Le Petit Herge de Buenos Aires 2012. Tout sur l'Argentine
Un cimetière, un symbole.
Ici en Argentine, ce sont les Islas Malvinas (îles
Malouines). Au Royaume-Uni, on les appelle les îles Falkland. Un détail qui peut sembler anodin quand on ne sait pas à quel point une double
appellation est révélateur d’un triste passé. Pour ces îles, c’est une guerre de 907 morts pour ce qui restera depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le premier conflit entre deux
nations occidentales, l’Argentine et le Royaume-Uni. Les Malouines sont encore aujourd’hui la source d’une relation internationale des plus
tendues entre les deux pays, le cimetière de Darwin et son histoire pourraient en être le symbole.
Une affaire d'honneur :
Si la guerre des Malouines commence le 2 avril 1982, il faut remonter en fait en 1833 pour
trouver l’origine véritable du conflit. A cette date, le Royaume-Uni reprend à l’Argentine cet archipel formé de deux îles principales, La Malouine orientale (Isla Soledad) et la Malouine
occidentale (Isla Gran Malvina), depuis peu héritage de l’occupation espagnole. La question de la souveraineté de ces îles pour les Argentins se pose dès lors, et des négociations
commencent au milieu des années soixante aux Nations unies. Mais tout s’accélère dans les années quatre-vingt lorsque la junte
militaire et le général Galtieri, se retrouve en grande difficulté face à la crise économique du moment. Pour détourner l’attention et redorer son blason, Galtieri décide alors de
récupérer les Malouines, et convaincu du désintéressement du Royaume-Uni pour celles-ci. Malheureusement pour lui, le même intérêt dans une guerre victorieuse nait en face et Margaret
Thatcher, alors Premier Ministre, voit dans une riposte l’occasion de flatter l’orgueil d’un peuple au moral austère. Ainsi s’en suivent 3 mois de guerre, jusqu’au 14 juin 1982
et la victoire britannique, qui sans surprise permettra la réélection de la « Dame de fer » et dans le même temps la chute de la
dictature militaire en Argentine.
L'ONU doit trancher :
Depuis le retour de la démocratie argentine, les relations entre les deux pays ont toujours suivi
l’evolution et surtout la situation économique de l’Argentine. Pendant les années glorieuses de Menem au temps du « Miracle économique argentin » du milieu des années 90, un
réchauffement des relations a pu permettre aux familles des victimes argentines de se rendre sur les iles pour se recueillir. Depuis le
mandat de Nestor Kirchner et surtout de Cristina Kirchner, la débacle économique pousse le gouvernement à vouloir chercher un nouveau cheval de bataille pour rassembler les esprits
et le dossier des Iles malouines revient sur la table.
L’Argentine ne reconnait toujours pas les « Falklands » et considère que l’archipel est occupé par une force militaire étrangère. La souveraineté est « officiellement » argentine (pour eux), et la « récupération » n’est qu’un principe à faire voter par l’ONU.
Dans la constitution argentine modifiée en 1994, apparaissent les « dispositions transitoires » concernant les Malouines :
« Première disposition
1) La nation argentine ratifie sa souveraineté légitime et imprescriptible sur les îles Malouines, les îles Géorgie du Sud et Sandwich du Sud ainsi que les espaces maritimes et insulaires correspondants comme faisant partie intégrante du territoire national.
2) La récupération de ces territoires et l'exercice entier de la souveraineté, respectant le mode de vie de ses habitants, et conformément aux principes du droit international, constituent un objectif permanent et irrévocable du peuple argentin. »
Un vol spécial :
Récupérer la souveraineté des Malouines, un objectif à (très) long terme du gouvernement
argentin ? On peut l’imaginer. Mais on en est encore très loin, à l’image de l’échange stérile qui s’est tenu entre Mme Kirchner, qui a
déclaré que « D’ici un siècle, un président argentin viendrait un jour rendre hommage à ses morts », et le vice-gouverneur britannique, Paul Martinez, qui lui a ironiquement
répondu « [qu’il] ne serait peut-être plus vivant » pour le voir. Ce dernier a en outre affirmé que les habitants des Malouines voyaient d’un mauvais œil le politique de
Kirchner et qu’ils regrettaient celle dite « de séduction »employée en son temps par Carlos Menem. La présence de la présidente au départ et à l’arrivée des familles parties se
recueillir depuis Rio Gallegos a en effet été perçue par les habitants comme une véritable volonté du gouvernement argentin de montrer qu’il
est toujours bel et bien là pour récupérer ce qui selon lui lui revient de droit. Ce 3 octobre, c’est bien malgré tout grâce à un convoi très exceptionnel que 170 argentins ont pu aller
se recueillir au cimetière Charles Darwin, situé sur l’île Falkland orientale, ou île Soledad, au sud-ouest de la capitale Port Stanley. Mais c’est à la mémoire des morts et non
directement à leur dépouille que ces familles ont pu rendre hommage, car le cimetière de Darwin n’abrite en fait aucune tombe personnelle, sinon un mémorial attendu depuis 5 ans composé
d’un parterre de nombreuses croix blanches et de 24 grandes stèles où sont gravés en espagnol les noms des 649 soldats argentins tombés pour
leur patrie, et parmi lesquels 230 d’entre eux sont effectivement enterrés à Darwin. Un monument aux morts tout juste inauguré à l’occasion de ce premier voyage, en attendant le second
vendredi 16 octobre, qui verra 205 personnes se rendre à leur tour à Darwin. Ce cortège sera cette fois-ci accompagné d’une image de la Vierge de Luján, la sainte-patronne du pays, tout
un symbole pour l’Eglise argentine qui sera représentée par monseigneur Juan Carlos Romanín, évêque de Rio Gallegos. Les soldats dont seul le nom se trouve à Darwin sont enterrés à Cow
Park et Fish Creek, « pour qu’on ne soit pas toujours à se rappeler de la guerre » à Darwin, selon les propres mots de Eric Goss, dernier homme vivant chargé à l’époque de ces
enterrements.
Situation gelée :
La situation aujourd'hui est toujours aussi complexe et le niveau de relations entre les deux pays est au plus bas. Mais du côté argentin, les grandes déclarations qu’ont pu se faire
les porte-paroles des deux nations lors de cet hommage ne trouvent pas leur public dans un contexte de crise.
Certains argentins (extrèmement minoritaires) considèrent la défaite comme une raison suffisante pour abandonner définitivement l’archipel tandis que d’autres pensent que son appartenance
géologique à la Patagonie suffit à en faire un territoire national à reconquérir. Mais en attendant même qu’un officiel argentin puisse mettre les pieds aux Malouines pour en discuter,
les Kelpers (nom donné aux habitants) préfèrent accueillir les touristes venus redynamiser leur économie; et cela semble leur convenir, car
paradoxalement ceux-ci redoutent une détente des relations entre l’Argentine et le Royaume-Uni : c’est à leurs yeux un premier pas vers un abandon du soutien inconditionnel de la Couronne envers leurs îles.
Les liens externes
:- Site de l'armée de l'air argentine sur le conflit des Malouines.
- Site web de la Fondation des vétérans argentins de la guerre des Malouine.
- Article dans le quotidien Critica sur le voyage des familles à Darwin. (Article du 9 octobre 2009).
- Article du quotidien la Voz del Interior sur la position des politiques argentins concernant le statut des Malouines. (Article du 4 octobre 2009).
- Site web du gouvernement des Falklands. (en anglais)
- Article sur le web de la BBC concernant ces journées d'accueil du 4 et 10 octobre 2009 des familles argentines sur l'archipel. Point de vue britanique. (En espagnol).
D'autres articles du Petit Hergé :
- Histoire et politique en Argentine.
- Elections présidentielles argentines de 2007.
(Octobre 2007).
- La crise du campo argentin de 2008. (Mars
2008). 30 articles.
- Le décès de l'ancien président Raul Alfonsin.
(Avril et Mai 2009). 5 articles.
- Juan Domingo
Peron. (Mars 2009). 2 articles.
- Le
Cordobazo de 1969. (Mai 2009).
- Chili : Coup d'état du 11 septembre 1973.
(Septembre 2008).
- Coup d'Etat du 24 mars 1976. (Mars
2009).