12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 01:00

Mise à jour : 12 décembre 2013.

nullGrand Hôtel de la Paix de Buenos Aires 1865 - 1889 :

 

Dans le quartier qu’on appelle plus habituellement la City Porteña, se trouvait à l’emplacement actuel de la Torre Galicia, un hôtel qui avait l’originalité d’être à son époque le bâtiment (civil) le plus élevé de toute la ville.

Ne pensez pas pouvoir y loger aujourd’hui, cet hôtel a disparu depuis bien longtemps, mais un coup d’œil (en tout cas sur les documents encore disponibles) nous permet de replonger au début de la seconde moitié du XIXème siècle à l’époque où les premiers vrais hôtels se montent en ville et rivalisent d’ingéniosités et de modernisme pour fidéliser les premiers clients arrivant fraichement d’Europe. L’année 1850 marque le début de la guerre des hôtels !

 

Photo : Vers 1880, le Grand Hotel de la Paix. Photo prise de la calle Reconquista. Tout au fond, la Plaza de Mayo à deux cuadras. A l'angle à droite, la calle Cangallo (aujourd'hui Peron).

 

nullLa Torre Galicia remplace le Banco Español :

 

Dans le centre de City, à l’angle des calles Reconquista et Peron s’élance aujourd’hui une des tours les plus hautes de la ville (160 m de haut), je parle de la tour « Torre Galicia Central » que tout le monde nomme ici Torre Banco Galicia construite entre 2000 et 2007. Aujourd’hui siège de la Banco Galicia, première banque privée du pays. Pour la construire, Banco Galicia acheta en 1999 le terrain sur lequel s’élevait le siège du « Banco Español del Rio de Plata. » vaste édifice, ou plutôt palais financier datant de 1905. D’ailleurs comme ce terrain se situe à seulement 2 cuadras de la Plaza de Mayo (centre de la fondation de la ville en 1580);  en détruisant le Banco Español et en creusant pour préparer les fondations de la tour, les ouvriers ne tardèrent pas à tomber sur les premiers vestiges du passé. Une équipe d’archéologues du Centro de Arqueología Urbana de la ville Buenos Aires y vinrent donc s’y installer quelques mois pour fouiller en toute tranquillité, puisque le chantier de la tour était suspendu en raison de la crise de 2001-2002. Ce sont au total 9.000 pièces du XVIème au XXème siècle qu’ils récoltèrent. Certains regrettent encore le bâtiment du Banco Español dont la nouvelle tour Galicia n’a conservé que deux pans de l’ancienne façade qu’elle intègre à son parvis. Personnellement l’idée de conserver en mémoire deux trames de 30 m de l’ancienne façade (une sur Peron et l’autre sur Reconquista) peut sembler agréable sur le papier mais le résultat est plus que décevant. Un parvis ouvert aux courants d’air à l’angle de deux rues (surtout au pied d’une tour de 160 m) ne donne l’idée à personne ni de s’y arrêter, ni même de jeter un coup d’œil. Ces deux « bouts de façade » sont restés sur le trottoir par la volonté d’un projet mais on a plus l’impression qu’ils sont restés sur place par un pur hasard, par un manque de budget ou même par oubli à la fin du chantier. J’aurai certainement le temps d’écrire un autre article sur le projet même de cette tour ultérieurement. Si je vous en parle c’est uniquement pour vous placer dans le contexte du terrain qui a reçu autrefois le Grand Hotel de la Paix !

Photo : Au même emplacement, même angle de vue, s'éleve la Torre Galicia en 2013. On aperçoit sur la façade coté Reconquista comme celle de Peron, les deux pans de murs subsistants de l'ancienne Banque Espagnole.

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Photos : A gauche, le projet de la Torre Galicia qui domine la City Porteña depuis 2005. A droite, le même angle du temps du Banco Español del Rio de la Plata entre 1905 et 2001.

nullConcept de l’hôtellerie de luxe à Buenos Aires entre 1850 et 1865 :

 

Nous repartons dans le passé, en 1850 pour être exact. Même si Buenos Aires est la capitale de l’Argentine (Etat tout neuf qui ne souffle que 40  bougies). La ville de Buenos Aires est plus une petite ville provinciale (85.000 habitants en 1852) qu’une véritable capitale d’un pays prospère (Paris 1.400.000 habitants avec sa banlieue, recensement de 1851). Buenos Aires est aussi peuplée que la Rochelle (83.000 habitants en 1851). Buenos Aires c’est 3 km du nord au sud et 2 km du rio de la Plata vers l’ouest. Bref… un gros patelin sans plus !

Aucune avenue, uniquement un damier de rues étroites se coupant à angle droit et une seule place en son centre coupée en deux par un marché (La Nueva Recova), la future Plaza de Mayo.

Si en 1856, la grande vague d’émigration n’a toujours pas débuté dans le Rio de la Plata (il faut attendre 1875), la nouvelle constitution du pays est adoptée cette même année et donne le feu vert au début de quelques arrivages de nouveaux immigrants du vieux continent. L’un d’entre eux est un français (c’est d’ailleurs pour ça que j’écris cette article ;-)) du nom de Raymond Haury qui a dans ses projets d’ouvrir un bel hôtel à Buenos Aires. On note en passant que les hôtels de Buenos Aires du milieu de ce XIXème siècle sont souvent aux mains de français (italiens ou de britanniques), surement le chic parisien !

En 1850, on ouvre « l’Hotel de Provence » (en français dans le texte), qui est le plus bel hôtel de Buenos Aires. L’Hotel Labastié aussi est ouvert en 1850. Pour en revenir à l’hôtel de Provence, il faut tout de même remettre dans le contexte de l’époque ce qu’est un hôtel (de luxe), en général quelques chambres (propres) possédant des toilettes, un service de bains, et pouvant servir des repas. Il est souvent de plein pied ou alors surélevé d’un étage (possédant les plus belles chambres). Le principe nouveau de l’Hôtel de la Provence c’est de posséder dès 1851 son propre équipage pour aller chercher les voyageurs au port. Juan Manuel Rosas, gouverneur de Buenos Aires, envoyait même ses invités officiels à cet hôtel. En 1854, l’Hotel de la Provence peut même loger jusqu’à 70 personnes et possède un salon qui fait la fierté de ses propriétaires (On ne cache pas dans les publicités de l’époque apparaissant dans les journaux de venter son « niveau européen »).

Il y avait donc entre 1840 et 1850, trois grands hôtels « de niveau européens », l’Hôtel de Provence, l’Hôtel de Faunch (depuis 1822 jusqu'à 1843) ainsi que l’Hôtel Labastié. En 1857 ouvre l’Hôtel Roma (fondé par un italien, Salvador Lanchani) qui a la bonne idée d’ouvrir un restaurant (un vrai restaurant) dans son hôtel (pour les résidents et les invités). Son restaurant devient de suite la meilleure table de la ville, et on s’y bouscule, à tel point que même les voyageurs français délaissent L’Hôtel Provence pour venir s’accommoder à l’Hôtel Roma.

 

Photo : A la même époque, un hotel de catégorie un peu plus basse que ceux deja mentionnés, l'Hotel del Norte sur Paseo de Julio juste à l'angle de la calle Corrientes. Cet hotel changea plusieurs fois de nom (connu quelques années plus tard comme l'Hotel Nacional dans les années 1920) avant de disparaitre totalement lorsqu'on élargit la calle Corrientes en 1931.

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Photo : (gravure de 1880). Les voyageurs arrivent à Buenos Aires depuis 1855 en accostant à l'embarcadère (muelle de pasajeros). Puis ils se dirigent vers le Paseo de Julio, où deux kiosques en bois abritant les douanes les attendent pour mettre en règles leurs papiers après vérification de leurs bagages. Tout le secteur compris au nord (à doite) par la calle Corrientes, le Paseo de Julio, au sud par la Plaza de Mayo (à gauche) et la calle San Martin longeant la Cathédrale abrite la presque totalité des hotels de Buenos Aires entre 1850 et 1890.

Le Grand Hotel de la Paix figure sur cette gravure et en 1880 reste l'immeuble le plus haut de la ville. Son campanile permet de lui servir d'enseigne que les passagers sur l'embarcadère peuvent voir juste à leur arrivée.

nullLes débuts de l’Hôtel de la Paix :

 

Voilà donc notre cher Raymond Haury qui débarque en cette année 1856, et qui relève le défi de devenir le meilleur hôtel de la ville en détrônant le confort de la Provence et la table du Roma. Tout d’abord il ouvre la porte de son « Hôtel de la Paix » sur le Paseo de Julio (aujourd’hui Avenida Alem) car le paseo de Julio est alors le quai donnant sur le Rio de la Plata, et l’arrivée des passagers se fait par une digue et un quai en bois se trouvant en face de la calle Cangallo (actuelle Peron). Tous les hôtels d’ailleurs sont alors soit sur le Paseo de Julio soit sur les premières cuadras de Cangallo (Peron), Piedad (B.Mitre), Cuyo (Sarmiento) ou Corrientes, et à la rigueur sur les premières parallèles de Paso de Julio, les calles 25 de Mayo et Reconquista. Ils sont tous les plus proches possibles du quai d’arrivée des voyageurs. (Les rabatteurs existent déjà !). En octobre 1856, donc, Raymond Haury ouvre son modeste et petit (mais très chic) hôtel de la Paix aussi sur le Paso de Julio au numéro 19. Son succès est fulgurant et décide de s’agrandir 8 ans plus tard, en 1865, en déménageant et achète une parcelle juste en face de l’Eglise de la Merced sur la calle Reconquista. Il voit plus large, plus grand et plus haut, enfin plus chic ! Il confie le projet à deux architectes italiens de Gênes Nicolás et José Canale. Le résultat c’est un gratte ciel (pour l’époque) qu’il fait bâtir, un rez-de-chaussée pour les salons et le restaurant, deux étages de chambres et enfin un troisième étage en terrasse et  « mirador ». Car on y monte pour survoler la ville de son regard. C’est l’immeuble le plus haut de la ville (un des seuls d’ailleurs ayant au moins 2 étages). Seuls les clochers des églises le surpassent. Il y installe même le gaz (cuisine, chauffage et aussi illumination). Il a le sens du commerce et de la publicité, notre Raymond,  puisque rapidement il n’hésite pas à peindre en grosses lettres le nom de son hôtel sur les 4 faces de son mirador, pour qu’on le voit de partout ! Cette fois, c’est sûr, en 1865, il devient enfin le plus grand hôtel de la ville !

Photo : La photo est prise sur la calle Cangallo avec l'église La Merced au dos du photographe. L'entrée principale de l'hotel se trouvait sur la calle Cangallo. Plus haut édifice civil de Buenos Aires. Cliquez sur la photo pour avoir tous les détails.

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Photo : Vue de 1888 prise de l'embarcadère des passagers. Au fond à gauche la coupole de l'église de la Merced, et juste à sa gauche, on aperçoit le campanile du Grand Hotel de la Paix. On comprend alors l'importance de l'enseigne de l'hotel sur son campanile pour attirer les voyageurs dès leur débarquement. 

nullConcurrence et surenchère de luxe et de modernisme :

 

L’ennemi arrive 3 ans plus tard en 1868 ! C’est le « Gran Hotel Argentino » (voir photo à gauche) juste en face de la Casa Rosada à l’angle du Paseo de Julio et de la 25 de Mayo ! Œuvre d’un architecte suisse italien, les salons sont les plus beaux, et les politiques y donnent des réceptions et des banquets !

Mais Raymond Haury ne baisse pas les bras, il fera sans cesse moderniser ses chambres (l’hôtel comptera jusqu’à 77 chambres) et ses salons (8 galeries) un hall et un escalier principal en marbre. En 1876, il devient à nouveau le plus grand hôtel de Buenos Aires et le nomme « Le Grand Hôtel de la Paix ». Enfin comble du modernisme en 1879, il installe un des premiers ascenseurs de la ville, non pas électrique mais hydraulique.  En 1889, il vend l’affaire à une société « J. Pérés, F. Ansermin y compañía ». C’est la fin d’une époque et aussi le déclin puisque la nouvelle société, décide de déménager l’hôtel sur la calle Cangallo 521 la même année pour y rester jusqu’en 1893. Enfin l’Hôtel part sur Calle Rivadavia 1055 entre 1893 et 1902 (là où passe aujourd’hui l’avenida 9 de Julio). En 2013 El Gran Hôtel de la Paix existe encore et se situe sur Rivadavia 1155, mais n’a absolument plus rien à voir avec son fondateur.

 

Lorsque le Grand Hôtel de la Paix déménage en 1889, le bâtiment de l’angle Reconquista et Peron (Cangallo) subsiste et va connaître différentes affectations bancaires. Il faut dire que cette fin du XIXème voit l’apparition dans le quartier d‘innombrables nouvelles succursales de banques qui remplaceront peu à peu les hôtels de voyageurs. Il sera détruit en 1904 dans la plus totale indifférence pour faire place en 1905 au siège du Banco Español del Río de la Plata.

 

Photo : Le Gran Hotel Argentino monté en 1868. La photo date de 1888, et on y observe que l'électricité y arrive déjà ! Un des principaux etablissements qui concurrence le Grand Hotel de la Paix. La Casa Rosada n'apparait pas sur la photo mais est juste à droite. Vers 1895, cet hotel sera rehaussé d'un troisième étage par un toit mansardé. Toute comme son rival, Le Gran Hotel Argentino n'existe plus aujourd'hui !    

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