22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 14:08

Mise à jour : 22 septembre 2010. Article éctit par Martin Texier.

 

Hugo Moyano :

Hugo Moyano est (et sera) "LE" personnage important de la scène politique et sociale argentine de ces prochains mois. Il est à la fois le secrétaire général de la Confederación General del Trabajo (CGT), le plus important syndicat argentin, et président du Parti Justicialiste (PJ) de la province de Buenos Aires (le parti justicialiste est aussi celui des Kirchner).

 Moyano mène parallèlement deux (voire trois) activités : La première, il est représentant syndical, la deuxième la politique l’intéresse. Sa troisième activité étant celle d’un homme d’affaire, puisqu’en mêlant politique et syndicalisme, ça lui donne souvent une longueur d’avance sur ses concurrents.

Les parcours de Moyano :

 

Parcours syndical : il est délégué syndical à partir de 1962, pour le syndicat de routiers de Mar del Plata, puis continue sa carrière syndicale jusqu’à aujourd’hui. De 1987 à 2003, il est secrétaire général du syndicat de routiers pour la région de Buenos Aires, et conjointement à partir de 1997, pour le Mercosur. Enfin, il accède en 2004 au poste de secrétaire général de la CGT, poste qu’il occupe toujours.

Parcours politique : En 1983, au retour de la démocratie en Argentine à la suite de la dictature militaire, il devient Secrétaire Général du PJ de Mar del Plata. En 1987, il devient député du PJ pour la région de Buenos Aires. Enfin, il devient provisoirement le président du Part Justicialiste pour la région de Buenos Aires le 24 août 2010, suite à un problème de santé du président en fonction. Cette récente accession au poste, appuyée par Nestor Kirchner (président du parti) et Daniel Scioli (gouverneur de la province de Buenos Aires) relance les discussions sur la place de Moyano en ce moment.

 Parcours affairiste : En tant que secrétaire général de la CGT, Moyano a connu un certain succès qui est surtout dû aux nombreux remaniements qu’il a effectué : séparations des groupes qui le freinaient, alliance syndicales stratégiques… Parallèlement, Moyano s’est investi dans plusieurs activités qu’il a « récupérées » lors de son parcours syndical. Il siège dans plusieurs entreprises, de transports routiers notamment, mais aussi dans des compagnies d’assurance ou de construction, de textiles, dans la santé… souvent partiellement dirigées par des membres de sa famille, si ce n’est par lui-même.

Puissance controversée :

 

Pour Moyano, son activité syndicaliste et sa carrière politique sont indissociables. Pendant que son fils se met à la tête des jeunesses syndicalistes argentines, lui tente de regrouper les syndicats dans un mouvement péroniste afin de regrouper un maximum de syndicalisés au PJ (bientôt 33%). Et grâce à leur appui, et surtout grâce à son accession imprévue à la présidence du PJ pour la province de Buenos Aires, Moyano commence à « légitimer » certains de ses projets, comme la création d’un ministère du transport, ou sa candidature pour le poste de gouverneur de la province.
Ses activités économiques sont aussi très liées à son projet politique, et Moyano semble accumuler le pouvoir : grâce au syndicat et à ses entreprises, il acquiert une certaine puissance politique, dont il se sert inversement pour développer la puissance de son syndicat, et la richesse de ses entreprises. En 2009 par exemple, Moyano avait fait renégocier les contrats pour les basureros qui collectent les ordures de toute la ville de Cordoba, jusqu’à atteindre des sommes jamais vues et presque difficiles à tenir par le gouvernement cordobes. Or Moyano était lui-même lié à l’entreprise de collecte des déchets, à tel point que ses partisans comme ses détracteurs l’appelaient « l’entreprise de Moyano ».
L’influence de Moyano grandit au fil des années, et se sert de son syndicat pour se battre contre les entreprises concurrentes. Depuis la semaine dernière ont commencé des négociations entre la CGT et la UIA (Union Industrial Argentina, le patronat argentin), où Moyano exige la redistribution d’une part des bénéfices des entreprises aux travailleurs. Pour Mendez, le président la UIA, cette demande semble presque ridicule mais le met dans une situation délicate car la CGT a beaucoup de pouvoir. Depuis le début du débat, des politiciens sont déjà intervenus et le gouvernement de Kirchner a déclaré que « ce projet n’était pas celui du gouvernement ».

Rôle politique : Avec ou sans Kirchner

Cet exemple n’est qu’une « anecdote » parmi tous les sujets d’actualité auxquels est lié Moyano. Mais il reflète bien un problème important : celui du rapport entre Moyano et les Kirchner. Moyano a longtemps été un allié très important voire nécessaire au couple présidentiel, que ce soit par son appui et son influence auprès des syndicats, ou simplement parce que Moyano était la personne la plus susceptible de financer la campagne des Kirchner pour 2011. Aujourd’hui, leur relation est de plus en plus compliquée, car si les Kirchner et Moyano ont besoin l’un de l’autre, les Kirchner commencent à tenter de s’écarter de Moyano car il semble constituer plus une véritable menace qu’un allié désormais. Les signaux d’alertes pour Kirchner sont simples : désormais, Moyano peut exiger ce qu’il veut (avantages politique ou économique, comme des privatisations, etc.) du gouvernement car il a un pouvoir syndical incroyable. La Nacion titre cette semaine « Nestor Kirchner déclare la guerre à Moyano », car depuis la semaine dernière, Kirchner a pris annoncé des mesures visant à se détacher du pouvoir de Moyano – du moins de leur dépendance envers lui, tant financière que politique. Cette séparation que souhaite Nestor Kirchner est évidemment délicate et progressive car Kirchner a absolument besoin de Moyano. Etant les deux hommes les plus importants du PJ, Nestor Kirchner et Moyano sont aussi régulièrement en opposition sur des sujets internes au gouvernement de ville de Buenos Aires.

 

Héros ou truand ?

 

La participation financière de Moyano dans de nombreux grands groupes et tous les enjeux financiers personnels et familiaux ne sont plus un secret pour personne. Personne ne va nier son intéressement personnel dans ses activités syndicales ou politiques. Mais pour ses partisans, toujours plus nombreux, cela ne l’empêche pas d’être bon à la tête de la CGT et Moyano permet de défendre leurs droits. Même les débats sur les forums d’internet concernant les activités de Moyano sont très « agités » mais sont révélateurs. De nombreux syndiqués de la CGT viennent défendre Moyano et commentent : « Nous les syndiqués, nous avons un salaire deux fois plus élevé et une stabilité du travail inégalée, et nous sommes des millions, grâce à Moyano, pourquoi le critiquer ? » Pour ses partisans, Moyano est un vrai péroniste qui défend les travailleurs. Mais il est aussi arrivé que Moyano fasse des sacrifices au niveau syndical pour satisfaire ses propres intérêts, et les syndiqués qui ont subi les défaveurs de Moyano sont justement ceux que Nestor Kirchner tente de toucher aujourd’hui, également avec des slogans péronistes quasi révolutionnaires, afin d’avoir son propre appui dans le milieu syndical.
Si Moyano n’a pas clairement exprimé un désir d’aller plus haut en politique, il a cependant déclaré que « en continuant à rassembler les travailleurs, il pourrait réaliser leur rêve : avoir des unionistes au gouvernement ».

Bien que Moyano soit une personnalité plutôt appréciée des argentins et qu’il soit un personnage politique de premier plan, il n’en reste pas moins un homme d’affaires bénéficiant sans complexe de l’argent qu’il fait gagner à son syndicat, et il n’hésite pas à utiliser son pouvoir politique et « gremial »(syndicaliste). Moyano a « Le pouvoir » de malmener les entreprises qui lui feraient concurrence et peut forcer des alliances ou des séparations stratégiques industrielles. Lorsqu’il en use , il le fait pour lui et sa famille. La famille Moyano a une grande place dans toutes les activités du pays et ses gains augmentent proportionnellement aux salaires de ses syndiqués. Il peut ensuite réinvestir et augmenter son pouvoir politique. Aujourd’hui la famille Moyano pénètre les institutions… mais reste très populaire.

Photos : En haut Moyano et deux de ses fils. En bas, Aconra, entreprise dirigée par l'épouse d'Hugo Moyano.

Liens externes :

- Site web de la CGT argentine.

- Site du syndicat des camioneros argentins.

- Site du secretariat de la jeunesse peroniste.

A lire dans le Petit Hergé :

 

- Elections Brésil 2010.(Septembre 2010)

- Buquebus, lien entre l'Uruguay et l'Argentine.(Septembre 2010).

- Le mouvement ERP à Tucuman.(Septembre 2010).

- La guerre des cellulaires en Argentine.(Juillet 2010).

- Le cimetière Darwin. Un symbole des Malouines.(Octobre 2009).

- La saga de la grippe A en Argentine.(Juillet 2009).

- Le Décès de Raul Alfonsin.(Avril 2009).

- La ville de Mar del Plata.(Septembre 2008).

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Published by Le Petit Hergé - dans 03 - Actualité argentine
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commentaires

Martin 23/09/2010 17:37



Bonjour Paddy et Hergé. Paddy, Je suis d'accord avec votre commentaire mais aussi avec celui de Hergé, il est difficile d'être précis sur les agissements de Moyano - car si les renseignements
qu'on avait sur lui était précis à la base, alors il n'y aurait plus d’ambiguïté et le personnage serait rapidement cerné. Hors ce doute et cette ambiguïté autour de Moyano
font partie du personnage, et on essaye ici de rendre l'impression que dégage Moyano, que ce soit dans les discussions de café ou dans les grands journaux, il est difficile de s'appuyer sur du
concrets et nombreux sont les témoignages plus ou moins vrais sur Moyano. Il est au centre d'une controverse permanente et de nombreuses accusations...


C'est pendant la campagne des Kirchner en 2003 (ou Moyano et Kirchner étaient "alliés" contre Duhalde) que Moyano a le plus été accusé de "faire des sacrifices syndicaux pour ses intérêts
personnels" mais si on trouve des milliers d'articles à ce sujet, il est extrêmement difficile de se faire une idée précise. Je vous invite a vous renseigner à ce sujet et Hergé, peut-être une
idée d'article ? En tout cas je vous remercie aussi de votre remarque qui m'aidera a appuyer mes prochains articles sur du concret.



Paddy 22/09/2010 17:53



Pour le lecteur moyen que je suis, pas très « al día » sur l’actualité syndicale argentine, cet article laisse un tantinet perplexe. On sent bien chez l’auteur une certaine volonté de
mettre en relief l’image trouble du personnage, sans que cela s’étaie sur des données très précises. On reste dans le flou. Après lecture, on se dit que ce Moyano doit être un personnage peu
recommandable, mais on ne saurait trop dire pourquoi, puisque on nous le présente comme un syndicaliste efficace. On nous dit par exemple qu’il « bénéficie » de l’argent qu’il fait
gagner au syndicat (quel argent ? comment ?), mais on ne nous dit pas de quelle manière, ni dans quelle mesure cela profite « à sa famille ». Comment se traduit ce
népotisme ? Ou encore : « il est aussi arrivé que Moyano fasse des sacrifices au niveau syndical pour satisfaire ses propres intérêts », voilà une phrase qui aide
certainement à tirer les bonnes conclusions, mais qui laisse sur sa faim le lecteur un poil plus curieux, non ? C’est toujours le problème avec ces portraits express, qui donnent une
impression générale, une couleur, mais n’entrent pas dans les détails. Une sorte de « sfumato » journalistique, en quelque sorte. Résultat : soit on s’en tient à cette impression
générale, imprimée par l’auteur, favorable ou défavorable au personnage décrit, et on se retrouve à juger sans véritable élément, soit on se sent incapable de juger, et on n’est pas plus avancé
qu’avant la lecture de l’article. (Sauf qu’on est au moins capable d’attribuer une fonction et une place à Moyano dans le paysage politique et syndical argentin, ce qui n’est déjà pas si
mal !)




Le Petit Hergé 23/09/2010 16:31



Bonjour Paddy,


Je suis dans une certaine mesure d'accord avec toi, mais comment aussi reproduire au mieux dans un article de 1000 mots le caractere de Moyano, sa trajectoire et toutes les affaires
auxquelles il a été mélé depuis au moins 20 ans. Un article c'est forcemment réducteur (surtout sur un homme aussi sulfureux). Alors peut etre écrire un deuxieme article et reproduire a fond
"Une" affaire. Une sorte d'exemple actuel de sa vision du syndicalisme !En tout cas, merci pour ton intervention, ca permet souvent de me faire rectifier le tir !



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