main, suivie de Salta, Jujuy, Misiones, et suivent plus loin par Tucuman, Catamarca et Corrientes.
En tout cas en 2024, nous n’avons pas encore récupéré les taux de 2019 qui sont bien au delà.
Photo : L'Amérique du sud
Au niveau de l’Amerique du Sud et latine :
Bullrich a raison, l’année 2024 a été la moins meurtrière (même moins que les années pandémie) depuis des dizaines d’année.
Alors la restructuration des polices provinciales, nationales et de la police de la ville à Buenos Aires a peut-être porté ses fruits.
Moins de corruption et plus de professionnalisme dans les forces de l’ordre et comme par magie, moins de vol, d’agression, de meurtres.
Le chiffre de 3,8 meurtres/100.000 habitants en Argentine, c’est un chiffre que je n’ai jamais connu aussi bas.
Pour les autres pays d’Amérique du sud :
Les bons élèves,
- Le Chili qui a toujours été un pays « calme », mais en 2024 avec un taux 5,5 s’améliore encore (2023 : 6,3, 2022 : 6,7)
- Le Pérou, autre fois extrêmement dangereuse, en 2024 arrive à diminuer à 6. Malheureusement depuis début 2025, une recrudescence de violence va certainement faire grimper le taux.
- La Bolivie, qui a maintenant (contesté avec l’Argentine) le taux le plus bas d’homicide d’Amérique du sud.
- Le Paraguay, autrefois assez dangereux (taux de 8 en 2021, ou même de 7 en 2022) arrive cette année 2024 à 5. Donc amélioration significative.
Les mauvais :
- L’Uruguay qui autrefois considéré comme la « Suisse de l’Amerique du sud » s’enfonce année après année, la situation économique ne s’améliorant pas et les gouvernements successifs ne prenant pas de décision pour améliorer le pays. Dans les années 2010 encore avec des chiffres de taux à 6 ou à 7 en 2024 elle serait entre 10 et 11 (suivant le calcul du taux)
- Ensuite au-dessus de 11 de nombreux pays d’Amérique du sud et centrale comme Panama (12), Guatemala (16), Costa Rica (16).
- Viennent ensuite ceux qui malheureusement se classent au-dessus de 20 comme le Brésil (autour de 21-22) mais qui mène quand même des luttes contre le narco trafic et qui porte ses fruit, puisqu’en 2017 par exemple, le taux était à 27. Apres comme un géant comme le Brésil, chaque état est spécifique et les taux sont extrêmement diffèrent entre le nord et le sud et au sein même de chaque ville.
- Honduras et Colombie autour de 25.
- Palme du cancre, l’Equateur à 38 en 2024. En 2025, on atteindrait même le taux de 52 ! Trois explications à cette spirale infernale : 1) Conflit armé interne : Le gouvernement équatorien a déclaré la guerre au crime organisé, ce qui a entraîné la militarisation des rues et des prisons. 2) Expansion du trafic de drogue : Les ports de Guayaquil et de Manta sont des points névralgiques du trafic de drogue, ce qui a alimenté la violence. Et enfin 3) Fragmentation des gangs : Les groupes criminels se divisent et se fragmentent, exacerbant les conflits et la violence. Les zones les plus dangereuses étant Guayaquil et la province de Guayas : Cette zone enregistre le plus grand nombre d’homicides, en raison de sa population et de l’activité des groupes criminels. Autre zones chaudes, les zones frontalières : Esmeraldas, à la frontière avec la Colombie, est une autre des zones les plus dangereuses en raison de la présence de groupes criminels.
- Le Venezuela, je n'en parle pas, très difficile d'avoir des chiffres exacts. Il se serait tout de même amélioré par rapport à la pire année 2016. (taux de 96) et depuis baisse chaque année. Impossible de mon coté de pouvoir recouper des infos valables sur les chiffres actuels. De plus le gouvernement n'est pas là pour faciliter ou même de comptabiliser le nombre de meurtres par an dans le pays.
- Le Mexique, tout comme le Brésil, il existe un taux national d'homicide chaque année (taux de 26 en 2024). Mais, la situation est tellement différente d'un état à l'autre, que le chiffre moyen n'indique rien. De l'état du plus calme, le Yucatan avec 1,85 à celui le plus infernal du Colima avec un taux de 121 !!! Je crois que tout est dit, la moyenne nationale ne veut rien dire autant analyser les 32 états mexicains un à un !
Photo : Pitié, ne me parlez pas de vous !
Conclusion :
S’il vous plait, surtout ne mettez pas de commentaires nombrilistes concernant la France (du style : « Ben ici c’est même pire ! »).
On ne compare pas l’Europe avec l’Amérique latine, comme on ne compare pas en foot, une équipe de première division avec une de seconde.
L’Amérique latine a pour le moment et malheureusement aura un taux de délinquance, de corruption et d’homicide toujours supérieur aux pays d’Europe de l’Ouest.
Que vous le vouliez ou non, c’est comme ça ! Vous ne le décidez pas, je ne le décide pas non plus !
Je n’ai donc pas écrit cet article pour fomenter des commentaires insipides sur Macron, Ursula von der Leyens, Friedrich Merz, Bart De Wever, Pedro Sánchez ou Giorgia Meloni.
Il s’agit d’un article sur l’Argentine et sur certains pays d’Amérique latine, donc tout commentaire concernant un autre pays sera effacé.
L’intérêt réside uniquement à pouvoir comparer un pays avec lui même au fil du temps pour voir si la situation s'améliore ou se détériore. Et pour l'Argentine, ça va mieux, ouf !
A lire aussi dans le Petit Hergé :
- Les clichés touristiques nous abrutissent !







