19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 22:00

Mise à jour : 19 aout 2014. Catégorie : Buenos Aires.

Article écrit par Matthias Cheval. 

Le Palacio de la famille Paz : 

Situé en haut de la Plaza San Martin dans le quartier de Retiro, le Palacio Paz est l’un des palais les plus grands et les plus fastueux de la ville de Buenos Aires. Il illustre parfaitement l’influence de l’Europe et surtout de la France sur l’identité architecturale de la ville à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, et est souvent présenté comme l’un des bâtiments qui donna à Buenos Aires sa réputation de « Paris de l’Amérique du Sud ». Le faste du palais s’exprime dans un style Beaux-arts qui étonne encore aujourd’hui les visiteurs, de par son raffinement et ses dimensions imposantes, en particulier au cœur de la grande salle d’honneur circulaire autour de laquelle le bâtiment s’organise, dans laquelle on ressent encore la puissance de l’aristocratie argentine de l’époque et la mégalomanie et les ambitions politiques d’une des familles les plus riches de l’histoire du pays, les Paz. L’édifice abrite aujourd’hui le « Circulo Militar », le cercle militaire argentin, ainsi que la Bibliothèque Nationale Militaire et le musée des armes, mais une grande partie du bâtiment reste consacrée à recevoir des grandes réceptions. On peut le visiter.

Un palais au syle académique Beaux arts en plein Buenos Aires : 

Le palais est construit suite à une initiative du grand aristocrate et propriétaire terrien argentin José C. Paz (1842-1912). Issu de l’une des plus importantes familles de la nation, il est surtout connu pour ses activités journalistiques (en tant que fondateur de La Prensa, quotidien qui paraît encore aujourd’hui), ainsi que pour son rôle dans la politique et la diplomatie du pays : ambassadeur d’Argentine en France entre 1885 et 1893, c’est également un membre éminent de la « Generacion de Ochenta » (Génération de 1880), élite issue de l’oligarchie argentine qui gouverna le pays pendant la période de la République Conservatrice (1880-1916).

José C. Paz souhaite faire construire un fastueux palais qui rappellerait les hôtels particuliers qu’il a fréquenté durant ses séjours dans la capitale française et qui reproduirait le style de vie qui y est associé, pour y loger lui et sa famille d’une part, mais également pour asseoir ses ambitions présidentielles, et édifier ce qu’il espérait être un jour le palais présidentiel argentin. Il souhaite aussi rendre hommage à l’art et à la culture française qu’il admire tant. Pour cela, il fait appel à l’architecte français Louis-Marie Henri Sortais, lauréat du grand prix de Rome en 1890. Henri Sortais s’attèle à la conception d’un bâtiment qui s’avèrera typique de l’architecture Beaux-arts de l’Argentine de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, fortement influencée par l’école française ; il n’assistera pourtant pas à sa construction (et ne le verra jamais terminé, il meurt en 1911 avant l’achèvement des travaux), puisque c’est l’argentin Carlos Agote qui supervisera l’exécution de plans dont il restera très proche, tout en ajoutant les modifications demandées par la famille Paz, notamment en ce qui concerne la grande porte d’entrée principale, dont la forme finale diffère de celle des plans de Henri Sortais. 

               

Un palais aux proportions démesurées : 

En 1902 commence alors la construction d’un bâtiment de près de 12 000 m2, composé de 140 pièces et de 40 salles d’eau se répartissant sur trois étages, le premier étant consacré à la réception, le deuxième à l’habitation, et le troisième, aux cuisines et au personnel (innovation de l’architecte, qui rompt avec la traditionnelle cuisine en sous-sol, afin d’éviter toute possibilité de remontées d’odeurs). Organisé autour de la grande salle d’honneur, le palais est exclusivement composé de matériaux importés d’Europe : bois de noyer, bronze, huit différents types de marbres, lustres de la maison Keller à Paris… Il fait notamment appel au sculpteur français François-Raoul Larche (qui a entre autres réalisé Le miroir d’eau, la Seine et ses affluents, fontaine du square Jean Perrin, devant le Grand Palais à Paris) pour réaliser 4 statues en marbre, dont 3 se trouvent encore dans le palais aujourd’hui. Sa maintenance requerra la présence constante de près de 80 domestiques. Malheureusement, José C. Paz meurt à Monaco en 1912, deux ans avant l’achèvement de sa demeure ;  il lègue alors à sa femme et ses enfants la plus grande résidence privée d’Argentine.

La famille Paz y habitera jusqu’en 1938. Après le krach boursier de 1929 et le raz de marée économique qui s’ensuit, toute l’Argentine, riche ou pauvre, est en crise ; les coups de maintenance exceptionnellement élevés du palais contraignent la famille à le revendre. Le cercle militaire argentin parvient à acquérir l’édifice à l’aide d’une subvention étatique de trois millions cinq cent mille pesos, accordée à condition qu’il accepte d’y abriter également la Bibliothèque Nationale Militaire et le musée des armes.

Le Cercle Militaire : 

Le bâtiment actuel restera très proche de son état originel, mais subira quelques altérations. En 1941, le cercle militaire décide d’abattre le jardin d’hiver, et construit un pavillon des sports au niveau du garage et des écuries. La façade du bâtiment a été dépossédée de plusieurs de ses ornements, et une partie du mobilier disparaitra elle aussi.

Aujourd’hui, le cercle militaire possède toujours le Palacio Paz. C’est une association civile qui reçoit son financement via des donations. L’organisation a été originellement créée en 1880, afin de renforcer la cohésion de tous les corps et de toutes les institutions de l’armée et de la marine, et d’organiser le développement de l’institution militaire argentine. Aujourd’hui, en plus de ces fonctions et de l’organisation de réunions de l’Etat Major argentin, il ouvre ses portes à l’occasion de  multiples réceptions ; il propose en outre un café/bar, des cours de karaté, tir, natation, yoga, gymnastique ou escrime, entre autres, et gère la bibliothèque nationale militaire et le musée des armes.

Visite du Palacio : 

Depuis quelques années, la majeure partie du premier étage est ouverte aux visites. On peut apprécier une architecture mêlant néo-renaissance, néo-baroque, néo-gothique et Art Nouveau. Avant de renter dans le bâtiment, on remarquera sa façade principale, fortement inspirée de l’entrée du musée du Louvre côté pont du Carrousel (bien que ce soit le château de Chantilly, dans l’Oise, qui fut utilisé comme modèle principal par Henri Sortais pendant la conception des plans). Elle est ornée d’un haut-relief de Jean-Baptiste Carpeaux, prestigieux sculpteur français de l’époque. On passe par une une imposante porte en métal directement importée de Paris. La visite commence par le hall d’entrée, où l’on peut voir, des 3 statues de François-Raoul Larche encore présentes dans le palais, la seule visible du public. Faite de marbre de Carrare, elle se trouve au centre d’un escalier menant aux étages supérieurs (fermé au public) et fait dos à deux vitraux à travers lesquels la lumière vient colorer les marches. On peut également voir une réplique du sabre du célèbre général San Martin, héros des indépendances de l’Argentine, du Chili et du Pérou.

On passe par une antichambre avant d’entrer dans la gigantesque salle de bal néo-renaissance, où les murs blancs ornés de dorures sont ponctués de grands miroirs où se reflète la lumière des lustres suspendus au plafond. Les Paz et leurs convives dansaient le fox-trot, la valse, la Polka, ou les dernières danses à la mode de Paris sur un magnifique parquet incrusté italien. Surplombée par un grand balcon, elle mesure plus de 140m2.

Elle est séparée de la salle à manger par un long couloir style néo-gothique, drapé de papier peint rouge et bordé de boiseries en noyer. Loin d’être un simple couloir, il avait pour vocation de préparer les convives à la splendeur de l’imposante grande salle d’honneur. On y retrouve plusieurs symboles de la monarchie française : le dessus de la porte qui donne accès au hall d’entrée est orné de fleurs de lys, et un grand soleil en or orne le cadran de l’horloge en bois.

La Grande salle à manger Henri II pouvait accueillir une douzaine de convives autour d’une grande table surplombée d’un lustre massif de plus de trois cent kilos. Parmi les boiseries, en noyer elles aussi, qui ornent la pièce, on remarquera la cheminée, ornée de deux cariatides, impressionnantes par la précision du travail réalisé ; elles représentent deux personnages de la mythologie romaine, Jupiter (Dieu du ciel et de la terre), et Diane (déesse romaine de la chasse et de la lune).

Vous passerez ensuite par la salle de musique, dont on remarque rapidement l’acoustique impressionnante. Elle est connectée à la salle de bal, afin de faciliter le passage entre les phases de danse et les récitals pendant les réceptions.

On accède directement à la salle des dames, le plus petit des salons du Palacio, où les femmes venaient discuter de leurs affaires ou organisaient des actions de bienfaisance caritative.

On remarquera dans le salon gothique anglais la grande cheminée du fond, ainsi que le lustre, qui, installé en trompe l’œil, donne l’impression d’être fixé à un dôme. Les portes coulissantes révèlent de beaux vitraux art nouveau.

La dernière pièce visitée est la plus intéressante : l’impressionnante grande salle d’honneur, qui cristallise véritablement les aspirations présidentielles de José C. Paz. L’architecture Louis XIV culmine dans une coupole Art nouveau de 21 mètres de haut dédiée au roi soleil. Un grand balcon circulaire trace le contour de la salle. Sur le sol, les mosaïques italiennes font écho aux huit différents types de marbres qui composent les murs circulaires, les bas-reliefs aux allégories guerrières, et les multiples ornements qui habillent la salle.

Une grande porte en métal la sépare de l’extérieur. On emprunte un escalier et on descend dans la cour intérieure, qui, en comparaison de l’immensité du palais, peut paraître petite : Paz voulait une résidence délibérément urbaine, et décida de ne pas inclure de grand jardin dans son palais.

Fiche Technique : 

La visite du Palacio Paz est donc loin d’être inintéressante. Elle constitue un témoignage majeur de l’identité artistique et culturelle de l’Argentine de la fin du XIXe et du début du XXe siècle et de son obsession avec l’Europe ; elle exprime en outre la puissance de l’aristocratie de l’époque et la mégalomanie de l’un de ses membres les plus éminents, José C. Paz.

Le Palacio Paz peut se visiter grâce à des visites guidées d’un peu plus d’une heure, en espagnol du mercredi au samedi à 11h et du mardi au vendredi à 15h, et en anglais le jeudi à 15h30, moyennant la somme de 50 Pesos (aout 2014). Situé au 750 de l’Avenida de Santa Fe, il fait face à la Plaza San Martin et est donc aisément accessible en transports en commun. Métro : General San Martin.

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