21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 00:06

Mise à jour : 21 juillet 2010. Ecrit par Pierre Largeas. 

Le "Formosa", navire marchand !

 

Voici l’incroyable saga du navire marchand "Formosa" qui sans être armé a pu à deux reprises forcer le blocus militaire imposé par le Royaume Uni autour des îles Malouines. Une histoire qui reflète l’état d’esprit et surtout le manque de préparation à la guerre de la part des militaires argentins. Un mélange d’improvisation, d’obstination pour ne pas dire de bêtises.

 

Photo : le capitaine du "Formosa", aujourd'hui chez lui à Ramos Mejia (Banlieue Ouest de Buenos Aires).

Chargement et appareillage de Buenos Aires :

 

Le 10 avril 1982 la compagnie ELMA (Empresa Líneas Marítimas Argentinas) informe Juan Cristobal Gregorio que l’armée le recherche pour utiliser son bateau marchand : Le Formosa. Il s’agissait d’un bateau récent, puissant et pouvant charger et décharger rapidement. Il se rend le même jour à l'Edificio Libertad (siège de l'armée argentine) pour chercher son ordre de mission mais aussi pour venir chercher un sous officier des services de communication pour interpréter les codes. Il informe ses officiers qu'ils doivent se diriger vers l'Atlantique Sud mais personne ne peut alors imaginer se retrouver en zone de guerre.

Pendant cinq jours le Formosa charge dans la darse C du port de Buenos Aires 3.200 tonnes de marchandises. On place des bidons de JP1 (combustible pour avion) dans la soute 1, des containers de munitions et d'aliments (jambon, lait en poudre) en soute 2, des caisses de munitions en soute 3, des véhicules légers, jeeps et cuisines de campagne en soute 4, des élements de pistes d’atterrissage démontables en soute 5, des camions citernes, d'autres véhicules et des containers sur le pont.

 

Photos : Le "Formosa", bâtiment datant de 1978 long de 159 m. Construit en Espagne à Cadix.

La route des Malouines :

 

Le mardi 13 avril, le Formosa sort du port de Buenos Aires avec ordre de se rendre à Puerto Deseado, mais reçoit ensuite l'ordre de se dévier sur Punta Quilla. A bord 41 membres d’équipage et 25 soldats qui étaient bloqués sur le continent et qui n’avaient pas trouvé comment se rendre vers l’Atlantique Sud.

Arrivé à Puerto Quilla le 17 avril à 22h30, un capitaine de frégate envoyé comme commandant militaire de bord monte à bord avec des ordres pour se rendre aux Iles Malouines. Il aurait du monter à Buenos Aires mais comme il ne s’était pas réveillé à temps, il avait raté le départ du Formosa. Le lendemain, le dimanche 18 avril à 21h30, le capitaine reçoit l'ordre de se rendre aux Malouines, on le rassure en lui promettant un appui aérien, mais il ne verra rien dans le ciel pour l'appuyer ! Ce 18 avril, les Malouines sont sous contrôle argentin mais les britanniques ont déjà mis en place un blocus maritime autour des îles en attendant de pouvoir les récupérer.

Le navire marchand sans armement est une proie bien trop facile face à l’armada britannique. Lorsqu'il comprend que sans aide de l'aviation argentine, il devra se débrouiller seul, Juan Cristobal Gregorio, n'écoute plus les ordres du nouveau commandant de bord, et décide d’augmenter la vitesse pour filer le plus vite possible vers les Malouines en traversant une tempête pour éviter tout repérage.

Le mardi 20 avril à 16h40, le Formosa arrive dans la baie de Groussac (Terre de Feu), passe près de l'ile de los Estados à 20h00 et fonce ensuite droit devant sur les Malouines. Au petit matin du mercredi 21 avril, c'est un patrouilleur argentin qui l'accueille au large de Puerto Argentino (Port Stanley pour les anglais). Le Formosa a reussit à forcer le blocus britannique !

Photo : Puerto Quilla.

Inconscience à Puerto Argentino :

 

Après le danger britannique, l'incompétence du gouvernement militaire argentin va surprendre Juan Cristobal Gregorio :

Rien n’est préparé pour recevoir le "Formosa", un modeste ponton de bois sert de quai. De plus celui-ci est déjà occupé un autre navire argentin, le "Isla de los Estados". Aucun équipement de déchargement n'est installé. Personne n’est venu avant pour planifier le déchargement. Le capitaine Juan Cristobal Gregorio comprend que l’improvisation régne en maître sur cette opération !

Les militaires argentins sur place n'ont aucun moyen pour décharger le Formosa, et ne comprennent même pas l'importance du chargement du navire. Comme le Formosa n'est pas accolé au quai, il ne peut utiliser ses 4 grues de 20 Tonnes. Pire, les militaires refusent de déplacer le "Isla de los Estados" pour lui laisser la place.

Entre le 21 avril et le 26 avril, à ce rythme on ne voit toujours pas le niveau baisser dans les soutes. Il faut attendre le 27 avril, pour que le "Formosa" puissent se mettre le long du quai, que l'on renforce immédiatement avec les élèments des pistes d'atterrissage.

Il faudra 10 jours de déchargement alors que 4 auraient suffit en mettant de suite le bateau à quai !

Pendant ce temps là, le commandement général est occupé à autre chose ! Comme l’orchestre du Titanic continuant à jouer, le gouverneur militaire argentin, Mario Benjamín Menéndez, n’a pas l’air de saisir la gravité de la situation.

Pour preuve, le 21 avril, au lendemain de l’arrivée du Formosa, le gouverneur invite le capitaine Juan Cristobal Gregorio à sa table pour le déjeuner. Apres un whisky, ils passent à table, la vaisselle anglaise aux armes de la reine est sortie pour la circonstance. Personne ne se rend compte que les anglais vont bientôt débarquer pour reconquérir les îles, et que les combats n’ont pas encore véritablement commencé. Le pire est à venir !

Les argentins attendent pourtant une réaction militaire de la part des britanniques et la logique voudrait que le déchargement se fasse le plus vite possible.

Le capitaine Gregorio met donc tout l’équipage à contribution, avec quelques conscrits de 18 ans, pour décharger à dos d'homme ! Le déchargement commencent, on trouve aussi venus d'on ne sait où, 6 dockers chiliens qui prettent mains fortes.

Attaque du samedi 01 mai 1982 :

 

Enfin le 01 mai à 03h du matin, le déchargement prend fin ! Ce même jour, les anglais prennent l’initiative et la guerre que personne n’attend éclate ! A 04h du matin, l'alerte jaune est donnée. A 04h20 alerte rouge. A 04h40 première attaque sur l'aérodrome. Impossible de sortir de la baie, les choses commencent à empirer, tout le monde s’énerve, les ordres par radio se contredisent. A 5h du matin, les avions anglais commencent à bombarder le port, à 10h30 un amiral passe sur le bateau pour souhaiter bonne chance à l’équipage. A 11h du matin, le "Rio Carcaraña" quitte le port, à 11h20 c'est au tour du "Formosa" de tenter sa chance sans escorte. C’est au petit bonheur la chance qu’il quitte le port.

A 17h40, le Formosa se présente au niveau du détroit de San Carlos, trois avions anglais Harriers se mettent en position de tir et mitraillent le bâtiment, puis lâchent quatre bombes de 500 kg chacune, deux ratent leur objectif, une percute la grue 2b, rebondit et tombe à l'eau (miracle), la quatrième touche le pont, le traverse et termine au fond de la cale. Autre miracle, la bombe n’explose pas ! L’équipage reste médusé, sous le choc la bombe a perdu son dispositif de déclenchement.

Bombardé par un avion argentin !

 

Le lendemain, le dimanche 02 mai, à 04h du matin, le Formosa quitte la zone des Malouines pour se refugier au large de la Terre de Feu et mouille dans la baie San Sebastian. Le lundi 03 mai à 02h20 du matin un officier de la force aérienne argentine monte à bord pour vérifier l’état de la bombe. Il recommande de bien la stabiliser mais de ne pas la déplacer. C’est en y regardant de plus près qu’il s’aperçoit qu’il s’agit d’une bombe argentine ! En effet on retrouvera le pilote argentin Pablo Carballo parti de Puerto Deseado sur le continent qui à bord de son Skyhawk A4-B a pris le Formosa pour un ravitailleur britannique, et a lâché ses bombes dessus !

Le Formosa a tout de même déployé un énorme drapeau argentin qui permet heureusement au deuxième passage du pilote argentin, de s'appercevoir de son erreur et d'éviter un second bombardement. Quelques années plus tard, lors d’une réunion d’anciens combattants, les deux hommes, le capitaine du Formosa et le pilote du Skyhawk A4-B se rencontrent et boivent à leurs santés tout en relatant les deux parties de l’histoire.

Photo : La bombe (Photo de 1982).

Fin d'une guerre et reconnaissance :

 

Lorsque le Formosa arrive enfin au large de Bahia Blanca (province de Buenos Aires), les membres de l’équipage préparent sur le pont un énorme asado en ayant la sensation de revenir de loin, tous ont l’impression d’être devenus des héros.

Le 06 mai, le Formosa arrive à Buenos Aires. Un mois plus tard c’est la défaite. La reddition est annoncée et le gouvernement du militaire Leopoldo Galtieri finit par tomber le 18 juin 1982. C’est la fin de la dictature en Argentine (dite période de Processus de Réorganisation National). Le 8 février 1983, alors que le pays marche à l’aveuglette vers la démocratie, le navire argentin se voit décoré de la médaille des «Opérations en combat», et son capitaine du «prix de l’effort et de l’abnégation».

Lorsque l’on prend conscience du degré d’hostilité des anglais dans cette guerre des Malouines, l’histoire du Formosa prend une toute autre dimension. On ne parle plus d’acte héroïque mais bien d’acte historique pour la Nation.

Le sujet de la guerre des Malouines reste toujours douloureux pour les argentins, la législature porteña a récemment rendu hommage à ce navire, à son capitaine et à son équipage. Une place porte désormais son nom, entre les rues Helguera et Pareja, dans le quartier de Floresta, vous pourrez admirer le Paseo Jardin Tripulantes Buque Mercante Formosa.

Photo : Plaque commemorative dans le parc "Paseo Jardín Tripulantes Buque Mercante FORMOSA/LRQF" en juin 2010.

La fin du Formosa :

 

- Entre 1982 et 1995, il continue à voger sur les océans sous le nom de Formosa pour le compte de la ELMA.

- En 1995, le Formosa est vendu et rebaptisé le "Magnus Challenger".

- En 2001, il change de nouveau de nom et se nomme le "Challenger".

- En 2004, le 06 janvier, il est desarmé et envoyé à Alang en Inde pour être démantelé.

 

Photo : Le "Formosa".

A lire dans le Petit Hergé :

- Le cimetière Darwin, un symbole des Malouines. (Octobre 2009).

- Le Cordobazo de 1969. (Mai 2009).
- Chili : Coup d'état du 11 septembre 1973. (Septembre 2008).
- Coup d'Etat du 24 mars 1976. (Mars 2009).

- Après le Mundial, la dure réalité politique. (Juillet 2010).

- Buenos Aires, la ville des entrepreneurs. (Juillet 2010).

- Le sentiment d'insécurité à Buenos Aires. (Juillet 2010).

- Juan Domingo Peron. (Mars 2009).

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