Photo 2026 : Peugeot 504 Pick-Up, modèle Phase 2 produit en Argentine entre 1990 et 1999
Des chiffres qui font "Pof-Pof" !
Tenez-vous bien à vos sièges ! Les rapports sont formels : l’âge moyen des véhicules qui sillonnent le pays a encore grimpé. Nous voici désormais à une moyenne de 14,8 ans. C’est un peu comme si, au lieu de courir les cent mètres en baskets neuves, on demandait à nos braves citoyens de le faire en vieux sabots de bois !
Mais le plus incroyable, c’est le chiffre suivant : il y a aujourd'hui plus de 4,3 millions de voitures qui affichent fièrement plus de vingt ans au compteur (Et il y a en Argentine, un contrôle technique obligatoire depuis bien longtemps !) Vingt ans ! C’est l’âge de la majorité, l’âge où l’on devrait songer à une retraite paisible dans un garage bien chauffé. Au lieu de cela, ces infatigables montures continuent de porter le poids du quotidien, bravant les nids-de-poule et la chaleur étouffante.
Si dans CABA, les véhicules sont plus ou moins « récents », dès que vous sortez en banlieue ou pire aller vraiment à la « campagne » on peut se croire dans les années 1990 ou …1970.
Photo : BAIC BJ30
L’invasion des nouvelles marques : un mirage ?
On pourrait croire qu’avec l’arrivée en fanfare de nouvelles marques, notamment venues d’Orient avec des designs aussi tranchants que des lames de rasoir, le parc allait se refaire une jeunesse. Les vitrines des concessionnaires brillent de mille feux, exhibant des calandres chromées et des tableaux de bord dignes d’un cockpit de fusée lunaire.
Voilà qu'une armada de modèles aux noms aussi évocateurs que des titres de romans d'aventure débarque sur les quais du port de Buenos Aires. BYD, BAIC, Chery, Haval... Ce ne sont plus des noms exotiques que l'on prononce du bout des lèvres, mais des réalités qui s'installent dans le paysage urbain.
Une percée fulgurante !
Les chiffres donnent le tournis ! En ce début d'année 2026, les ventes de ces marques venues de l'Empire du Milieu ont tout simplement quadruplé par rapport à l'an dernier. Imaginez un peu : la Chine est désormais le troisième pays d'origine des voitures neuves en Argentine, juste derrière les géants historiques que sont le Brésil et la production nationale.
Le secret de cette réussite ? C'est une stratégie redoutable : des prix qui font de l'œil aux portefeuilles les plus timides et une technologie embarquée qui ferait passer une voiture européenne pour un chariot de mine. Des SUV comme le BAIC BJ30 ou le Haval H6 se vendent comme des petits pains, offrant luxe et confort à ceux qui pensaient devoir rouler éternellement dans le vieux tacot de leur grand-oncle.
Pourtant, malgré ce défilé de nouveautés, la réalité de la rue est tout autre. C’est un paradoxe digne des plus grandes énigmes. On vend des voitures neuves, certes (les immatriculations ont fait un bond de près de 50% en 2025 !), mais les vieilles dames, elles, refusent de quitter la scène. Elles s’accrochent à l’asphalte comme un capitaine à son navire en pleine tempête.
Photo : Taller de los hermanos Gómez dans la localité de Tres de Febrero (Prov. de Buenos Aires).
Pourquoi ce surplace mécanique ?
Mais pourquoi donc, me demanderez-vous, le peuple argentin ne se précipite-t-il pas pour troquer ses vieux modèles contre ces merveilles de technologie ? La réponse est aussi complexe qu’un moteur à explosion en pleine panne.
D’un côté, il y a le coût, ce nerf de la guerre qui fait trembler les portefeuilles. Acheter un véhicule neuf en 2026 reste un défi pour beaucoup. De l’autre, il y a cette culture de la réparation, ce génie argentin capable de faire repartir un moteur avec un bout de fil de fer et beaucoup d’optimisme. On ne jette pas, on répare ! On ne remplace pas, on ajuste ! C'est admirable, mais cela finit par peser sur la moyenne d'âge nationale.
Et puis, n’oublions pas la composition de ce parc. La majorité des véhicules (plus de 63%) boit de l’essence comme on boit du maté. Le diesel suit de près, et le GNC (le gaz naturel) garde ses fidèles. Quant aux voitures électriques et hybrides ? Elles sont encore aussi rares qu’une Rolls à Bobigny : à peine 0,4% pour les hybrides et un minuscule 0,02% pour les électriques purs. On est encore loin de la révolution silencieuse !

Photos prises en 2025 : VW Gol GTI 2000 (1991-1994). R12 modèle (1978-1983). Mercedes 190 E (Série W201) (1988-1993)
Un défi de taille pour l’avenir
C’est un véritable casse-tête chinois (sans mauvais jeu de mots pour nos nouveaux amis constructeurs) pour les autorités. Pour que le parc retrouve une seconde jeunesse, il faudrait remplacer ces fameux 4,3 millions de véhicules anciens. Une montagne de ferraille à renouveler !
Car, ne nous y trompons pas : si ces voitures ont un charme indéniable et rappellent les belles heures du passé, elles consomment plus, polluent davantage et ne possèdent pas les gadgets de sécurité qui sauvent des vies. Rouler dans une voiture de 2005 en 2026, c’est un peu comme utiliser un télégraphe à l’heure de l’internet par satellite.
Photo 2026 : Peugeot 505 SRI Phase 2 (1986-1995)
Le mot de la fin
Alors, que faut-il en conclure ? Que l’Argentine est un pays de nostalgiques ? Peut-être. Que l’économie dicte sa loi d’airain ? Très certainement. Mais une chose est sûre : tant que l'on verra ces silhouettes familières, ces modèles que l’on croyait disparus, hanter les avenues de Buenos Aires, le pays gardera ce parfum d’aventure et de résistance au temps qui passe.
En attendant, amis touristes, si vous croisez une de ces vaillantes mécaniques, ôtez votre chapeau ! Elles ont du mérite. Et si vous avez la chance de monter à bord, attachez votre ceinture (si elle fonctionne !) et profitez du voyage. Car après tout, comme on dit chez nous : l’important n’est pas la destination, mais le voyage... même s'il se fait dans une voiture qui a plus de kilomètres au compteur que j'en ai parcouru autour du globe !