1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 20:07

Mise à jour : 16 juillet 2010 / 1 juin 2008.

En 2007, presque un million d’enfants ont eu faim en Argentine.

D’après une étude de la UCA (Universidad Catolica Argentina), 9% des moins de 17 ans qui vivent en zone urbaine ont souffert pendant l’année 2007 de « risque alimentaire », soit le double de ce qui avait été calculé en 2006.

Tout le monde le sait, puisque Cristina Kirchner l’a dit : “Le journal Clarín ment”, pourtant ce matin un excellent article dans ce canard sur le sujet, signé Claudio Savoia. Je n'en suis inspiré pour écrire ce qui suit.

Et pourtant Péron était péroniste !
Le général Perón l’a dit, et c’était un des fers de lance de la bataille menée par le péronisme à cette époque : “les seuls et uniques privilégiés sont les enfants !”

Il ne fallait pas non plus être péroniste pour être d’accord avec cette idée. Il faudrait peut être alors récupérer un peu de mémoire et passer à l’action !

En effet, d'après une étude ménée par la UCA à laquelle ont participé de nombreux travailleurs sociaux, les problèmes de la faim chez les enfants ont doublé en un an, et la moitié des enfants en Argentine vivent dans des familles qui ont du acheter moins de produits alimentaires qu'en 2006 pour des raisons économiques.

Tous sont d'accord pour constater que la crise de 2002 est bien loin, mais les effets sociaux de la récupération économique commencent à s'inverser. Autre nouvelle : La faim touche essentiellement les classes populaires les plus pauvres mais aussi maintenant certains secteurs de la classe moyenne.

Il y a deux semaines l'évêque Jorge Casaretto a tiré la sonette d'alarme lorsqu'il a dit que les paroisses réclamaient plus d'aliments qu'avant et que la pauvreté augmentait. Cristina Kirchner et l'INDEC se sont empressés de démentir. Pourtant la UCA, depuis 2004, travaille sur des enquêtes faites sur 2.500 foyers dans les principaux centres urbains du pays.

 

Les résultats sont là :

- En 2004 : 22,1% des enfants avaient des problèmes de nutrition.

- En 2005 : Le chiffre tombe à 11,9% (Donc nette amélioration due en partie à la récupération économique du pays).

- En 2006 : Descente jusqu'à 4,6% (Résultat excellent dans une Argentine qui relève la tête).

- En 2007 : Nouvelle aggravation 9% (Due à l'augmentation des prix alors que les salaires ne suivent pas).

On dénombre ainsi approximativement 987.000 enfants avec des problèmes de nutrition en Argentine. Curieusement ce n'est pas la banlieue de Buenos Aires qui est la plus touchée mais les banlieue de villes moyennes comme celles de Rosario ou de Córdoba.

Un autre chiffre révèle aussi que 44% des enfants vivent dans des familles qui ont du restreindre leurs achats alimentaires. Ce pourcentage monte à 60% dans les familles pauvres. Dans la classe moyenne ce chiffre est de 30% et reste même de 21% dans la classe moyenne supérieure.

On peut dire que cette "nouvelle crise" n'affecte pas uniquement les pauvres mais aussi l'ensemble de la classe moyenne.

 

Photo : Famille dans le Chaco Argentin en 2007.

D'après Caritas :

Autre source qui alerte l’accroissement de la demande d’aliments sont les foyers et les « comedores » gérés par Caritas. Cette association gère en Argentine 4.000 « restos communautaires » qui distribuent de l’aide à 600.000 argentins à travers le pays.

Gabriel Castelli, directeur régional de Caritas, déclare en epsant chaque mot de sa phrase :

"L’Etat dispose suffisamment de recours pour pouvoir apporter une assistance alimentaire aux foyers qui en ont besoin”…

donc… on en conclura ce que l’on veut !

Quand les statistiques officielles (INDEC) ont commencé à devenir "opaques" il y a un an et demi, l'accroissement des demandes alimentaires avaient déjà été relevé par les volontaires de Caritas.

Cette même association en partenariat avec l'Ecole Vétérinaire de l'UBA ont lancé à cette même époque un plan pour construire "la carte de la faim en Argenitne". Ils ont déjà relevé 470 points où se battent 71.000 personnes pour pouvoir manger tous les jours. L'immense majorité est constituée d'enfants, mais derrière il y a aussi 330.000 familles (2.000.000 de personnes) qui ont chroniquement des difficultés à s'alimenter.

1 argentin sur 5 ne peut pas payer ce qu’il mange !

 Photo : La pauvreté dans la banlieue de Rosario.

Une amélioration tout de même au sujet de la mortalité infantile :

En 2003, 12 enfants de moins de 5 ans mouraient de fain chaque jour ne Argentine. L'année dernière (2007) d'après l'UNICEF, le chiffre est tombé à 8 par jour.

Juan Carr (Directeur de l'Association Red Solidaria) déclare : "La majorité des enfants qui sont morts sont de familles nombreuses et souvent de mères adolescentes qui ne sont jamais allées à l'école. 70% des décès de ses enfants se sont situés dans les villas miserias des banlieues des grandes villes."

Carte : Taux de mortalité infantile en Argentine entre 1999 et 2002. Une manière aussi de savoir où géographiquement se trouvent les plus pauvres dans le pays. Plus c'est rouge et sombre, plus le paysage social devient difficile. Cliquez pour agrandir.

Le système de la belle soeur :

Bien que le gouvernement national, les provinces et les municipalités tissent un réseau dense d’aides sociales en tout genre sans lesquelles la situation serait bien pire, le Ministère du Développement Social (conduit par Alicia Kirchner, la soeur de Nestor et la belle soeur de Cristina) maintenait le “Plan Nacional de Seguridad Alimentaria,” dirigé aux familles en situation de "vulnerabilidad nutricional". (Plan pour 1.316.480 familles exactement selon le site du ministère). Ce plan a été modifié et remplacé par la remise d'une acrte aux bénéficiaires pour qu'ils puissent eux même choisir leurs aliments.

Toujours d'après le site du Ministère de Développement Social, l'Argentine a une "Comisión Nacional de Alimentación y Nutrición" qui a pour but "d'élaborer un plan stratégique" (dans le texte) pour permettre la "possibilité d'accès à la population vulnérable à une alimentation adéquate, suffisante et en accord avec les coutume de chaque région du pays" (Fin du texte).

C'est un beau programme, pourtant d'après l'étude de la UCA, la moitié des enfants "vulnérables" ne reçoivent aucune assistance alimentaire de l'Etat.

Photo : Alicia Kirchner, "la belle soeur de la femme du mari de la présidente de la république", ou si vous voulez, la soeur de celui qui fait semblant de ne plus être président.

 

Un curieux plan : 

Entre 2003 et 2007, le gouvernement a investi dans le “Plan de Seguridad Alimentaria”, 3 milliards de ARS (soit 600 millions d’EUR. actuels), pour cette année 2008, on attend 809 millions d’ARS (161 millions d’EUR.). Quand on laisse la théorie de coté pour regarder l'aspect pratique, on remarque que durant les 5 premiers mois de 2008, seuls 22% de cette somme ont été versés. De quoi s'étonner !

Pour ce qui est de la distribution géographique de l’argent, elle en est aussi curieuse. Tout d’abord Capital Fédéral (qui est sans doute, la zone la moins pauvre de toute la république, et qui compte le moins de villa miseria), elle a reçu a elle seule plus de la moitié de l’argent déjà versé ! (91 millions d’ARS), alors que la très pauvre province de Jujuy n’a reçu que 294.000 ARS (59.000 EUR en 5 mois !!!). Quant à Corrientes qui est une des provinces les plus pauvres (pour ne pas dire la plus pauvre)… vous savez ce qu’elle a reçu en 5 mois du gouvernement national ? : 0 ARS.

On ne peux pas faire mieux ! Sans être péroniste, je pense qu'Evita doit se retourner en ce moment dans sa tombe !

Photo : Vendeur ambulant dans le Chaco en 2007.

L'arme de la faim :

Le journal Clarín a demandé comment s'administrait ce "Plan". Jusqu'à présent la ministre Alicia Kirchner n'a autorisé aucun de ses collaborateurs à répondre aux questions !

 

Pour en revenir aux rétentions sur le soja, le gouvernement déclare que c'est pour redistribuer les richesses aux plus nécessiteux. En fait on assiste sans cesse à la même manoeuvre, qui consiste à taxer les provinces (d'une manière ou une autre) pour centraliser l'argent récupéré par la Nation. Ensuite le Gouvernement Fédéral peux mettre à genoux les gouverneurs des provinces. Si ceux ci veulent des subventions ou même "nourrir leurs pauvres", ils devront se soumettre aux humeurs et à la bienveillance du pouvoir national en place. En un mot, si tu n'es pas copain avec Cristina Kirchner, tu peux creuver dans la province !

Dessin : "Quelles sont les causes exactes de la faim ?" - "Rien à manger !"

Liens externes :

- Article en espagnol du Clarín : Une danse de cuillères qui raye les assiettes et le futur.(juin 2008)
- Site web de Caritas Argentine.
- Site web de
Rutas Solidarias.
- Site web de la
Faculté des Sciences Vétérinaires de la UBA.
- Site web de l'agence de nouvelles
Pelota de Trapo.
- Site web du
Movimiento Nacional de los chicos del Pueblo.

A lire dans le Petit Hergé :

- Le sentiment d'insécurité en Argentine. (Juillet 2010).

- Inflation durant le premier semestre 2010. (Juillet 2010).

- Bilan des fêtes du 25 mai 2010. (Mai 2010).

- Décès de Sandro. (Janvier 2010).

- Les vols de la mort pendant la dictature argentine. (Octobre 2009).

- Le système de santé en Argentine. (Septembre 2009).

- Le Cordobazo de 1969. (Mai 2009).

- Les obsèques de Raúl Alfonsin. (Avril 2009).



Photo : L'Argentine en 2006, dans le NEA. (Nord Est Argentin).

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Published by Le Petit Hergé - dans 03 - Actualité argentine
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commentaires

Paddy 02/06/2008 10:49

Ce problème n’est hélas pas nouveau, ni en Argentine, ni en Amérique du sud, ni ailleurs dans le monde. Partout, les gouvernants font preuve, au mieux, d’une cécité affligeante, car déconnectés du réel, au pire, d’un cynisme écoeurant quand ils en jouent pour maintenir leurs populations sous le joug, comme c’est le cas notamment en Afrique. Et pas d’illusion à se faire quant à un changement de gouvernement, ou même une révolution. On se contente alors de passer de la cécité au cynisme, ou du cynisme à la cécité. L’actualité vient cruellement illustrer ce principe : aujourd’hui, les produits alimentaires font l’objet d’une intense spéculation de la part des boursicoteurs du monde entier. On spécule sur la faim, en quelque sorte. Un jour sans pain pour une dizaine d’Haïtiens, par exemple, c’est un repas au restau de luxe de plus pour un actionnaire américain qui a eu les moyens de bien placer son fric. Je schématise à peine. On en est là. Rajoutons à cela les politiques agricoles, imposées aux pays les plus faibles par des instances supranationales genre FMI, OMC, etc.… « Faites du soja, c’est plus rentable, vous importerez vos choux et vos patates. » Quelques années plus tard, il n’y a plus qu’à constater les dégâts : chômage agricole (exode rural, bidonvilles, etc.…), culture vivrières devenues inaccessibles aux bourses modestes, car produites et achetées ailleurs, et donc objet de spéculations, mainmise de la production locale par de grands groupes industriels, corruption à grande échelle, instrumentalisation des différents groupes sociaux au profit des intérêts politiques et économiques (toujours intimement liés) de quelques uns. Quelles raisons d’être (un tout petit peu) optimiste ?

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