Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 21:19

Mise à jour : 30 avril 2012.

nullCharles Thays, l'Ecole Française dans le Rio de la Plata :

Si il y a un bien un français qui représente presque à lui seul l’apport de style français dans le panorama de la ville de Buenos Aires en ce début du XXème siècle, c’est bien de notre compatriote Charles Thays dont il s’agit. Haussmann aura changé la physionomie de Paris, Charles Thays (ou Carlos Thays en espagnol) est celui qui aura donné à Buenos Aires sa personnalité. Une chose est sûre, l’urbaniste et le paysagiste du Rio de la Plata aura en quelques décennies changer la physionomie des grandes villes argentines comme celles de l’Uruguay et transformé Buenos Aires en petit Paris d’Amérique du Sud.

Photo : La maison qu'il occupa avec sa famille dans l'actuel jardin botanique de Buenos Aires.

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Photos : Charles Thays et sa famille et avec sa fille.

nullDisciple d’Edouard François André et de Jean Charles Alphand :

Charles Thays est né le 20 aout 1849 à Paris et a fait toutes ces études d’architecture dans cette même ville, il fut le disciple de l’architecte Edouard François André. Ce dernier, bien qu’architecte avait une passion pour la botanique et tout naturellement s’était professionnellement intéressé au paysagisme. C’est ainsi que François André entrait au service des promenades de la ville de Paris et travailla au parc des Buttes Chaumont avant d’entamer une carrière internationale toujours dans la création de parcs comme à Liverpool, Cognac ou Montpellier. Il entreprit plusieurs voyages en Amérique du sud en 1875 – 1876 comme botaniste explorant des arbres, arbustes encore inconnus et se passionnant pour la famille de l’Ananas. En 1890 il fut appelé à Montevideo pour redessiner tous les espaces verts de la ville.

Si Charles Thays pu un jour prendre contact avec la ville de Buenos Aires et l’Amérique du sud, se fut aussi grâce à Jean Charles Alphand, autre grand architecte et ingénieur français et d’une génération plus avancée que celle de Thays, qui avait travaillé sous la direction de Hausmann pour la création des Champs Elysées et du parc Monceau. Miguel Crisol, homme d’affaire de Córdoba, débarque à Paris pour prendre conseil auprès d’Edouard François André, pour la création d’un parc dans sa ville. Celui ci submergé de travail n’a pas le temps mais recommande le bras droit de son agence, Charles Thays (alors âgé de 40 ans). Nous sommes en 1889, Jean Charles Alphand est directeur de l’exposition universelle de Paris, Edouard François André publie un nouveau livre sur ces voyages en Amérique du sud "Description et Histoire des Broméliacées récoltées dans la Colombie, l'Equateur et le Venezuela " et Charles Thays met le pied pour la premiere fois sur le quai du port de Buenos Aires pour prendre le train de Cordoba.

Photo : Miguel Crisol, l'homme d'affaire cordobes qui vient chercher Charles Thays à Paris.

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Photo : Parque Sarmiento de Corodba. Premiere projet de Charles Thays.  

nullLe Parque Sarmiento de Córdoba, le premier chantier pharaonique :

Charles Thays arrive donc en cette année 1889 à Cordoba et Miguel Crisol veut créer un premier parc à Cordoba (Nommé Parque Crisol dans un premier temps, car se trouvant sur un domaine lui appartenant). Crisol a dans l’idée de créer ce parc puis d’urbaniser les alentours pour les vendre en lots. Cela donnera plus tard le quartier de Nueva Cordoba. Il n’existe alors aucun parc en Argentine, certains disent aussi que ce parc de Sarmiento fut le premier parc créé dans toute l’Amérique du sud. En tout cas, l’idée même de «création de parc » était en Argentine d’une nouveauté pour ne pas dire d’un modernisme déstabilisant. Transformer une Córdoba encore de style Colonial espagnol, en vitrine d’un nouveau style français en vogue en Europe.

17 hectares de terrains à ordonner, planter, tracer, décorer…. Un travail de titan que le même Charles Thays n’avait surement pas idée en arrivant. Ce parc aura nécessité 22 ans de travail puisqu’il ne fut inauguré qu’en 1911 !   Il est certain que Charles Thays comprend au bout de quelques mois à Córdoba que son voyage en Argentine a toutes les chances de se transformer en une « émigration » de plusieurs années, et qu’il peut poser ses valises pour un temps dans son nouveau pays d’adoption. Il restera deux ans à Córdoba. De passage en 1891, il apprend que l’urbaniste en chef de la ville de Buenos Aires l’Allemand Wilhelm Schübeck vient de décéder et qu’il y  a un concours pour le remplacer. Il accepte d’y participer, et sa nouvelle réputation est telle qu’il est vite accepté et est nommé directeur des parcs et promenades de la ville de Buenos Aires. Il faut dire que le travail déjà réalisé au Parc Sarmiento a séduit et que les instances de Buenos Aires ne veulent se retrouver en reste par rapport à la transformation de Córdoba. Le voila donc maintenant porteño…

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Photo : A gauche, le parc de Palermo, avec le lac et la roseraie au loin. Photo de 1915. A droite, La Plaza Congreso aménagée par Charles Thays et le percement de l'Avenida de Mayo.

nullDirecteur des Parcs et promenades de Buenos Aires :

1891, Buenos Aires n’a encore aucun parc, aucune avenue, et on veut préparer en grandes pompes les fêtes du centenaire de l’indépendance pour 1910. Il est temps de transformer la ville et de montrer au monde entier que l’Argentine est riche, cultivée, raffinée, et qu’elle n’a rien à envier aux plus belles villes d’Europe ! Charles Thays est un élément important dans cette transformation, on lui confie en premier lieu les terrains (marécageux) se situant à la limite nord de la ville (actuel Palermo) pour ouvrir des avenues, et les border de parcs plus élégants que ceux du bois de Boulogne ou du parc Monceau. La référence reste Paris, et on doit l’égaler si ce n’est même la dépasser. L’argent est là, Buenos Aires en a les moyens, et va s’entourer de paysagistes, architectes, ingénieurs, botanistes, sculpteurs, artistes venant de toute l’Europe pour transformer cette petite ville de Buenos Aires, sale, étroite, comptant 400.000 habitants. L’objectif sera atteint puisqu’en 1915, la ville de Buenos Aires compte plus 1 million et demi d’habitants et devient la douzième ville la plus peuplée au monde.

Le premier souci de Charles Thays est de délimiter les nouveaux parcs de Palermo (on dit alors Parc du Tres de Febrero) et de sous diviser l’ensemble en petits jardins et parcs distinct. Dès son arrivée, il entreprend de travailler sur le secteur du Jardin Botanique (1892) qui sera inauguré en 1898. Il transforme d’ailleurs le chantier et le jardin en sa résidence permanente puisqu’il fait construire une maison (toujours existante) où il habitera avec sa famille entre 1892 et l’inauguration en 1898.  C’est l’époque ou il y plus d’une vingtaine de chantiers de parcs en création à travers la ville.  Toujours sous la conduite de Charles Thays les plus connus sont le Parque Centenario, Parque Rivadavia, Parque Lezama, Barrancas de Belgrano, mais aussi des places qui marquent les grands axes de nouvelle ville, comme la Plaza Congreso, Plaza de Mayo, Plaza Constitucion. On plante pour la première fois des arbres dans les rues, dans les nouvelles avenues, les jacarandas, les « tipas », les « chorisias » embaument les rues.  Il va faire planter plus de 150.000 arbres dans les rues de Buenos Aires. Pendant ce temps, le Parc 3 de Febrero prend forme, et ressemble de plus en plus au bois de Boulogne, avec lacs, canards, iles, allées et contre-allées, on y vient se promener en calèche les dimanches pour voir l’avancée des travaux, un hippodrome y est construit on se croit à Longchamp !

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Photo : La Plaza de Mayo avant (1896) et après les aménagements de Charles Thays.

nullCharles Thays crée dans toute l’Argentine et même en Uruguay :

Charles Thays est submergé de projets, il est difficile ici de faire une liste totale de tous les parcs, promenades, jardins, avenues, ou même villas jardins qu’il aura dessiné, supervisé, projeté (et réalisé même après sa mort).

Il touche aussi à l’urbanisme à Buenos Aires en dessinant des rues et des quartiers plantés d’arbres, comme le Barrio Parque en 1912 (Dans le quartier de Palermo), le Barrio Carrasco à Montevideo, le Barrio Chovet à Santa Fe.

Entre 1890 et 1900, toutes les municipalités des plus importantes villes d’Argentine et d’Uruguay font appel à lui.

Parque 9 de Julio à Tucuman (1898-1916)

Parque 20 de Febrero à Salta.

Parque Independencia à Rosario.

Parque General San Martin à Mendoza

Parque Urquiza à Paraná.

Boulevard Artigas à Montevideo

Parque Rodo à Montevideo

Parque Battle à Montevideo.

Boulevard Maritime de Mar del Plata.

 Difficile aussi d’énumérer tous les travaux pour des particuliers à travers le pays, estancias, jardins d’hôtels particuliers etc….

Et puis peut-être encore moins connu furent ses travaux sur la création d’un parc autour des chutes d’Iguazu dans les années 1910. Il n’y avait encore aucun Parc National dans le pays. Le parc d’Iguazu fut le premier à être créé et ouvert au public en 1934 (L’année de son décès).

nullTravailleur insatiable, passionné par Misiones et la Yerba Mate :

Charles Thays est décédé le 31 janvier 1934, âgé de 84 ans. C’est un créateur insatiable, travaillant énormément, amassant une collection botanique et une connaissance des végétaux sud américains sans précédant, créant lui-même une classification, dite « Thays ».

Il fut aussi l’un des botanistes à s’être penché sur le mate et plus précisément sur la germination des graines (en 1895), en mettant au point une méthodologie qui fut de suite appliquée à Misiones mais aussi au Paraguay.

 

Photo : Charles Thays à Iguazu.

A lire aussi dans le Petit Hergé :

- La Roseraie de Buenos Aires :

"...Tout progrès de la ville, nécessite des promenades et des parcs qui permettent d’exposer la culture et le bon goût, et il a été décidé de créer une Roseraie dans lequel on pourrait rencontrer et réunir la flore la plus belle et la plus variée collection de cette fleur… " Ce texte est extrait des mémoires des travaux entrepris par la Direction Générale des Espaces de la Ville de Buenos Aires en 1914...

- Le Jardin Botanique de Buenos Aires : Sous l’administration du maire porteño Seeber, on décide de créer un parc botanique dans la ville. On nomme alors un botaniste allemand, Schubeck, qui jusqu’alors avait la tache de mener à bien en Bavière la supervision des parc. Malheureusement pour lui, le changement d’air ne lui fut pas propice puisqu’il décéda peu de temps après. On du alors faire appel a un autre paysagiste et cette fois français : Charles Thays (1849-1934)...

- Le parc Centenario de Buenos Aires : Inauguré le 23 juillet 1910 à l’occasion des célébrations du centenaire de la Révolution de Mai, ce parc qui n’était initialement qu’un ensemble de places - comme on en trouve un peu partout dans la ville a été décidé par les autorités de la ville en 1909. C’est l’architecte et paysagiste français Charles Thays qui s’est occupé de la formation du parc, le même qui est à l’origine de l’arrangement de nombreux espaces verts à Buenos Aires...

- L'agriculture et les produits bios en Argentine : En France, la tendance du « bio » n’étonne plus personne. Cela fait déjà quelques années que les rayons des supermarchés se sont métamorphosés pour faire place à ces nouveaux produits plus sains, dont on peut connaître l’origine. En Argentine, la situation est bien différente. On pourrait croire que la déferlante des produits bio vient seulement de s’abattre sur le pays, or il n’en est rien. En termes de superficies, l’Argentine est le deuxième producteur  de produits issus de l’agriculture biologique derrière l’Australie...

Par Le Petit Hergé - Publié dans : 06 - Culture - Communauté : Argentine pour tous !
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