12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 01:00

Mise à jour : 12 décembre 2013.

nullGrand Hôtel de la Paix de Buenos Aires 1865 - 1889 :

 

Dans le quartier qu’on appelle plus habituellement la City Porteña, se trouvait à l’emplacement actuel de la Torre Galicia, un hôtel qui avait l’originalité d’être à son époque le bâtiment (civil) le plus élevé de toute la ville.

Ne pensez pas pouvoir y loger aujourd’hui, cet hôtel a disparu depuis bien longtemps, mais un coup d’œil (en tout cas sur les documents encore disponibles) nous permet de replonger au début de la seconde moitié du XIXème siècle à l’époque où les premiers vrais hôtels se montent en ville et rivalisent d’ingéniosités et de modernisme pour fidéliser les premiers clients arrivant fraichement d’Europe. L’année 1850 marque le début de la guerre des hôtels !

 

Photo : Vers 1880, le Grand Hotel de la Paix. Photo prise de la calle Reconquista. Tout au fond, la Plaza de Mayo à deux cuadras. A l'angle à droite, la calle Cangallo (aujourd'hui Peron).

 

nullLa Torre Galicia remplace le Banco Español :

 

Dans le centre de City, à l’angle des calles Reconquista et Peron s’élance aujourd’hui une des tours les plus hautes de la ville (160 m de haut), je parle de la tour « Torre Galicia Central » que tout le monde nomme ici Torre Banco Galicia construite entre 2000 et 2007. Aujourd’hui siège de la Banco Galicia, première banque privée du pays. Pour la construire, Banco Galicia acheta en 1999 le terrain sur lequel s’élevait le siège du « Banco Español del Rio de Plata. » vaste édifice, ou plutôt palais financier datant de 1905. D’ailleurs comme ce terrain se situe à seulement 2 cuadras de la Plaza de Mayo (centre de la fondation de la ville en 1580);  en détruisant le Banco Español et en creusant pour préparer les fondations de la tour, les ouvriers ne tardèrent pas à tomber sur les premiers vestiges du passé. Une équipe d’archéologues du Centro de Arqueología Urbana de la ville Buenos Aires y vinrent donc s’y installer quelques mois pour fouiller en toute tranquillité, puisque le chantier de la tour était suspendu en raison de la crise de 2001-2002. Ce sont au total 9.000 pièces du XVIème au XXème siècle qu’ils récoltèrent. Certains regrettent encore le bâtiment du Banco Español dont la nouvelle tour Galicia n’a conservé que deux pans de l’ancienne façade qu’elle intègre à son parvis. Personnellement l’idée de conserver en mémoire deux trames de 30 m de l’ancienne façade (une sur Peron et l’autre sur Reconquista) peut sembler agréable sur le papier mais le résultat est plus que décevant. Un parvis ouvert aux courants d’air à l’angle de deux rues (surtout au pied d’une tour de 160 m) ne donne l’idée à personne ni de s’y arrêter, ni même de jeter un coup d’œil. Ces deux « bouts de façade » sont restés sur le trottoir par la volonté d’un projet mais on a plus l’impression qu’ils sont restés sur place par un pur hasard, par un manque de budget ou même par oubli à la fin du chantier. J’aurai certainement le temps d’écrire un autre article sur le projet même de cette tour ultérieurement. Si je vous en parle c’est uniquement pour vous placer dans le contexte du terrain qui a reçu autrefois le Grand Hotel de la Paix !

Photo : Au même emplacement, même angle de vue, s'éleve la Torre Galicia en 2013. On aperçoit sur la façade coté Reconquista comme celle de Peron, les deux pans de murs subsistants de l'ancienne Banque Espagnole.

null null

Photos : A gauche, le projet de la Torre Galicia qui domine la City Porteña depuis 2005. A droite, le même angle du temps du Banco Español del Rio de la Plata entre 1905 et 2001.

nullConcept de l’hôtellerie de luxe à Buenos Aires entre 1850 et 1865 :

 

Nous repartons dans le passé, en 1850 pour être exact. Même si Buenos Aires est la capitale de l’Argentine (Etat tout neuf qui ne souffle que 40  bougies). La ville de Buenos Aires est plus une petite ville provinciale (85.000 habitants en 1852) qu’une véritable capitale d’un pays prospère (Paris 1.400.000 habitants avec sa banlieue, recensement de 1851). Buenos Aires est aussi peuplée que la Rochelle (83.000 habitants en 1851). Buenos Aires c’est 3 km du nord au sud et 2 km du rio de la Plata vers l’ouest. Bref… un gros patelin sans plus !

Aucune avenue, uniquement un damier de rues étroites se coupant à angle droit et une seule place en son centre coupée en deux par un marché (La Nueva Recova), la future Plaza de Mayo.

Si en 1856, la grande vague d’émigration n’a toujours pas débuté dans le Rio de la Plata (il faut attendre 1875), la nouvelle constitution du pays est adoptée cette même année et donne le feu vert au début de quelques arrivages de nouveaux immigrants du vieux continent. L’un d’entre eux est un français (c’est d’ailleurs pour ça que j’écris cette article ;-)) du nom de Raymond Haury qui a dans ses projets d’ouvrir un bel hôtel à Buenos Aires. On note en passant que les hôtels de Buenos Aires du milieu de ce XIXème siècle sont souvent aux mains de français (italiens ou de britanniques), surement le chic parisien !

En 1850, on ouvre « l’Hotel de Provence » (en français dans le texte), qui est le plus bel hôtel de Buenos Aires. L’Hotel Labastié aussi est ouvert en 1850. Pour en revenir à l’hôtel de Provence, il faut tout de même remettre dans le contexte de l’époque ce qu’est un hôtel (de luxe), en général quelques chambres (propres) possédant des toilettes, un service de bains, et pouvant servir des repas. Il est souvent de plein pied ou alors surélevé d’un étage (possédant les plus belles chambres). Le principe nouveau de l’Hôtel de la Provence c’est de posséder dès 1851 son propre équipage pour aller chercher les voyageurs au port. Juan Manuel Rosas, gouverneur de Buenos Aires, envoyait même ses invités officiels à cet hôtel. En 1854, l’Hotel de la Provence peut même loger jusqu’à 70 personnes et possède un salon qui fait la fierté de ses propriétaires (On ne cache pas dans les publicités de l’époque apparaissant dans les journaux de venter son « niveau européen »).

Il y avait donc entre 1840 et 1850, trois grands hôtels « de niveau européens », l’Hôtel de Provence, l’Hôtel de Faunch (depuis 1822 jusqu'à 1843) ainsi que l’Hôtel Labastié. En 1857 ouvre l’Hôtel Roma (fondé par un italien, Salvador Lanchani) qui a la bonne idée d’ouvrir un restaurant (un vrai restaurant) dans son hôtel (pour les résidents et les invités). Son restaurant devient de suite la meilleure table de la ville, et on s’y bouscule, à tel point que même les voyageurs français délaissent L’Hôtel Provence pour venir s’accommoder à l’Hôtel Roma.

 

Photo : A la même époque, un hotel de catégorie un peu plus basse que ceux deja mentionnés, l'Hotel del Norte sur Paseo de Julio juste à l'angle de la calle Corrientes. Cet hotel changea plusieurs fois de nom (connu quelques années plus tard comme l'Hotel Nacional dans les années 1920) avant de disparaitre totalement lorsqu'on élargit la calle Corrientes en 1931.

 null

Photo : (gravure de 1880). Les voyageurs arrivent à Buenos Aires depuis 1855 en accostant à l'embarcadère (muelle de pasajeros). Puis ils se dirigent vers le Paseo de Julio, où deux kiosques en bois abritant les douanes les attendent pour mettre en règles leurs papiers après vérification de leurs bagages. Tout le secteur compris au nord (à doite) par la calle Corrientes, le Paseo de Julio, au sud par la Plaza de Mayo (à gauche) et la calle San Martin longeant la Cathédrale abrite la presque totalité des hotels de Buenos Aires entre 1850 et 1890.

Le Grand Hotel de la Paix figure sur cette gravure et en 1880 reste l'immeuble le plus haut de la ville. Son campanile permet de lui servir d'enseigne que les passagers sur l'embarcadère peuvent voir juste à leur arrivée.

nullLes débuts de l’Hôtel de la Paix :

 

Voilà donc notre cher Raymond Haury qui débarque en cette année 1856, et qui relève le défi de devenir le meilleur hôtel de la ville en détrônant le confort de la Provence et la table du Roma. Tout d’abord il ouvre la porte de son « Hôtel de la Paix » sur le Paseo de Julio (aujourd’hui Avenida Alem) car le paseo de Julio est alors le quai donnant sur le Rio de la Plata, et l’arrivée des passagers se fait par une digue et un quai en bois se trouvant en face de la calle Cangallo (actuelle Peron). Tous les hôtels d’ailleurs sont alors soit sur le Paseo de Julio soit sur les premières cuadras de Cangallo (Peron), Piedad (B.Mitre), Cuyo (Sarmiento) ou Corrientes, et à la rigueur sur les premières parallèles de Paso de Julio, les calles 25 de Mayo et Reconquista. Ils sont tous les plus proches possibles du quai d’arrivée des voyageurs. (Les rabatteurs existent déjà !). En octobre 1856, donc, Raymond Haury ouvre son modeste et petit (mais très chic) hôtel de la Paix aussi sur le Paso de Julio au numéro 19. Son succès est fulgurant et décide de s’agrandir 8 ans plus tard, en 1865, en déménageant et achète une parcelle juste en face de l’Eglise de la Merced sur la calle Reconquista. Il voit plus large, plus grand et plus haut, enfin plus chic ! Il confie le projet à deux architectes italiens de Gênes Nicolás et José Canale. Le résultat c’est un gratte ciel (pour l’époque) qu’il fait bâtir, un rez-de-chaussée pour les salons et le restaurant, deux étages de chambres et enfin un troisième étage en terrasse et  « mirador ». Car on y monte pour survoler la ville de son regard. C’est l’immeuble le plus haut de la ville (un des seuls d’ailleurs ayant au moins 2 étages). Seuls les clochers des églises le surpassent. Il y installe même le gaz (cuisine, chauffage et aussi illumination). Il a le sens du commerce et de la publicité, notre Raymond,  puisque rapidement il n’hésite pas à peindre en grosses lettres le nom de son hôtel sur les 4 faces de son mirador, pour qu’on le voit de partout ! Cette fois, c’est sûr, en 1865, il devient enfin le plus grand hôtel de la ville !

Photo : La photo est prise sur la calle Cangallo avec l'église La Merced au dos du photographe. L'entrée principale de l'hotel se trouvait sur la calle Cangallo. Plus haut édifice civil de Buenos Aires. Cliquez sur la photo pour avoir tous les détails.

null

Photo : Vue de 1888 prise de l'embarcadère des passagers. Au fond à gauche la coupole de l'église de la Merced, et juste à sa gauche, on aperçoit le campanile du Grand Hotel de la Paix. On comprend alors l'importance de l'enseigne de l'hotel sur son campanile pour attirer les voyageurs dès leur débarquement. 

nullConcurrence et surenchère de luxe et de modernisme :

 

L’ennemi arrive 3 ans plus tard en 1868 ! C’est le « Gran Hotel Argentino » (voir photo à gauche) juste en face de la Casa Rosada à l’angle du Paseo de Julio et de la 25 de Mayo ! Œuvre d’un architecte suisse italien, les salons sont les plus beaux, et les politiques y donnent des réceptions et des banquets !

Mais Raymond Haury ne baisse pas les bras, il fera sans cesse moderniser ses chambres (l’hôtel comptera jusqu’à 77 chambres) et ses salons (8 galeries) un hall et un escalier principal en marbre. En 1876, il devient à nouveau le plus grand hôtel de Buenos Aires et le nomme « Le Grand Hôtel de la Paix ». Enfin comble du modernisme en 1879, il installe un des premiers ascenseurs de la ville, non pas électrique mais hydraulique.  En 1889, il vend l’affaire à une société « J. Pérés, F. Ansermin y compañía ». C’est la fin d’une époque et aussi le déclin puisque la nouvelle société, décide de déménager l’hôtel sur la calle Cangallo 521 la même année pour y rester jusqu’en 1893. Enfin l’Hôtel part sur Calle Rivadavia 1055 entre 1893 et 1902 (là où passe aujourd’hui l’avenida 9 de Julio). En 2013 El Gran Hôtel de la Paix existe encore et se situe sur Rivadavia 1155, mais n’a absolument plus rien à voir avec son fondateur.

 

Lorsque le Grand Hôtel de la Paix déménage en 1889, le bâtiment de l’angle Reconquista et Peron (Cangallo) subsiste et va connaître différentes affectations bancaires. Il faut dire que cette fin du XIXème voit l’apparition dans le quartier d‘innombrables nouvelles succursales de banques qui remplaceront peu à peu les hôtels de voyageurs. Il sera détruit en 1904 dans la plus totale indifférence pour faire place en 1905 au siège du Banco Español del Río de la Plata.

 

Photo : Le Gran Hotel Argentino monté en 1868. La photo date de 1888, et on y observe que l'électricité y arrive déjà ! Un des principaux etablissements qui concurrence le Grand Hotel de la Paix. La Casa Rosada n'apparait pas sur la photo mais est juste à droite. Vers 1895, cet hotel sera rehaussé d'un troisième étage par un toit mansardé. Toute comme son rival, Le Gran Hotel Argentino n'existe plus aujourd'hui !    

A lire aussi dans le Petit Hergé :

     

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 14:59

Mise à jour : 20 mai 2013.

nullL'Argentine en 1977 :

En ce moment (mai 2013), depuis le décès de Videla, les télévisions et médias n’arrêtent pas en Argentine de faire le “bilan” de la période 1976-1983. Les années Videla. Voilà en présentation, un film de propagande, sorti en salles et surtout diffusée à la télévision en 1977. Il s’agit d’un film dirigé et monté par les forces armées du pays (en 1976) montrant une version de l’histoire officielle, de la chute de Peron en 1955, jusqu’au coup d’Etat de 1976. Voix off du narrateur accompagnant les images d’archive tentant de justifier le coup d’état comme une nécessité pour contrecarrer le chaos social généré par les organisations terroristes armées. Le film a été monté en 1976 et projeté en 1977.

Exemple fabuleux de la propagande des années 70 du gouvernement de Videla.

 

Photo : Sur la Photo de 1977 en compagnie de Videla, Iberico Saint Jean, militaire et gouverneur de la province de Buenos Aires de 1976 à 1981. On a parlé dans les médias (argentins) de la mort de Videla, mais peu de la mort de Saint Jean à l’âge de 90 ans à l’hôpital Central Militaire de Buenos Aires en octobre 2012. Il aura eu le temps de faire disparaître 5000 « subversifs » dans la province de Buenos Aires. On lui reconnaît d’avoir dit lors d’un diner “Primero mataremos a todos los subversivos, luego mataremos a sus colaboradores, después a sus simpatizantes, enseguida a aquellos que permanecen indiferentes, y finalmente mataremos a los tímidos” (Nous tuerons tout d’abord tous les subversifs, puis nous tuerons leurs collaborateurs, après leurs sympathisants, puis ensuite ceux qui sont indifférents, et enfin nous tuerons les timides.) Il vécu en totale impunité jusqu’en 2004 où il fut poursuivi par la justice, arrêté en 2008 et placé en prison, il y décèdera en octobre 2012.

Vidéo : « Ganamos la Paz » (1977). 27 minutes.

Réalisateur : Francisco Javier Mendoza.

Commentaire : Gabriel Raymbaud.

Montage : Jorge Martínez Grassi.

Production : JHC y Asociados.

Les images des premières minutes ont une qualité assez médiocres, mais s'ameliorent ensuite.

Vous pouvez trouver l’intégralité du texte du film (qui peut vous servir à suivre le film) sur : http://comisionporlamemoria.chaco.gov.ar/jovenesymemoria/documentos/pdf/11.pdf

nullDes phrases du commentaire qui font réfléchir :

 

“En la Argentina se vivía en paz. Pero en el mundo se expande el cáncer de la violencia  Ideológica, contamina nuestra América, y busca a la Argentina como blanco del terrorismo internacional”

 

(Allusion à Allende au Chili)

“Ese movimiento se infiltró en nuestra sociedad, sembró armas en América pacífica, engañó a jóvenes y adultos. Enseñó a matar. Así se asesinó, se copó aviones civiles, y con frases hechas y arteros procederes, confundieron las mentes. Lo hicieron quienes en Chile procuraron llegar por atajos siniestros a la conquista del poder, los que enarbolaron sus rojos pendones, los que burlaron a la democracia y la usaron solapadamente para entregar los pueblos al marxismo internacional”.

 

null(Le coup d’etat de Videla le 24 mars 1976).

"El gobierno pierde el control de la situación, los políticos no encuentran soluciones al vacío de poder, las publicaciones periódicas se hacen eco. Se cierra un período oscuro para la historia del país. Las FFAA se ven en la obligación de asumir el poder, y lo hacen el 24 de marzo de 1976 para preservar la integridad de la nación".

 

En conclusion, depuis l’arrivée de Videla aux commandes du pays, tout va mieux, et la paix est retrouvée :

“El horror ha quedado atrás, la sociedad argentina pasó una durísima prueba. Ha llegado el momento de ganar la paz, y de preguntarnos, primero, ¿en nombre de qué cayeron los héroes y mártires de esta lucha? Cayeron en nombre de dios, que nos da la vida, en nombre de la patria, que nos brinda todo para vivir en la paz del trabajo y del hogar; y ha llegado el momento de preguntarnos también ¿quiénes serán los destinatarios de esta victoria? Serán los millones de argentinos que buscan una causa fundada en el amor, en la justicia y en la libertad. Una causa que, con la fuerza invencible de los ideales más nobles, triunfe sobre la violencia, los extremismos y el odio. Se habrá ganado así la paz para los argentinos, se habrá contribuido a formular un mundo mejor, y al dar gracias al señor por esos logros, exaltando las imágenes de vida y de amor, podremos exclamar con énfasis ¡ganamos la paz! ”.

 

A lire aussi dans le Petit Hergé :

         

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 04:00

Mise à jour : 03 décembre 2012. Article écrit par Igor Dniestrowski.

nullLe cauchemar de l’administration Kirchner :

Jorge Ernesto Lanata n’est pas simplement l’un des plus grands journalistes politiques argentins. Si l’on devait donner un visage à l’opposition (car l’opposition a du mal a mettre en avant une figure politique), ce serait le sien que l’on verrait. Il jouit d’une très grande notoriété qui est du à son travail remarquable d’investigation et ce depuis son plus jeune âge. Mais cette notoriété est du aussi à son talent, à son originalité et à sa créativité qu’il a déployé dans son travail, créant ainsi des programmes novateurs. Il est devenu une véritable icône en Argentine aujourd’hui, ce qui dérange l’ordre établi et en premier lieu la présidente de la Nation. Cependant, tout culte de la personnalité présente des dangers. En effet, à force de voir en Lanata un saint, on risque d’oublier qu’il risque parfois de poursuivre des buts qui ne servent pas nécessairement l’intérêt général de l’Argentine. C’est ainsi qu’il y a quelques années, il critiquait violemment le groupe Clarín, l’accusant de détenir une grande partie des médias argentins et d’orienter ses lecteurs vers certaines idées engagées. Or aujourd’hui, il travail main dans la main avec ce même groupe. Sulfureux, intelligent, décapant, chassant aujourd’hui la corruption, il met le doigt sur les scandales politico-financiers qui dérangent.

nullSes premières années :

Jorge Ernesto Lanata est né le 12 septembre 1960 à Mar del Plata mais passe son enfance dans la ville de Sarandí situé en banlieue sud de Buenos Aires dans le partido d’Avellaneda. En 1974 il débute sa carrière journalistique en tant que rédacteur pour la Radio Nacional. Toujours la même année, il gagna le second prix municipal d’essai avec pour thème « La question social dans le cinéma argentin ». Il poursuit ses études en intégrant l’université de San Martín à Avellaneda en 1978. Ces durant ses années à l’université qu’il s’occupe des investigations du programme « Sin Anestesia » diffusé sur Radio Belgrano. Il a également collaboré avec d’autres journalistes sur des articles pour différents journaux comme Perfil, Diario Popular, ainsi qu’à l’étranger pour des quotidiens colombiens et vénézuéliens ainsi qu’aux Etats-Unis pour le Washington Times.

nullnullnull

nullSon envol dans la presse écrite :

Une fois ses études terminées, il rejoint la Coopérative des Journalistes Indépendants, alors éditrice de la revue El Porteño, revue dans laquelle il sera chef de la rédaction.

Mais c’est en mai 1987, alors âgé de 26 ans, qu’il cofonde le journal Página/12 et en devient le directeur durant les premières années. Página/12 est un journal indépendant réputé pour son esprit critique. Il est comparable au Canard Enchainé pour ses enquêtes politiques, et légèrement tourné centre gauche durant les années 90 (antigouvernemental pendant la période Menem). Toujours au sein de Pagina/12, en août 1990, il créé et prend la direction d’un mensuel Página/30 jusqu’en 1995.

Il fonde en 1998 la revue Veintiuno (devenu ensuite Veintitres) où il réunit des anciens collaborateurs de Página/12. Lanata quitta la direction de la revue en 2001 et vendit une grande partie de ses actions au groupe TV Guía.

nullEn août 2007, il laisse tomber sa colonne dans le journal Perfil et se lance dans la création d’un nouveau journal nommé « Critica de la Argentina ».  Le journal fut lancé le 2 mars 2008 et malgré des débuts encourageant, les ventes ralentirent et Lanata abandonna son poste de directeur tout en gardant une colonne dans le journal. L’abandon de Lanata fut sujet à controverse. Ce dernier affirma qu’il était en froid avec Antonio Mata, le principal actionnaire du journal. Mais certaines personnes pensent qu’il a agit ainsi pour des raisons économiques. En effet, après plusieurs mois d’existence, le journal se retrouva endetté et aucun des actionnaires ne voulut reconnaître sa responsabilité. Les employés décrétèrent la grève, occupèrent les bureaux du journal et réclamèrent d’être payé. Mais malgré cette action, le journal du s’arrêter.

En 2011 il devient rédacteur pour le Clarín et réécrit de temps en temps des articles dans Perfil.

nullLe touche-à-tout médiatique :

La carrière de Lanata ne s’arrête pas avec son travail dans la presse écrite. Il s’est également lancé dans les autres moyens de communication et avec succès, rein ne lui résiste : Radio, livre, documentaires, télénovelas et cinéma…

Il fut journaliste à la radio sur Hora 25 et RompeCabezas. En 2005, il obtient sa propre émission radio « Lanata AM » diffusé sur Radio del Plata. Puis son émission devint « Lanata PM », diffusé toujours sur la même radio mais l’après-midi cette fois. Mais il arrête en 2007. Il revient à la radio en 2012 avec une émission sur Mitre nommé « Lanata sin filtro », diffusé du lundi au vendredi de 13h à 14h30. Il collabore également à l’émission « La Ventana », diffusé en Espagne sur la SER.

Il est également un auteur à succès, son livre « Argentinos », publié en deux tomes en 2003, a dépassé les 340 000 exemplaires vendus et a été mis au programme officiel des écoles argentines. Il raconte l’histoire de l’Argentine en 500 pages.

nullLanata a également touché au Cinéma, surtout avec des documentaires. En octobre 2004, il fait un documentaire nommé « Deuda » (Dette) sur la dette externe argentine. En mars 2007, il fait un documentaire sur les Îles Malouines "Tan lejos, tan cerca: Malvinas, 25 años después" dans lequel il s’intéresse aux traces laissées par la guerre et aux entreprises bénéficiaires de ce conflit.

Mais là où Lanata excelle depuis peu, c’est à la télévision. Il avait commencé en 1996 avec le programme Día D (Sur America TV), mais celui-ci dut s’arrêter en 1997 à cause de nombreuses pressions politiques. Il recommencera avec « Detras de las Noticias » toujours sur America TV au début des années 2000.  En 2008, il participe au dernier chapitre de la télénovela à succès « Vidas Robadas ». En avril 2009, il est l’animateur de l’émission journalière « Después de Todo » sur Canal 26 qui traite de l’actualité argentine. En 2010, il produit et anime le documentaire BRIC sur la chaîne Infinito. Ce documentaire est dédié au pays qui compose le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Mais c’est le 15 avril 2012 qu’il débute son nouveau programme « Perodismo Para Todos » sur El Trece. Cette nouvelle émission est diffusée le dimanche soir en fin de soirée, tout d’abord une heure entre 23h et minuit, puis passe en heure de grande écoute avec une durée deux heures, entre 22h00 et minuit. Elle est dédiée aux investigations politiques et très souvent fait exploser des scandales qui mettent en cause des personnalités politiques ou économiques liées au gouvernement.

A travers tout son parcours, Lanata a reçu de nombreux prix prestigieux dont notamment 11 prix Martín Fierro. En 1996 il reçoit trois prix Martín Fierro, un pour le meilleur journal diffusé à la radio avec son émission Rompe/cabezas, un autre pour le meilleur journal à la télévision avec Día D, et un pour le meilleur travail journalistique de l’année. En 1997, il reçoit de nouveau deux prix Martín Fierro, un pour son programme Día D et un pour le meilleur travail journalistique de cette année. Il recevra encore deux prix Martín Fierro pour Día D en 1999 et en 2000. En 2000 il reçoit également le prix Martín Fierro du meilleur présentateur de journal masculin. Il recevra de nouveau ce prix en 2002 et 2003. En 2003, il reçoit le prix Clarín pour le meilleur programme d’information grâce à Día D. En 2004, il reçoit de nouveau un prix Martín Fierro pour le meilleur travail journalistique de l’année. En 2011, il reçoit le prix ACE pour le meilleur programme communautaire de l’année avec son émission BRIC.

Video : Film entier de Deuda. 1 h 31 mn 33 s. (2004).

nullSes grandes émissions :

Periodismo para todos (PPT)

 C’est actuellement l’émission phare de Lanata. Elle est diffusée le dimanche soir à partir de 22h (en prime-time en Argentine) sur Canal Trece (Canal 13). Elle est consacrée à l’actualité politique argentine et s’amuse à tacler le gouvernement de Cristina Kirchner. En effet, c’est une émission qui adopte très clairement le point de vue de l’opposition et est ainsi dédiée à faire connaître au grand public les scandales et abus de pouvoir de la présidente et de son entourage. Elle connaît un fort succès, avec en moyenne 18% de part de marché elle est classée deuxième des programmes les plus regardés le dimanche soir.

Cette réussite est due à une formule qui est à présent bien rôdée. L’émission commence tout d’abord avec un monologue de Lanata au cours duquel il va résumer de manière humoristique les sujets politiques de la semaine.

Vidéo : PPT mai 2012, après le voyage de Cristina Kirchner à Angola. L'imitatrice et Lanata en début d'émission

Le programme enchaîne avec de nombreux documentaires et entretiens. Il faut noter que Lanata et ses journalistes se rendent sur le terrain afin de mener eux-mêmes leurs propres enquêtes. Lanata est donc accompagné par Ismael Bermúdez, Luciana Geuna, Nicolás Wiñazki et Maximiliano Heiderscheid qui sont ses principaux journalistes pour cette émission.

Ce qui rend PPT intéressant, c’est la manière avec laquelle Lanata traite des sujets sérieux avec une pointe d’humour. Des sketchs viennent alimenter le ton humoristique et ironique de l’émission entre les différents sujets abordés. Il y a notamment le sketch de Fátima Florez, qui imite la présidente Cristina Kirchner. L’un des sketchs les plus connus est celui qui dénonce la comédie que la présidente joue constamment à la télévision. On y trouve la fausse Cristina Kirchner qui se voit remettre un prix Martín Fierro pour ses talents d’actrices et son rôle dans le G20.

Le programme de Lanata dérange tellement le gouvernement qu’il est censuré dans les provinces de Mendoza, Tucumán, Río Negro, Entre Ríos et San Juan. Et malgré cela, c’est l’émission politique la plus vue d’Argentine.

Il faut également remarquer que PPT est diffusé sur El Trece, chaîne de télévision qui appartient au groupe Clarín qui est fortement opposé au gouvernement actuel.

 nullnull

nullBRIC

Cette émission est en fait un documentaire présenté par Lanata découpé en 10 chapitres, dans lequel il s’intéresse au pays qui compose le BRIC. On y trouve un Lanata beaucoup plus sérieux, le ton n’est pas humoristique, il s’agit ici de s’intéresser à la réalité du phénomène de croissance que connaissent les pays du BRIC mais aussi à son impact sociologique dans le futur.

Afin de réaliser ce documentaire, Lanata a voyagé dans de nombreux pays afin d’interroger des spécialistes de la question social et de recueillir le ressenti des citoyens.

C’est une émission-documentaire qui date de 2010 mais dont l’analyse est toujours d’actualité.

Video : Début de la première émission BRIC. 9 mn 57 s.

nullLanata sin filtro :

Avec Lanata sin filtro, Lanata revient à la radio après une absence de cinq ans. C’est une émission qui aborde plusieurs types de sujet comme la politique argentine, les faits divers, le sport et les différents spectacles qui passent en ce moment. L’atmosphère de cette émission est familière et Lanata, accompagné de Luciana Geuna, Osvaldo Bazán, Gustavo Grabia, Nicolás Wiñazki et Adriana Verón nous informent de l’actualité du lundi au vendredi entre 13h00 et 14h30.

Son émission de radio passe sur LR6 Radio Mitre, qui appartient tout comme El Trece au groupe Clarín.

Son édito dans le Clarín

Lanata dispose depuis cette année (2012) d’une rubrique dans le journal Clarín dans laquelle il livre son opinion sur certains faits de la politique argentine ou sur des personnalités du gouvernement. Il livre une analyse claire sur un ton sarcastique et il démontre souvent les contradictions des hommes politiques. Son premier article porte sur les Moyanos (père et fils)

C’est donc une année marquée par le ralliement de Lanata au groupe Clarín, mais il ne faut pas oublier qu’il y a quelques années de cela, Lanata critiquait ouvertement ce même groupe Clarín et avait refusé de travailler pour eux pour des raisons d’éthiques. Il critique notamment la manière qu’a le groupe de manipuler certaines informations. Mais malgré ces tensions, Lanata rejoint le groupe en 2012, car les médias de l’opposition se font rares (Un des seuls avec le quotidien La Nacion) et le groupe Clarín est le seul à pouvoir porter les propos de Lanata aux oreilles de nombreux argentins.

 

nullLes polémiques les plus récentes :

Afin de mieux comprendre l’impact de Lanata dans la vie politique argentine, il faut se pencher sur les scandales et polémiques les plus récents que celui-ci a faits éclater au grand jour.

Son arrestation musclée au Venezuela pour "espionnage" lors de l’élection présidentielle :

Lanata s’est rendu début octobre 2012 au Venezuela afin d’y couvrir l’élection présidentielle. Mais au moment de quitter le Venezuela, Lanata et son équipe de PPT son interpelés à l’aéroport de Caracas par les services secrets vénézuéliens. Ils sont accusés d’espionnage et leurs matériels ainsi que leurs téléphones portables sont confisqués afin d’être examinés. Ils sont amenés au sous-sol de l’aéroport où ils furent interrogés durant plus d’une heure et demie. Par chance, l’un des caméramans a pu récupérer quelques secondes enregistrées sur le disque dur de sa caméra. On y voit toute l’équipe bousculée par les agents des services secrets. Ces derniers les auraient suivis toute la journée. On entend Lanata appeler l’ambassadeur argentin au Venezuela, Carlos Cheppi, afin de lui demander de l’aide. Ce dernier n’en fera rien et accusera Lanata d’avoir provoqué les autorités en montrant un dossier du service secret bolivien. Une fois l’interrogatoire terminé, Lanata et son équipe récupère leurs matériels (caméras, appareils photos et ordinateurs) mais ils se rendent compte que toutes leurs données ont été effacées (Sauf les quelques secondes restées sur le disque dur d’une des cameras). De son côté, Carlos Cheppi s’adressa à la presse afin de démentir que les autorités vénézuéliennes auraient touché au matériel du journaliste. Il affirme même qu’il a eu le ministre de l’intérieur vénézuélien au téléphone et que celui-ci lui a assuré que c’était un simple contrôle de routine et qu’ils allaient être libérés. Une fois arrivé à l’aéroport d’Ezeiza, Lanata s’en prend à l’ambassadeur. C’est selon lui une honte que Carlos Cheppi ne défende pas ses concitoyens, surtout que celui-ci lui aurait demandé, lors de leur échange téléphonique durant l’arrestation, son numéro de téléphone afin qu’ils lui envoient un texto.

Video : Arrestation de Lanata et de son équipe à l'aeroport de Caracs en octobre 2012. 

nullLa folie de Moreno :

Lanata a révélé en octobre 2012 que Guillermo Moreno, le secrétaire d’Etat au Commerce Intérieur, a maltraité et menacé une « despachante » (personne qui s’occupe des démarches administratives auprès d’entreprises étrangères important et exportant de et vers l’Argentine) devant des représentants d’une entreprise brésilienne. La « despachante », Paula De Conto, affirme avoir tout d’abord reçu un appel intimidant de Moreno au cours duquel ce dernier l’aurait insultée et manquée de respect. Ce dernier aurait hurlé au téléphone qu’il allait « lui faire fermer sa gueule » et continua son discours en criant. De Conto ne savait même pas pourquoi Moreno l’appelait, elle cru donc à une farce. Malheureusement ce n’était pas le cas, Moreno lui révéla le but de son appel en affirmant qu’elle travaillait pour une entreprise fantôme, qu’il n’allait pas tolérer cela et qu’elle ne pourrait plus jamais travailler. Or l’entreprise pour laquelle travaille De Conto est une très grande entreprise brésilienne qui est installée en Argentine depuis 12 ans, celle-ci est inscrite auprès de l’AFIP (Administración Federal de Ingresos Públicos). De Conto lui rétorque qu’une entreprise inscrite au sein de l’AFIP ne peut être fantôme car elle est justement inscrite dans les registres de l’Etat. Après avoir contacté l’entreprise brésilienne, De Conto découvrit que la secrétaire d’Etat au commerce brésilien avait appelé Moreno afin que celui-ci lui donne des explications sur son refus d’accorder le permis d’importer à cette entreprise brésilienne. Ne pouvant rien faire face aux brésiliens, Moreno dut s’en prendre à la « despachante ». Une semaine plus tard, De Conto et deux représentants de la compagnie brésilienne se rendirent au bureau de Moreno. Moreno les accueillit très brutalement, il s’adressa à la « despachante » en lui disant de nouveau de « fermer sa gueule » car il a déjà parlé avec elle. De Conto rétorqua qu’elle n’allait pas se taire et qu’elle lui demandait de s’excuser pour son comportement. Moreno se mit alors à crier plus fort, menaçant de nouveau la « despachante » de perdre son travail. Il se mit ensuite à crier aux deux représentants de l’entreprise brésilienne, il réclama de parler avec un gérant des ventes installé en Argentine. Il enchaîna ensuite en disant qu’il était dans son bureau et que dans son bureau il fait ce qui bon lui semble. Il dit ensuite à la « despachante » de « dégager de son bureau ». De Conto porta plainte le lendemain de cette réunion, une semaine avant qu’un autre incident similaire se produise. Cette fois-ci Moreno a insulté la présidente de l’ADECUA (association de défense des consommateurs), Sandra González. Celui-ci lui aurait hurlé dessus lors d’une réunion avec d’autres associations de consommateurs. Elle porta plainte également. Malgré ces histoires, Moreno occupe toujours aujourd’hui son poste de secrétaire d’Etat au commerce intérieur.

Video : Emission sur l'intimidation de Moreno envers Paula de Conto. Nov 2012. 8 mn 54 s.

nullLa corruption et l’inégalité dans la province de Misiones :

Lanata a révélé dans son émission PPT en novembre 2012, que l’ex gouverneur de Misiones, Carlos Rovira, aurait confié de nombreux travaux publics à son beau-père Nelson Spotorno. Ce dernier ce serait énormément enrichi au cours du mandat de son beau-fils et ses entreprises auraient prospéré comme jamais. De plus, Carlos Rovira possède l’une des maisons les plus chères de la province, situé à 200 mètre à peine de la côte du Rio Paraná.

Mais les soupçons de corruptions ne s’arrêtent pas là. La famille de l’actuel gouverneur, Maurice Closs, est propriétaire des exploitations pétrolière YPF dans toute la province de Misiones. Mais elle est également le principal fournisseur de combustibles de l’Etat. Lanata démontre que les intérêts publics et les intérêts privés se retrouvent étrangement mélangés.

Ces informations contrastent avec la réalité qui frappe cette province, Lanata a interviewé de nombreux citoyens à propos de la pauvreté et du chômage. Il remarque que la majeure partie des habitants de la province sont sans emploi. De plus, de nombreux villages n’ont ni eau potable, ni électricité. Pendant ce temps, les autorités décident d’utiliser l’argent public afin de construire une immense croix au sein de laquelle on peut monter et descendre grâce à un ascenseur dernier cri.

Ce qui est réellement frappant lors de cette émission, c’est l’extrême inégalité entre les personnalités proche du pouvoir et le reste de la population.

Ce type de reportage est fréquent, tant la corruption dans ce pays est énorme. Lanata s’était déjà attaqué à la province de Tucuman et de Formosa. Il ne serait donc pas surprenant de constater des reportages similaires dans le futur mais concernant d’autres provinces.

 

Video : Le reportage en entier 27 mn 47 s. sur Misiones. Novembre 2012.

A lire aussi dans le Petit Hergé :

 nullnullnullnull  

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 03:42

Mise à jour : 2 octobre 2012. Article écrit par Suzanne Raucy.

nullCaloi : Le plus porteño des dessinateurs humoristiques !

Pendant presque quarante ans, Carlos Loiseau a publié quotidiennement dans le journal Clarin sa bande dessinée la plus célèbre, Clemente, signée de son pseudonyme, Caloi.

S’il est connu de tous les Argentins depuis 1973, c’est en raison de la grande popularité de son principal personnage, Clemente, sorte d’oiseau à rayures, sans ailes ni bec, qui fût le commentateur ironique et satirique des événements politiques, sociaux et économiques de l’histoire récente du pays. Caloi est de fait le créateur d’une des mascottes de l’Argentine. « À travers Clemente, je me reconnais comme Argentin », a pu dire Carlos Nine, ami et collègue de Caloi. En effet, à travers sa créature, Caloi a su interpréter avec perspicacité et humour le sentiment populaire et l’identité des Argentins. Ainsi, une des contributions majeures du dessinateur est d’avoir fait entrer dans l’humour graphique argentin la vie de quartier, avec une tonalité incontestablement porteña.

La carrière de Caloi ne se limite pourtant pas à ce personnage : il fût également le dessinateur de la célèbre série graphique du Clarin, Caloidoscopo, dont les dessins déplacent toujours la réalité et les rêves humains avec un humour subtil. Mais c’est cependant avec Clemente qu’il a fait son entrée dans le monde de la télévision, avec son émission éponyme, en 1982, puis avec une autre en 1990, « Caloi en su tinta », dédiée à la diffusion et la vulgarisation d’œuvres graphiques, et notamment des courts métrages d’animation. En tant que péroniste et dessinateur satirique et politique, Caloi a connu la consécration populaire comme les contraintes de la censure, mais ayant dédié sa vie au dessin, il n’a cessé d’être un artiste prolifique et engagé. Depuis le moment où il a été capable de tenir un crayon jusqu’à sa mort récente, le 8 mai 2012, à l’âge de 63 ans, il a retranscrit avec un humour complice, nourri d’un subtil équilibre entre les mots et les images, sa profonde compréhension de la réalité quotidienne des Argentins.

nullUn enfant influencé par l’âge d’or de la bande dessinée argentine :

 

Carlos Loiseau est né à Salta le 9 novembre 1948, de parents d’origine française, belge, suisse, italienne, alors que son père travaillait pour la compagnie pétrolière YPF. Il grandit à Adrogué, ville située dans la partie sud du Gran Buenos Aires, raison pour laquelle il s’est toujours considéré comme étant porteño. Il eût une enfance heureuse, protégée. Comme tous les enfants, il dessina plus que de raison. Vers cinq ou six ans, il se prit de passion pour la bande dessinée, et commença à dessiner des  petites aventures réalistes, de cowboys, influencé par les revues de bande dessinée du milieu des années cinquante, comme Hora Cero ou Misterix, racontant l’histoire d’un savant anglais ayant inventé un costume le rendant invulnérable grâce à une pile émettant des rayons atomiques, personnage de super héros créé par le dessinateur italien Paul Campani. D’autre part, les dessinateurs de Rico Tipo, El Gráfico et de Patoruzú l’influencèrent énormément. Ces revues de bandes dessinées, il ne les lisait pas toutes chez lui mais surtout lorsqu’il se rendait chez le coiffeur. Enfant, Carlos Loiseau aimait également dessiner des personnages de Disney, et bien qu’il n’y en ait pas de traces dans ses premiers travaux professionnels, cette influence se fera ressentir vers le milieu des années 1970, au moment de la transformation décisive de son principal personnage, Clemente, qui à l’origine était un oiseau et deviendra une créature inclassable (en perdant son bec et ses ailes).

nullPuis, il se mit à créer ses propres personnages, ses propres histoires sous forme de bandes dessinées qu’il reliait lui-même soigneusement, les destinant à ses proches ou camarades d’école. Deux modèles semblent l’avoir particulièrement influencé durant toute sa carrière : le dessinateur Quino, créateur de Mafalda (son père en était un grand admirateur, et le petit Carlos l’a découvert dans la revue Vea y Lea), et Saúl Steinberg, célèbre dessinateur du magazine The New Yorker (la bibliothèque familiale comptait un exemplaire de son premier livre, Todo en líneas, publié en Argentine en 1945).

 

Carlos Loiseau suivit un enseignement secondaire rigoureux, assez laborieux, au Colegio Nacional de Buenos Aires. Il n’avait pas alors de vocation professionnelle bien définie, ses amis plaisantaient en disant qu’il deviendrait dessinateur. Et il le devint. Il passa sa dernière année de secondaire au Colegio Nacional de la ville d’Adrogué (qu’il ne finit pas, d’ailleurs). C’était en 1966, et il avait donc 17 ans lorsque le général Juan Carlos Onganía mit fin par un coup d’État au gouvernement du président Arturo Umberto Illia, pour mettre en place sa dictature appelée « Revolución Argentina ». À cette époque, l’adolescent dessinait ses professeurs, des histoires satiriques pour ses camarades, illustrait des affiches pour des clubs de quartier : mais c’est aussi à cette époque qu’il devint un dessinateur professionnel, sans avoir jamais suivi de formation spécifique.

Vidéo : Entretien en 2011 avec Calo. Canal 7. 7 mn 06 s.

nullCaloi, dessinateur satirique et politique : précocité et richesses d’une trajectoire professionnelle :

 

Ses premières caricatures parurent en 1966 dans le magasine hebdomadaire satirique Tia Vicenta, fondé par le caricaturiste Juan Carlos Colombres ("Landrú") et l’illustrateur Oski en 1957. Carlos Loiseau avait été mis en contact avec les dirigeants de la revue par le biais d’une connaissance de la famille, Alberto Bróccolli, qui y travaillait depuis plusieurs mois. Il raconte qu’il avait alors réuni tous ses dessins, et les avait signé, pour la toute première fois, de son pseudonyme, Caloi. Il avait jusque là essayé de nombreuses autres appellations, et notamment « L’Oiseau », et en cherchant avec son père un nom qui sonnerait classique ou historique, il finit par se décider pour « Caloi ».

La revue Tia Vicenta fut interdite sur décret du gouvernement de Onganía en juillet 1966. Un des thèmes récurrents de la revue, abordé en toute illégalité, était le péronisme : le décret 4161, signé par le président Pedro Aramburu en 1956, interdisait toute mention de Juan Perón, alors exilé, ou du péronisme.

 nullLes premières bandes dessinées du jeune Caloi furent publiées en 1967 sous la forme d’une série nommée «Artista, Flor, Ejecutivo», dans l’hebdomadaire satirique María Belén, également dirigé par Landrú. Il se maria alors, à l’âge de 19 ans, mais cette union prit fin après deux ans. Son premier ouvrage, El libro largo de Caloi, fût publié en 1968, et son premier court-métrage d’animation en 1970, Las Invasiones Inglesas.

Entre 1968 et 1971, Carlos Loiseau fût le dessinteur de l’hebdomadaire Análisis, pour ses sections politique et humoristique. Il contribua ensuite régulièrement aux magasines satiriques Satyricón (de 1972 à 1974) et Mengano (de 1974 à 1976) et à l’hebdomadaire sportif El Gráfico (de 1976 à 1982), entre autres.

Mais sa collaboration la plus longue et constante fût avec le quotidien Clarín, le plus lu en Argentine actuellement, pour lequel il commença à travailler en 1968, comme dessinateur pour la série libre Caloidoscopio, introduit par León Bouché, un des hommes importants du journal. Caloi travailla pour ce journal jusqu’à sa mort en mai 2012. Comme il avait envoyé de très nombreuses « tiradas » (bandes dessinées) à Clarin, à la mort du dessinateur, ce quotidien continua à les publier jusqu’à la dernière publiée fin septembre 2012.

En 1987, une exposition rétrospective de son œuvre fût réalisée au Centro Cultural Ciudad de Buenos Aires (actuel Centre Culturel Recoleta), intitulée « Veinte años no es nada », qui reçut 110000 visiteurs. Il fût jury pour le concours de dessins d’enfants organisé par le Banco Mercantil Argentino (en 1987), pour le concours d’humour et de caricatures organisé par le journal Clarín, et aussi pour le premier festival mondial d’humour graphique de Calarcá (en Colombie, en 1989) etc.

En 2000, il réalisa une exposition importante au Centre Culturel d’Alte Brown, et en 2004, au Palais de Glace de Buenos Aires.

 Entre 1968 et 2008, Caloi publia pas moins de 40 livres, dont 17 dédiés à son personnage Clemente.

En 2004, Caloi fût déclaré « Personalidad destacada de la cultura », et son personnage le plus célèbre, Clemente, fût quant à lui classé patrimoine culturel de la ville, par le gouvernement de la ville de Buenos Aires. Tandis que le 10 mars 2009, le dessinateur fût nommé « citoyen illustre de Buenos Aires ». Caloi fût également lauréat de la Biennale Nationale et internationale de l’humour et de la bande dessinée de Córdoba, du prix Konex des arts plastiques (en 1982 et 1992), du Datero D’Argento, en Italie, entre autres, car les prix qu’il reçut furent nombreux.

Vidéo : canal Encuentro, le personnage de Clemente 1ère partie. 2 mn 27 s (2012)

 

Vidéo : canal Encuentro, le personnage de Clemente 2ème partie. 1 mn 36s (2012)

 

 nullCaloi et le journal Clarin : La « naissance » de Clemente, la mascotte de l’Argentine : 

En 1973, le journal Clarin décida de rénover totalement sa « 4e de couverture », et Caloi, qui travaillait pour le journal depuis 1968 déjà, contribua au projet en y publiant une bande dessinée. Clemente est ainsi né le 13 mars 1973 comme personnage secondaire de la bande dessinée en noir et blanc « Bartolo el maquinista », lancée la veille dans le journal.

À l’origine, la série contait l’histoire de Bartolo, très porteño et mélancolique chauffeur de tramways, parcourant Buenos Aires accompagné de sa mascotte, Clemente. Le tramway se déplaçait comme un fou, volant, grandissant ou rétrécissant. Puisque Bartolo était un supporter de River, à l’instar de son créateur, Caloi fit de Clemente un supporter de Boca, club de football rival. Très rapidement, Clemente prit de l’ampleur, devint populaire, et la bande dessinée prit successivement les noms de « Bartolo y Clemente », « Clemente y Bartolo », et enfin « Clemente », lorsque la mascotte devint non seulement le personnage principal de la bande dessinée mais en évinça le chauffeur Bartolo.

Clemente est un personnage atypique, qui avec le temps devint un classique de la bande dessinée argentine, visible chaque jour (à l’exception du 11 septembre 2001) dans le Clarin depuis plus de quarante ans. C’est une créature d’une espèce inclassable et indéfinie, une sorte d’oiseau à rayures noires et jaunes, avec une bouche plutôt qu’un bec (qu’il avait pourtant originellement), sans ailes ni bras. Il se nourrit d’olives, de préférence, qui généralement ne sont pas banales car douées de parole, menaçant de s’enfuir ou même de se suicider… Son créateur a lui-même déclaré dans une interview : « Clemente es un personaje del absurdo, pero no tiene lugar en la escala zoológica ». Ce personnage de Caloi est, au sein de la bande dessinée argentine, le critique politique, économique et social par excellence. Ses commentaires portent sur la réalité sociale, économique et politique du pays, d’un ton sarcastique et ironique, se moquant de personnalités argentines ou mondiales. D’autres personnages humoristiques l’accompagnent, possédant chacun une caractéristique propre et extravagante. Avec son regard ironique et son caractère « porteño », il fût le chroniqueur de nombre des grands événements de l’histoire récente de l’Argentine.

 nullÀ travers ce personnage transparaissent de nombreuses passions caractéristiques des Argentins, comme le football, le goût de la parole et de l’ironie, et les femmes. Au cours de la décennie 1970, son identité s’affirma, il devint un personnage emblématique.  Un de ses traits singuliers, qui le rendit très populaire, est sa capacité à philosopher, à palabrer à partir de sagesses populaires, avec les impressions et le point de vue de « l’homme de la rue ». En outre, Clemente adore le football, passion indéniablement présente dans les bandes dessinées, mais aussi à la télévision, dans sa version animée, au moment des mondiaux de football. À cette occasion apparaissaient des dizaines de Clemente, formant une tribune, sautant et criant pour soutenir l’équipe argentine, à l’aide de banderoles. Lors de la coupe du Monde de 1982, Caloi créa « el hincha de Camerún », double noir de Clemente, supporter du pays africain lors de sa première participation au Mundial. Mais en 1978 déjà, alors que la Coupe de monde avait lieu en Argentine en pleine dictature, Clemente était devenu le célèbre porte-parole de la défense du folklore footballistique argentin : une des traditions consistait à lancer des bouts de papiers lorsque les équipes sortaient du terrain, et lorsque celle-ci fut interdite, un Clemente géant apparut sur les tableaux d’affichage, encourageant les supporters argentins à respecter cette coutume. (cf rubrique politique).

nullClemente n’est pas le seul personnage de la célèbre bande dessinée éponyme : à ses nombreux doubles s’ajoutent bien d’autres personnages. Deux femmes antagonistes, amantes de Clemente (ce qui fit polémique) : la première, Mimí, canari femelle vivant dans une cage, profondément amoureuse de Clemente, est un personnage aristocratique et très romantique. La seconde, complétant le triangle amoureux, est radicalement différente de la première : la Mulatona apparut plus tard dans la série, comme personnage métis d’origine cubaine (et utilisant d’ailleurs des expressions typiques), aux formes pulpeuses, elle aussi amoureuse de Clemente, et de la même espèce inclassable que lui.

Clemente a deux enfants : son fils aîné fils, Jacinto, né d’une olive, supporter du club de football River, à l’instar de Caloi mais non de Clemente. Il s’engage régulièrement dans de longues conversations philosophiques avec son père, dont les conclusions sont généralement plutôt farfelues. Le personnage se décline en deux versions, celle de l’enfant et celle de l’adolescent, le premier ayant une tétine, le second un piercing à la narine. Jacinto est jaloux de sa sœur, fille de Clemente et de la Mulatona.

D’autres personnages complètent la bande dessinée de façon plus ponctuelle : on compte des objets (pierres, olives, buste de Sigmund Freud, etc), un double en version dinosaure, « Clementosaurio», diverses personnalités politiques, etc.

Photo : Au dessus les principaux personnages du monde de Clemente. de gauche à droite, Le Clemente, la Mulatona, le Clementosaure, Jacinto bébé, l'hincha du Cameroun, le Nono, Jacinto adolescent.

Photo : Ci dessous la première apparition de Clemente le 13 mars 1973 dans le Clarin.

null 

Vidéo : Reportage sur Caloi à travers ses amis et ses deux fils."Más conocido como Caloi". 11 mn 41 s.(2011).

nullCaloi, le football et la politique :

Le jeune Carlos était issu d’une famille de gauche, avec un grand père anarchiste et un père socialiste. Quant à lui, étudiant, il milita dans la jeunesse péroniste pour le retour de l’ancien président exilé, et resta péroniste par la suite.

En raison de cela et de la tonalité humoristique et sarcastique de ses bandes dessinées, Caloi a connu ponctuellement la censure sous la dictature militaire. Il raconte par exemple les menaces de mort proférées contre lui et sa famille peu avant le coup d’État, mais également les séries de bandes dessinées « non publiées » (il préférait cette expression à celle de « censurées », pour ne fâcher personne), ou les vives réactions provoquées par certaines, publiées, mais trop critiques vis à vis de la politique gouvernementale. Mais au final, il ne fait pas partie des plus persécutés, et s’en est toujours sorti sans encombre, même lors du Mondial de football en 1978. À cette occasion, José María Muñoz lança une campagne publicitaire agressive, organisée par le « Ministère de la Diffusion publique » pour inciter les Argentins à « bien se comporter », ce qui eu notamment pour conséquence l’interdiction, pendant tout l’événement sportif, de lancer des papiers lors de l’entrée des joueurs sur le terrain, ce qui était une habitude des supporters argentins pour montrer leur soutien.

Des contrôles furent mis en place, le papier théoriquement interdit dans l’enceinte du stade, à tel point qu’une contrebande de papier se mit en place. Avec la complicité de l’entreprise Autotrol, chargée grand panneau d’affichage, un Clemente géant apparut sur celui-ci, encourageant les supporters avec la phrase "¡Tiren papelitos, muchachos!" lorsque l’Argentine entrait en jeu. C’est à l’occasion de cet événement populaire que Clemente atteint lui-même sa plus haute cote de popularité. La passion du football a également mené Caloi à dessiner le logo de son club favori, River Plate, le fameux lion qui identifia l’équipe pendant les championnats de 1985/1986. En 2003, il fût également le jury du premier Festival d’humour graphique et de bande dessinée organisé par le club, "Con Humor a River".

Un autre affaire provoqua un scandale, plus politique cette fois : en 1983, l’émission « Clemente » diffusa un épisode pendant lequel la Mulatona avait été enlevée et séquestrée par un vampire-chauve souris à tête humaine, ressemblant étrangement à José Alfredo Martínez de Hoz, ministre de l’économie de 1976 à 1981. Le vampire demandait une rançon de 40 milliards de dollars « plus intérêts », chiffre correspondant au montant de la dette extérieure amassée sous le ministère de Martínez de Hoz. Celui-ci poursuivit la chaîne et Caloi pour diffamation et fit interdire l’épisode de Superclemente.

nullCaloi et Clemente à la télévision : du papier à l’écran, le même succès :

 

La première apparition du fameux personnage de Caloi comme protagoniste d’un programme de télévision se fit avec la série « Clemente ». Ce programme télévisé d’animation, co-écrit par Caloi et ses amis Alejandro Dolina et Jorge Palacio ("Faruk"), réalisé avec des marionnettes fût diffusé quotidiennement par la chaîne Canal 13 de 1982 à 1989. Un autre programme spécifique fût créé en 2002 pour le personnage, utilisant l’animation 3D, diffusé pendant deux mois par la chaîne Canal 7.

nullMais Caloi et la télévision, c’est surtout la création et la diffusion d’une émission, « Caloi en su tinta », présente sur la chaîne publique ATC (actuelle canal 7) de 1990 à 1999, et sur la chaîne du cable Canal á en 2002 et 2003, et Canal 7 de 2005 à 2008. Ce programme était dédié à la divulgation et à la diffusion de courts métrages d’animation d’auteurs, de bandes dessinées, de design graphique et d’arts plastiques en général. La femme de Carlos Loiseau, María Verónica Ramírez, en était à la fois la productrice et la directrice et Caloi lui-même en était le réalisateur et le présentateur. Cette émission a connu un grand succès, mérité au vu de sa qualité et de la diversité des films d’animations qui y étaient diffusés, correspondant à 10% seulement de toutes celles qui lui étaient envoyées des quatre coins du monde.

Le programme a remporté, entre autres, le prix « Martin Fierro » en 1993, attribué par l’APTRA (Asociación de Periodistas de TV y Radio de Argentina), pour lequel il a été nominé de nombreuses fois. L’émission a par ailleurs été déclarée « d’intérêt culturel et éducatif » par un nombre incroyable d’institutions, dont les ministères de la culture de Buenos Aires et de la Nation.

Photo : A droite, Caloi c'est aussi des album d'humour, toujours entre absurdité et poésie. Cliquez pour agrandir.

Vidéo : Mai 2012, la mort de Caloi sur Canal 7. 4 mn 03 s.

nullCaloi et la publicité

 

Ses dessins et personnages illustrèrent de nombreuses campagnes de publicité, de toutes sortes. La principale collaboration de Caloi dans ce domaine fût avec la marque de cigarettes « Parliament », pour laquelle il dessina les affiches de campagnes de 1969/1970/1971 et de 1977/1978, pour les journaux et la télévision dans tout le pays.

En 1981/1982, il illustra la campagne de la marque « La Europea », et plus récemment, celles de Terrabusi (entreprise alimentaire), de la Lotería de Jujuy, de la brasserie Quilmes, du Laboratoire B y K, du Programme d’éradication de la violence dans les stades de football, etc…

nullCaloi et le cinéma d’animation

 

En 2008 est sorti « Imaginadores », un film documentaire d’animation réalisé par Daniela Flore et auquel Caloi a participé en tant que dessinateur et interrogé. Ce film porte sur la bande dessinée argentine, comme étant l’une des manifestations de l’art national ayant transcendé les frontières grâce au talent silencieux de ses principaux auteurs et dessinateurs. Juan Sasturain, Oscar Steimberg. Enrique Villagran, Eduardo Maicas, Roberto Fontanarrosa, Alberto Breccia, Francisco Solano López et Caloi bien sûr, sont quelques uns des grands noms qui prêtent leur expérience à ce documentaire.

Le 3 mai 2012, cinq avant sa mort, a eu lieu la première « Ánima Buenos Aires », long métrage d’animation produit et dirigé par Caloi et María Verónica Ramírez, sa femme. L’un comme l’autre ont participé à la création des dessins, associés notamment à Carlos Nine, Pablo et Florencia Faivre, Pablo Rodríguez Jáuregui, Mario Rulloni et Juan Pablo Zaramella. Le 8 mai 2012, Carlos Loiseau est mort dans une clinique de Buenos Aires d’un cancer du colon.

Ce film résume assez bien l’amour de Caloi pour la ville de Buenos Aires. Il y a habité pendant la majeure partie de sa vie, avec sa femme et leurs enfants, dans le quartier de Barracas près de Parque Lezama. Il qualifiait lui-même ce foyer « d’usine à talents » : sa femme est dessinatrice, coloriste, productrice, tous ses enfants pratiquent un art, et notamment son fils Tute, coloriste et dessinateur de renom.

nullL’avis du Petit Hergé :

Caloi est certainement incontournable quand on s’intéresse à la fois à l’humour porteño et aussi à la bande dessinée argentine. Son personnage de Clemente reste le plus connu, et je me souviens de  mes lectures du Clarin les premières années à Buenos Aires en 1994 et 1995 qui se terminaient toujours en contratapa par les dernières histoires de Caloi, de Guinzburg, de Sendra et de tous les autres …. L’humour est vraiment la partie la plus difficile à saisir d’une nouvelle culture. Caloi avec Clemente et ses clin d’œil à la politique ou tout simplement à la vie quotidienne a commencer à faire partie de ma vie au bout de quelques mois lorsque ses « historietas » arrivèrent à me faire sourire. C’est ce jour là ou je compris que je commençais à comprendre non seulement Clemente mais aussi tout le monde argentin qui m’entourait ! 

 Le 23 septembre 2012, Clarin a publié la dernière « tira » de Caloi, où Clemente retorquait à Bartolo. Comme quoi tout se termine toujours par une fin en boucle….. Caloi avait commencé avec Bartolo son tram et Clemente en 1973….. et il s’en est allé en dessinant une dernière fois Bartolo (qui ne revenait plus que très sporadiquement dans le monde de Clemente).

Voici la dernière historieta dessinée par Caloi et publié le 23 septembre 2012 :

null

A lire aussi dans le Petit Hergé :

   

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:00

Mise à jour : 22 septembre 2012. Article écrit par Suzanne Raucy.

nullMercedes Sosa et le folklore argentin :

Mercedes Sosa fût une des plus grandes voix du folklore argentin et de la musique populaire latino-américaine, une voix profonde, chaleureuse et mélancolique. La Negra, c’est ainsi qu’on l’appelait : à cause de sa chevelure de jais, de ses origines indiennes.

Elle se définissait elle-même comme étant une « cantora » plutôt qu’une « cantante », selon  une distinction fondamentale de la « nueva canción latinoamericana », brouillée par la traduction française unique de « chanteuse » : “cantante es el que puede y cantor el que debe”, disait-elle. Sa vie durant, elle a prêté sa voix aux causes qui lui semblèrent justes, à commencer par l’idéal de revalorisation et de rénovation du folklore argentin et des musiques populaires sud-américaines, impulsé par le « Movimiento del Nuevo Cancionero », courant majeur dont elle a été à l’initiatrice avec, entre autres, son ami, le compositeur et parolier Armando Tejada Gómez et son premier mari, le musicien Oscar Matus. Mercedes Sosa fût le symbole d'un mouvement de renouveau de la musique folklorique, socialement engagé, aux côtés notamment d'Atahualpa Yupanqui.

nullSon style :

Si elle interpréta des rythmes rapides comme la chacarera ou la cueca norteña, c’est la zamba, voire la cueca de Mendoza, qu’elle affectionna tout particulièrement. Profondément mélancolique et romantique, c’est avec elle qu’elle emporta son public. Formidable interprète, sachant toucher avec la grâce des émotions, elle choisît toujours avec beaucoup de soin son répertoire où elle privilégie la beauté des compositions et des textes. Rapidement, elle s’inscrit dans l’univers plus vaste de la chanson contestataire sud-américaine et reprend les textes de chanteurs engagés, comme la Chilienne Violetta Parra, et prête sa voix à des paroliers et poètes de langue espagnole, comme le Chilien Pablo Neruda, la Péruvienne Alicia Maguiña, le Cubain Bola de Nieve ou encore le Brésilien Milton Nascimento. Chanteuse populaire par excellence, elle transcende les styles et les frontières par la beauté de sa voix, d’autant plus que le folklore sur lequel elle s’appuie s’inscrit dans une zone d’influence sud-américaine.

Mercedes Sosa ne « chantait pas pour chanter », selon le titre d’un de ses premiers albums, mais pour mettre sa voix au service des « sans-voix » : pour Victor Heredia, son ami et compositeur de plusieurs de ces chansons, elle était « la voix de ceux qui n'avaient pas de voix à l'époque de la dictature argentine. » Poussée à l’exil par les persécutions politiques, dont elle faisait l’objet en tant que sympathisante communiste, elle continuera à chanter l’espoir et la résistance, jusqu’à devenir une idole populaire, « la Voz de Americà », interprète des joies et des peines des peuples de l'Amérique latine.

Vidéo : Un des grands clsssiques de Mercedes Sosa : "Gracias a la vida".(1971) paroles et musique de Violeta Parra. 

nullTucumán : l’enfance et l’adolescence.

Mercedes Sosa naquit le 9 juillet 1935 dans la ville de San Miguel de Tucumán. Cette date symbolique, jour de la fête nationale célébrant l’Indépendance de l’Argentine, semble être aux yeux des Argentins la preuve rétrospective de sa destinée : le hasard a bien fait les choses pour celle qui deviendrait  la « Voz de Americà », ambassadrice mondiale de la musique folklorique et populaire, argentine comme sud-américaine, celle qu’on appellerait « la Negra » ayant chanté sa vie durant la liberté et la démocratie.

Elle vint au monde une quinzaine de jours après la mort accidentelle de Carlos Gardel, et nombreux sont ceux qui y voient une transmission de flambeau entre deux des plus grands chanteurs que l’Argentine ait produit : au Morocho succéda la Negra.

Inscrite au registre civil sous le nom de Haydée Mercedes Sosa, ses parents et ses proches l’appelèrent toujours du nom qui lui avait été donné à l’origine, Marta.

Mercedes Sosa grandit dans un foyer humble et heureux. Son père, descendant d’indiens diaguitas, était ouvrier dans l’industrie sucrière, travaillant pour l’entreprise Guzmán. Sa mère quant à elle travaillait comme lavandière, lavant et repassant le linge de familles mieux loties. La famille Sosa, très pauvre, comptait cinq enfants : trois fils, Cocha, Orlando Ernesto dit Chichi et ----, et deux filles, Mercedes et Chocha, sa sœur, morte en 1957 à l’âge de 29 ans.

De son enfance lui vient le goût des arts folkloriques : jeune fille, elle était professeure de danse folklorique, et elle raconte dans ses mémoires qu’elle chantait sans cesse. La famille ne pouvant se permettre d’avoir une radio, elle mémorisait les paroles en écoutant celles des voisins.

En octobre 1950, alors qu’elle avait 15 ans, la directrice de son école lui demanda de remplacer la professeure de chant, absente, et de chanter l’hymne national, et elle raconte sa gêne face au public, cette timidité qu’elle a conservé toute sa carrière. Plus tard, elle se rendit avec des amis à la radio LV12 de Tucumàn pour participer à un concours de chant, qu’elle remporta sous le pseudonyme de Gladys Osorio, en chantant « Triste estoy » de Margarita Palacios. Le premier prix était un contrat de deux mois de diffusion dans l’émission en question. Ses débuts se firent ainsi à l’insu de ses parents, qui finirent par l’apprendre et l’accepter. À cette époque, ses références musicales étaient notamment Margarita Palacios et Antonio Tormo, chanteur folklorique du début des années 1950.

Dès lors, la jeune tucumane se consacra au chant, elle qui disait n’avoir jamais eu de vocation, avoir été poussée à devenir artiste par son futur mari, Manuel Oscar Matus.

Ses premières performances scéniques se répartissaient entre des événements politiques partisans, ses parents étaient des péronistes convaincus, les représentations du cirque des Frères Medina, et les émissions de radio, où elle chantait des boleros dans le groupe des Frères Herrera, dirigé par Tito Cava.

nullMendoza : El Movimiento del Nuevo Cancionero et le « boom du folklore »:

En 1957, elle s’installa à Mendoza à la suite de son mariage avec le musicien et compositeur Oscar Matus, où ils eurent un fils, Fabian Matus. Le couple y rencontra Armando Tejada Gómez, poète et parolier, qui devint leur ami et qui eut un rôle fondamental dans la carrière de Mercedes.

Avec Tucumán et plus tard Buenos Aires, Mendoza reste un lieu essentiel pour Mercedes Sosa : à ses propres yeux, c’est dans cette ville qu’elle « devint  femme », et se forma en tant qu’artiste. Dans ses dernières volontés, la chanteuse souhaita que ses cendres soient dispersées dans ces trois lieux. Mais elle conserva également une grande affection pour la ville de Montevideo, où elle donna au début des années 1960 une série de concerts pour la Radio El Espectador et Canal 12, et où elle eut pour la première fois le sentiment d’être considérée comme une artiste.

Mercedes Sosa commença à chanter professionnellement à une époque où le tango de Buenos Aires, qui était la musique populaire par excellence, était peu à peu concurrencé par les musiques folkloriques originaires des provinces. Ce phénomène culturel est connu comme le « boom du folklore », qui fût une des conséquences de l’industrialisation du pays,  provoquant des flux de migrations internes à l’Argentine, des campagnes vers les villes, créant ainsi un contexte ethnique et culturel nouveau.

En 1962, Mercedes Sosa sortit son premier album, La Voz de la Zafra (la zafra est la matière brute issue de la canne à sucre, principale production de Tucuman), produit par le label RCA grâce au soutien du musicien et compositeur Ben Molar. Cet album, réédité plus tard sous le nom de Canta Mercedes Sosa, comptait entre autres huit chansons composées par Matus et Gomez : Los hombres del río, La zafrera, El río y tú, Tropero padre, Nocturna, Zamba de los humildes, Zamba de la distancia et Selva sola. C’est dire l’importance du trio artistique Gomez-Matus-Sosa, respectivement à l’origine des textes, de la musique et de la voix.

Le 11 février 1963, ce trio, entouré d’autres artistes tels que Eduardo Aragón, Tito Francia et Juan Carlos Sedero, entre autres, lança le « Movimiento del Nuevo Cancionero » depuis le Cercle des Journalistes de Mendoza (internationalement connu ensuite comme le « Movimiento de la Nueva Canción »). Le Manifeste du Mouvement plaidait pour la valorisation et l’intégration de la musique populaire au sein des diverses expressions régionales du pays. Comme courant de rénovation du folklore, le Mouvement proposait de mettre de côté les modes passagères et commerciales, pour mettre l’accent sur la vie quotidienne de l’homme argentin, sur ses joies et ses peines, et pour créer un « recueil » musical d’abord national, puis sud américain, nourri en permanence des innovations, sans frontières entre les genres populaires.

Mercedes Sosa a mené sa vie d’artiste selon les principes de ce Mouvement, rendant toujours plus obsolètes les préjugés artistiques, culturels et idéologiques. De ces principes proviennent également la rigoureuse sélection qu’elle a toujours appliquée aux textes qu’on lui proposait de chanter, le lien essentiel avec les milieux populaires, l‘ouverture permanente aux jeunes auteurs et aux nouvelles formes musicales, la possibilité de dialogue entre le rock national, le tango et la pop.

null null null

nullBuenos Aires, le Festival de Cosquín de 1965 : les débuts de la reconnaissance artistique et populaire en Argentine.

Son mari la quitta, la laissant seule avec son fils. Cet abandon la marqua considérablement. Elle s’installa à Buenos Aires au cours de l’année 1965, ville qu’elle aima et fit sienne.

Les principes esthétiques et culturels du Movimiento del Nuevo Cancionero, déjà esquissés dans le premier album de Mercedes Sosa, semblent résumés dans le titre du second, qui sortit en 1965, Canciones con fundamento, produit par le label indépendant El Grillo. Si ses deux premiers albums étaient passés inaperçus au niveau national, Mercedes Sosa s’était déjà bâtit une réputation régionale lorsqu’elle connût la consécration populaire en participant, de façon tout à fait inattendue, au Festival de Cosquín en janvier 1965. Cet événement, se déroulant dans une petite ville située dans la province de Córdoba, était devenu l’épicentre du « boom du folklore ». Après quelques mots de présentation, le célèbre chanteur Jorge Cafrune la fit monter sur scène, malgré le refus des dirigeants du festival : Mercedes Sosa était alors une sympathisante communiste, ce qui n’était pas de bon ton pour les organisateurs de l’événement, clairement de droite. Elle chanta Canción del derrumbe indio de Fernando Figueredo Iramain, accompagnée seulement de son bombo, le tambour emblématique du folklore argentin. Cette chanson parle de la conquête espagnole, et qu’elle l’ait choisie avec ingénuité ou non, elle eût un grand succès auprès du public. Cette réussite déboucha immédiatement sur un contrat avec le label Philipps (qui devint PolyGram puis Universal), auquel elle fût fidèle toute sa carrière. Elle sortit un nouvel album en 1967, au titre significatif de « Yo no canto por cantar », avec des chansons devenues célèbres telles que «Zamba para no morir » de Hamlet Lima Quintana, «Zamba azul» de Armando Tejada Gómez et Tito Francia, ou encore «Tristeza» des frères Núñez. (Elle fit connaître ainsi les compositeurs tucumans Pato Gentilini, el Chivo Valladares et Pepe Núñez.)

En 1969, avec l’enregistrement et la diffusion mondiale de « Cancion con todos » d’Armando Tejada Gomez et César Isella, qui fût adopté virtuellement comme l’Hymne non officiel d’Amérique Latine, elle donna ainsi une dimension sud-américaine, sinon internationale, au Mouvement. En 1969, 1970 et 1971, elle sortit trois disques, produits de la collaboration avec la compositeur Ariel Ramírez et le parolier Félix Luna : Mujeres argentinas (avec la zamba « Alfonsina y el mar »), Navidad con Mercedes Sosa et Cantata sudamericana.

nullLa dimension sud-américaine de son succès

 Si Mercedes Sosa commença sa carrière comme chanteuse de folklore argentin, sa renommée s’entendit rapidement à toute l’Amérique latine. Au printemps 1969, elle donna son premier récital au Chili. En 1971, après la formation du gouvernement de Salvador Allende au Chili, elle enregistra un de ses albums les plus remarqués, Homenaje a Violeta Parra, reprenant des textes de la chanteuse chilienne tels que « Gracias a la vida » ou « Volver a los 17 ». Ce fût un succès dans toute l’Amérique latine. La fille de Violeta Parra, Isabel Parra, elle-même chanteuse, témoignait de la cohérence de cet hommage rendu à une femme et chanteuse engagée par une autre qui le fût tout autant, toutes deux au service des arts populaires et du folklore, d’un même chant engagé et révolutionnaire. En 1973, lors du coup d’État d’Augusto Pinochet, Mercedes Sosa jura de ne plus chanter au Chili tant que ce régime serait en place. Cette même année sortit son album « Traigo un pueblo en mi voz », au titre significatif, avec des chansons comme  «Cuando tenga la tierra» (de Daniel Toro et Ariel Petrocelli), «Triunfo agrario» (de César Isella et Armando Tejada Gómez), «Si un hijo quieren de mí» (de Ariel Ramírez et Juan L. Ortiz), et deux poèmes du Péruvien César Vallejo.

En 1975, elle donna son premier concert en Espagne, dans le Palacio de los Deportes de Barcelone, pour lequel le gouvernement avait interdit toute publicité et qui fit pourtant salle comble. Mercedes Sosa était alors déjà la « voix de l’Amérique latine », celle des peuples de langue espagnole, et au-delà, celle des peuples sans voix.

Vidéo : Autre grand classique : "Sólo le pide a Dios" Concert de 1984 au Luna Park de Buenos Aires avec León Gieco.

nullLa persécution politique : la dictature, la censure, l’emprisonnement et l’exil

 Parce que ses parents étaient péronistes, elle le fût également dans sa jeunesse, « sans le savoir » disait-elle, mais toute sa vie durant, elle appuya les causes politiques de gauche, et fût sympathisante communiste, affiliée au Parti pendant la décennie 1960. Pour elle, être communiste était « un sentiment », un engagement constant en tant qu’artiste, au travers de ses textes et par sa voix, bien plus qu’un militantisme direct aux côtés du Parti. À la suite du coup d’État militaire du 24 mars 1976, elle figura sur la liste noire du nouveau gouvernement : une dictature, toujours, mais illégitimement arrivée au pouvoir cette fois. De 1976 à 1983, quatre juntes militaires se succédèrent à la tête du «Proceso de Reorganización Nacional», de 1976 à 1980, ce fût avec le « presidente » Jorge Rafael Videla, assisté de Emilio Eduardo Massera et Orlando Ramón Agosti, que s’inaugura le régime.

Ses disques furent interdits, mais elle sortit en 1976 un album sous la récente dictature, « La mamancy », dont les thèmes incluaient notamment le «Poème n.º 15» de Pablo Neruda (tiré de Veinte poemas de amor y una canción desesperada) mis en musique par Víctor Jara, et « Drume negrita » du cubain Bola de Nieve. Malgré les disparitions, la censure, les amendes et la persécution permanente, Mercedes Sosa choisit de rester en Argentine. D’autres albums sortirent, furent censurés : Mercedes Sosa interpreta a Atahualpa Yupanqui (1977) (qui fût un célèbre chanteur et musicien de folklore), et Serenata para la tierra de uno (1979), ou encore un disque simple de deux chansons du brésilien Milton Nascimento. C’est de cette époque tourmentée que date son habitude d’introduire dans son répertoire des classiques brésiliens. Son second époux, Pocho Mazitelli, mourût en 1978.

Lors d’un concert donné à La Plata en 1978 (date précise), où elle fût fouillée et détenue sur la scène même, devant un public de 350 personnes assistant à son arrestation.

 

Lorsque l’hostilité du régime et les persécutions devinrent insupportables, Mercedes Sosa choisit de s’exiler en Europe. En théorie, la célèbre chanteuse pouvait entrer et sortir du pays, mais elle ne pouvait plus y chanter. Ce fût une double punition, pour elle et pour les Argentins.

Elle partit à Paris, en 1979, puis s’installa à Madrid, en 1980. En 1981, elle enregistra à Paris l’album A quién doy, sous la direction musicale et artistique de José Luis Castiñeira de Dios, qui influença considérablement le chant de Mercedes Sosa. Ce disque sortit en Argentine, mais avec des chansons différentes de l’original sorti en France, certaines n’ayant pas passé la censure.

L’exil fût une expérience douloureuse pour la chanteuse, comme en témoigne la profonde nostalgie de ses chansons, mais ce fût également l’occasion pour elle d’étendre sa renommée sur les scènes européennes notamment.

nullLe retour en Argentine :

Mercedes Sosa revint en Argentine en février 1982, pour donner une série de concerts, à partir du 18, au Teatro Ópera de Buenos Aires. La dictature vivait ses derniers mois avant le déclenchement de la Guerre des Malouines, dont la défaite obligerait la Junte Militaire à transmettre le pouvoir à un gouvernement civil. Ces concerts célèbres furent considérés comme un acte culturel contre le régime en place, et furent l’occasion pour la chanteuse de rénover une fois de plus la musique folklorique argentine, en y incluant des thèmes et des mélodies venus de courants musicaux différents, comme le tango, ou le rock national, et qui composaient son album  « Mercedes Sosa en Argentina »,  auquel avaient collaboré ses amis et artistes León Gieco, Charly García, Antonio Tarragó Ros, Rodolfo Mederos et Ariel Ramírez.

Mercedes Sosa retourna ensuite en Espagne, d’où elle repartit pour une tournée dans les principales villes du Brésil, avec son album « Gente humilde ». Elle revint définitivement en Argentine peu après le retour à la démocratie, le 10 décembre 1983 (les élections du 30 octobre ayant vu le triomphe du candidat de l’Union Civique Radicale, Raúl Alfonsín).

Elle soutint la lutte pour les droits de l’homme et le maintien de la démocratie, et au cours des années suivantes, se montra proche des présidents Raúl Alfonsín (1983-1989), Néstor Kirchner (2003-2007) et Cristina Fernández de Kirchner (2007) et marqua une distance avec Carlos Menem (1989-1999).

En 1983, elle sortit un album, « Como un pájaro libre », qui comprend des thèmes d’auteurs traditionnels et de la nouvelle génération.

Vidéo : "Como un pajaro libre" Film entier de Ricardo Wullicher de 1983.1 h 07 mn 11 s. Concert de 1983 mais aussi entretien dans lequel elle raconte son enfance, sa famille, Tucuman...

null« La Voz de Americà » : La consécration mondiale et la reconnaissance officielle :

 Dans les années 1990, Mercedes Sosa acquit le surnom de « Voz de Americà » et connût une véritable consécration mondiale.

Elle continua à donner de nombreux concerts au succès indéniable, en Argentine comme à l’étranger, dans de salles prestigieuses : le Lincoln Center, le Carnegie Hall (où l’ovation dura 15mn), le Mogador de Paris y el Concertegebouw d’Amsterdam, el Teatro Colón de Buenos Aires, le Coliseo de Roma, mais aussi en Allemagne, Suisse, République Dominicaine, Mexique etc. Elle se produisit au Chili en 1992 ; en décembre 1994 au Vatican, où elle fût la représentante des « voix de l’Amérique » lors du second concert de Noël, une initiative de Jean Paul II. En 1995, elle décida de chanter à Tucumàn, après la destitution du gouverneur de Antonio Domingo Bussi (comme elle l’avait fait pour Pinochet) qui fût plus tard condamné à la prison perpétuelle pour ses crimes contre l’humanité.

En 1997, elle fit partie de la Commission de la Carte de la Terre comme représentante de l’Amérique latine et des Caraïbes.

nullLe 28 janvier 1997, elle retourna au Festival de Cosquin, qui l’avait faite connaître, avec Charly Garcia, figure emblématique du rock argentin, ce qui fit naître la polémique du mélange des genres folklorique et populaire et du rock : la chanteuse annonça qu’elle ne reviendrait plus. Elle sortit un album avec ce même artiste, Alta fidelidad, entièrement dédié au rock. À la fin de l’année 1997, elle tomba gravement malade, frôlant la mort. Son album Al despertar, produit par Chango Farías Gómez, remporta le prix Gardel du disque de l’année, notamment pour la chanson «Indulto» de Alejandro Lerner, une critique des lois d’impunité.

Suivirent, entre autres, un récital en 1999 avec Luciano Pavarotti dans le stade des Boca Juniors de Buenos Aires, une polémique en 2003, à propos de son prétendu soutien à Mauricio Macri, candidat au poste de chef du gouvernement de la ville de Buenos Aires, résultant d’une manipulation politique, et de nombreux concerts en Amérique latine, un album en 2005, Corazón libre, produit par Deutsche Grammophon, intitulé selon une chanson de Rafael Amor, jeune auteur.

En 2007, elle fût l’invité d’honneur du « Festival de la Démocratie », se déroulant sur la Plaza de Mayo, fêtant l’anniversaire du retour à un régime libre, et aussi l’élection de Cristina Kirchner… En juin 2008, elle chanta à Tucumàn pour les présidents des pays membres du Mercosur.

Elle reçut au cours de sa carrière de nombreux prix, récompensant l’artiste folklorique, populaire, la femme engagée (UNIFEM, Ambassadrice de bonne volonté à l’UNESCO en 2008, prix Sarmiento en 2005), la chanteuse sud-américaine (prix Gardel, Grammys Latinos etc).

Son dernier album, double, sorti peu avant sa mort en 2009, rassemble des artistes latino-américains très différents, de Charly Garcia à Shakira, en passant par Luciano Pereyra et Daniela Mercury, aux styles très variés, avec pour dénominateur commun la voix exceptionnelle de Mercedes Sosa.

nullMort et funérailles :

Affaiblie depuis les années 1990 par de graves problèmes de santé, Mercedes Sosa fût hospitalisée le 18 septembre 2009 à la clinique de la Trinité, située dans le quartier de Palermo à Buenos Aires. Elle était atteinte alors depuis plus de trente ans de la maladie de Chagas-Mazza. Elle mourût le dimanche 4 octobre, à l’âge de 74 ans, le jour de la naissance de la chilienne Violeta Parra, qu’elle avait chantée avec tant de succès. Le jour même, la famille de la défunte publia sur sa page web un texte « a todos », destiné à remercier tous ceux qui l’avaient aimée et soutenue.

Son cercueil fût exposé dans le « Salon de los Pasos Perdidos » du Congreso Nacional, devant lequel défilèrent une multitude de personnes : des personnalités politiques avec à leur tête la présidente Cristina Fernández de Kirchner, des artistes, et une foule d’Argentins venus la saluer. Les présidents du Venezuela, Hugo Chávez, et du Brésil, Lula da Silva, la présidente du Chili, Michelle Bachelet, lui rendirent hommage.

Ses cendres furent dispersées en trois lieux, selon sa volonté : Buenos Aires, Mendoza et Tucumán, dans le canal Cacique Guaymallén, qui avait reçu déjà les cendres de Armando Tejada Gómez, ami de Mercedes et compagnon du Movimiento del Nuevo Cancionero.

null null

nullÀ sa mémoire :

Les initiatives publiques annoncées peu après sa mort reflètent l’admiration qu’elle a fait naître tout au long de sa carrière, pour sa voix et son engagement culturel et politique.

En 2011, a été inauguré le musée qui lui est dédié dans le barrio de San Telmo, géré par la Fondation Mercedes Sosa dont le directeur est son fils lui-même, Fabiàn Matus. Ce musée est aussi le Centre Culturel de Musique Populaire Latino-américaine, et partage un des plus anciens édifices du quartier avec le Musée Pénitencier Antonio Ballvé. Des statues ont été installées, dans sa ville natale à Tucuman, et dans la ville de La Plata. Des rues ont été renommées, « calle Mercedes Sosa », dans les villes de Mar de las Pampas (province de Buenos aires), Calafate (Province de Santa Cruz), Bariloche (Rio Negro). Dans la province d’Entre Rios, le 4 octobre est à présent le « Jour du chanteur populaire ».

 En décembre 2011, une exposition consacrée à l’artiste a été organisée à la Casa Nacional del Bicentenario, « Mercedes Sosa: un pueblo en mi voz ». Réalisée sur le fondement de cinq concerts importants dans la carrière de la chanteuse (Olympia de Paris, 1979 ; Teatro Ópera de Buenos Aires, 1982, Lincoln Center de New York en 1992 ; Santa Catalina de Jujuy, 2001 ; Colisée de Rome, 2002), l’exposition embrassait ainsi le temps de l’exil et du retour, son ouverture aux jeunes générations du folklore et au rock, sa consécration internationale, son amour du pays et son engagement politique permanent.

A lire aussi dans le Petit Hergé :

   

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 17:28

Mise à jour : 02 août 2012.

nullHomero Manzi :

Homero Manzi plus qu’un simple poète et parolier des tangos les plus connus du Buenos Aires des années 30 et 40, c’est avant tout un personnage bien complexe. Partisan d’idées avancées en matière sociale, il a touché à la politique, au journalisme, à la musique. A la fois professeur d’espagnol au collège, contestataire révolutionnaire contre le dictateur Uriburu en 1930, scénariste de film, membre de l’UCR mais se ralliant ensuite au péronisme. Tout indique qu’Homero Manzi fut un homme pris de doutes, se remettant sans cesse en cause, passionnel et passionnant à travers une époque de l’histoire Argentine aussi tourmentée que lui-même.

nullHomero Nicolas Manzione Prestera :

Plus connu sous son alias, “Homero Manzi” naquit à Añatuya, dans la province de Santiago del Estero le 1er novembre 1907. Dès l’âge de 7 ans il fut envoyé, accompagné de son frère Luis à Buenos Aires, son père restant travailler à Añatuya. Ils s’installèrent tout d’abord dans le quartier de Pompeya puis au 3251 de la calle Garay dans le quartier de Boedo, où il passait autant de temps à errer dans les bars que sur les bancs de l’école. Enfant brillant et studieux, se découvre une passion pour la littérature, les lettres et aussi l’écriture. C’est seulement à 14 ans, en 1922, qu’il écrit sa première chanson, une valse : «¿ Porque no me besas ?» (Pourquoi ne m’embrasses tu pas ?), puis son premier tango « Memorias a Taborda ». Aucun succès, mais le monde bohème des bars a tango commence à le hanter et lui permet de faire la connaissance d’autres artistes tels que Enrique Santos Discépolo. Son amour pour la langue espagnole et la poésie se sont toujours exprimés en refusant l’écriture de paroles en lunfardo (argot porteño), ce qui est une exception dans le monde tangero des années 20 et 30. Il faut certainement attendre la rencontre avec Sebastian Piana, musicien et compositeur, en 1926 pour que le duo commence à composer ensemble. Manzi n’a alors que 19 ans, et va commencer une longue série de composition les plus célèbres. En 1930, Homero Manzi demande à Piana de composer une milonga pour pouvoir ensuite au mieux y trouver des paroles. C’est un succès foudroyant, il s’agit de la « Milonga del 900 ». A 23 ans, il devient enfin célèbre. Le duo continuera avec d’autres succès comme  « Milonga sentimental ». Toutes les années 30, seront ponctuées de succès de Manzi. Les thèmes les plus célèbres furent ensuite enregistrés par Carlos Gardel. C’est ainsi que furent composés : "Pena Mulata", "Ropa Blanca" et la très célèbre "Negra María". En 1937, c’est "Milonga triste”, autre énorme succès. Il écrira ainsi pendant deux décades des succès retentissant comme « Malena » en 1941, ou « Sur » en 1948.

Photo : La nouvelle garde du tango de la fin des années 20. De gauche à droite : Catulo Castillo, Homero Manzi, Sebastian Piana et Pedro Maffia.

null null

Vidéo : Bande annonce du film de Eduardo Spagnuolo : "Un poeta en la tormenta". Sorti en Argentine le 24 septembre 2009. 2 mn 16 s.

nullPlusieurs vies pour un seul homme :

Homero Manzi est un homme complexe, si son gout pour la musique, le tango et la composition des textes qui les accompagnent n’est plus un mystère pour lui. C’est un homme qui aime aussi l’ambiance nocturne des ambiances tangeras, la vie de Bohème de Buenos Aires n’a plus non plus de secrets pour lui. Pourtant de jour, il étudie et entre en 1926 à l’âge de 19 ans à la Faculté de droit. Il y reste jusqu’en 1930 ou l’arrivée du dictateur Uriburu n’est pas de son gout, et sa militance au sein de l’UCR lui vaut son expulsion. Il termine tout de même ses études et c’est un poste de professeur de lettres et de littérature espagnole qu’on lui propose. C’est ainsi qu’il est accepté comme professeur dans les deux collèges nationaux les plus prestigieux de la capitale, celui de Mariano Moreno et celui de Sarmiento. Toujours aussi doué avec sa plume il collabore à la rédaction d’articles pour la partie spectacle dans les revues « Radiolandia » et pour le quotidien « Diario Critica » et fonde « Microfono ». Homme de musique, homme de lettre, homme de spectacle mais aussi homme de cinéma, puisqu’il est à deux fois scénariste et réalisateur de film.  “Pobre mi madre querida” en 1948 et “El último payador” en 1950. Il est aussi scénariste sur une bonne demi-douzaine d’autres films, et aussi compositeur de musique d’une autre demi-douzaine d’autres films. Le film le plus connu, est sans doute la Guerra Gaucha de 1942, qu’il réalise avec Ulises Petit de Murat.

 null null null

nullManzi, homme politique tourmenté :

Que de facettes pour un seul homme ! Homero Manzi, est passionné par tout se qui touche au caractère social de la société. Il est très jeune intéressé par la politique et devient membre de l’Union Civica Radical en entrant dans les rangs « Yrigoyeniste ». Le frère ainé comme le père étant aussi d’acharnés radicaux. Il se souvient même à l’âge de 8 ans être allé voir passer en famille le cortège présidentiel le jour de l’investiture d’Hipolito Yrigoyen en 1916. A partir de 1930 lors du renversement de son « guide politique » et l’arrivée de la dictature d’Uriburu, il entre en insurrection, et transforme sa maison en lieu de réunion des opposants et fabrique des bombes artisanales qui feront plus de ravage chez lui qu’à l’extérieur. Ils ont aussi l’habitude de se donner rendez vous au bar El « Aeroplano » (aujourd’hui Esquina Homero Manzi). Ses activités politiques sont entre 1930 et 1932 très dangereuses, et même de front sa vie d’écrivain, de musicien et de révolutionnaire.

nullFinalement il se fait arrêté par la police le 11 février 1931, avant d’être libéré en décembre de la même année. Il se marie avec Casilda Iñiguez en 1932 et continue toujours ses actions politiques. En mars 1933, né son fils, et quelques mois plus tard son mentor, Hipolito Yrigoyen décède.

Il prend alors l’habitude de se réunir avec ses compagnons politiques au bar « El Foro » se situant à l’angle Avenida Corrientes et Uruguay. L’idée est de monter un mouvement politique proche de l’Irigoyisme, c’est la mise en marche de la formation du groupe FORJA (Fuerza Orientadora Radical de la Joven Argentina) qui prendra jour le 29 juin 1935 lors d’une réunion secrète dans les sous sols du 1778 de l’Avenida Corrientes. Il est alors âgé de 27 ans et est l’un des fondateurs de ce mouvement. Ils ont aussi l’habitude de se réunir dans un autre bar « La Fusta » à Palermo.

Dès la déclaration de la seconde guerre mondiale en 1939, les « forjistas » comme on les appelle alors, se déchirent entre prendre parti pour les alliés ou rester neutres. Finalement le groupe FORJA opte pour la neutralité, mécontent Homero Manzi tout en restant dans le mouvement prend du recul. Finalement en 1945, le groupe va se dissoudre en se rapprochant du péronisme.

Photos : Manifeste de la fondation de FORJA en 1935. En vignette, Casilda sa femme.

  null null

Photos : Le rendez vous favori de Homero Manzi. Dans les années 20, "El bar del Aeroplano" qui devint dans les années 30 "El Nippon" avant de devenir dans les années 50 "El Canadian". Homero Manzi va y mélanger sa vie de Bohème au rythme du tango avec ses réunions politiques. Aujourd'hui le bar existe toujours et se nomme "Esquina Homero Manzi"

nullExclusion de l’UCR et rapprochement avec le péronisme :

 

Il est certain que dès l’arrivée de Perón en 1943 au gouvernement, un certain nombre de radicaux se rapprocheront du justicialisme. Tous les artistes, musiciens, cinéastes, intellectuels de l’époque radicalisent leurs positions. Il y a les pro et les anti Perón.  Dans ces premières années, Manzi opte pour rester au sein de l’UCR, mais en parallèle dès 1946, il se rapproche d’un autre groupe « Movimiento Radical Revolucionario » conduit par Jorge Farías Gómez, qui au fil des mois se rapproche du péronisme. En décembre 1947, Manzi accepte pourtant avec le « Mouvement Radical Révolutionnaire » acceptent une invitation à la Casa Rosada. C’est la goute qui déborder le vase, et le comité de l’UCR expulse Manzi et d’autres radicaux du mouvement.

Manzi dégouté par l’attitude de la ligne directive de l’UCR, tombe dans un nationalisme et un anti impérialisme tout droit sortie des lignes directives du péronisme. Il dirige alors la revue politique « Linea » de la même tendance. Il reproche à l’UCR de s’embourgeoiser et de développer une politique conservatrice. Tout en se sentant encore lié au radicalisme, il ne fera que se rapprocher de la ligne péroniste. En 1947, Manzi déclare que Perón est la reconduction même de la politique entreprise par Yrigoyen. Ce qui ne fut pas du gout de tous.

Manzi rencontre à plusieurs reprise Perón et en 1948, on lui confie un poste « politique » de président de la SADAIC (La SACEM argentine), poste qu’il occupera d’ailleurs jusqu’à sa mort en 1951.

Dès 1946, on lui a diagnostiqué un cancer du colon, traitements et opérations, rien n’y fera, il va lutter cinq contre la maladie qui l’emporte le 03 mai 1951.

null  null

Photos : A gauche, le fils d'Homero Manzi, "Acho" Manzi, (Homero Luis Manzioni) né le 06 mars 1933. On le voit aussi au centre sur une photo de 1947. A droite, timbre argentin de 2007 pour le centenaire du poéte.

Vidéo : Milonga del 900.

nullIl aura mené sa propre Guerra Gaucha :

 

Aujourd’hui, Homero Manzi est connu pour ses poèmes et son apport au tango grace à son travail avec le grand compositeur Sebastian Piana. 60 ans après sa disparition, le Porteño se souvient de l’artiste, mais a peut être oublié ses engagements politiques. On se souvient du film de la « Guerra gaucha » que tout argentin a du voir au moins une fois dans sa vie. Fresque historique romanesque où les valeurs nationalistes sont mises en avant. L’amour de la patrie, la lutte comme moyen de réaliser son idéal, mise en avant du courage, de l’amitié, certainement les mêmes valeurs qu’Homero Manzi a suivi lors de sa vie.

 

Photo : L'Esquina Homero Manzi dans le quartier de Boedo à Buenos Aires.

Liens et sources pour en savoir plus sur Homero Manzi :

Homero Manzi : Rebelle http://www.elortiba.org/manzi.html

L'homme et son époque : http://www.elortiba.org/manzi3.html

Le Mouvement FORJA : http://contexthistorizar.blogspot.com.ar/2010/08/que-es-forja.html

Le poète et le militant politique : http://eljineteinsomne2.blogspot.com.ar/2008/02/homero-manzi-poeta-y-militante-politico.html

FORJA : http://www.agendadereflexion.com.ar/2003/06/29/83-forja/

Le fils d'Homero Manzi : http://www.oni.escuelas.edu.ar/2002/buenos_aires/homero-manzi/silvia/WEB%20Homero%20Manzi/Homero%20Hoy/SuHijo/hijo.htm

A lire aussi dans Le Petit Hergé :

 - Musée Carlos Gardel :

L’univers du tango a été marqué par de grands artistes, et Garlos Gardel est sans aucun doute l’un d’entre eux. Il suffit de se promener dans le quartier de Abasto pour le croiser à tous les coins de rues : sur les murs sous forme de peintures ou mosaïques, sur les enseignes des magasins…(Lire la suite)

 

 

- Bar Sur :

Ricardo Montesi, 70 ans, moustache argentine, cheveux blancs et costume impeccable inspire la classe et le respect.  Cet homme à qui l’on donnerait volontiers 20 ans de moins est l’humble fondateur  du Bar Sur au cœur du quartier de San Telmo...(Lire la suite)

 

 

Tomas Eloy Martinez, le Danseur de Tango.

Le monde entier est au courant : Buenos Aires est le berceau du tango, et les murs de ses bordels, puis de théâtres plus prestigieux, ont résonné des plus belles voix qui ont porté ce genre musical au plus haut de sa popularité. Bien. Mais ce que même les Argentins, même les Portègnes ignorent, c’est que leur bien aimée capitale abrite un chanteur probablement bien plus grand encore que le grandissime Gardel, à la voix, aux accents, au phrasé, au répertoire bien plus purs encore...(Lire la suite)

- Les spectacles de Tango à Buenos Aires :

Ne pas confondre entre spectacles (ou « shows » comme on dit à Buenos Aires) où on offre au public un spectacle en général de très bonne qualité, dansé et orchestré par des professionnels et les milongas qui sont des clubs bar où les amoureux du genre viennent en après midi et en soirée danser entre eux...(Lire la suite)

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 18:00

Mise à jour : 01 juillet 2012.

nullLe Ciné Théâtre Opera de Buenos Aires enfin sauvé !

 

Troisième et dernier volet de la saga du Teatro Opera de Buenos Aires.  En effet, après une rénovation effectuée en 2010 par la société T4F et financé par la banque Citi. Cette dernière, voulu changer le nom de l’emblématique salle de l’avenida Corrientes, en la baptisant modestement Teatro Citi. Levé de bouclier en 2010 de toutes les instances de conservation du patrimoine historique de la ville suivi par des pétitions et un rejet orchestré sur Facebook par des milliers de porteños. L’image de Citi Bank en avait pris un coup. En cette année 2012, voila que le gouvernement de la ville de Buenos Aires a enfin pris une décision concernant le Théâtre !

Photo : La façade du Teatro Opera de l'avenida Corrientes en 2007 avant les travaux de rénovation.

nullLes trois visages d'un même théâtre aux nom différents :

Avant 2010, Teatro Opera, puis après la rénovation de 2011, Teatro Citi et enfin fin 2011, Teatro Opera Citi. Depuis mai 2012, le Théâtre reprend son premier nom Teatro Opera.

Voici les deux premiers articles sur le thëâtre :

Lire article sur Cine Teatro Opera (datant de août 2008).

Lire article sur Une opération marketing qui tourne au fiasco (datant de mai 2010).

 null null

nullSauvegarde de l'architecture mais aussi du nom :

Le gouvernement de la ville a fait passer dans son parlement une loi de préservation des façades du Teatro Opera mais aussi la préservation du hall d’entrée, de la salle principale, des sanitaires, et du « Petit Opera » (situé en sous sol), tout comme tout le revêtement et ornementation intérieur, marbre, luminaire, ferronnerie, boiserie. En un mot, le Théâtre est préservé de toute démolition dans le futur.  Autre bonne nouvelle, la loi intègre aussi toute interdiction de changement de nom pour la salle. Voila donc clos une fois pour toute, le débat sur le droit ou non des sociétés à vouloir changer les noms d’établissements et d’édifices connus. Cette loi fera surement date et d’autres bâtiments vont surement recevoir le même type de préservation dans la capitale.

 

Photo : Sur l'Avenida Corrientes, le Teatro Opera au milieu des années 40.

nullPrise de conscience politique du patrimoine architectural de la ville :

C’est l’ancien député de la ville, Sergio Abrevaya, qui avait en 2011 déposé le texte de loi à l’assemblée. Il avait été lu et approuvé en première lecture l’année dernière, mais c’est donc en avril 2012, que la loi a reçu l’approbation définitive.

Le député Fernando Sánchez (président du groupe au parlement de la ville de la Coalicion Civica – ARI) a déclaré «Ces dernières années, le patrimoine  s’est vu gravement menacé avec même quelques cas de démolitions totales. Avec cette loi non seulement on reconnaît l’importance architectonique du Cine Teatro Opera, mais aussi son rôle vital culturel qu’il apporte à la ville de Buenos Aires et particulièrement à l’avenida Corrientes ».

nullLoi 4.144 :

 

C’est la loi 4.144 du 26 avril 2012 et publié le 29 mai 2012 qui est donc le garant de la sauvegarde de ce bâtiment. Vous pouvez consultez la totalité des lois (dont la 4.144) sur le site des legislation de la ville de Buenos Aires. (Site).

 

Un excellent site aussi à consulter d’une association de conservation du patrimoine, qui se nommée « Basta de demoler » (arrêtez de démolir) : http://bastadedemoler.org/

 

Photo :  Prise de la terrasse de l'Hotel Panamericano en 2010. On reconnait le haut du Teatro Opera, les coupoles de Diagonal Norte et du beffroi du Palais législatif de la ville.

A lire aussi dans le Petit Hergé :

- Les grands magasins Harrods de Buenos Aires : Harrods-Knighstbridge de Londres fut fondé en 1849, et en 1914, ouvrit la seule succursale mondiale de la marque : Harrods-Buenos Aires dans la calle Florida. Depuis 1998, le grand magasin est fermé, mais a pu conserver à la fois ses façades et sa décoration intérieures d'origine. A plusieurs reprise depuis cette date, on nous annoncé sa réouverture prochaine, et une multitude de nouvelles enseignes et de nouveaux projets ont été avancés. A chaque fois sans succès, le bâtiment est resté endormi et attend un coup de baguette magique pour revenir à la vie. Depuis fin 2009, l'espoir revient avec un nouveau projet d'une réinstallation des grands magasins Harrods pour 2013...

- Le Gato Negro de Buenos Aires : Le Gato Negro, situé au 1669 de l'Avenida Corrientes, a été déclaré site d’intérêt culturel en 2003 par la ville de Buenos Aires et « café notable » en 2004. Les différents propriétaires n'ont jamais été superstitieux car cette boutique existe depuis 1927 et quatre générations ont déjà fait connaitre les saveurs exotiques des épices aux porteños et aux provinciaux de passage dans la capitale.
Le Gato Negro fait partie de l'âme de l'Avenida Corrientes, allez y tremper vos narines et déguster un café !...

- Le Cabildo de Buenos Aires : La ville de Buenos Aires est fondée en 1580, et 28 ans plus tard (1608) on décide d’édifier le premier Cabildo au même emplacement qu’il occupe aujourd’hui, à savoir sur le coté Ouest de la Plaza Mayor (Plaza de Mayo).  En cette année 1608, Buenos Aires est un gros village, on peut estimer la population de la ville autour de 800 habitants, en 1620, la barre des 1.000 habitants est dépassée pour la première fois. Le Cabildo est l’instance civile locale de l’administration coloniale. Le bâtiment du Cabildo cessera toutes activités administratives en 1894. Abandonné un certain temps, racheté par le gouvernement National, il est depuis 1940 transformé en musée.

Le village de Cafayate (Province de Salta) : Le village de Cafayate se trouve dans l'extrême sud de la province de Salta, il est le passage obligé pour visiter la vallée Calchaquie et la Quebrada de las Conchas, ainsi que pour découvrir les bodegas de la région. Le plus Cornu étant le Torrontés. Lorsqu'au XVIème siècle les espagnols ont affronté les diaguitas, ces derniers se sont réfugiés dans cette partie des vallées pour résister et finalement se rendre en 1657. Les terres étaient fertiles, et la famille Aramburu fut une des premières familles espagnoles à venir s'y établir...

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 15:49

Mise à jour : 24 mai 2012. Article écrit par Patrick Viannais.

nullLe Chanteur de Tango : dans le labyrinthe de Buenos Aires

Le monde entier est au courant : Buenos Aires est le berceau du tango, et les murs de ses bordels, puis de théâtres plus prestigieux, ont résonné des plus belles voix qui ont porté ce genre musical au plus haut de sa popularité. Bien. Mais ce que même les Argentins, même les Portègnes ignorent, c’est que leur bien aimée capitale abrite un chanteur probablement bien plus grand encore que le grandissime Gardel, à la voix, aux accents, au phrasé, au répertoire bien plus purs encore. Un génie totalement méconnu – destin tragiquement banal des génies – dont rares sont ceux qui ont assisté à ses récitals officiels, encore plus rares ceux qui ont su en comprendre la magie. Estéfano Estebán Caccace, né en 1945, n’a pas connu Gardel, mais il a eu toute son enfance de petit garçon malade et trop fragile pour aller à l’école, pour passer ses journées à écouter du tango à la radio, à en recopier les chansons, à se passionner tout particulièrement pour les tangos des origines, au langage abscons et indéchiffrable, mais au son tellement éloquent et beau… Et à admirer le personnage de Gardel, jusqu’à vouloir lui ressembler, au plus près du modèle…

 Photo : L'auteur, Tomás Eloy Martínez.

nullEl Cantor de Tango :

Loin de Buenos Aires, un jeune étudiant américain, Bruno Cadogan étudie les écrits que Borges a consacrés aux origines du tango. Il apprend fortuitement l’existence de ce chanteur mystérieux, et part à sa recherche. Commence alors une folle poursuite à travers la capitale argentine, un long voyage initiatique qui commence dans la rue même où Borges a situé son célèbre « El aleph ». Bon, alors autant prévenir tout de suite : il ne serait pas plus mal de potasser la nouvelle de Georgie Borges en préalable, ça permettra de se promener plus à l’aise dans le roman d’Eloy Martinez. Parce que notre américain, drivé par un mystérieux « Tucumano », atterrit comme par hasard dans une pension qui ressemble furieusement au décor imaginé par Borges, escalier menant à la cave merveilleuse compris. Dès lors, la poursuite du chanteur s’en trouve quelque peu ralentie, menée en parallèle avec la quête de l’improbable Aleph. Le corps et l’âme entre deux mondes. Celui de Borges, intérieur, souterrain et fantastique, et celui de Julio Martel, (pseudo de chanteur d’Estéfano Caccace), extérieur, dans la pleine lumière de la ville et la géométrie de ses rues, en prise avec son Histoire.  Pendant tout un (long) temps, on se demande si Eloy Martinez ne se prendrait pas un peu pour le nouveau Borges. El Alpeh, le remake. On se prend même à s’ennuyer un brin, en se perdant en conjectures : l’auteur n’aurait-il pas oublié son sujet en route ? Oh, hé, où il en est, l’Américain, avec son histoire de chanteur ? (Une bizarrerie, au passage, à propos d’Américain et de chanteur exceptionnel. Le héros s’appelle Cadogan. Rien d’un nom imprononçable pour un gosier hispanique. Pourtant, pas un des Argentins croisés qui ne l’écorche : cogan, cagan (bof), cadon… Visiblement, le peuple qui a enfanté le tango, Anibal Troilo, Piazzolla, Gardel et consorts, n’a aucune oreille. On se pince…)

Photo : "Le chanteur de tango" adaptation française chez Gallimard.

Vidéo : La trajectoire de Tomas Eloy Martinez. 2 mn 49 s.

nullVisite d'une Buenos Aires mystérieuse :

On y revient, au chanteur. Julio Martel, lassé de donner des récitals devant un public qui décidément, n’y comprend rien, ne chante plus que pour un public de hasard, dans des endroits de la ville dont lui seul semble savoir de quels événements tragiques ils ont été le décor. Et l’histoire décolle enfin. Nous voilà lancé dans la visite d’une Buenos Aires mystérieuse, celle de derrière le décor. Avec Cadogan, on déchire le carton pâte des immeubles, on tord le rectiligne des rues, on sent l’air imperceptiblement se troubler au passage des fantômes hantant un bâtiment abandonné, et le poids oppressant du drame dans les pièces vides. On suit Cadogan qui suit Martel qui suit… quoi donc, au fait ? Que cherche le chanteur  dans des lieux aussi divers et différents que le « Palacio de Aguas », avenida Córdoba, les anciens abattoirs de Liniers, une bâtisse délabrée de l’avenue Corrales, le quartier du Parque Chas, où les « rues forment des cercles et où même les taxis se perdent » ? Quels ombres du passé cherche-t-il à retrouver, quels cadavres à exhumer ?

Situant son récit au cœur du chaos de l’année 2001, Eloy Martinez nous promène dans l’histoire argentine contemporaine comme sur une passerelle jetée au-dessus du temps. Julio Martel, vieux chanteur malade à la poursuite d’un passé qu’il voudrait éternellement présent, et Cadogan, l’étudiant  américain,  à la poursuite d’un tango qui disparaît avec ses mythes, lui-même mythe d’un XXème siècle qui n’est déjà plus qu’un souvenir. L’aleph dont on veut croire qu’il existe bien quelque part dans le dédale des rues de Buenos Aires, capitale de toutes les douleurs, où courent le long des murs des silhouettes évanescentes, fantômes d’hier ou vivants d’aujourd’hui.

Photo : Julio Martel.

nullL’auteur : Tomás Eloy Martínez .

Il est né en 1934, à Tucuman, dans l’ouest de l’Argentine. Après des études de littérature, il a commencé sa carrière comme journaliste, critique de cinéma dans le quotidien La Nación à la fin des années cinquante, puis rédacteur en chef de la revue hebdomadaire Primera Plana dans les années soixante. Il a également dirigé un temps l’hebdomadaire Panorama, au début des années soixante-dix.  (Il est à noter qu’un autre illustre écrivain-journaliste Argentin a travaillé aussi dans ces deux dernières revues, à la même époque : Rodolfo Walsh).
Entre 1975 et 1983, pendant la dictature, il s’exile  au Venezuela, où il continue son métier de journaliste dans des publications locales. Après son retour, il a travaillé dans de multiples journaux argentins et étrangers, notamment  La Nación, Pagina/12 et El País. En 2008, ce dernier, quotidien espagnol, lui a décerné le prix Ortega y Gasset du journalisme, pour l’ensemble de sa carrière.
Il a également fait partie du comité fondateur de la « Fundación para un Nuevo Periodismo Iberoamericano » (Fondation pour un nouveau journalisme hispano-américain) créée en 1994 en Colombie par Gabriel Garcia Marquez. Il a notamment été chargé d’en établir les objectifs pédagogiques.
Tomás Eloy Martínez est décédé le 31 janvier 2010.

Il existe à Buenos Aires depuis le 27 avril 2011, une fondation Tomas Eloy Martinez dirigée par son fils dans le quartier de Boedo, sur Carlos Calvo 4319. Lire sur : http://blog.eternacadencia.com.ar/archives/2011/13332#more-13332

Photo : Caricature de Tomas Eloy Martinez par Cesar Carrizo.(Cliquez pour agrandir)

Vidéo : Présentation du livre Chanteur de tango par Tomas Eloy Martinez. Entretien realisé par Silvia Lemus. Emission "Tratos y retratos" en 2004. (Canal 22 Mexico).

nullPrincipales oeuvres traduites : 

Le chanteur de tango :

Gallimard - 2006
Traduction Vincent Raynaud     

Edition en espagnol :  El cantor de tango - Planeta Espagne, 2004, 251p.

On trouve aussi l'adaptation française en livre de poche sorti chez Folio le 19 janvier 2006.

 Le roman de Perón (La Novela de Perón,1985, Robert Laffont 1999), autour du retour de J.D. Perón en 1973.
Santa Evita (1995, Robert Laffont 1999), œuvre argentine la plus traduite de tous les temps, selon la revue « Tiempo argentino », incroyable roman du non moins incroyable périple du cadavre d’Eva Peron, escamoté par les nouveaux dictateurs de la dite « Révolution libératrice » de 1955, et dont Eloy Martínez a pu faire parler le « transporteur ».
(http://www.literatura.org/TEMartinez/Santa_Evita.html)
Orgueil (El vuelo de la reina, 2002, prix Alfaguara, Robert Laffont 2004)

Le purgatoire (Purgatorio, 2008, Gallimard 2011) sur les disparus et les crimes de la dictature.

Des résumés en espagnol ici :

http://www.americas-fr.com/es/literatura/libros-eloy-martinez.html

A lire aussi :

Article de Carlos Fuentes dans La Nación après son décès

http://www.lanacion.com.ar/1228612-tomas-eloy-fue-el-escritor-que-nos-acerco-a-la-verdad

 

Site de la Fondation pour un nouveau journalisme hispano-américain :

http://www.fnpi.org/

Photos : Tomás Eloy Martínez a été traduit dans les principales langues européennes. Ci dessus le danseur de tango adapté en allemand. Ci dessous en turc, en portugais et en russe.

null null null

A lire aussi dans le Petit Hergé :

Ciencias Morales ou l'oeil invisible- Martin Kohan, L'Oeil invisible : María Teresa Cornejo est surveillante au prestigieux Colegio Nacional de Buenos Aires. Elle est jeune – à peine plus de 20 ans – élevée religieusement dans le respect des conventions, de la hiérarchie et du travail bien fait. Sous son œil vigilant, les élèves de la classe de troisième 10 ne sortent pas des clous strictement alignés par un règlement immuable : uniformes impeccables, coupes de cheveux au millimètre, rangs alignés au cordeau, mixité strictement contenue dans les limites d’une décence pudibonde...

 

Andres Neuman : Le voyageur du siècle- Andres Neuman, Le voyageur du siècle : « Une auto fiction généalogique », voilà comment on pourrait qualifier la passionnante saga familiale que nous conte Andrés Neuman. Deux tendresses s’y croisent constamment : celle qu’il éprouve pour sa famille, et celle qu’il ressent, profondément, pour son pays natal. Neuman retrace deux histoires à la fois parallèles et croisées : celle des hommes et celle d’un siècle. Les hommes – et les femmes, car A. Neuman parle beaucoup des femmes – ce sont ces émigrés, Espagnols, Polonais, Russes, Lituaniens, et même Français, qui ont fui l’Europe pour se lancer dans l’aventure de la construction d’une nouvelle nation, et plus, d’une nouvelle patrie...

Quino, papa de Mafalda - Quino, papa de Mafalda : Buenos Aires regorge dans ces années 50 de revues hebdomadaires de tout type, et il est habituel, de trouver en « contratapa », ou en avant dernière page, une rubrique consacrée aux « tiradas », petites histoires dessinées en 4 ou 5 cases. Jamais sérieux, quelque fois vulgaires, ou sans humour, mais les quotidiens et hebdos ont l’habitude de les publier, car le porteño en est friant. Ca se bouscule donc au portillons de chaque rédaction, c’est une nuée de jeunes dessinateurs se trouvant tous spirituels et artistes qui essayent en permanence de montrer leurs dessins avec la ferme illusion de pouvoir décrocher un contrat qui pourraient faire parler d’eux (et bien souvent remplir leurs assiettes). Quino fait partie de ces dizaines « d’artistes »...

Tucuman pleure la mort d'Antonio Bussi- Tucuman peure la mort d'Antonio Bussi : Près de 8 ans après avoir passé sa détention à domicile, Antonio Domingo Bussi s’est éteint le 24 Novembre 2011 dans la clinique de cardiologie de San Miguel de Tucuman. Cet ancien général de l’armée argentine, ayant été deux fois gouverneur de la province de Tucuman, est surtout très connu pour son implication dans la dite « guerre sale ». Il est tout autant mêlé à de nombreuses disparitions et meurtres qu’à la direction même de nombreux camps de détention clandestins ou disparurent des centaines de personnes dans le nord-ouest argentin au milieu des années 70...

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:12

Mise à jour : 1er mai 2012. Ecrit par Léo Sounigo d'EM Lyon.

nullRicardo Darin :

Viril et cheveux poivre et sel, sourire aux lèvres, démarche arrogante, barbe des trois jours, à priori rien d’extraordinaire. Je dis bien à priori.

On dit toujours que le succès ne porte pas de nom, que la « vraie » célébrité est l’affaire des anonymes, des hommes de l’ombre. La description peut paraître brève, mais il est difficile de mettre de mots sur ce que l’on appelle le charisme. Ricardo Darin, acteur, réalisateur, scénariste est aujourd’hui l’homme qui porte le cinéma argentin à travers le monde. Son nom raisonne comme une évidence dans les salles de cinéma européennes et américaine. « Je me sens bien quand je me sens reconnu pour mon travail. Une de mes luttes de tous les jours en me réveillant le matin est un travail contre la banalité », déclarait il récemment » au journal argentin, Tv Show. Portrait de cet artiste hors norme.

 

Vidéo : Dernier film avec Ricardo Darin : "Elefante Blanco" de Pablo Trapero. Sortie en salle en Argentine, le 17 mai 2012.

Vidéo : Emission "Que fue de tu vida" de canal 7 en Avril 2011. 1ère partie avec Ricardo Darin.

nullUn "bon gamin" dans les premières telenovelas :

L’enfant prodigue, ou l’enfant incompris, Ricardo Darin est ce que l’on peut appeler un autodidacte. Né à Buenos Aires le 16 janvier 1957, il arrête l’école après le collège, mais en garde tout de même un très bon souvenir : il y  avait, une sorte d’atmosphère incroyable, une combinaison chimique où se mêlaient et s’entremêlaient amour et amitié. De sa professeur de français, Madame Suzanne, à ses amours incompris, en passant par des amis qu’il fréquente aujourd’hui, Ricardo parle encore de ses années d’école avec une certaine émotion. Il obtient à douze ans le prix de la camaraderie, il rejette toute forme d’agressivité dans les rapports humains : ce sont justement ces traits de caractère qui fondent aujourd’hui son orgueil et son identité d’homme. Il abandonne ses études académiques au moment du lycée, pour se lancer dans ce qu’il appelle une autre éducation : l’école de la vie.

Si Ricardo Darin est Ricardo Darin aujourd’hui, c’est d’abord et avant tout en raison de son contexte familial : venant d’une famille ou le spectacle a une haute importance (ses deux parents sont comédiens), Ricardo Darin débute sa carrière sur les planches dés l’âge de six ans et apparaît au cinéma à douze ans. A l’âge de seize ans, il joue dans un programme qui s’appelle « Alta Comedia ». Sous les ordres d’un grand réalisateur de télévision (Alberto Migré), il commence peu à peu à percer l’écran à la télévision. Des rôles dans certaines télénovelas comme La playa del amor (1980) ou encore dans la Discoteca del amor, sonne le début de sa carrière à la télévision.

Photo : En 1987, "Estrellita Mia" avec Ricardo Darin sur Telefe.

Vidéo : Emission "Que fue de tu vida" de canal 7 en Avril 2011. 2ème partie avec Ricardo Darin.

nullDu jeune premier aux premiers pas sur les planches :

Dans les années 80, Darin sort définitivement de l’ombre et commence à être connu du grand public. Il fait ainsi partie de ce que l’on appelait les « Galancitos », un groupe de jeunes acteurs débutant et prometteurs. Dans les années 90, la série « Mi Cunando » qui durera de 1990 à 1993, au coté de l’acteur Luis Brandoni, est un de ses plus grands succès à la télévision en tant que comique. Dans cette série, il joue le rôle d’un beau frère insupportable.

 De la télévision au théâtre, l’acteur change de personnage, travestit son visage et son caractère dés qu’il le faut : des œuvres théâtrales comme Sugar, Taxi,  Algo en Commun ou encore Extrana Pareja ont fait de lui un comédien remarquable, à ses premières apparitions dans La discoteca del amor, ou La cancion de Buenos Aires. Au théâtre, l’artiste, a été récompensé a plusieurs reprises : pour Algo en Commun, il remporte le prix  Estrella del Mar (prix de la meilleure interprétation), à Mar del Plata en 1997. L’acteur est au sommet de sa gloire : le sentiment de succès, les applaudissements du public et les frissons des grands soirs. La lumière s’éteint, le film commence. Le trophée n’est pas loin.

Photo : Ricardo Darin dans "Perdido por perdido", film de Alberto Lecchi en 1993.

nullLe tournant des Nueve Reinas :

Que ce soit pour jouer dans El Faro d’Eduardo Mignonga, ou pour jouer le rôle principal dans El mismo amor, la misma lluvia de Campanella, Ricardo Darin semble bien avoir marqué le grand écran argentin. Récompensé pour le prix du meilleur acteur, lors du festival de cinéma latino américain à Biartiz, pour le film Nueve Reinas de Fabian Beliensky en 2001, et pour le film El Hijo de la novia en 2002. Dans Nueve Reinas, Darin interprète le rôle d’un bandit, nommé Marcos, dans une Argentine en plein déboire économique. Dans la hijo de la novia, il retrouve pour la seconde fois, le réalisateur Campanella. Sa barbe a poussé, son nez a pris de l’allure. Les personnages qu’il interprète sont plus tourmentés, comme ce fils qui vit dans l’ombre de son père dans El hijo de la novia.

Vidéo : Emission "Que fue de tu vida" de canal 7 en Avril 2011. 3ème partie avec Ricardo Darin.

nullIl devient réalisateur et emporte un Oscar en 2010 :

On peut penser que l’année 2007 marque un tournant dans la carrière de l’acteur : il passe de devant la caméra à derrière. Il fait ses débuts en tant que réalisateur dans le film La Senal.

Mais c’est surement lors de la sortie du film argentin El Secreto de sus ojos de Campannella, que l’acteur argentin connaitra la plus grande notoriété qui soit au niveau mondial, puisque le film remporte l’oscar  du meilleur film étranger en 2010, apparaissant ainsi et pour longtemps comme un des films cultes du cinéma argentin.

En 2011, au coté de Muriel Santa Ana et d’Ignacio Huang, il joue dans Un Cuento Chino, un film réalisé par Sebastian Boreinsztein. La même année, il reçoit le prix Konnex du meilleur acteur de cinéma ; il reçoit également le prix du meilleur acteur argentin de la dernière décennie. Il recevra d’ailleurs le prix du meilleur acteur pour ce film.

Photo : "Un Cuento Chino" en 2011 de Sebastián Borensztein.

Vidéo : Emission "Que fue de tu vida" de canal 7 en Avril 2011. 4ème partie avec Ricardo Darin.

nullPrises de position dans la vie publique argentine :

Au vue de cette filmographie, on comprend qu’il existe une relation particulière entre l’acteur et le réalisateur Juan Jose Campanella. Les deux amis ont en effet collaboré sur déjà quelques films comme Dans les yeux, ou El mismo Amor. Alors que certains réalisateurs comme Bielinsky font tout pour révélé à l’écran le coté noir de l’acteur, Campanella tente de faire ressortir chez Darin un tout autre aspect de sa personnalité : un coté, rêveur et évasif.

Si Ricardo Darin apparaît comme un acteur de notoriété publique, c’est aussi parce qu’il n’hésite pas à s’engager dans le débat publique, dés qu’il est choqué par des prises de paroles ou des positions politiques des dirigeants du pays. C’est ce que l’on comprend lorsqu’il affirme son dégout et son déni pour le monde politique, au moment de la disparition d’une fillette de onze ans, nommée Candella Rodriguez, et retrouvée morte dans la banlieue de Buenos Aires. Depuis le gouvernement argentin, ainsi que l’opposition rejettent toute forme de responsabilité, concernant ce drame. Après le deuil, Darin entend mettre de coté toutes les manipulations politiques, et faire taire toutes les polémiques.

En fait, l’histoire de Ricardo Darin est l’histoire d’un homme qui depuis tout petit cultive, un amour de la vie et des autres. Sensible comme un acteur, comme un artiste, voilà tout. Avec plus de 69 films à son actif, plus de dix pièces de théâtres, et de nombreux prix qui lui ont été reconnu pour son jeu d’acteur.

Video : Bande annonce du film "Un cuento chino" en français. Film de 2011.

A lire aussi dans le Petit Hergé :

  Industrie Audiovisuelle à Buenos Aires : En Argentine, et à Buenos Aires notamment, une loi (la résolution 1.169), a récemment été mise en place afin de promouvoir et de favoriser l’émergence d’une zone spécialisée dans l’audiovisuelle. Qu’en est-il exactement ? Il convient alors d’expliquer en quel sens et en quelle mesure l’industrie de l’audiovisuelle tend à prendre une place de plis en plus importante. En 2010, l'industrie audiovisuelle a été la deuxième industrie exportatrice de la ville !...

- Pablo Trapero et "Leonera" : Depuis ce matin, on en parle partout dans la presse argentine, c’est la présentation du premier film argentin lors du festival de Cannes. Gros plan donc sur le réalisateur du film « Leonera ». Ici Pablo Trapero est connu, puisqu’il s’agit de son 5ème film long métrage, dans l’ordre : Mundo Grúa (1999), El Bonaerense (2002), Familia rodante (2004), Nacido y criado (2006), Leonora (2007)...

 

- Le Cine Tetaro Opera de Buenos Aires : Il est certain qu'au début des années 30, le plus important entrepreneur dans le monde de l'industrie cinématographique porteña est Clemente Lococo qui détient déjà un important réseau de salles en ville. C'est en fait le fondateur de la société de production E.F.A. Il rachète début 1935 sur l'Avenida Corrientes une vieille salle du nom de "Teatro de la Ópera". Plus qu'une simple salle, le Vieux Teatro Opera est alors un symbole, c'est la deuxième salle de Buenos Aires, le choix de Clemente Lococo n'est donc pas un hasard, il est au plus haut de sa réussite professionnel et voit en cette acquisition une manière d'exprimer face à ses rivaux son indéniable suprématie dans les affaires...

- Palito Ortega : De son vrai nom : Ramón Bautista Ortega Saavedra, il est incontestablement la figure emblématique de la nouvelle vague argentine des années 60. On le surnomme Palito. Il aura tout au long de sa carrière abordé la chanson, le cinéma et même la politique dans sa province natale de Tucuman

 

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 20:19

Mise à jour : 30 avril 2012.

nullCharles Thays, l'Ecole Française dans le Rio de la Plata :

Si il y a un bien un français qui représente presque à lui seul l’apport de style français dans le panorama de la ville de Buenos Aires en ce début du XXème siècle, c’est bien de notre compatriote Charles Thays dont il s’agit. Haussmann aura changé la physionomie de Paris, Charles Thays (ou Carlos Thays en espagnol) est celui qui aura donné à Buenos Aires sa personnalité. Une chose est sûre, l’urbaniste et le paysagiste du Rio de la Plata aura en quelques décennies changer la physionomie des grandes villes argentines comme celles de l’Uruguay et transformé Buenos Aires en petit Paris d’Amérique du Sud.

Photo : La maison qu'il occupa avec sa famille dans l'actuel jardin botanique de Buenos Aires.

null null

Photos : Charles Thays et sa famille et avec sa fille.

nullDisciple d’Edouard François André et de Jean Charles Alphand :

Charles Thays est né le 20 aout 1849 à Paris et a fait toutes ces études d’architecture dans cette même ville, il fut le disciple de l’architecte Edouard François André. Ce dernier, bien qu’architecte avait une passion pour la botanique et tout naturellement s’était professionnellement intéressé au paysagisme. C’est ainsi que François André entrait au service des promenades de la ville de Paris et travailla au parc des Buttes Chaumont avant d’entamer une carrière internationale toujours dans la création de parcs comme à Liverpool, Cognac ou Montpellier. Il entreprit plusieurs voyages en Amérique du sud en 1875 – 1876 comme botaniste explorant des arbres, arbustes encore inconnus et se passionnant pour la famille de l’Ananas. En 1890 il fut appelé à Montevideo pour redessiner tous les espaces verts de la ville.

Si Charles Thays pu un jour prendre contact avec la ville de Buenos Aires et l’Amérique du sud, se fut aussi grâce à Jean Charles Alphand, autre grand architecte et ingénieur français et d’une génération plus avancée que celle de Thays, qui avait travaillé sous la direction de Hausmann pour la création des Champs Elysées et du parc Monceau. Miguel Crisol, homme d’affaire de Córdoba, débarque à Paris pour prendre conseil auprès d’Edouard François André, pour la création d’un parc dans sa ville. Celui ci submergé de travail n’a pas le temps mais recommande le bras droit de son agence, Charles Thays (alors âgé de 40 ans). Nous sommes en 1889, Jean Charles Alphand est directeur de l’exposition universelle de Paris, Edouard François André publie un nouveau livre sur ces voyages en Amérique du sud "Description et Histoire des Broméliacées récoltées dans la Colombie, l'Equateur et le Venezuela " et Charles Thays met le pied pour la premiere fois sur le quai du port de Buenos Aires pour prendre le train de Cordoba.

Photo : Miguel Crisol, l'homme d'affaire cordobes qui vient chercher Charles Thays à Paris.

null

Photo : Parque Sarmiento de Corodba. Premiere projet de Charles Thays.  

nullLe Parque Sarmiento de Córdoba, le premier chantier pharaonique :

Charles Thays arrive donc en cette année 1889 à Cordoba et Miguel Crisol veut créer un premier parc à Cordoba (Nommé Parque Crisol dans un premier temps, car se trouvant sur un domaine lui appartenant). Crisol a dans l’idée de créer ce parc puis d’urbaniser les alentours pour les vendre en lots. Cela donnera plus tard le quartier de Nueva Cordoba. Il n’existe alors aucun parc en Argentine, certains disent aussi que ce parc de Sarmiento fut le premier parc créé dans toute l’Amérique du sud. En tout cas, l’idée même de «création de parc » était en Argentine d’une nouveauté pour ne pas dire d’un modernisme déstabilisant. Transformer une Córdoba encore de style Colonial espagnol, en vitrine d’un nouveau style français en vogue en Europe.

17 hectares de terrains à ordonner, planter, tracer, décorer…. Un travail de titan que le même Charles Thays n’avait surement pas idée en arrivant. Ce parc aura nécessité 22 ans de travail puisqu’il ne fut inauguré qu’en 1911 !   Il est certain que Charles Thays comprend au bout de quelques mois à Córdoba que son voyage en Argentine a toutes les chances de se transformer en une « émigration » de plusieurs années, et qu’il peut poser ses valises pour un temps dans son nouveau pays d’adoption. Il restera deux ans à Córdoba. De passage en 1891, il apprend que l’urbaniste en chef de la ville de Buenos Aires l’Allemand Wilhelm Schübeck vient de décéder et qu’il y  a un concours pour le remplacer. Il accepte d’y participer, et sa nouvelle réputation est telle qu’il est vite accepté et est nommé directeur des parcs et promenades de la ville de Buenos Aires. Il faut dire que le travail déjà réalisé au Parc Sarmiento a séduit et que les instances de Buenos Aires ne veulent se retrouver en reste par rapport à la transformation de Córdoba. Le voila donc maintenant porteño…

  null null

Photo : A gauche, le parc de Palermo, avec le lac et la roseraie au loin. Photo de 1915. A droite, La Plaza Congreso aménagée par Charles Thays et le percement de l'Avenida de Mayo.

nullDirecteur des Parcs et promenades de Buenos Aires :

1891, Buenos Aires n’a encore aucun parc, aucune avenue, et on veut préparer en grandes pompes les fêtes du centenaire de l’indépendance pour 1910. Il est temps de transformer la ville et de montrer au monde entier que l’Argentine est riche, cultivée, raffinée, et qu’elle n’a rien à envier aux plus belles villes d’Europe ! Charles Thays est un élément important dans cette transformation, on lui confie en premier lieu les terrains (marécageux) se situant à la limite nord de la ville (actuel Palermo) pour ouvrir des avenues, et les border de parcs plus élégants que ceux du bois de Boulogne ou du parc Monceau. La référence reste Paris, et on doit l’égaler si ce n’est même la dépasser. L’argent est là, Buenos Aires en a les moyens, et va s’entourer de paysagistes, architectes, ingénieurs, botanistes, sculpteurs, artistes venant de toute l’Europe pour transformer cette petite ville de Buenos Aires, sale, étroite, comptant 400.000 habitants. L’objectif sera atteint puisqu’en 1915, la ville de Buenos Aires compte plus 1 million et demi d’habitants et devient la douzième ville la plus peuplée au monde.

Le premier souci de Charles Thays est de délimiter les nouveaux parcs de Palermo (on dit alors Parc du Tres de Febrero) et de sous diviser l’ensemble en petits jardins et parcs distinct. Dès son arrivée, il entreprend de travailler sur le secteur du Jardin Botanique (1892) qui sera inauguré en 1898. Il transforme d’ailleurs le chantier et le jardin en sa résidence permanente puisqu’il fait construire une maison (toujours existante) où il habitera avec sa famille entre 1892 et l’inauguration en 1898.  C’est l’époque ou il y plus d’une vingtaine de chantiers de parcs en création à travers la ville.  Toujours sous la conduite de Charles Thays les plus connus sont le Parque Centenario, Parque Rivadavia, Parque Lezama, Barrancas de Belgrano, mais aussi des places qui marquent les grands axes de nouvelle ville, comme la Plaza Congreso, Plaza de Mayo, Plaza Constitucion. On plante pour la première fois des arbres dans les rues, dans les nouvelles avenues, les jacarandas, les « tipas », les « chorisias » embaument les rues.  Il va faire planter plus de 150.000 arbres dans les rues de Buenos Aires. Pendant ce temps, le Parc 3 de Febrero prend forme, et ressemble de plus en plus au bois de Boulogne, avec lacs, canards, iles, allées et contre-allées, on y vient se promener en calèche les dimanches pour voir l’avancée des travaux, un hippodrome y est construit on se croit à Longchamp !

null null

Photo : La Plaza de Mayo avant (1896) et après les aménagements de Charles Thays.

nullCharles Thays crée dans toute l’Argentine et même en Uruguay :

Charles Thays est submergé de projets, il est difficile ici de faire une liste totale de tous les parcs, promenades, jardins, avenues, ou même villas jardins qu’il aura dessiné, supervisé, projeté (et réalisé même après sa mort).

Il touche aussi à l’urbanisme à Buenos Aires en dessinant des rues et des quartiers plantés d’arbres, comme le Barrio Parque en 1912 (Dans le quartier de Palermo), le Barrio Carrasco à Montevideo, le Barrio Chovet à Santa Fe.

Entre 1890 et 1900, toutes les municipalités des plus importantes villes d’Argentine et d’Uruguay font appel à lui.

Parque 9 de Julio à Tucuman (1898-1916)

Parque 20 de Febrero à Salta.

Parque Independencia à Rosario.

Parque General San Martin à Mendoza

Parque Urquiza à Paraná.

Boulevard Artigas à Montevideo

Parque Rodo à Montevideo

Parque Battle à Montevideo.

Boulevard Maritime de Mar del Plata.

 Difficile aussi d’énumérer tous les travaux pour des particuliers à travers le pays, estancias, jardins d’hôtels particuliers etc….

Et puis peut-être encore moins connu furent ses travaux sur la création d’un parc autour des chutes d’Iguazu dans les années 1910. Il n’y avait encore aucun Parc National dans le pays. Le parc d’Iguazu fut le premier à être créé et ouvert au public en 1934 (L’année de son décès).

nullTravailleur insatiable, passionné par Misiones et la Yerba Mate :

Charles Thays est décédé le 31 janvier 1934, âgé de 84 ans. C’est un créateur insatiable, travaillant énormément, amassant une collection botanique et une connaissance des végétaux sud américains sans précédant, créant lui-même une classification, dite « Thays ».

Il fut aussi l’un des botanistes à s’être penché sur le mate et plus précisément sur la germination des graines (en 1895), en mettant au point une méthodologie qui fut de suite appliquée à Misiones mais aussi au Paraguay.

 

Photo : Charles Thays à Iguazu.

A lire aussi dans le Petit Hergé :

- La Roseraie de Buenos Aires :

"...Tout progrès de la ville, nécessite des promenades et des parcs qui permettent d’exposer la culture et le bon goût, et il a été décidé de créer une Roseraie dans lequel on pourrait rencontrer et réunir la flore la plus belle et la plus variée collection de cette fleur… " Ce texte est extrait des mémoires des travaux entrepris par la Direction Générale des Espaces de la Ville de Buenos Aires en 1914...

- Le Jardin Botanique de Buenos Aires : Sous l’administration du maire porteño Seeber, on décide de créer un parc botanique dans la ville. On nomme alors un botaniste allemand, Schubeck, qui jusqu’alors avait la tache de mener à bien en Bavière la supervision des parc. Malheureusement pour lui, le changement d’air ne lui fut pas propice puisqu’il décéda peu de temps après. On du alors faire appel a un autre paysagiste et cette fois français : Charles Thays (1849-1934)...

- Le parc Centenario de Buenos Aires : Inauguré le 23 juillet 1910 à l’occasion des célébrations du centenaire de la Révolution de Mai, ce parc qui n’était initialement qu’un ensemble de places - comme on en trouve un peu partout dans la ville a été décidé par les autorités de la ville en 1909. C’est l’architecte et paysagiste français Charles Thays qui s’est occupé de la formation du parc, le même qui est à l’origine de l’arrangement de nombreux espaces verts à Buenos Aires...

- L'agriculture et les produits bios en Argentine : En France, la tendance du « bio » n’étonne plus personne. Cela fait déjà quelques années que les rayons des supermarchés se sont métamorphosés pour faire place à ces nouveaux produits plus sains, dont on peut connaître l’origine. En Argentine, la situation est bien différente. On pourrait croire que la déferlante des produits bio vient seulement de s’abattre sur le pays, or il n’en est rien. En termes de superficies, l’Argentine est le deuxième producteur  de produits issus de l’agriculture biologique derrière l’Australie...

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 17:00

Mise à jour : 23 avril 2012.

nullUn coup de pub !

 

Cet article vient en complément de : Quino, le papa de Mafalda.

 

Quino, après avoir passé son service militaire en 1954, s’installe à Buenos Aires pour une seconde fois,  persuadé que cette fois ci sera la bonne pour décrocher enfin un contrat digne de ce nom lui permettant de vivre de ses crayons. En 1962, son ami Miguel Brascó, dessinateur est déjà bien installé dans la capitale, le met en rapport avec l’agence de publicité « Agens Publicidad » pour travailler sur une campagne de la marque des produits électrodomestiques « Mansfield » appartenant alors à l’entreprise Siam Di Tella. Quino est chargé de dessiner les histoires d’une famille de classe moyenne porteña au prise avec des appareils électriques. Tous les personnages doivent avoir des prénoms commençant par la lettre M (comme Mansfield). Il s’agit en fait d’une publicité cachée de la marque qui est destinée au quotidien Clarin (déjà un des plus gros tirages d’Argentine). Le subterfuge est découvert et la famille de Quino n’apparaitra jamais au dos du quotidien. Cette famille « M » était constituée des deux parents, ainsi que d’un grand fils et de sa petite soeur au prénom de Mafalda. Si Mafalda, son père et sa mère gardent par la suite les mêmes les même traits, le frère par contre disparaitra. On dit que le prénom de Mafalda fut choisi par Quino après avoir vu le film « Dar la Cara », datant de 1952, dans lequel apparaissait un bébé portant ce même prénom.

null

Dessin : Les deux premières historietas de Mafalda le 29 septembre 1964 dans la revue Primera Plana.

null null null

Les débuts de Mafalda dans Leoplan et Tia Vicenta :

Devant la déception de Quino, Miguel Brascó accepta de publier dans sa propre revue « Leoplan », qui possédait un supplément BD « Gregorio », trois petites histoires des huits qui avaient été dessinés de cette famille « M » et la nommèrent du nom de la petite fille « Mafalda ».

Deux ans passèrent et en 1964, c’est Julián Delgado, directeur de la revue Primera Plana qui accepte de publier de manière régulière les premières histoires de Mafalda épurées de toutes les allusions commerciales aux appareils électroménagers. C’est le début de la saga qui va durer 6 mois à raison d’une histoire par semaine.

Son ami Brasco en 1965, une fois de plus, lui vient en aide et réussit à le faire embaucher au quotidien « El Mundo » qui publiait depuis 1957 chaque dimanche un supplément humoristique du nom de « Tia Vicenta". Mais le 23 juillet 1966, dans ce même supplément est caricaturé le président de la Nation Juan Carlos Ongania, et le supplément disparaît. (Avant que le journal un an plus tard soit définitivement interdit). Mafalda arrivera donc à apparaître de manière régulière chaque dimanche entre mars 1965 et juillet 1966. En si peu de mois, Mafalda devient populaire et d’autres journaux de province demandent aussi à publier ses histoires. Quino continuera à publier Mafalda dans de nombreux journaux et sortira un premier album pour Noel 1966. En juin 1973, Quino en manque d’inspiration décide d’arrêter la saga.

Photos : Un numéro de Leoplan de 1962, de Primera Plana de 1964 et de Tia Vicenta.

Dessin : Mafalda en français. Les premières planches de 1964.

nullChronologie d’une famille imaginaire :

Au fil des années, Quino entoure Mafalda de détail et de nombreux autres personnages apportant plus d’authenticité à cette famille de classe moyenne, où finalement chacun peut s’y reconnaître (ou reconnaître des proches).

Voilà quelques dates clefs et personnages clefs qui peuplent le monde de Mafalda :

- 29 septembre 1964 : Mafalda apparaît avec son père pour la première fois dans une revue.

- 06 octobre 1964 : C’est au tour de sa mere de faire son apparition.

- 19 janvier 1965 : Première apparition de Felipe, le copain de Mafalda, ils vont ensemble à l’école.

- 29 mars 1965 : C’est au tour d’un second copain du quartier d’entrer en scène, Manolito, le fils de l’épicier.

- 06 juin 1965 : Mafalda a enfin une copine, bien qu’elle ne partage pas du tout sa philosophie de vie, il s’agit de Susanita.

- Février 1966 : Un nouveau copain intègre la bande, Miguelito.

- Août 1967 : La mère de Mafalda est enceinte.

- 21 mars 1968 : le frère de Mafalda nait, il se prénomme Guille (diminutif de Guillermo).

- Fin 1969 : Le père de Mafalda achète une 2 CV, symbole de l’évolution sociale de la famille.

- 15 février 1970 : Une nouvelle copine pour Mafalada, Libertad, politisée comme Mafalda et très cultivée (à rapprocher peut être de Lisa Simpson).- 25 juin 1973 : la saga s’arrête !

null

nullLes principaux personnages :

Chaque personnage a un caractère très affirmé.

Mafalda : C’est une petite fille sensible, posant sans cesse des questions (aux autres et à elle même). Pense peut être trop (en tout cas pour son âge) et toujours préoccupée par le monde qui l’entoure. Elle est rebelle sans être pour autant anarchiste, adepte du nihilisme. Elle déteste la soupe, mais par contre adore Woody Woodpecker, les crêpes et les Beatles. Elle veut apprendre le plsu de langues possibles pour ensuite nulltravailler aux Nations Unis afin de ramener la paix dans le Monde.

Le Papa : On ne connaît pas son prénom. Il travaille dans un bureau pour une compagnie d’assurance. La famille vit dans un appartement (A San Telmo), mais adore la nature et passe beaucoup de temps à s’occuper de ses plantes. Ne comprend pas toujours les questions de sa fille et de la nouvelle génération. Moins philosophe que sa fille, se borne à régler des questions quotidiennes de la vie de sa famille. Très fier de sa 2CV.

La Maman : Elle se prénomme Raquel. Typique maitresse de maison, ne travaille pas à l’extérieur, mais s’occupe des nulltaches ménagères. Cuisine, lave, fait les courses, repasse et fait le ménage. Ne sait pas conduire. Elle a commencé des études universitaires et a étudié le piano pour devenir professionnelle, mais a laisser ensuite ses études pour se marier. Ce qui agace Mafalda. S’occupe bien de ses deux enfants et donne sans cesse à Mafada des conseils de sagesses, de sacrifices et d’humilité. Ce qui ne la calme nullement.

Manolito : De son vrai nom Manuel Goreiro. Le fils de l’épicier tenant dans le quartier « El Almacen Don Manolo », une caricature de l’image de l’espagnol installé en Argentine, le « Gallego » parfait. Un peu brute, pas très fin ni nullintelligent, mais travailleur, ambitieux et ne pensant qu’à l’argent comme toute fin en soi. Il déteste les Beatles. Donne de temps en temps un coup de main à son père dans le magasin, et déteste la concurrence des autres épiciers. On voit de temps en temps son père et son frère plus âgé que lui apparait une seule fois et part ensuite travailler aux Etats-Unis. Manolito et son père furent inspirés à Quino d’un boulanger espagnol installé dans son quartier et de son fils Julian Delgado.

Miguelito : Le personnage le plus « fou », a toujours plein d’idées désopilantes, souvent absurdes. Un peu plus jeune que Mafalda. On le reconnaît tout de suite par sa coiffure en feuilles de salade. Fils unique, souvent en nullconflit avec sa mère très stricte. D’une nature égoïste, il est tout de même direct et sincère avec les autres et accepte les critiques des autres.  Son grand père l’a rendu admiratif de Benito Mussolini.

Libertad : La plus intellectuelle de la bande. Très cultivée, politisée à gauche, elle est « anti-système ». Ses parents sont divorcés donc en ce début des années 70, une situation en Argentine totalement marginale. De stature basse, c’est souvent el prétexte de la risée de ses copains. Idéologiquement sur le même niveau que Mafalda, bien que mois réaliste que cette dernière. Son père est socialiste et se plaint nullde son travail alors que sa mère est traductrice de français (Jean Paul Sartre), très intello. 

Felipe : Le meilleur copain de Mafalda, un peu plus âgé qu’elle. Insouciant, très gamin, ne pense qu’à s’amuser. Passe son temps à lire des BD et à se déguiser en cowboy solitaire. Il est timide, rêveur et paresseux. Mauvais à l’école, il la déteste. (C’est le personnage de Quino). Voit la vie plus simplement que Mafalda. Il a toujours deux dents incisives supérieures proéminentes. 

Susanita : De son vrai nom, Susana Clotilde Chirusi. La conformiste. Conservatrice, antiféministe. Au courant de tout ce qui se passe dans le quartier, elle adore les ragots. Elle finit nulld’ailleurs souvent à fatiguer le reste de la bande. Totalement raciste, cette petite fille n’a que deux rêves dans la vie, se marier et avoir plein d’enfants. Elle n’aime pas les pauvres et voudrait être riche. A du mal à s’entendre avec Mafalda bien qu’elle soit son amie sans pour autant arriver à partager ses jeux. Elle est amoureuse de Felipe, et n’arrête pas de se moquer de l’ignorance de Manolito. Ressemble par son physique et son caractère à sa mère.

Guille : Le petit frère de Mafalda. Le seul personnage qui au fil des années a grandit. nullAucun sens étique à son discours, passe de la sensibilité à la pire des monstruosités dans ses propos. L’Ironie est une de ses armes. L’Anti-Mafalada, il adore d’ailleurs la soupe. C’est un fan inconditionnel de Brigitte Bardot. Petit zozotait, et toujours muni d’une tétine à la bouche, en grandissant la perd et s’exprime mieux. Le personnage de Guille fut inspiré d’un neveu de Quino.

nullQuelques phrases de Mafalda :

- "De la soupe en petits cubes ? Comme la géométrie est tombée bien bas !"

- "Les Beatles font danser la jeunesse, mais ceux de Wall Street font danser le monde entier".

- "Dans ce monde, n’y a-t-il pas à chaque fois plus de gens et moins de personnes ?"

- "Quand les parents ne savent pas expliquer quelque chose, il y a toujours une histoire de cigogne dans leur discours".

- "S’il n’y en a pas un qui se dépêche de changer le monde, c’est le monde qui va le changer".

A lire aussi dans le Petit Hergé :

Centre Commercial Mall Recoleta (Buenos Aires) - Centre Commercial Mall Recoleta de Buenos Aires : Le Nouveau Mall Recoleta ouvre officiellement ses portes le mercredi 28 septembre 2011, après une inauguration en grandes pompes la veille. Le nouveau centre commercial aura couté 100 millions de dollars d’investissement pour 41.800 m2. De quoi proposer à la clientèle essentiellement étrangère de ce quartier 75 boutiques, 10 nouvelles salles de cinéma et un parking de 420 véhicules en sous sol. On pense qu’il devra générer 1.500 emplois à court terme...

 

 - A visiter à Gualeguaychu - Province de Entre Rios : Nombre de petites villes de « l’intérieur » argentin sont intéressantes à connaître pour justement se rapprocher du mode vie de ses habitants. Il est certain qu’une ville comme Gualeguaychu ne réserve pas de spots somptueux comme les glaciers d’El Calafate ou les chutes d’Iguazu mais si vous êtes de ceux qui voyagent en dehors des sentiers battus, vous devez alors faire un petit tour du coté de ses villes du « Littoral » du Rio Uruguay. La plus proche de Buenos Aires étant celle de Gualeguaychú...

- Le Peso Argentin. ARS : Depuis le 1er janvier 1992, le peso argentin ou ARS (qui s’écrit $) est la monnaie légale de l’Argentine.

Il existe aujourd’hui en circulation 6 billets d’une valeur de 2, 5,10, 20, 50 et 100 pesos. Il y avait dès 1992, un autre billet de 1 peso qui fut retiré peu à peu à partir de 1994 pour être remplacé par une pièce de monnaie...

 



- Le métissage à Buenos Aires pendant l'époque coloniale :  Le mélange entre espagnols, esclaves noirs et indiens produit rapidement à Buenos Aires un brassage des populations qui apportent toute une palette de couleurs de peau et de métissages que les autorités coloniales espagnoles classent en plusieurs groupes : Les espagnols (aussi nommés les peninsulares), les criollos, les indigenas (ou indios), les negros, les castas (aussi nommés mestizos)...

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 00:00

Mise à jour : 23 avril 2011.

Quino, le papa de Mafalda :

 

Voilà que Mafalda vient de fêter ses 50 ans ! Déjà ? Mais oui ! Vous ne connaissez pas Mafalda ? Voyons ! Ce personnage de bandes dessinées créé par Quino en 1962, mais qui ne fut publié pour la première fois qu’en septembre 1964 dans la revue « Primera Plana ». C’est pour cela d’ailleurs que Mafalda a deux anniversaires, certains veulent se rappeler de la date de création du personnage par Joaquin Salvador Lavado dit « Quino » en septembre 1962, et d’autres celle de la sortie de cette petite fille espiègle mais tellement politisée, de ses cartons à dessins pour apparaître au grand jour en dernière page de cette revue, toute aussi politisée, deux ans plus tard !

Un second article sur Mafalda : Mais qui est Mafalda ?

 

Photo : Inauguration du banc de Mafalda dans le quartier de Montserrat avec son papa Quino en août 2009.

Mauvais à l’école et bon en dessin :

 

Joaquin, le dessinateur est né à Mendoza en 1932, mais comme il avait déjà un oncle se prénommant comme lui (Joaquín Tejón et dessinateur publicitaire), toute sa famille lui avait donné le surnom de Quino. Détestant l’école, tout comme son autre personnage « Felipe » accompagnant Mafalda, ce n’est pas son niveau scolaire qui pouvait le motiver à vouloir décrocher un diplôme quelconque. Il faut dire qu’il passait son temps à dessiner au fond de la classe… « Ce n’est pas comme ça que vous allez réussir dans la vie…. », bref plus impressionné a lire ce qui sortait toutes les semaines dans « Rico Tipo » que dans ses livres de math, il n’avait qu’une idée … faire aussi, comme on dit ici, des « historietas » (traduisez BD). Pas très sérieux tout ça ! A l’age de 12 ans il quitte l’école pour s’inscrire à l’école des Beaux Arts de Mendoza, et à 17 ans l’abandonne pour vouloir voler de propres ailes et réaliser son rêve et devenir « dessinateur ». Nous sommes au début des années 50, c’est l’explosion de ce qu’on appellera plus tard le 8ème art et le voila parti pour la « Capitale », pour prouver à sa famille qu’il est après tout capable de quelque chose ! Il s’accroche à son rêve en ce début 1950 et revient à Mendoza après cette tentative d’installation infructueuse en 1951. Il ne s’avoue pas battu pour autant. C’est en 1954 après son service militaire qu’il s’installe définitivement à Buenos Aires.

Dessin : Quino par lui même. 

Vidéo : Entretien avec Quino. Enregistrement 2008.

Buenos Aires 1950, royaume des historietas :

Buenos Aires regorge dans ces années 50 de revues hebdomadaires de tout type, et il est habituel, de trouver en « contratapa » (dernière page), ou en avant dernière page, une rubrique consacrée aux « tiradas », petites histoires dessinées en 4 ou 5 cases. Jamais sérieux, quelque fois vulgaires, ou sans humour, mais les quotidiens et hebdos ont l’habitude de les publier, car le porteño en est friant. Ca se bouscule donc au portillons de chaque rédaction, c’est une nuée de jeunes dessinateurs se trouvant tous spirituels et artistes qui essayent en permanence de montrer leurs dessins avec la ferme illusion de pouvoir décrocher un contrat qui pourraient faire parler d’eux (et bien souvent remplir leurs assiettes).

Quino fait partie de ces dizaines « d’artistes », il réussit à vendre quelques planches de ci de là, qui le maintiennent la tête hors de l’eau sans pour autant le rendre ni célèbre et encore moins riche ! La première planche sera publiée dans l’hebdo « Esto es » et il publiera ainsi ses historietas dans « Vea y Lea », « Leoplan », « TV Guia », « Panorama » ou « Atlantida ».

Dessin : Humour de Quino.

Vidéo : Montage avec Mafalda. 3 mn 05 s.

La famille type argentine des années 60 au prise avec le modernisme électrodomestique :

Persévérant, c’est un de ses amis, Miguel Brasco qui fait appel à lui pour lui confier le graphisme d’une publicité ventant les produits électrodomestiques « Mansfield ». C’est le début des années 60, on veut une « réclame » amusante, montrant une famille type porteña au prise avec justement le téléviseur, frigo et aspirateur de chez « Mansfielf » ! Il doit faire rire, un jeu de mot, un clin d’œil…. Bref ça passe chez le commanditeur et passe aussi chez le public ! C’est le début de « l’esprit Mafalda ». C’est de suite le succès, puisque Quino arrive à vendre sa « famille » à « Primera Plana » en septembre 1964, « 7 dias » et mieux encore au quotidien « El Mundo ». On compile ensuite quelques historietas pour un faire un recueil a part entière chez Jorge Alvarez Editor puis ensuite aux Ediciones de la Flor (encore publié chez eux de nos jours). Il devient enfin connu et reconnu en Argentine mais aussi dans toute l’Amérique Latine et enfin en Europe. L’Italie est le premier pays européen qui le publie et aussi qui le traduit. Il a l’habitude d’y aller souvent et encontre Umberto Ecco qui signe la présentation de son premier livre en italien en 1969 : « Mafalda la contestataria ». En 1971, c’est au tour de l’Espagne de le publier toutes les semaines dans « El Triunfo ».

Dessin : Mafalda,la petite porteña espiègle.

Vidéo : Quinoscopios, la serie de 1991, les autres personnages de Quino.

Fin de la BD pour Mafalda mais début des dessins animés :

 De la bande dessinée aux dessins animés il n’y a qu’un pas, et Mafalda le franchit en 1972 pour travailler sur une première série. L’inspiration commençant à lui manquer. Quino décide d’arrêter le personnage de Mafalda le 25 juin 1973 exactement, date de la dernière publication d’une nouvelle histoire de la terrible petite fille. Quand, en 1976, Videla et ses amis militaires prennent le pouvoir, il quitte le pays avec sa femme Alicia pour se réfugier en Italie à Milan, où vivent un bon nombre de ses amis. Si plus aucune nouvelle histoire de Mafalda n’est publiée depuis 1973, le personnage continue tout de même à vivre, à travers de nouvelles compilations, mais aussi de dessins animés comme ceux de la série « Quinoscopios » dirigé par le cubain Juan Padrón qu’il aura rencontré au début des années 80 lors d’un festival du film de la Havanne. A la fin de la dictature argentine, Quino revient s’installer en Argentine. « Quinoscopios » verra le jour en 1985, et Mafalda reprendra vie ainsi pour la télévision pour quelques années, jusqu’en 1988.  Une dernière série de 104 chapitres de 1 minute montée en 1991 reprendra tous les personnages de Quino. Depuis, Mafalda n’a jamais repris de service en tout cas sur de nouvelles histoires, mais n’en demeure  pas pour autant absente de tous les coeurs des argentins et surtout de son Papa Quino qui continue à dessiner d’autres personnages.

Dessin : Autoportrait de Quino.

Autre article sur Mafalda :

Mais qui est Mafalda ? - Mais qui est Mafalda ? 

Au fil des années, Quino entoure Mafalda de détails et de nombreux autres personnages apportant plus d’authenticité à cette famille de classe moyenne, où finalement chacun peut s’y reconnaître (ou reconnaître des proches).

Voilà quelques dates clefs et personnages clefs qui peuplent le monde de Mafalda...

 

Dessin : "Comment ça, vous ne voulez plus ramer ! Vous m'étonnez Fernandez ! Sommes nous ou non dans le même bateau ?"

D'autres articles dans le Petit Herge :

Musée du bicentenaire (Casa Rosada - Buenos Aires)- Le Musée du Bicentenaire à Buenos Aires : Cage de verre futuriste, en contraste total avec la Casa Rosada qu’elle jouxte, voici ce à quoi ressemble le musée du Bicentenaire a priori. A priori seulement, car une fois entré dans cette antre, le décor devient beaucoup plus doux et agréable. Inauguré le 24 mai 2011, voici le dernier musée inauguré à Buenos Aires. Son objectif : retracer deux cent ans d’histoire argentine, de la Révolution de Mai 1810 aux derniers actes accomplis par l’actuelle présidente Cristina F. Kirchner...

 

La Prensa (Avenida de Mayo - Buenos Aires)- Le bâtiment de la Prensa à Buenos Aires : A quelques pas de la Casa Rosada, au 575 de la fameuse avenue de Mayo, s’élève un édifice à l’architecture étonnante ; autrefois le siège de la Prensa, l’un des plus vieux quotidiens encore édités à Buenos Aires, le lieu est aujourd’hui occupé par les services culturels de la ville qui y proposent expositions et représentations en tous genres. La visite de l’édifice vaut déjà le détour !...

 

 

Histoire d'Argentine : 1 - Pedro de Mendoza vers le Rio de la Plata- Pedro de Mendoza en route pour le Rio de la Plata : Un adelantado est le terme utilisé en Espagne à la fin à du XVème siècle, lors de la conquête de l’archipel des Canaries, de celui qui au nom de roi d’Espagne peut s’emparer de nouveaux territoires en finançant en partie lui-même la campagne et pouvant tirer économiquement profit d’une partie des richesses découvertes...

 

 

La Renault Mini 4 en Uruguay- La Renault Mini 4 en Uruguay : En Uruguay, un modèle spécial a été conçu et fabriqué, il s’agit de la 4S (S comme Spécial, je suppose !), car il s’agit d’une 4L deux portes avec coffre ! 2 portes, 4 vitres pour 2 banquettes et le hayon arrière changé contre un petit coffre. Allez savoir pourquoi ? Sur ! Elle est moche et jusqu’à présent, je ne l’ai vu qu’en Uruguay ! On l'apelle aussi en Uruguay la Renault Mini 4...

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 20:34

Mise à jour : 18 juillet 2011. Article écrit par Patrick Viannais.

Andrés Neuman :  

Andrés Neuman est certainement l’un des auteurs hispanophones les plus intéressants du moment. Jeune encore – il a 34 ans – il a pourtant déjà une bibliographie conséquente, et couronnée de succès (voir liste). Parrainé à ses débuts, excusez du peu, par le regretté auteur Chilien Roberto Bolaño, qui disait à son propos « la littérature du XXIème siècle appartiendra à Neuman et à quelques-uns, rares, de ses frères de sang ».

Il est né en 1977 à Buenos aires. Ses parents étaient tous deux musiciens, sa mère faisait partie de l’orchestre du Théâtre Colón.  Andrés a passé toute son enfance et une grande partie de son adolescence à Buenos Aires : il fut élève au fameux Colegio Nacional. La passion de l’écriture lui est venue assez tôt : entre 11 et 12 ans, il écrivait déjà beaucoup, contes, nouvelles, poèmes. Ses récits aussi horribles que sanglants avaient le don de pas mal inquiéter sa mère !  En 1991, la famille Neuman quitte l’Argentine pour l’Espagne : Andrés commence sa nouvelle vie européenne. Il vit aujourd’hui à Grenade, et a un temps donné des cours de littérature hispano-américaine à l’Université de cette même ville andalouse.

Bibliographie d'Andres Neuman :(En gras les ouvrages abordés dans cet article)

Romans :

  • Bariloche (1999) Finaliste du Prix Herralde
  • La vida en las ventanas (2002)
  • Una vez argentina (2009) Finaliste du prix Herralde
  • El viajero del siglo (2008) – à sortir chez Fayard en septembre, avec une traduction d’Alexandra Carrasco : « Le voyageur du siècle ».

Nouvelles :

·         El que espera (2000)

·         El último minuto (2001)

·         Alumbramiento (2006)

Plus un livre de voyage, Como viajar sin ver (2010), un recueil d’aphorismes et micronouvelles, El equilibrista (2005) et pas moins de 10 recueils de poèmes, dont El tobogán, prix Hiperión 2002, et Patio de locos, publié dernièrement.

Una Vez Argentina : 

           « Une auto fiction généalogique », voilà comment on pourrait qualifier la passionnante saga familiale que nous conte Andrés Neuman. Deux tendresses s’y croisent constamment : celle qu’il éprouve pour sa famille, et celle qu’il ressent, profondément, pour son pays natal. Neuman retrace deux histoires à la fois parallèles et croisées : celle des hommes et celle d’un siècle. Les hommes – et les femmes, car A. Neuman parle beaucoup des femmes – ce sont ces émigrés, Espagnols, Polonais, Russes, Lituaniens, et même Français, (les bisaïeuls maternels de l’auteur étaient nés…à Bourges !) qui ont fui l’Europe pour se lancer dans l’aventure de la construction d’une nouvelle nation, et plus, d’une nouvelle patrie. Car l’histoire de la famille Neuman, ici patiemment reconstituée, mais également pas mal imaginée, voire même rêvée par l’auteur, c’est aussi l’histoire des Galán, des Casaretto, des Kovensky, des Resnik !
          Le siècle, c’est celui qui va d’Hipólito Yrigoyen à Carlos Menem, en passant par Perón et Onganía. Il ne s’agit pas pour autant d’un récit historique : Neuman ne dessine pas sa frise de manière linéaire, mais au contraire discontinue, comme pour mieux montrer toute la complexité de la trame du tissu familial, et toutes les résonances affectant, malgré les distances temporelles, les événements politiques et sociaux de l’Argentine du XXème siècle. Il restitue ainsi toute la fragilité de la mémoire, notamment celle de l’enfance, qui embellit ou noircit parfois le souvenir, mais toujours le déforme en contractant espace et temps.
          Le livre n’est malheureusement à ma connaissance pas encore traduit en français. Néanmoins, pour ceux qui ont un minimum de pratique de l’espagnol, ou s’appuient sur la lecture pour la cultiver, de par le style d’Andrés Neuman, clair, aéré, plein d’humour, aux phrases incisives et au vocabulaire sobre, il restera très abordable, relativement facile et plaisant à lire.

Intérêt du livre : *****
Facilité de lecture en espagnol : *****

Vidéo : 1ère partie de l'entretien avec Andrés Neuman à la sortie de son livre "El Viajero del Siglo".(9 mn 09s.)

"Yola Yelou" émission de la TV Dominicaine. Pour voir la suite :

2ème partie : http://www.youtube.com/watch?v=JGE5WjNZ8A0&feature=related

3ème partie : http://www.youtube.com/watch?v=XVbGYBLBCt0&feature=related

4ème partie : http://www.youtube.com/watch?v=krnTVO14u_0&feature=related

Le Voyageur du Siècle :

           Ce livre constitue l’une des très rares traductions de Neuman en français. Sauf qu’il faut s’armer d’un peu de patience : la sortie est prévue pour septembre. Ce livre a été largement salué comme LE chef d’œuvre de Neuman. Un projet ambitieux : établir une passerelle historique entre le XIXème siècle et le XXIème, à travers l’histoire de Hans, un voyageur qui pose ses valises quelque part entre Saxe et Prusse et y rencontre un amour qui s’avèrera mouvementé. Le roman est une vraie tentative – réussie – de faire une synthèse entre littérature classique et contemporaine, particulièrement bien servie par le style toujours léger, précis, poétique et pétillant d’humour de l’auteur. Il faut ça, car le livre « mesure » tout de même ses 544 pages en espagnol, ce qui pourrait en décourager certains. Mais, à l’instar d’autres auteurs prolifiques, comme Ken Follett, Neuman parvient sans peine à « enganchar » son lecteur : comme l’a dit ailleurs un lecteur Argentin, « un livre dans lequel on n’avait pas forcément envie d’entrer, mais duquel on ne veut plus sortir. » Ce livre a reçu le prix Alfaguara ainsi que le prix de la critique du roman hispanophone 2009.

Intérêt : *****
Facilité de lecture en espagnol : *****

Como viajar sin ver :

           Après avoir reçu son prix Alfaguara (Voir ci-dessus), Neuman a été invité à faire une tournée de promotion du « Voyageur du siècle » à travers l’Amérique Latine. Le présent livre se veut une mise au propre des notes qu’il a prises à cette occasion, tout au long de son voyage, chaque chapitre présentant un pays différent. On peut se demander où il trouve le temps d’écrire autant durant un tel voyage, mais il note tout, pêle-mêle : ambiance des hôtels, rencontres, dialogues échangés, impressions de lectures – Neuman lit énormément en voyage, vu le nombre de bouquins et d’auteurs cités ! –, commentaires politiques, aphorismes purement poétiques… Il pose sur son continent natal un regard à la fois attendri, ironique, parfois teinté, sinon de gravité, du moins d’une certaine inquiétude. (« Quand Dieu a créé le Venezuela, dit quelqu’un, il était bourré, ça ne fait pas de doute ! »). Une certitude : on rigole bien à la lecture de ce compte-rendu d’un voyageur ni tout a fait étranger, ni tout à fait familier aux pays qu’il traverse, navigant sans cesse entre intimité et distance. Hélas, ce livre n’est pas encore traduit, et c’est bien dommage. Vivement que la France découvre enfin Andrés Neuman !

Intérêt : *****
Facilité de lecture en espagnol : *****

Quelques passages…

En Argentine : « Je veux écrire macrista sur mon ordinateur portable et Word me corrige : machista. Parfois le correcteur orthographique ressemble à un détecteur idéologique.

Au Guatemala : « Naturellement qu’on a fait des progrès, me dit-elle très fière. Maintenant, on peut acheter les livres dans les supermarchés ! »

Au Chili : « Le Chilien parle tout seul. L’Argentin parle à lui-même. »

A Panama : « Avant d’aller au Musée du Canal, on s’arrête dans un supermarché pour acheter une Turqui, c'est-à-dire une dinde. Après-demain c’est le jour d’Actions de grâce. Tous les ans, me dit mon amie, je donne un nom à la dinde. Celle de l’an dernier s’appelait Condie, à cause de Condoleezza Rice. Celle de cette année n’a pas encore de nom. Je pourrais aussi bien l’appeler Carla Bruni.

A lire dans le Petit Hergé :

Ciencias Morales ou l'oeil invisible

- Ciencias Morales de Marín Kohan.(Juin 2011).

L’Argentine qui a gagné la coupe du monde 1978, l’Argentine de Mario Kempes et des généraux est à bout de souffle. La société étouffe sous l’épaisse bâche tissée par six ans de dictature, et dérive en suivant un cap imprécis.

Sergio Corbucci- Sergio Corbucci.(Mai 2010).

Sergio Corbucci était un réalisateur italien, spécialiste du genre péplum et western italien des années 50 et 60. Sans atteindre la grandeur d’un Sergio Leone, il n’est pas non plus à ranger dans les séries Z.

Pablo Trapero et - Pablo Trapero et "Leonera".(Mai 2008).

Julia(Martina Guzmán) se réveille un matin dans son appartement entourée par deux corps d'hommes ensanglantés. Un est encore en vie, l'autre mort. Les deux ont été à des moments différents l'amant de Julia, et celle ci est enceinte d'un des deux. 5ème long métrage de Pablo Trapero.

 

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 17:18

Mise à jour : 02 juillet 2011.

Le Guide Michelin Argentine enfin mon rêve ?

Je me réjouissais à l’avance de recevoir la première édition du Guide Michelin Argentine tout juste paru en France (et encore indisponible en Argentine). Le Michelin auréolé d’un savoir faire professionnel que personne ne conteste, surement l’un des premier guide au Monde pour sa qualité de ses éditions vertes que de nombreux collectionneurs s’arrachent dès qu’elles ont une bonne vingtaine d’année. Me viennent à l’esprit aussi ces quelques exemplaires encore existants de la toute première édition France de l’année 1900 que possèdent quelques chanceux fortunés, et que je n’aurai peut être jamais la chance ne serait ce que de le feuilleter.

Voilà que le Michelin après avoir sillonner les routes de France, d’Europe, du bassin méditerranéen, débarque au sud du nouveau continent.

Enfin un vrai professionnel sur le terrain, le guide Michelin va enfin révolutionner les guides francophones sur le pays, donner un grand coup de balai aux Routard, Futé, Lonely et Geo ! Peut être même les ridiculiser, les envoyer d’un seul coup d’une premier édition au pays de la ringardise. Je pensais enfin que les derniers jours des guides bidons qui passent d’une édition à une autre en faisant du « copier-coller », et en répercutant d’une année à l’autre les mêmes clichés totalement surfaits (style : le pays de la meilleure viande du monde, le pays de la liberté du gaucho, de la ferveur inégalée dans le football, de la Santa Evita et du tango de Gardel) aller voler en éclat !  Une sorte de révolution dans la manière de présenter le pays aux francophones avides d’entrer dans la réalité de 2011 d’un pays fabuleusement complexe et passionnant.

J’imaginais la stratégie d’un énorme groupe puissant comme le Michelin, envoyant une vingtaine de professionnels du voyage dans les 24 provinces du pays pour nous dénicher, les lacs, rivières, les parcs et les curiosités les plus époustouflants, des anecdotes des plus intéressantes, des hôtels les plus originaux, bref « algo para soñar » « para despegarse del piso », « para vibrar con la mente y el corazón ».

C’est un peu comme si Ferrari nous dévoilait son dernière modèle, encore caché par un voile, la presse et les photographes sont là aux aguets prêts à déclencher leurs appareils à l’instant magique où les deux superbes blondes vont tirés le voile pour dévoiler au monde entier LA meilleure machine du siècle !!!

 Et là, tout bascule, personne ne comprend rien, sous le voile apparaît un moulin à café !

Tout bascule en enfer !

Monsieur Michelin, que se passe-t-il ? Toi qui es le meilleur, tu as sorti non pas un guide mais un texte digne d’une fête scolaire de fin d’année. Ce n’est pas que tu te sois trompé quelques fois sur des sujets ou des indications (tout le monde en fait), mais cette fois ci, tu as fais du vite-facile-cliché que même des stagiaires ne font plus depuis le collège.

Ce n’est pas possible, je dois rêver, un cauchemar, Michelin tomber si bas ?

Je dois l’admettre, voilà 72h que je le parcours en long en large et en travers, le Michelin est même plus mauvais que le Routard (c’est pour vous dire !).

Si je devais donner une note aux 5 guides francophones existants aujourd’hui sur le marché, je mettrai : Géo : 8/20, Lonely : 7/20, Petit Fute : 5/20, Le Routard : 4/20, et le Michelin : 3/20.

Ce n’est pas nul, c’est catastrophique !

Vous me connaissez, je n’ai ni ma langue dans la poche, ni même l’habitude de faire des déclarations sans les appuyer d’exemples, alors je vais vous en donner quelques uns !

Ma première impression est que le Michelin n’a envoyé personne en Argentine pour monter le guide, tout s’est passé par internet et concocté à Paris dans les bureaux de l’avenue de Breteuil. L’édition est sortie de presse en Italie en janvier 2011 et se dénomme modestement « Edition 2011 ». En fait toute l’information date de juillet - novembre 2009 (99% quelques rajouts en 2010, juste avant de lancer l’impression). D’ailleurs j’ai retrouvé de ci de là quelques reprises du « Petit Hergé de 2009 ». (Ca n’arrive même pas à me flatter). Si Michelin a tout de même envoyé une personne, celle ci a du vivre son déplacement comme un loisir plus qu'un voyage à mission professionelle.

 

Le guide est decoupé en 3 partie :

Comment organiser son voyage : Page 1 à 45. (Je note 4/20)

Ne soyons donc pas méchant et ne comparons pas les écrits du Michelin avec ce qu’il se passe aujourd’hui mais uniquement avec l’époque de 2009.

 

Exemple : Dans Ou se restaurer (page 21) : je cite «  … l’Argentine n’est pas reconnue pour ses traditions culinaires. La « gastronomie locale » se résume en fait à des grillades et à des plats d’origine étrangère, principalement issus de la cuisine espagnole et italienne, voir d’autres pays d’Amérique du sud … »

Je répondrai donc à monsieur Michelin la prochaine fois qu’il remettra les pieds à Buenos Aires (ou qu’il les mettra pour la première fois) qu’il aille s’acheter le guide Vidal Buzzi (moins cher que le votre) qui depuis 1994 (et dont le grand modèle à l’époque fut le guide rouge Michelin) nomme, et note les meilleurs tables de Buenos Aires (uniquement Buenos Aires) tous les ans. Il doit y avoir 500 restaurants jouant tous les ans leurs réputations.

Quant à savoir ce qu’est la « Gastronomie locale » sachez que la Cuisine argentine (surement moins fine que la française) est tout de même variée quand on se donne la peine de la chercher (C’est justement votre métier non ?).

Il existe donc (et ce n’est pas moi qui les nomme de cette manière, mais les professionnels de la gastronomie) des différentes cuisines argentines que l’on différencie en : Argentine traditionnelle, Argentine moderne, Casera (maison), Creativa, Criolla, De Autor, Eclectica, Fusion, Hispano-Argentine, Italo-Argentine, Argentine Juive, Macrobiotique, Marisqueria, Natural, Naturista, Parilla (la seule selon vous qui existe), Porteña Moderne, Porteña Clasica et la végétarienne.

Ce n’est quand même pas à moi pauvre Petit Hergé d'apprendre au grand Michelin ce qu’est la cuisine non ?

De plus si vous vous étiez donné la peine de sortir de Buenos Aires pour aller parcourir les 23 autres provinces vous auriez pu constater que dans les provinces on mange différemment, du Yacare (alligator) à Entre Rios, énormément de poisson du rio à Misiones et à Corrientes comme le Pacu, Surubi, et autre Boga. En Patagonie, du mouton, de l’agneau à toutes les sauces, dans le nord ouest, le maïs décliné de cent façons différentes. (Peut être est ce les plats « d’autres pays d’Amérique du sud » dont vous parlez), une confusion qu’un enfant de 10 ans ne ferait pas, pensant peut etre que Jujuy, Tucuman et Salta font déjà parties de la Bolivie ? Non non, la cuisine norteña est bien réelle et 100% argentine !

 

D’autres exemples à la volée :

Page 22 : « Il n’est pas coutume de marchander… » Ah Bon ? Mais si justement c’est le pays ou l’on doit marchander le plus… du prix d’un hôtel, à un pull ou une paire de chaussure dans un magasin, jusqu’à un réfrigérateur, ordinateur portable et téléviseur (comme je l’ai toujours fait). Même dans les enseignes les plus connus, le marchandage se fait (et se doit d’être fait !).

 

Quelques inexactitudes ensuite parce que le guide date de 2009, mais pourtant importantes à mentionner, par exemple, on nous parle d’une taxe de sortie du pays (qui n’existe plus depuis 2009), le guide annonce 24 USD. C’est faux, la taxe valait 18 USD.

Pour les locations de voiture, Michelin annonce qu’il faut avoir 21 ans, c’est faux, il faut depuis début 2010 (il y a un an et demi), avoir plus de 18 ans. Dans le chapitre taxi, il y a une confusion que le Michelin n’a pas saisie. Pour Buenos Aires, les taxis sont essentiellement utilisés intramuros (et Ezeiza), alors que les remises sont utilisés essentiellement en banlieue. (Et non « Remises » qui signifient pour Michelin des taxis privés !).

Parler uniquement de San Telmo comme lieu de la brocante, c’est aussi un peu fort….. et le marché aux puces de Colegiales ? (Mercado de pulgas). C’est un peu comme si on oubliait de parler des puces de la porte de Clignancourt.

 

Comprendre l’Argentine : Chapitre 2 : Page 46 à 101 (Note 12/20)

Cette fois ci, on sent que ce chapitre a été confié à une personne qui en connaît un peu plus sur le pays, donc pas évident en 50 pages de résumer un pays et son histoire, mais si il y a un seul point positif à ce guide, c’est justement ce chapitre. On tombe quelque fois dans le cliché, mais difficile de ne pas le faire quand on fait un tour d’horizon en si peu de pages.

Quand on atteint le pire :

Découvrir l’Argentine : Chapitre 3. Page 102 à 491. C’est là où ça se gâte sur 390 pages ! (Note 2/20).

On le ressent dès la carte du pays qui se trouve à l’intérieur de la couverture, puisque son nommées les « 6 régions de l’Argentine »… perdues chacune à une extrémité du pays sans se toucher. (Pendant que j’y suis sur la carte, la province de Mendoza se fait appeler Province de San Luis !).

Ce n’est pas « Découvrir l’Argentine », mais découvrir 10 villes ou villages d’Argentine.

Le Michelin a du traiter à peine 5% du pays….. pire que ces concurrents.

A)      Buenos Aires pages 102 à 183. (21%)

B)      Iguazu pages 184 à 213 (7%)

C)      Salta et Jujuy pages 214 à 293 (20%)

D)      Mendoza et San Juan 294 à 343 (13%)

E)      Patagonie 344 à 469 (33%)

F)      Ushuaia de 470 à 491 (6%)

(En % la proportion du secteur par rapport à l’ensemble du chapitre).

 

Par exemple Buenos Aires :

11 pages de cartes et uniquement 32 pages de texte.

Les quartiers qui sont (mal) traités sont :

Le Micro centre – plaza de Mayo – Tribunales (11 Pages de texte), Puerto Madero (4 pages), San Telmo (2 pages), La Boca (2 pages), Retiro (2 pages), Recoleta (5 pages), Palermo (5 pages), Belgrano (1 page).  

Aucune ligne sur : (je nomme uniquement les quartiers ayant un intérêt touristique et commercial)

Abasto, Almagro, Chacarita, Caballito, Colegiales, Villa Crespo, Boedo, Parque Centenario, Flores, Mataderos, Once, Belgrano R.

Seulement 32 pauvres pages uniques pour raconter Buenos Aires ! Viennent ensuite 26 pages de Publi-Information (aller manger là et aller dormir là). 26 Hôtels (Enormément de copinage) qui ne servent à rien, quand on voit qu’on « recommande » le Hilton, ou le Faena ! On se demande alors pourquoi ne figure pas non plus le Sofitel, le Marriott, le Caesar Park, le Haytt, ou le Four Seasons !!!! Franchement, acheter le Michelin pour apprendre qu'à Buenos Aires, il faut aller au Hilton, c'est tres fort !!! 

Bref vous aurez compris, 4 hostels miteux à San Telmo, 2 ou 3 anciens hôtels décadents de l’avenida de Mayo et 2 « 5**** Etoiles» de Puerto Madero, c’est là le choix du MICHELIN ! Bravo !!!!

Quant aux tables….. 25 restaurants pour tout Buenos Aires, fabuleux ! On mentionne par exemple le restaurant du musée d’art moderne Malba ! Quelle bonne idée, au prix du café totalement quelconque, vous pourriez surement vous payer un plat dans un « resto normal ».

C’est du foutage de gueule (il n’y a pas d’autre mot venant pour qualifier le travail d'un professionnel comme le Michelin).

Et le reste du pays ?

Pour le reste de la province de Buenos Aires … y compris la banlieue : Michelin ne traite que Tigre et San Antonio de Areco !

Exit les autres destinations intéressantes de la banlieue comme San Isidro, La Plata. Lujan, etc…

Quant au reste de la province de Buenos Aires (grande comme la superficie de l’Italie) à se demander si elle existe encore ?

Dans le Michelin il n’y en a aucune……NEANT ! (Pas une ligne) ……………….

Pourtant : La Sierra de la Ventana, Mar del Plata, Azul, Bahia Blanca, Balcarce, Campana,  Carhue, Carmen de Patagones, Chascomus, Claromeco, Dolores, General Belgrano, Junin, Lobos, Miramar, Necochea, San Nicolas de los Arroyos, Tandil.

Toutes ces villes et villages sont des destinations touristiques.

J'imagine déjà Michelin se défendant en avançant l’explication que dans un seul guide de 500 pages, on ne peut pas aborder toutes les destinations …..

Si, si, ca peut très bien se faire en écrivant ne serait ce que 4 ou 5 lignes à chaque fois !

Je vous ferez grâce de toutes les autres provinces du pays, mais sachez que dans le Michelin :

Concernant :

-          La province de Cordoba : NEANT ! (pas une ligne) donc ville de Córdoba, la sierra, Alta Gracia ou encore les estancias jésuites classées par l’UNESCO, ne font pas parties des endroits intéressants à visiter.

-          La province de Santa Fe : NEANT ! (pas une ligne) Ville de Rosario out !

-          La province de Entre Rios : NEANT ! (pas une ligne) Gualeguaychu et son carnaval, ou le parc national el Palmar passent à la trappe.

-          La province de Corrientes : NEANT ! (pas une ligne) Tant pis pour Estero de Ibera, Mercedes, Itati, et les rios.

-          La province de Formosa : NEANT ! (pas une ligne).

-          La province du Chaco : NEANT ! (pas une ligne).

-          La Province de Santiago del Estero : NEANT ! (pas une ligne).

-          La province de la Pampa : NEANT ! (pas une ligne).

-          La Province de San Luis : NEANT ! (pas une ligne).

-          La Province de Catamarca : NEANT ! (pas une ligne).

Que dire de plus en conclusion ?

Le Michelin Argentine, ce n’est ni un guide vert sur l’Argentine, encore moins un guide rouge Michelin. Je me demande ce que c’est ?

Bibendum s’est fait abuser de la part de l’équipe qui a eu la responsabilité de monter ce torchon. Professionnalisme ZERO, sérieux ZERO, Résultat ZERO.

A lire dans le Petit Herge :

- Les guides d'Argentine.(Septembre 2006).

- Les revues argentines.(Septembre 2006).

- Tout ce qu'il faut savoir avant de partir en Argentine.(Juin 2010).

- Tout ce qu'il faut savoir en arrivant à l'aéroport d'Ezeiza.(Mai 2011).

- Tout ce qu'il faut savoir quand on arrive à Buenos Aires.(Mai 2011).

- Les spectacles de tango à Buenos Aires.(Mars 2011).

- Le cimetière de Chacarita à Buenos Aires.(Septembre 2010).

- La Confiteria Las Violetas à Buenos Aires.(Septembre 2010).

Photo : Le Theatre de Gualeguaychu dans la province de Entre Rios.

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 17:00

Mise à jour : 02 juin 2011. Article écrit par Patrick Viannais. Contact @ : balp16@orange.fr

L'auteur : Martin Kohan :

 

Martín Kohan est né à Buenos Aires en janvier 1967. Il enseigne la littérature à l’Université de Buenos Aires. Il a déjà publié neuf romans (le premier publié en 1993), deux recueils de nouvelles, et trois essais, dont un sur Eva Perón et un autre sur l’écrivain Allemand Walter Benjamin.

Deux de ses romans ont été publiés en français, les deux chez Seuil :

-          17 secondes hors du ring (Segundos afuera)

-          Sciences morales (Ciencias morales)

Le Roman : Ciencias Morales :

Ciencias Morales. (2007 – Editions Anagrama pour l’Espagne – Traduit en français par Gabriel Iaculli pour les éditions Seuil.) Prix Herralde 2007.

 Buenos Aires, 1982 :

 

            L’Argentine qui a gagné la coupe du monde 1978, l’Argentine de Mario Kempes et des généraux est à bout de souffle. La société étouffe sous l’épaisse bâche tissée par six ans de dictature, et, pour reprendre – à peu près –  une formule de l’historien Tulio Halperin Donghi (à propos d’une autre époque, il est vrai), « dérive en suivant un cap imprécis ». En une pathétique tentative pour la remobiliser, les dits généraux, Galtieri en tête, croient pouvoir revenir aux temps glorieux des San Martín et des Belgrano et entreprennent de faire revivre la dernière chose susceptible de colmater les fissures qui s’agrandissent : la fibre nationaliste. Avec la même inconscience, la même bêtise que nos ganaches de 1914, ils lancent leur pays à genoux à la reconquête des Malouines. Pour eux, c’est le début de la fin, mais ils ne le savent pas encore, et l’Argentin de la rue, prompt à manifester « pour la paix et la victoire », non plus.
            María Teresa Cornejo est surveillante au prestigieux Colegio Nacional de Buenos Aires. Elle est jeune – à peine plus de 20 ans – élevée religieusement dans le respect des conventions, de la hiérarchie et du travail bien fait. Sous son œil vigilant, les élèves de la classe de troisième 10 ne sortent pas des clous strictement alignés par un règlement immuable : uniformes impeccables, coupes de cheveux au millimètre, rangs alignés au cordeau, mixité strictement contenue dans les limites d’une décence pudibonde. Le Colegio  Nacional est aux lycéens de bonne famille ce que la caserne est aux militaires : on y défile, on y salue le drapeau, on y chante l’hymne national et, accessoirement, on y reçoit l’instruction des futures élites de la nation.
            María Teresa prend son travail à cœur, cherchant à complaire à son supérieur, le surveillant chef, Monsieur Biasutto, un des ces héros anonymes qui ont participé, à leur niveau, à la glorieuse lutte contre la subversion. Alors, María Teresa surveille, corrige, dénonce. Fait son travail. Méticuleusement. Consciencieusement. Amoureusement. Lorsqu’elle croit sentir, dans le sillage d’un élève qui passe devant elle, une odeur familière, une odeur revenue d’une enfance pas si lointaine, l’odeur du tabac gris de son père, elle se lance alors dans ce qui devient un but et une obsession : prendre en flagrant délit le ou les fumeurs clandestins, et ainsi, se faire valoir de M. Biasutto. Commence alors une longue traque, qui se transforme rapidement pour María Teresa en un besoin vital : tous les jours, elle passe la majeure partie de son temps enfermée dans les toilettes des garçons, dans l’attente de l’hypothétique visite du ou des contrevenants.

L’histoire de María, c’est aussi l’histoire de l’Argentine des gens ordinaires, sous la dictature. Celles de ces petits soldats de la tyrannie, qu’on trouve sous toutes les latitudes et tous les systèmes autoritaires. Respectueux de l’ordre établi, craignant et admirant à la fois l’autorité, cherchant à lui plaire, devançant, inventant même ses désirs, et trouvant dans cette soumission et cette servilité une raison d’exister. Autant de maillons indispensables à la bonne marche de systèmes qui, dès lors que ces fragiles piliers faiblissent, ou décroissent, ne tardent jamais à s’effondrer.

Ciencias morales nous parle de l’oppression la plus cruelle, celle que l’opprimé s’inflige à lui-même, et qui finit par le broyer, inexorablement. Tout comme María Teresa sera broyée, par l’implacable perversité de son tortionnaire consenti, sans le moindre cri de révolte.

Plus qu’un livre sur la dictature, Kohan a voulu, dit-il lui-même dans une interview au journal Clarin, écrire sur « la discipline, la droiture, le devoir et le sens du devoir », et son style, précis, tranchant, rend compte à la perfection de la raideur des âmes et des règlements, et s’harmonise avec un rare talent avec l’ambiance glaciale de cet univers d’ordre et de  soumission. D’évidence, Martin Kohan a atteint son but.

  

Photos : Couvertures des éditions en espagnol et en français. 

Un extrait en espagnol :

Como la conversación los tiene ensimismados, María Teresa y el señor Biasutto al principio no ven el cambio. Hablan sobre las distintas épocas en la vida del país: de los buenos tiempos cuando existía el respeto y la palabra dada tenía un valor, de la época hippie cuando la mugre y la promiscuidad quisieron tomar el mundo, de los años del terrorismo y las bombas puestas en los jardines de infantes. El señor Biasutto tiene más años vividos que María Teresa y por lo tanto también otra sabiduría. Los chicos del presente son más buenos y más dóciles, pero no por eso dejan de estar a merced del daño de las ideas foráneas, o del daño que produce la ebullición hormonal. Aquellos peligros, siendo mayores, eran también más evidentes. Estos otros progresan bajo la forma del trabajo de hormiga y exigen una vigilancia tanto más puntillosa y continua.

- Lea la historia, María Teresa: es de lo más edificante. Cada vez que se gana una guerra, lo que sigue es la persecución de los últimos focos de resistencia del que perdió. Francotiradores, piquetes perdidos, los desesperados. Más se parece a una limpieza que a una batalla; ¡pero cuidado! Todavía forma parte de la guerra.

 

Photo : Du film l'Oeil Invisible de Diego Lerman (2010).

  

Vidéo : Du film l'Oeil Invisible de Diego Lerman (2010).

Le film : L'oeil invisible :

 

Un film a été tiré de ce roman en 2010. Il est sorti en France ces jours-ci. Le titre français est « L’oeil invisible » (Titre original : la mirada invisible). Réalisateur : Diego Lerman. Avec Julieta Zylberberg et Osmar Nuñez. Présenté à Cannes à la quinzaine des réalisateurs.

            S’il est vrai qu’on est parfois déçu, après avoir aimé un livre, par le film qui en est tiré, c’est bien le cas ici. Le réalisateur a pris le parti de se concentrer sur la psychologie trouble du personnage principal, et la problématique de la frustration, surtout sexuelle. La dictature, la guerre des Malouines, la ruine morale d’une société qui forment la toile de fond du roman, ne sont plus qu’un décor lointain, que l’on devine plus qu’on ne le voit réellement, hors des murs d’un lycée qui donne l’impression d’être totalement isolé de la réalité extérieure, bien plus présente dans le roman.

 

Le film est sorti en Argentine le 19 août 2010 et en France le 11 mai 2011.

 

Photo : Diego Lerman sur le tournage de l'Oeil Invisible.

A lire dans le Petit Hergé :

 

- Le cimetière Darwin aux Malouines. (Octobre 2009).

- Le Formosa pendant la guerre des Malouines. (Juillet 2010).

- L'histoire du cinéma argentin. (Juin 2006).

- Le cinéma argentin. (Janvier 2007).

- Pablo Trapero et "Leonera".(Mai 2008).

- Lucrecia Martel et "La Mujer sin cabeza" (Mai 2008).

- L'or en Argentine. (Octobre 2010).

- L'ERP à Tucuman. (Septembre 2010).

 

 

Le tournage de l'Oeil Invisible : En espagnol en 4 parties. 21 mn 43 s.

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article
4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 14:40
Mise à jour : 12 mai 2009 / 04 octobre 2008

Coutume et traditionArchitecture en ArgentineLe cinéma en Argentine
Bienvenu(e) sur le portail de la culture argentine :
Cette rubrique a pour but de faire découvrir la culture argentine dans tout son ensemble. C'est un vaste sujet et que je ne réduit pas uniquement à la culture classique mais aussi aux arts mineurs comme la mode, les arts graphiques, images de synthèse, design ou publicité.
Pour faciliter la lecture et la recherche, la rubrique est déclinée en 10 catégories, qui sont :

Histoire argentine- 6 A Tout sur l'histoire et la politique argentine.
- 6 B Tout sur les coutumes argentines.
- 6 C Tout sur l'art et la peinture argentine.
- 6 D Tout sur la musique argentine.
- 6 E Tout sur le tango argentin.
- 6 F Tout sur la mode et le design argentin.
- 6 G Tout sur le cinéma argentin.
- 6 H Tout sur l'architecture et les architectes argentins.
- 6 I Tout sur l'humour argentin.
- 6 J Tout sur la publicité argentine.

Au fil des mois, ce chapitre continuera à se densifier, alors chers lecteurs je vous demande un peu de patience avant que toutes les pièces de cet énorme puzzle commencent à se mettre les unes à coté des autres pour commencer à former un ensemble homogène.
Vous êtes aussi invités à participer par vos commentaires ou suggestions à l'amélioration des articles.


Vidéo : La politique d'aujourd'hui se transformant en histoire de demain, flash-back au 29 octobre 2007 pendant les élections présidentielles. Point de vue de la France. Un journaliste français ne connaissant pas plus la vie politique argentine qu’un esquimau celle du Kazakhstan, a du mal à faire décontracté quand il lit avec difficulté le téléscripteur. Un journaliste argentin Jorge Carlos Forbes (de Radio Continental) «poli» mais qui se lâche au fil des minutes pour sortir :


1 mn 22 : « Ils (les Kirchner) vont avoir toutes les possibilités de faire ce qu’ils veulent, finalement ».

3 mn 52 : « Il faut savoir qu’en Argentine, les pauvres ont encore plus pauvres qu’en 2001, et les riches beaucoup plus riches qu’à l’époque ».

4 mn 05 : « Certaines accusations circulent en Argentine () comme quoi la famille Kirchner () est entrain de s’enrichir tout à fait ouvertement ». (il ne précise pas illégalement, mais on devine)

4 mn 35 : « Ils (Les Kirchner) disent ouvertement qu’ils veulent faire la révolution, lutter pour l’égalité, moi je veux bien, mais qu’on fasse l’égalité pas par le haut, mais qu’on commence par le bas » 

5 mn 56 : (parlant du péronisme actuel) « Du péronisme, on ne peut garder que le nom »

7 mn 20 : La conclusion «  je pense qu’elle (Cristina Kirchner) va donner un pas en avant, mais je ne sais pas si ce pas en avant sera le bon ou si ça sera un pas vers un néant ! »

 

Comme quoi le « néant » était fort prévisible et qu’il fut de mise 3 mois plus tard lors de la crise du campo. Je me demande encore pourquoi les médias français la classe dans les « gentilles démocrates arrivées au pouvoir ».


Humour argentinRock argentinTango argentin

Publicité argentine

D'autres articles du Petit Hergé

- En français ! La préparation d’un voyage en Argentine.

- En français !  Les 7 grandes régions argentines.

- En français !  Pourquoi on ne peut pas visiter toute l’Argentine en un seul voyage.

- En français !  L’Argentine vue par les tours opérateurs.

- En français !  Tourisme dans les 24 provinces.

- En français !  Manger à Buenos Aires.

- En français !  Pour se loger à Buenos Aires.

- deutsch


 

 

Partager cet article

Published by Le Petit Hergé - dans 06 - Culture
commenter cet article

Se loger à Buenos Aires

 

Vous cherchez à vous loger à Buenos Aires ?

Contactez moi :

petitherge@hotmail.com

Pour Trouver Un Article Dans Le Petit Hergé Argentine

Cours du Peso Argentin

31 août 2017

L'Euro est à

↑ 20,65 ARS

L'USD est à

↑ 17,15 ARS