29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 13:13

Mise à jour : 29 avril 2011. Article écrit par Martin Texier.

Cultes religieux argentins et béatification :

L’Argentine est un pays très catholique - 88% des Argentins sont baptisés catholiques romains, un peu plus de 70% se considèrent eux-mêmes comme catholiques et environ le quart de la population sont des pratiquants réguliers. Comme dans presque tous les pays d’Amérique Latine, l’Eglise catholique y a développé de fortes croyances, avec certains cultes locaux - notamment autour d’apparitions mariales ou des signes, comme la Vierge de Lujan près de Buenos Aires, la Vierge d’Itati à Corrientes la Vierge del Valle à Catamarca.

Parmi les cultes religieux propres à l’Argentine – ou plutôt les personnages qui ont occasionné une importante dévotion, ne créant pas de religion particulière, on peut citer les plus connus en dehors de ceux qui sont consacrés à la vierge : le culte à la Difunta Correa, à Gauchito Gil et à Ceferino Namuncura (parmi tant d’autres). Ces derniers ne sont absolument pas reconnus par l’Eglise.

 Photo : Le pélerinage le plus important de l'année, celui de Lujan. Un article sur la Ville de Lujan. (Avril 2009).

La Difunta Correa :

La Difunta Correa est vénérée surtout en Argentine et au Chili. En 1840, le mari de Deolinda Correa est engagé de force pendant la guerre civile en Argentine. Correa décide de suivre le bataillon de son mari avec son fils qu’elle allaite, mais une fois arrivée dans la province de San Juan, Correa s’épuise et meurt de malnutrition et de déshydratation. Un groupe de soldat trouva son corps sur la route quelques jours après sa mort, et son enfant encore vivant continuait de s’allaiter sur son sein. Les soldats enterrèrent la mère et firent connaître l’histoire qui, vue comme un miracle, mena à la construction de plusieurs sanctuaires prêt du lieu de sa mort et de son enterrement, à Vallecito. Jusqu’à un million de personnes font un pèlerinage chaque année  vers son sanctuaire dans l’espoir d’un miracle, en lui faisant des offrandes et des prières, notamment en apportant de l’eau pour étancher sa soif.

Photo : Le long des routes argentines, des milliers d'autels où chacun apporte sa bouteille d'eau en offrande.

Le Gauchito Gill :

Un autre personnage important et sujet d’une grande dévotion que vous avez sûrement remarqué lors d’un passage en Argentine, c’est Gauchito Gil. Il est représenté avec les cheveux longs et bruns, une moustache, vêtu de blanc et de rouge. On trouve partout statuettes, images et peintures le représentant, et on le voit souvent dans les petits commerces argentins, à Buenos Aires mais surtout dans toutes les provinces du nord de l’Argentine.  La dévotion pour Gauchito Antonio Gil est sensée apporter la fortune. On trouve aussi souvent sur la route ou à l’entrée des villes et villages en Argentine des petites cabanes ou huttes rouges, entourées de drapeaux rouges, qui sont les lieux de dévotion pour Gauchito Gil. Il est le « Robin des Bois » argentin. Gaucho qui s’est engagé durant la guerre de la Triple alliance, a fini par déserter mais fut capturé. D’après la légende, juste avant d’être exécuté, il aurait dit à son bourreau de prier en son nom (Gauchito Gil) pour sauver son fils qui serait bientôt mourant. C’est ce qui fit le bourreau, qui revint donner une sépulture à Antonio Gil, qui fut agrandit et transformé en un sanctuaire et lieu de pèlerinage attirant des centaines de milliers de pèlerins annuellement. Avec la vierge de Luján, c’est sans doute le personnage  religieux le plus représenté en Argentine.

Photo : le gauchito Gil, le saint du monde rural.

Vidéo : (2010) Chansons à la gloire du Gauchito Gil. Photos du sanctuaire du Gauchito Gil de Mercedes (Prov. Corrientes).

Les « serviteurs » de Dieu :

Bien que ces deux personnages soient des figures importantes de la dévotion argentine, ils ne sont pas en voie de béatification. Pourtant, de nombreux Argentins sont déjà serviteurs de Dieu puisque des procès en béatification ont été ouverts depuis plus ou moins longtemps. Parmi eux figure des personnages de différentes époques et de différents milieux : des entrepreneurs, un médecin, une petite fille, des religieux… au total, 44 personnes de nationalité argentine sont candidats pour devenir saints. Parmi ces 44 figurent 20 moines et nonnes, et 13 prêtres. Pour l’instant, seulement un Argentin a été canonisé.
Six sont béatifiés, et sont donc les argentins les plus proches de devenir saints, donc objets d’un culte universel. Parmi eux figurent trois religieuses, une petite fille et surtout le médecin Artemides Zatti, qui né en Italie en 1880 et mort en 1951 en Argentine,  a consacré sa vie à l’attention de ses malades. Il se déplaçait à vélo pour soigner les malades des villages argentins, tout en portant un message religieux jusqu’à sa mort – il a été béatifié en 2002.
Le plus connu d’entre eux, reste tout de même l’aborigène Ceferino Namuncurá.

Céferino Namuncurá :

Ceferino Namuncurá fait véritablement l’objet d’un culte en Argentine. Mort à l’âge de 19 ans de tuberculose alors qu’il se préparait à devenir  moine, il a été une grande figure de l’évangélisation des aborigènes argentins, et en particulier en Patagonie. Ce n’est qu’après sa mort en 1905 qu’on lui reconnait des milliers de curations. En réalité pour l’Etat Argentin tout comme pour l’Eglise, on a utilisé politiquement le fait que Ceferino fut mapuche pour qu’il devienne un exemple de la tolérance et de l’acceptation de la pacification entre « indiens » et « blancs ».

Photo : Les peuples indigènes ont leur saint.

Cecilia Perrin :

D’autres procès en béatification sont ouverts. On peut notée parmi elles Cecilia Perrin, une mère fervente catholique qui a refusé un avortement « thérapeutique » proposé par les médecins (l’avortement est interdit en Argentine) et a préféré donner la vie à son fils en se sachant alors condamnée. Elle est morte en 1985. L’Eglise Argentine s’est empressée d’ouvrir un procès en canonisation. En moins de 20 ans en 2005, le Saint Siège a accepté de lui conférer déjà le titre de « Servante de Dieu ».

Fer de lance des campagnes anti avortement en Argentine, un groupe nommé « Grupo Cecilia Perrín » a été monté pour diffuser les dangers de l’avortement, et organise des réunions où des enfants « survivants de l’avortement » racontent leur joie de vivre.

Cecila Perrín ou Ceferino Namuncará, on ne devient pas par hasard « béatifié », surtout si l’Eglise en tire un avantage quelconque.

 

Photo : Cecila Perrín, devenue "matériel" de publication.

Processus de canonisation :

Comme partout, le processus de canonisation est long est complexe. Il faut d’abord qu’un évêque représentant de la paroisse ou est mort le candidat accepte puis défende l’ouverture du procès en béatification, avec autorisation du Vatican. Si l’église reconnait ses mérites, le procès est ouvert et le candidat est serviteur de Dieu. Parmi les 44 argentins candidats, 30 sont serviteurs de Dieu. A partir de cette reconnaissance débute une longue étude de la vie du candidat par les autorités religieuses. Après cette étude qui dure en général plusieurs dizaines d’années, si l’église reconnait une vie exceptionnellement vertueuse au sens catholique, le serviteur peut-être déclaré vénérable. Actuellement huit argentins sont considérés comme vénérables. Les plus connus d’entre eux étant : la mère Camila Rolon, qui a œuvré pour la protection des plus pauvres, d’abord à Buenos Aires puis en créant 29 centre d’aide sociale et religieuse à travers l’Argentine, puis en Uruguay et même en Europe ; l’autre Mamerto Esquiu, évêque argentin du XIXème siècle qui a eu un rôle important dans la création de la constitution argentine.

Enfin, si l’église reconnait que le vénérable a été le sujet d’un miracle de Dieu, le vénérable est béatifié. Pour être enfin canonisé et reconnu comme saint, il faut que l’église reconnaisse au moins un deuxième miracle, ou que le vénérable soit mort en martyr. Aucun des six argentins qui sont béatifiés ne semble prêt à devenir un saint : pour l’instant, aucun fait ne pourrait éventuellement être considéré comme un deuxième miracle pour ses six personnes.

Photo : Le cardinal italien Angelo Amato est aussi le préfet de la "congrégation pour les causes des saints"(en latin : Congregatio de Causis Sanctorum) qui est chargée d'instruire les cas potentiels de béatification.

Un seul saint argentin :

Les Argentins vénèrent plusieurs saints patrons, même si le culte principal est celui de la vierge. Parmi eux, seulement un est argentin, il s’agit d'Héctor Valdivielso Sáez. Celui-ci fait partie des neufs religieux que l’on appelle les Saints Martyrs de Turon, mort de persécutions religieuses pendant la révolution asturienne en Espagne en 1934, période de la guerre civile espagnole. Il était le seul religieux non espagnol parmi les neufs martyrs de Turon.

Photo : Le seul saint argentin a le droit de figurer sur un timbre argentin, l'année de sa béatification en 1999. Une fierté nationale !

A lire dans le Petit Hergé :

 

- Eglise de San Ignacio de Loyola à Buenos Aires.(Avril 2011).

- Les estancias jésuites de Córdoba.(Avril 2006).

- La ville d'Alta Gracia (Prov. Córdoba).(Avril 2006).

- La ville de Córdoba.(Avril 2006).

- La ville de San Salvador de Jujuy.(Juin 2010).

- Buenos Aires en 1750.(Mai 2009).

- Le métissage de Buenos Aires pendant l'époque coloniale.(Mai 2009).

- Le Vice Royaume de la Plata en 1809. (Mai 2009).

 

Photo : Autre culte non reconnu par l'Eglise, San La Muerte, près de Mercedes dans la province de Corrientes.

 

 

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lerma 07/05/2011 00:20



C'est vrai que c'est un pays dit "catho" mais rien a voir avec les problèmes d'identité culturel comme la France connait actuellement avec une religion qui n'a aucune base historitique en
Europe,d'ou les problèmes d'intégration de certains flux migratoires économiques qui ne viennent pas pour s'intégrer 


 


 



raymar 30/04/2011 11:23



Lors de ma visite à Vallecito, on m'a raconté une histoire un peu différente de la votre: le mari de Deolinda Correa aurait été tué et elle se serait enfui de San Juan . Un berger qui cherchait
son troupeau la trouva morte de soif dans ce désert mais son bébé en train de téter sa mère était bien vivant. Il cria tout de suite au miracle et pria la jeune femme pour qu'elle lui permette de
retrouver son troupeau en lui promettant de construire une chapelle à cet endroit. Comme il retrouva ses brebis, il tint sa promesse.


Je pense qu'il y a encore d'autres versions.


Cet endroit est incroyable. Il y a des tas de chapelles avec des amoncellements d'objets divers : la chapelle des sportifs, celle des policiers, des novios, des enfants,.... On imagine mal qu' 1
million de personnes puissent venir dans ce village où se trouvent une dizaine de maisons.


En m'arrêtant dans différentes chapelles sur le bord de la route, j'ai été émue par le fanatisme de ce peuple qui est capable de vivre sa foi catholique, de vénérer des "saints laïques", ainsi
que la Pachamama.


Par contre, lors d'un second voyage j'ai été frappée par la présence de plus en plus importante des Evangélistes.


Merci pour vos articles



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