Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 18:00

Mise à jour : 11 mai 2012. Article écrit par Leo Sounigo et Le Petit Hergé.

nullBuenos Aires et son importante communauté juive :

«La légende du Juif errant est le symbole des plus hautes aspirations de l'humanité, condamnée à marcher toujours sans connaître le repos », écrit George Sorel. Près à partir du jour au lendemain, en raison des persécutions auxquels il doit faire face, l’image du peuple juif semble aujourd’hui inséparable du symbole du juif errant ; ce juif qui erre, qui vagabonde, de pays en pays, fuyant tout type de persécutions : politiques, sociale et religieuse. En ce sens, il semblerait que l’Argentine et la ville de Buenos Aires notamment, a été et est encore, une terre d’accueil importante pour la communauté juive : avec plus de 80 synagogues dans toute la ville, un Mac Donald Kasher, la ville de Buenos Aires apparaît aujourd’hui comme la deuxième communauté juive la plus importante. Alors qu’en est-il exactement ?

nullDébut de l’émigration juive en Argentine :

Si les premiers juifs sont arrivés en Argentine après l’indépendance du pays, et en grande majorité de France (1810), une seconde vague de quelques juifs arrivent en 1846 d’Allemagne. Ils sont très peu et on estime que vers 1862, il n’y en avait qu’une centaine. Les premiers colons agriculteurs juifs (les gauchos juifs comme on les surnomme en Argentine) débarquent de Russie et d’Allemagne dans le pays en 1888 et fonde Moisesville dans la province de Santa Fe. Il s’agit alors véritablement du début de l’émigration juive en Argentine qui entre 1885 et 1889, va voir arriver un peu plus de 2000 hommes, femmes et enfants. Mais à partir de 1890, le gouvernement argentin met en pratique une véritable politique d’émigration puisque le pays prend en charge le cout du voyage et certaine fois d’installation. Les colons européens affluent en masse dans le pays, y compris des communautés juives de Roumanie et de Russie. L’autre initiative vient aussi de l’association philanthropique montée par le Baron Moritz von Hirch créée en 1891, et qui a pour tache de faciliter l’émigration des juifs d’Europe vers l’Amérique (Etats-Unis et Argentine). On estime alors qu’entre 1891 et 1896 arrivent à Buenos Aires plus de 20.000 juifs. A partir de 1894, la communauté juive à Buenos Aires est assez représentative pour créer un premier quartier (autour de Tribunales), ou s’ouvrent magasins de tissus, habits, joaillerie. C’est donc dans ce même quartier, qu’est décidé de construire la première synagogue : « Le Templo Libertad » en 1897.

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Photo : Mariage juif célébré dans la synagogue Yesod Hadat de la calle Lavalle à Buenos Aires.

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La Jewish Colonization Association en Argentine :

Il faut alors mentionner l’œuvre colossale du baron Moritz von Hirch. Ce financier et philanthrope a en effet largement contribué à la création de la Jewish Colonization Association en 1891 à Londres, qui aura pour but unique de favoriser l’émigration des juifs originaire de Turquie ou de Russie, qui étaient soumis à une vague de pogrom à la fin du 19ème siècle, suite à l’assassinat du tsar Alexandre II. En ce sens, une partie de sa fortune (50 millions de francs) sera destinée à organiser l’immigration de ces juifs vers l’Argentine. Le but du Baron de Hirsh était donc bien clair et largement mentionné, dans la chartre 3 de l’association qu’il dirigeait : « aider et favoriser l'émigration des Juifs d'Europe ou d'Asie, principalement ceux des pays dans lesquels ils sont soumis à des impôts ou à des statuts spéciaux ou à d'autres incapacités, vers d'autres parties du monde ». Favoriser l’émigration des juifs européens qui connaissent une situation difficile, dans des pays où ils pourraient jouir de droits économiques et sociaux : tel était l’objectif principal de l’association. Concrètement, cette association attirait les juifs européens, en leur offrant des terres à cultiver en Argentine. En 1896, à la mort du Baron, c’est environ 1000 familles qui vivaient sur 1000 kilomètre carrés de terres en Argentine. Ce sont donc toutes ces actions menées à bien par la Jewish Colonization Association, qui ont permis d’attirer de nombreux juifs en Argentine, donnant ainsi naissance à une véritable communauté. De Hirsh à Henry Joseph, la communauté juive de Buenos Aires, s’est donc vu entrainé par plusieurs leaders, qui ont su à des moments donnés, entrainé cette communauté, en la faisant, vivre et vibrer. Henry Joseph, peut en effet être considéré comme le premier rabin de la ville de Buenos Aires. Arrivé à la fin des années 1850 en Argentine, il est à l’initiative de l’origine de la communauté : entre 1883 et 1886, il enregistrera huit mariages, vingt six naissances, mais aussi cinq décès parmi la population croissante de la ville.

Photo : Vers 1900, à Moise Ville dans la province de Buenos Aires. Une des premieres colonies juives du pays.

Vidéo : La ville juive de Rivera est fondée en 1900 dans la province de Buenos Aires. Film de 2007. Un exemple de la colonisation de la pampa par des juifs fuyant la Russie et la Pologne. On les appelle les gauchos juifs.

nullCongrégation Israélite de la République d’Argentine :

L’histoire des juifs d’Argentine est inséparable de la création de la Congrégation Israélite de la République d’Argentine (CIRA). Comment s’est-elle formée ? Dix individus, dix hommes, ont à partir de 1862, commencé à organiser et à encadrer l’activité religieuse. C’est alors en 1887, que la CIRA, commence la construction de la première synagogue d’Argentine, qui se trouve aujourd’hui au 785 de la calle Libertad. Cependant, en raison, de l’augmentation des juifs en Argentine, et du fait de la vague d’immigration des années 20 et des années 30, il en résultait que la synagogue ne disposait pas de la capacité et de l’espace suffisant pour accueillir toute la communauté. En ce sens, et dés 1932, grâce à l’aide de l’épouse du Baron de Hirsch, Clara de Hirsch, la CIRA participa à l’agrandissement de cette même synagogue.

Photo : Le Templo Libertad, synagogue située dans la calle Libertad sur la Plaza Lavalle à Buenos Aires. la plus ancienne des synagogues de la ville.

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nullAu XXème siècle :

A partir de 1906 et jusqu’à 1912, la communauté juive augmente à raison de 13.000 immigrants par an. Toujours fuyant l’Europe de l’est mais aussi le Maroc et l’Empire Ottoman à la veille de la Grande Guerre. En 1920, déjà 120.000 juifs en Argentine. A partir de 1928, ce sont les juifs allemands qui débarquent et surtout à partir des premiers lois nazis en 1933. On peut estimer que durant ces années d’entre deux guerres arrivèrent 45.000 juifs par le port de Buenos Aires, et dont la moitié de manière illégale. Illégale car entre temps à partir de 1938, furent envoyée dans toutes les ambassades argentines à travers le monde, une circulaire maintenue secrète, qui ordonnait aux consuls argentins de refuser  les visas aux émigrants en situation « d’indésirables ou d’expulsables » dans leur propre pays. Ce qui concernait essentiellement les juifs. L’émigration juive continua cependant de manière illégale ou par la mollesse par laquelle certains consuls voulaient appliquer cette circulaire.

A partir de la fin de seconde guerre mondiale, l’émigration juive décroit en Argentine. (L’appel vers Israël est trop fort). Alors qu’en même temps,  l’antisémitisme argentin croit avec des actes de vandalisme contre les synagogues, profanation de cimetières et aussi bagarres à chaque rassemblement juifs. Les années 50, furent « chaudes ». Le gouvernement péronistes ne fut jamais l’allié des juifs argentins, sans pour autant sombrer dans l’antisémitisme, et laissèrent se monter des partis d’extrême droite sous les yeux bienveillants des péronistes, comme le Mouvement Nationaliste Tacuara (MNT : Movimiento Nacionalista Tuacuara) qui axait toute son idéologie sur des idées antisémites, anticommunistes, catholiques, fascistes et nationalistes. L’après Perón et les troubles de la fin des années 50 et des années 60, ne purent qu’accentuer ses mouvement qui se montrèrent de plus en plus pressant sous l’arrivée de nouveaux gouvernements militaires.  Le MNT se dissout en 1965, et certains de ses membres iront rejoindre des groupuscules paramilitaires et para policiers qui serviront aux gouvernements militaires lors des répressions des années 70.

Photo : Dans les rues de Buenos Aires

nullLes années Menem :

Les années Menem (1989-1999) furent aussi les années ou les deux attentats de l’histoire argentine les plus sanglants furent réalisés contre la communauté juive de Buenos Aires. Tout d’abord contre les intérêts de l’Etat d’Israël en Argentine en mars 1992, en faisant exploser l’ambassade d’Israël dans le quartier de Retiro et faisant 32 morts, et puis en juillet 1994 directement contre les argentins de confession juive en faisant sauter le bâtiment abritant les services de l’Association de la mutuelle israélite argentine (AMIA) où 84 argentins perdirent la vie. Ces deux attentats ne furent jamais officiellement élucidés, mais de gros doutes furent portés sur des personnes gravitant dans des services de police. L’enquête préférant voir la main de service de l’étranger comme l’Iran.

Photo : En juillet 1994, l'attentat contre l'AMIA.

Video : En anglais et en espagnol, un court reportage sur les attentats de l'ambassade d'Israel à Buenos Aires (1992) et de et de l'AMIA (1994).

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Photos : Mariage juif à Buenos Aires. Photos de Emiliano Rodriguez

nullLe départ et le retour :

En raison de cette ambiance pesante contre les juifs en Argentine, mais aussi surtout en raison de la crise économique qui frappa l’Argentine entre 1999 et 2002, on estime que près de 5.000 juifs argentins quittèrent le pays pour s’installer en Israël. Mais la crise économique d’Israël en 2003 ralentit le départ et le mouvement s’inversa pour voir la plupart revenir à Buenos Aires à partir de 2004.(article du Clarin 15 février 2004). Depuis la fin de la crise argentine, la tension antisémite en Argentine a baissé, peut être remplacée par un racisme des argentins (de toutes confessions confondues) envers les boliviens, les péruviens et les paraguayens. Comme quoi on trouve toujours plus « pauvre » que soi à haïr, ou plus « étranger » que soi à se méfier.

Photo : "Domingo en Once" d'Alex Dukal. Graphiste argentin né en 1966 à Puerto Madryn . Son site.

nullLes juifs Argentins en 2012 :

Aujourd’hui les juifs argentins sont 165.000 à Buenos Aires et dans les environs, 70.000 autres sont essentiellement installés dans les villes de Rosario et de Córdoba. Enfin 20.000 vivent en milieu rural  dans les provinces qui ont compté le plus de fondations de colonies juives dans les années 1870-1900, à savoir dans les provinces de Buenos Aires, Entre Rios, Santa Fe. Au total vivent 250.000 juifs argentins dans le pays.

Dans la ville de Buenos Aires, ils sont présents dans les quartiers de Once, Abasto, Villa Crespo, Belgrano et de Barracas. 70% sont ashkénazes (originaires d’Allemagne, Pologne, Russie) et 30 % séfarades (originaires d’Espagne, Maroc, Turquie, Syrie, Afrique du Nord).

Photo : Fête de Iom Haatzmaut au Luna Park de Buenos Aires en 2012

A lire aussi dans le Petit Hergé :

 - Teatro Cervantes : L’histoire du Théâtre Cervantes est indissociable de celle d’une figure emblématique du début du XXème siècle : Maria Guerrero. Cette actrice espagnole renommée, qui inspira les grands dramaturges de son temps et contribua à la popularisation du théâtre professionnel en Argentine, arrive pour la première fois à Buenos Aires en 1897. Ils prennent l’habitude de venir chaque année durant l’hiver australe donnée quelques représentations à Buenos Aires et élisent toujours le théâtre Odeon. Mais en 1910, le Théâtre Odeon est démoli et la troupe ne retrouve plus leurs repères...

 - Eglise ortodoxe russe de Buenso Aires : A Buenos Aires, l’église de la Sainte Trinité est célèbre et bien particulière puisqu’il s’agit d’une église russe orthodoxe. Elle est classée  « Monument historique Nationale d’Argentine », érigée dans le sud du quartier de San Telmo, elle tranche véritablement avec le style architectural du quartier. C’est donc avec surprise que l’on voit s’élancer dans le ciel les cinq bulbes d’un style bien oriental. Il est alors légitime de se demander que peut bien faire un tel bâtiment en plein milieu de Buenos Aires. Pour cela il faut remonter un peu dans le temps...

 - Avortement en Argentine : L’Argentine qui se veut un pays progressiste, au regard par exemple de la légalisation du mariage homosexuel, n’en reste pas moins dans « le bas » du classement quand il s’agit de la question de l’avortement. En effet, il est toujours illégal d’avorter en Argentine. Pour certains, me direz-vous, la légalisation de l’avortement n’est pas synonyme de progrès. Mais qu’on soit pour ou contre, la question se pose et elle en soulève d’autres...

 - Mais qui est Mafalda ? : Quino, après avoir passé son service militaire en 1954, s’installe à Buenos Aires pour une seconde fois,  persuadé que cette fois ci sera la bonne pour décrocher enfin un contrat digne de ce nom lui permettant de vivre de ses crayons. En 1962, son ami Miguel Brascó, dessinateur est déjà bien installé dans la capitale, le met en rapport avec l’agence de publicité « Agens Publicidad » pour travailler sur une campagne de la marque des produits électrodomestiques « Mansfield » appartenant alors à l’entreprise Siam Di Tella...

Par Le Petit Hergé - Publié dans : 02 - Tourisme - Communauté : Argentine pour tous !
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Commentaires

A propos des juifs d'Argentine voici ce qu'écrivait Alicia Dujovne Ortiz dans son livre "Buenos-Aires": "Etre porteno, c'est être Juif d'une certaine façon. Chez les Juifs, l'incertitude est venue du manque de terres et d'un excès de racines. Chez nous c'est l'inverse."

"Les Juifs de Buenos-Aires ont perdu leurs couleurs. Mais en se décolorant, ils ont déteint sur les autres. D'où cette nuance profondément juive de la ville. L'humour en est la preuve."

D'ailleurs pourrait-on faire rire en France avec des plaisanteries sur la "jewish mama", comme le font les judéo-argentins de Buenos-Aires?

Rincon

Commentaire n°1 posté par Ricon de la Pistola le 20/05/2012 à 14h14

"Si les premiers juifs sont arrivés en Argentine après l’indépendance du pays"

A avoir, que tal des commerçants juifs "portugais" arrivés du Brésil au XVIIe? toute la différence/nuance entre trinitarios et portenos...

Commentaire n°2 posté par Père Plexe le 07/06/2012 à 02h58

Commentaire n°3 posté par RAPOPORT FREDDA le 18/09/2012 à 15h29

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"Digan lo que digan" Palito Ortega. 1967

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