Mise à jour : 31 mai 2025 / 23 septembre 2013.  #Gastronomie. #Buenos Aires.

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Les confiterias de Buenos Aires :

 

Les confiterias font parties du circuit classique des bonnes tables de Buenos Aires mais aussi le rendez-vous des amateurs de pâtisserie.

Ouvert en continue, c’est un va-et-vient sans cesse dans la salle, un grouillement de garçons, entre le salé et le sucré, le froid et le chaud, les plats et les cafés, les bières et les tartes, une confiteria ne dort presque jamais !

C’est d’ailleurs pour cela que l’on s’y donne rendez-vous, le matin, à midi, l’après-midi, le soir ou au plein milieu de la nuit, on s’y réunit car on sait que c’est ouvert et que la qualité sera au rendez-vous. 

 

Comme toujours, n’hésitez surtout pas à apporter votre pierre à l’article si vous vous apercevez d’un oubli, ou pire d’une erreur, en écrivant en dessous un commentaire, en prenant contact avec moi par mail à   petitherge@hotmail.com ou sur FB : https://www.facebook.com/petit.herge

Enfin, sachez que je peux vous proposer une visite des confiterias pour vous en faire découvrir ses secrets.

 

Photo : Les "facturas" de la Confiteria de las Violetas. Photo 2012.

 

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Photo : Confiteria El Olmo, avenida Santa Fe 2502 dans les années 30.

 

 

Un endroit où une femme pouvait entrer :

 

Autrefois (Vers 1900-1930), le terme de « confiteria » définissait uniquement les « pastelerias » (pâtisserie) qui s’étaient converties en salons de thé ou les dames de la bonne bourgeoisie avaient l’habitude de se réunir pour prendre le thé.

C’était même en fait l’unique endroit publique où une femme pouvait aller seule (ou accompagnée d’autres femmes) se désaltérer ou manger une pâtisserie et plus tard quelques tartes salées.

Rapidement au fil des années, les plats chauds sont apparus et à partir de midi jusqu’à 15h on pouvait y déjeuner. Puis, le soir, à partir des années 1930, la mode est venue aussi de pouvoir y diner en couple, en famille, mais aussi entre amies sans pour autant devoir supporter les quolibets du voisinage.

C’était donc à la fois un endroit chic et fin mais surtout bien famée. La « confiteria » ouvrait de bonne heure dans la matinée et fermait après l’heure du souper. Au fil des années, la confiteria s‘est popularisé pour devenir ce qu’on appelle aujourd’hui en France une brasserie, c'est-à-dire un lieu où on peut venir boire mais aussi déjeuner ou diner.

Ce qui la différencie des restaurants ce sont les horaires. Un restaurant n’ouvre à Buenos Aires que lors des deux services, par contre une confiteria ouvre au petit matin pour le petit déjeuner à 6h et ferme très tard vers 1h ou 2h du matin.

Certaines confiterias placées dans les avenues ne ferment pas les nuits de vendredi à samedi et de samedi à dimanche.

Si le terme de confiteria est souvent juxtaposé au nom même de l’endroit, (comme la « Confiteria de las Violetas », ou l’ancienne « Confiteria del Molino ») certaines autres confiterias en sont bien, sans pour autant que la dénomination apparaisse, comme le « Café de los Angelitos » qui est bien plus une confiteria qu’un bar.

Ce décalage d’appellation est souvent dû parce que l’endroit s’est agrandi au fil des décades sans pour autant changer de dénomination (c’est le cas des Angelitos, qui était dans les années 30 et 40 qu’un véritable petit bar).

 

Photo : Le Cafe de los Angelitos dans le quartier de Balvanera. Photo Novembre 2012.

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Photo : Le Petit Colon. Photo 2016.

 

Les avantages des confiterias :

 

En général la salle est somptueuse (pour les plus anciennes) mais de toute façon pour les plus récentes de tailles imposantes. En effet une confiteria, sur un ou plusieurs niveaux, peut accueillir une bonne centaine de clients à la fois. Le cadre est donc vaste, les tables larges et bien espacés. Et on s’y sent de toute façon très à l’aise.

Comme les horaires sont extensibles (d’où l’intérêt des confiterias) c’est à la fois la halte du petit déjeuner, l’endroit de prédilection pour le gouter, l’heure du thé, mais aussi pour le déjeuner et le diner. Une sorte de temple de la restauration à toute heure et en horaire continue.

Certaines confiterias (les vraies de vraies, comme Las Violetas par exemple) ont même une propre boulangerie et pâtisserie dans leur établissement. Il y a d’ailleurs une porte annexe pour la clientèle qui y passe uniquement pour les achats.

On peut donc y acheter des tartes, des gâteaux d’anniversaire, des panetones (ici on les nomme « pan dulce »), les petits fours (masitas), les bombons (les pralines), caramels et autres alfajores en boites. Tout se vend soit l’unité, soit au kg. Ils sont tous à la vente à emporter, mais on peut aussi les déguster dans la partie salle à toute heure.

Vous aurez compris, c’est le lieu de perdition par excellence des gourmands de Buenos Aires. A celui qui saura on se trouve la meilleure « torta de Ricota » de la capital ou l’endroit où on peut manger le meilleur « palmito » (palmier) ou le meilleur « coquito » (congolais).

La confiteria c’est un mélange entre pâtisserie de très bon niveau, brasserie ouverte 20 heures par jour et salon de thé élégant.

Il est même certain que leur niveau en pâtisserie est tellement élevé, que vous y trouverez des produits d’un niveau bien supérieur que vous pouvez avoir dans une boulangerie-pâtisserie de quartier. Vous êtes invité un après-midi chez des amis, vous passez vous procurer une tarte, tartelette ou 200 gr de "masitas" (petits fours) dans une confiterias, votre geste sera certainement bien apprécié.

 

Décadence dans les années 1970-1980

 

Les confiterias sont passées de mode dans les années 1970-1980, public vieillissant et se raréfiant, aucun renouvellement dans les produits présentés, carte obsolète, cadre peu entretenu voire dépérissant pour ne pas dire décadent. On comprend pourquoi bon nombre de ces endroits emblématiques et poussiéreux ont fermé leurs portes entre 1960 et 2000.

Pourtant on sent dès les années 1990, que la ville de Buenos Aires prend enfin intérêt pour la première fois à ces endroits qui ont marqué son histoire, et tente de les valoriser en les distinguant déjà d’une reconnaissance de « Bar notable » pour empêcher quelque fois leur démolition et leur disparition définitive.

On peut presque dire qu’à la fin des années 90, il n’en reste plus qu’un seul encore debout, le Café Tortoni et grâce au tourisme qui le remplit encore. Les Porteños n’y vont plus, mais comme le Tortoni est inscrit dans tous les guides touristiques, c’est le seul qui arrive à se maintenir bon an, mal an.

 

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Photo : La confiteria del Molino en pleine restauration. 

 

Renaissance 2000-2025 :  

 

Ce n’est qu’au début des années 2000, sous l’impulsion de privés et avec l’accord de la Municipalité que certains se jettent dans l’aventure à les rénover totalement, souvent en sortant de vieux plans et en voulant coller au maximum à l’aspect qu’ils avaient un siecle avant.

Les architectes spécialisés et tous les corps de métiers ont dû se relever les manches et se lancer parfois à recréer des vitraux, travailler le bronze, chercher les mêmes marbres importés d’Italie, se lancer dans la marqueterie, retrouver les dessins des planchers originaux, des stucs et moulures, recréer les lustres comme ils apparaissaient sur les photos d’époque.

Un coup de poker de la part de certains investisseurs sans savoir le nombre d’années de chantiers et sans même connaitre si la rentabilité pouvait revenir en y revendant du café et des petits gâteaux !

Car en effet, les chantiers furent tous très longs, plusieurs années à chaque fois entre les rachats des lieux, les autorisations de la ville à obtenir, le suivi des chantiers avec des architectes de la ville et quelques fois des associations de mordus de défense du patrimoine pour coller au plus près à la réalité.

En une vingtaine d’année c’est au moins une bonne dizaine de Confiteria dans la ville qui ont été sauvées de la démolition mais qui en plus sont renées de leurs cendres et ont parfois même dépassé ce qu’elles furent en 1900.

Je pense que l’agonie et la renaissance la plus longue fut certainement celle de la Confiteria del Molino. Entre sa quiebra (faillite) en 1978 et la fermeture définitive de ses portes en 1996 passèrent 18 ans, puis entre 2014 où le bâtiment est racheté par l’état, 2018 le début des travaux de restauration et 2025 ou les travaux sont sur le point de se terminer, nous en sommes déjà à 11 ans de sauvetage et les portes ne sont pas encore rouverte. Si la confiteria ouvre en 2026, elle sera restée endormie 30 ans !!!

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Photo : La Confiteria La Ideal après sa rénovation en 2022. 

 

Quelques bonnes adresses :

 

Voici quelques confiterias les plus célèbres et les meilleures de la capitale (croyez en le gourmand d’expert que je suis !).

Je les ai classé par ordre de réouverture, car elles ont toutes fait faillites, dû fermer, changer de propriétaire, se faire restaurer pour renaître de leurs cendres !  

 

2000 - Esquina Homero Manzi : (Boedo - Avenida San Juan 3601). Métro : "Boedo".

Simple petit bar qui ouvre en 1914 à l'angle de San Jose et de la Avenida Boedo. Il change de proprietaire et de nom de nombreuses fois mais reste un simple petit établissement de quartier sans grand prestige.

En 1982, il prend le nom de Bar Homero Manzi (en mémoire au parolier des tangos les plus connus des années 30-40) mais fait faillite en février 1999 et ferme ses portes.

Il change alors de propriétaire, les travaux sont considérable puisque il sera même agrandit en avalant un autre terrain le jouxtant. Presque deux ans de travaux, et le petit bar devient une énorme confiteria luxueuse avec une scène qui peut recevoir des spectacles de tango ou autre. Le 1er octobre 2000, la Esquina Homero Manzi est inaugurée.

 

2001 - La Confiteria de las Violetas (Almagro - Avenida Rivadavia 3899). Métro : "Castro Barros".

Elle avait été fermée en 1998 et a été entièrement restaurée et rouverte en 2001. 3 ans de travaux. J’ai déjà écrit un article sur cette célèbre confiteria. Aller voir sur : Confiteria de la Violetas.

 

2007 - Café de los Angelitos (Balvanera - Avenida Rivadavia 2100). Métro "Congreso".

Fermé en 1993, elle ouvre à nouveau en 2007 ! 14 ans de travaux !  ( Aussi un article déjà écrit, voir Café de los Angelitos.

 

2011 - Le Petit Colon : (San Nicolas - Libertad 501). Métro : "Tribunales".

Ouvert seulement en 1977, il opte de suite pour une ambiance très « 1900 » dans sa décoration intérieure. Il ferme tout de même en 2011 pendant 6 mois pour une restauration entière qui lui sera bénéfique.  Je l'ai connu sous ses deux formes, avant et après 2011, incontestablement la nouvelle version est sublime.

 

2014 - Los 36 billares : (Montserrat - Avenida de Mayo 1271). Metro : "Saenz Peña"

La confiteria de los 36 billares ouvre en 1914. Mais délabrée et poussiéreuses, elle ferme ses portes le 03 janvier 2014. Cette confiteria n’était plus l'ombre que d'elle même et n'invitait guère les passants de la Avenida de Mayo à y pénétrer. Sombre, glauque, poussiéreuse, et offrant un service digne de la famille Adam's.

C'est la chaîne de pizzerias La Continental qui s'engage à reprendre les lieux, mais surtout de se lancer dans presque un an de restauration (pour ne pas dire de résurrection) en s'engageant à ne pas la transformer en pizzeria mais en lui laissant sa physionomie de Confiteria. C'est un succès, le 19 novembre 2014, les 36 billards ouvrent à nouveau !

 

2021 - La Giralda, (San Nicolas - Avenida Corrientes 1453). Métro : "Uruguay".

Elle aussi, datant de 1951 mais au bout du rouleau, a profité de la pandémie du Corona pour fermer ses portes et rouvrir étincelante en 2021.  Avant travaux était plutôt à classer dans la catégorie bar à churros, mais depuis 2021 on peut la classer dans les confiterias, en terme de décor, de service et de la qualité de ses produits.

 

2022 - Confiteria La Opera (San Nicolas - Avenida Corrientes 1799). Métro "Callao".

Plus simple, dans un cadre “rénové année 70, mais avec une mise à neuf au début des années 2010, puis une fermeture de 5 mois en 2022 pour tout rénover.

Une vrai brasserie, ou pour prendre un verre, ou enfin pour un ptit dej à 05h du matin, c’est ouvert (presque) tout le temps. On y croise les derniers fêtards et les premiers qui petit déjeune avant d’aller travailler. Un curieux mélange qui m’a toujours plu. Aussi ce coté un peu décalé dans cet air années 70 faussement rétros. (les « mozos » sont d’époque aussi).

 

2022 - Confiteria Ideal, (San Nicolas - Suipacha 384). Métro : "9 de Julio".

Je l’ai connu des années en pleine décrépitude. La confiteria Ideal était à la mode entre 1912 et les années 40, puis comme de nombreuses autres, elle est tombée en léthargie puis sous perfusion. En pleine décrépitude elle a tout de même pu tenir jusqu’au 31 mars 2016, date de fermeture de ses portes. Reprise par un nouveau propriétaire, il se lance pour 6 ans de travaux afin de lui redonner une seconde jeunesse et rouvre ses portes en 2022.

 

2022 - La Puerto Rico : (Montserrat - Adolfo Alsina 416). Métro : "Plaza de Mayo".

Certainement la plus modeste, date de 1887, une première rénovation en 1925, elle ferme définitivement le 31 décembre 2020. Elle est racheté et après plus d'un an de rénovation totale, ouvre bien plus belle que jamais en 2022. Il y a à nouveau la queue le matin quand les employés des ministères tout proches viennent chercher cafés et facturas. Quant à la salle elle a retrouvé de sa superbe !

 

2026 ? - La Confiteria del Molino : (Balvanera - Avenida Rivadavia 1815). Métro : "Congreso".

On attend avec impatience la réouverture de ses portes en 2026 si tout va bien, après 30 de fermeture. Elle redeviendra la Confiteria la plus grande et la plus prestigieuse de Buenos Aires.
 

 

    

Photo : la Confiteria de las Violetas. Photos novembre 2012.

 

Celles que je ne recommande pas : 

 

- Café Tortoni (Montserrat - Avenida de Mayo 825). Métro : "Piedras".

A la fois tué par le tourisme (car envahit uniquement de touristes qui font la queue sur le trottoir) et sauvé par eux (car eux seuls le font vivre), le Tortoni est un musée vivant plus qu’une véritable confiteria aujourd’hui.

Vous n’y allez donc que le voir, à la rigueur y prendre un café ou un petit déjeuner, mais on n’y déjeune, ni dine plus. D’ailleurs aucun porteño n’y va plus. Un article écrit sur ce lieu tout de même historique. Voir : Café Tortoni.

 

Photo : La Giralda en 2022

 

Les conseils du Petit Hergé :

 

Comme toujours, lors de votre découverte de la capitale argentine, un détour par ses endroits est indispensable, ne serait ce que pour déguster les pâtisseries. Les confiterias ont encore aujourd'hui une clientèle bourgeoise, et les prix à la carte se font donc sentir. C'est pour cela que même si les repas sont au dessus de ce que vous pouvez trouver dans d'autres établissements, je vous conseillerai plutôt d'y entrer uniquement pour pendre un simple café et mieux une pâtisserie. 

Le choix est vaste surtout depuis 2021, où 4 autres Confiterias ont rejoint la liste. 

Comme toujours, n’hésitez surtout pas à apporter votre pierre à l’article si vous vous apercevez d’un oubli, ou pire d’une erreur, en écrivant en dessous un commentaire, en prenant contact avec moi par mail à   petitherge@hotmail.com ou sur FB : https://www.facebook.com/petit.herge

Enfin, sachez que je peux vous proposer une visite des confiterias pour vous en faire découvrir ses secrets.

 

A lire aussi dans le Petit Hergé : 

- Les glaces et glaciers de Buenos Aires. (2025).

- L'alfajor en Argentine. (2024)

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