19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 20:00

Mise à jour : 19 juillet 2011.

El Adelantado : Une idée de la Reconquista applicable aux Amériques.

Un adelantado (En français “Un avancé”, celui qui part et arrive en premier) est le terme utilisé en Espagne à la fin de la Reconquista pour désigné une sorte de fonctionnaire qui avait pour charge à partir de la deuxième moitié du XIIIème siècle de gérer et d’administrer au nom du Roi les terres nouvellement acquises sur les maures. Cette charge fut peu à peu amplifiée en lui conférant des compétences militaires. Au XVème siècle, le titre devenait plus qu’honorifique. A la fin du XVème siècle, avec la conquête de l’archipel des Canaries « el Adelantado » retrouve son statut militaire et désigne celui qui au nom de roi d’Espagne peut s’emparer de nouveaux territoires en finançant en partie lui-même la campagne mais en pouvant tirer économiquement profit par la suite d’une partie des richesses découvertes (Terres, esclaves, bétails, mines).

La campagne du premier Adelantado « moderne », Alonso Fernández de Lugo, lors de la conquête des Canaries commence en 1493 et prendra fin en 1496.

Devant le succès du nouveau « concept » de faire financer en partie les découvertes par des privés, la couronne espagnole utilisera la même méthode pour conquérir les Indes Occidentales, et les premiers « Adelantados » s’élancèrent vers le nouveau monde. Pour des raisons pratiques La couronne espagnole confère aux Adelantados américains des droits amplifiés aux questions judiciaires. Le titre est aussi héréditaire.

Le roi d’Espagne put ainsi à peu de frais pendant tout le XVIème siècle s’emparer de toute l’Amérique.

1534 : Adelantamiento del Rio de la Plata :

 

Si Christophe Colomb part lors de son premier voyage en 1492 avec le titre d’amiral et de vice roi et de gouverneur de toutes les terres qu’il allait découvrir, c’est son frère Bartolomé Colomb qui en 1494 l’y rejoint et peut être considéré comme le premier Adelantado en territoire américain sur l’ile "La Española" (Actuelle Saint Domingue). Il y restera jusqu’en 1500. Les expéditions restent tout de même à la charge de la couronne de Castille.

L’Adelantado règne sur ce qu’on appelle en espagnol un « Adelantamiento”. Le premier créé fut donc « l’ Adelantamiento de las Indias » en 1492, qui regroupent toutes les découvertes de Christophe Colomb au cours de ses 4 voyages (Saint Domingue, Cuba, Bahamas, Guadeloupe, Petites Antilles, Bahamas)

Entre 1492 et 1580 c’est plus d’une vingtaine d’Adelantamientos qui seront créés et gérés par autant d’Adelantados.

Celui qui nous concerne le plus est l’Adelantamiento del Rio de la Plata créé en 1534 et géré par l’Adelantado Pedro de Mendoza.

Pedro de Mendoza, Chevalier et pillard :

 

Pedro de Mendoza est né en 1487 dans la ville de Gadix (province de Granada - Espagne). Fils d’un très riche commerçant provenant d’une famille aristocratique. Il entre très jeune à la cour de Carlos I comme page, et la renommée de sa famille lui permet d’entrer directement au service du Roi. On entrait généralement au service d’un noble comme page à l’âge de 7 ans, on devenait  ensuite écuyer à 14 et enfin chevalier à 21.

Il faudra attendre l’âge de 37 ans pour qu’en 1524 il devienne Chevalier de l’Ordre d’Alcantara puis de Santiago. Il participa ensuite en 1527 aux guerres en Italie menées contre les français par les troupes espagnoles. Et participa à la mise à sac de Rome le 6 mai 1527 où des mauvaises langues diront qu’il amplifiera sa fortune lors de cet événement.

 

Un poème fut d'ailleurs écrit par Martin del Barco (en 1602) :

" A Don Carlos pedía la Argentina

“Provincia, pretendiendo su memoria

“Levantar en conquista de paganos

“Con dinero robado entre Romanos

1534 : Pedro de Mendoza, Adelantado et préparation de son expédition :

Sa participation à la mise à sac de Rome a facilité certainement le financement de son expédition en Atlantique sud qu’il propose en 1534 au roi Carlos I. Le 21 mai 1534, il reçoit donc de son souverain son consentement et le titre d’Adelantado.

Pedro de Mendoza finance ainsi la constitution de sa flottille, de son armement ainsi que de ses équipages.

Il est reçoit ainsi officiellement par décision du Roi (on dit en espagnol par « Capitulacion ») les titres de Adelantado, « gobernador » et « capitán general » de tous les territoires à conquérir entre les latitudes 25º et 36º. (De l’embouchure du Rio de la Plata jusqu’aux alentours sud de Sao Paulo). Il a de plus le droit de garder à titre personnel 50% de toutes les richesses « confisquées aux natifs » et même 90% de tous ceux qu’il aura jugé et emprisonné.

1534 : Ce que Pedro de Mendoza pouvait connaitre avant de partir :

 En 1534, on connaît très peu de chose des côtes de l’Amérique du Sud et encore moins de l’intérieur du continent. Pedro de Mendoza doit connaître les deux principales expéditions antérieures qui ont déjà eu lieu sur le Rio de la Plata :

Celle de 1516 sous le commandement de Juan Díaz de Solís, qui entra dans le Rio de la Plata, posa même pied sur l’Ile Martin Garcia (aujourd’hui argentine) et qui se termina même très mal, puisqu’après avoir débarqué lui-même avec quelques hommes proche de Punta Gorda (aujourd’hui en Uruguay), Solis et cinquante de ses hommes furent attaqués et massacrés sous une pluie de flèches par les chandules (de la famille des guaranies). Les autres espagnols restés sur le navire ne purent rien faire et témoignèrent de la fin tragique de Solis. Les chandules se livrèrent alors à des scènes de cannibalisme, le seul survivant de ceux qui débarquèrent fut un jeune mousse Francisco del Puerto. Le reste de l’équipage sans vouloir lui venir en aide reprit de suite la direction de l’Espagne. Quant à Francisco del Puerto, il vécu 10 ans avec les indiens, s’adaptant totalement à sa nouvelle vie.

L’autre expédition est celle de Sebastian Caboto (vénitien mais armé par le Roi d’Espagne) en 1527 (4 navires, et 200 hommes). On retrouve Francisco del Puerto qui raconte son aventure au sein des chandules et raconte à Caboto qu’au plus profond du pays existe des richesses fabuleuses d’argent. Caboto fonde le premier fort sur le Rio de la Plata, le fort San Lazaro près de l’actuelle ville Uruguayenne de Carmelo ou il laissera une douzaine d’homme pendant 3 ans. Caboto fonde aussi un second fort en 1527 bien plus au nord sur le rio Paraná, le fort de Sancti Spiritu à 60 km au nord de Rosario. En 1529, Sancti Spiritu est attaqué par les indiens et Caboto se replie. En 1530, Caboto évacue à son tour le fort San Lazaro et rentre en Espagne. Il n’y a plus alors un seul espagnol dans toute la région. Quant à Francisco del Puerto, il accompagna comme interprète Caboto à Sancti Spiritu en 1527 lors de sa fondation et ensuite à partir de 1529 on perd sa trace et la légende dit qu’il ne rentra jamais en Espagne, restant et s’intégrant de nouveau à une tribut indienne.

Il est certain que Pedro de Mendoza alléché par l’odeur de richesses gigantesque d’argent comme l’a relaté l’équipage de Caboto à son retour en Espagne en août 1530, ne tarda pas longtemps à demander à Carlos I de lui permettre d’organiser une nouvelle expédition au pays de la Plata !

Photos :  La mort de Solis en 1516 et le massacre de Sancti Spiritu en 1529 par les indiens.

1534 : Connaissance en Cartographie du Rio de la Plata

Pour ce qui est de la cartographie de la région. D’énorme progrès ont été fait en 20 ans entre 1520 et 1540 pour dessiner les contours de l’Amérique du Sud, mais encore rien de fait pour l’intérieur du continent. En 1534 : Les deux meilleurs cartographes de l’époque sont :

-          Le portugais Diego Ribero (mort en 1533) qui est le cartographe royal de la cours d’Espagne. En 1529 il réalise une carte universelle prodigieuse et extrêmement détaillés des cotes.

-          Le vénitien Giovanni Battista Ramusio (1485-1557) qui publie des cartes en 1534. Tous deux géographes, cartographes, marins et ont publié des livres de leurs voyages.

Photo du bas : Extrait de la carte de Diego Ribero. La partie du Rio de la Plata (1529). Cliquez sur la carte pour agrandir.

Vignette du haut : 1534. La Carta universal de la tierra firme y de las islas de la India occidental. Giovanni Battista Ramusio. Cliquez sur la carte pour agrandir.

 

1535 : Départ vers le Nouveau Monde :

Plus d’un an de préparation et le 24 aout 1535 à la tête d’une flottille de 11 embarcations, Don Pedro de Mendoza quitte le port de Cadix pour se rendre non loin de là à Sanlúcar de Barrameda (30 Km. au nord de la province de Cadix), où les vaisseaux devront attendre quelques jours bloqués par une tempête. Le 01er septembre les voiles sont mises et l'Armada se dirige vers l'archipel des Canaries.

 Au total, l’expédition de Pedro de Mendoza compte 3.000 personnes se décomposant en 2.000 hommes d’arme et 1.000 civils.

Il n’y a pas que des Espagnols à bord, ils sont tout de même 2.500 mais il y aussi 150 allemands, des hollandais et des saxons.

Le roi avait exigé de Don Pedro de Mendoza en échange de ses titres, qu’il puisse en un laps de deux ans, transporter un millier de colons, cent chevaux, fonder 3 forts et construire une route entre le Rio de la Plata et l’Océan Pacifique. On peut alors imaginer que personne n’avait la moindre idée des dimensions du territoire qui pouvait s’étendre entre les deux océans ni même du relief des Andes !

Parmi les 1.000 civils, de nombreuses femmes dont María Dávila son amante, huit ecclésiastiques, un médecin et un chirurgien, et deux de ses frères Diego et Gonzalo de Mendoza. Aucun homme de loi puisqu’il a lui-même le pouvoir de juger et de faire appliquer les sentences.

Un autre passager d’une grande importante fut l’allemand Ullrich Schmidel de Straubing, soldat mais aussi narrateur et écrivain qui entreprend d’écrire tous les faits de cette expédition dans une œuvre intitulée : "Viaje al Río de la Plata", Ce fut aussi un des rares hommes a revenir vivant de cette aventure en Espagne et donc à rapporter le plus exactement possible tous les faits qui se sont déroulés entre 1536 et 1537. Il fut présent lors des 4 fondations de Buenos Aires, Corpus Christi, Buena Esperanza et Asunción. Il fut aussi de toutes les expéditions menées en 2 ans par les hommes de Don Pedro, accompagnant Ayolas dans ses remontées du Paraná et du Rio Paraguay. Il accompagnera aussi Irala lors de sa traversée du Chaco. Le recueil comporte quelques exagérations et erreurs mais reste incontestablement un témoignage historique essentiel du début de la colonisation du Rio de la Plata. (La première publication en allemand date de 1567 et fut éditée à Francfort, une seconde publication date de 1599 et fut éditée à Nuremberg. Il existe une version traduite en français publié à Paris en 1837).

Il fait escale aux Iles Canaries pour s'approvisionner et trois autres navires armés par le gouverneur de l'archipel, Pedro Fernández de Lugo, se joignent à eux. L'escale est assez longue, quatre semaines. Les 14 embarcations reprennent enfin la mer après quelques jours d'escale.

Don Pedro de Mendoza était déjà un homme mur (48 ans quand il embarque, donc âgé pour l’époque) et possédant une très longue expérience militaire. Il était cependant très gravement malade de la syphilis et pendant les préparatifs comme durant la traversée, sa maladie le clouait au lit. Il est surement possible qu’une fois arrivé dans le Rio de la Plata il fut a plusieurs reprise dans l’impossibilité de prendre les bonnes décisions en raison de sa maladie.

Les origines de la syphilis ne sont pas bien connues encore aujourd’hui, mais on pense à l’époque de Mendoza qu’elle provenait du Nouveau Monde et qu’elle avait été apportée en Europe et à Naples par des marins de l’équipage de Christophe Colomb. Si Pedro de Mendoza entreprend ce si long voyage à son âge c’est aussi parce qu’il espère trouver sur place un remède.

Quelques jours plus tard, la flottille fait une derniere escale en terre connue, dans l'archipel du Cap Vert (Déjà possession portuguaise). Cinq jours d'escale, afin de fournir les vaisseau en eau et ensuite l'ensemble met cap sud ouest.

Proche des côtes du Nouveau Monde, il doit essuyer une terrible tempête, sa flotte s’éparpille et doit débarquer sur les cotes de l’actuel Brésil (aux alentour de l’actuelle Rio de Janeiro) le temps de la regrouper. Son état empire alors et doit laisser le commandement à son second Juan de Osorio, qu’on soupçonne de vouloir le trahir. C’est certainement le premier qu’il aura à juger et à exécuter pour trahison (Il fut poignardé). Pourtant il s’apercevra plus tard, qu’il n’y eut aucune rébellion !

Une fois la flottille reconstituée, ils reprennent la mer en suivant les côtes en direction du sud pour accéder à l'embouchure du Rio de la Plata !

Bientôt la suite à lire sur :

- 1536 : Fondation de Santa Maria del Buen Aire.

A lire dans le Petit Hergé :

Buenos Aires : Métissage pendant l'époque coloniale- Le Métissage à l'époque coloniale à Buenos Aires.(Mai 2009).

 

 

Uruguay : Gouvernement de Tabaré Vazquez (2005-2010)- Uruguay : Gouvernement de Tabare Vasquez de 2005 à 2010.

(Septembre 2010).

 

Humahuaca (Jujuy)- La ville de Humahuaca (Jujuy). (Juin 2010).

 

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