7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 20:17

Mise à jour : 10 mai 2016 (2ème édition). 07 septembre 2010 (1ère édition)

Article écrit par Mathilde Arrault et le Petit Hergé. Catégorie : Buenos Aires.

Le Café Tortoni : Café d'exception ou attraction tourisitique ?

 

"Refugio fiel de la amistad junto al pocillo de café" (Eladia Blásquez).

Le café Tortoni figure dans tous les guides touristiques comme « le plus célèbre des grands cafés de Buenos Aires ».

En effet, ce lieu chargé d’histoire transporte les visiteurs des années en arrière, quand les grands de la scène culturelle argentine fréquentaient ce lieu. Il est certain que le lieu ne manque pas de charme et l’atmosphère y est chaleureuse.

Dans ce café, tout est d’origine: les tables recouvertes de marbre, les confortables fauteuils en cuir rouge, le bar mais aussi les vitraux au plafond. Aux murs, des boiseries, des miroirs mais aussi une multitude de tableaux hétéroclites : photographies, dessins, peintures, dédicaces des personnalités ayant côtoyées les lieux. Toutes ces œuvres sont des donations faites au café Tortoni et participent à enrichir la décoration de ce lieu à l'atmosphère si atypique.

Vous êtes en plein dans le centre de Buenos Aires, sur l’historique Avenida de Mayo dans le quartier de Montserrat

Photo : Nouveau logo sur la marquise du café en juillet 2015.

 

Vidéo : Café Tortoni. (2014) 6 mn 45 s.

Photo : Intérieur de la salle du Café Tortoni. Photo : 29 juin 2013.

Chocolate con churros :

 

Avant même d’entrer dans le Tortoni, on sait que l’on n’a pas affaire à un café quelconque. Des rideaux blancs masquent les fenêtres et un employé est posté devant la porte fermée. Après 5 à 10 minutes d’attente en fonction de l’affluence, le café s’offre à nous et un serveur nous guide jusqu’à notre table. De là, on peut contempler la salle, la richesse de sa décoration et le ballet des serveurs endimanchés, tout en dégustant les spécialités de la maison, le chocolat chaud accompagné de churros ou le leche merengada, une crème glacée meringuée d’origine italienne.

Dans le café Tortoni, plusieurs ambiances, plusieurs salles plus riches les unes que les autres:

La salle Alfonsina se niche au fond du café, séparée du reste par un épais rideau de velours rouge. L’ambiance y est plus intimiste, les murs recouverts de croquis représentants les grands artistes du tango argentin, là encore des donations. Au fond, une estrade, un piano, des bandéons. Car c'est dans cette salle, et dans la bodega au sous-sol, qu’ont lieu tous les soirs les spectacles de tango. L’après-midi on peut y entendre les musiciens s’exercer.

Dans la salle adjacente se trouvaient auparavant des billards ; aujourd’hui c'est un espace fumeur, plus tranquille car isolé du brouhaha de la salle principale.

La salle César Tiempo était auparavant un salon de coiffure. Aujourd’hui, les murs sont ornés de vitrines et étagères remplies de livres anciens, retraçant l’histoire du café ou faisant hommage aux personnalités qui l’ont rendu célèbre.

    

Photos : De gauche à droite, la porte d'entrée du célèbre café, le traditionnel "Chocolate con churros", les plaques commémoratives à l'entrée des lieux. (Cliquez sur les photos pour les agrandir).

Photo : Gran Cafe Tortoni sur Avenida de Mayo en 1900.

Un lieu chargé d’histoire :

 

Fondé en 1858 par un français portant le nom de Touan, le café Tortoni est le plus ancien d’Argentine, et incarne le typique café porteño. Son nom est celui d’un café parisien situé sur le Boulevard des Italiens, dans lequel se réunissait l’élite parisienne du 19e siècle. A sa création, le café Tortoni se trouve à l’angle des rues Rivadavia et Esmeralda à la place de l’actuelle place Roberto Arlt.

En 1872 à la mort de Jean Touan, le bar change de propriétaire. Il est français, et se nomme Don Celestino Curutchet et est décrit par le poète Allende Iragorri comme le stéréotype même du vieux sage français. Une grande âme dans un corps chétif, un béret visé sur la tête … une personnalité qui marqua autant les lieux que la fréquentation des artistes porteños.

En 1880, le café déménage et vient s’installer à son adresse actuelle mais sur la calle Rivadavia 826. En 1892, l’Avenida de Mayo est tracée sur la cadra des 800. En 1893, le projet d'un nouveau batiment sur la nouvelle Avenida de Mayo est confié à l’architecte Norvégien Alejandro Christophersen. Les travaux débutent en 1895 et le Tortoni est inauguré en 1898. La façade sur l'avenida de Mayo est toujours la même aujourd'hui.

Photo : L'ancien Café Tortoni situé a l'arrière de l'Avenida de Mayo sur la calle Rivadavia au 826, Toujours visible aujourd'hui !

La Peña del Tortoni 

 

Le café Tortoni était fréquenté par un groupe de peintres, écrivains, journalistes, et musiciens qui formaient une communauté d’intellectuels nommée la Agrupación de Gente de Artes y Letras. Le peintre porteño Benito Quinquela Martin était à la tête de ce groupe qui devint en 1926 La Peña, puis qui pris le nom de Peña del Tortoni ; un nom lié à leur habitude de se réunir dans la bodega au sous sol du café. Parmi ces membres, les poètes Alfonsina Storni et Baldomero Fernández Moreno, le chanteur de tango Carlos Gardel, l’écrivain italien Luigi Pirandello, l’écrivain espagnol Federico García Lorca et le pianiste Arturo Rubinstein ont marqué le café Tortoni de leurs empreintes. Ils consommaient peu, préférant la nourriture spirituelle aux boissons servies par Don Celestino Curutchet, mais c'est grâce à eux que le café est devenu un lieu d’exception. La Peña organisait des concerts, conférences et débats, ce qui attirait dans le café de nombreuses figures de la vie artistique et politique d’Argentine. En 1943, le groupe se dissout, mais le café est à jamais marqué par l’esprit de la Peña. Il continue à attirer les personnalités du monde entier et à inspirer poètes, peintres, photographes et cinéastes.

Ce fut également le premier bar de Buenos Aires à disposer d’une terrasse ouverte l’été, ou plutôt de tables installées dehors, au bord du trottoir. Aujourd’hui cette terrasse n’existe plus. L’insécurité, le bruit, le trafic routier et celui des piétons le long de l’avenue ont contribué à sa disparition.

Aujourd’hui, le gérant est Roberto Fanego et le café appartient au club automobile Touring Club Argentino. Cette acquisition trouve son explication dans les convictions politico-économiques du club. Depuis les années 1930, le Touring Club Argentino recrute des associés parmi l’élite de Buenos Aires et œuvre à promouvoir un tourisme contrôlé par le gouvernement, qui accroitrait la puissance économique du pays.

Photo : Surement une des plus ancienne photo de la façade du Tortoni, juste après son inauguration en 1898.

Photo : Au fond du Tortoni, une table avec trois grands habitués du lieu. Borges, Gardel et Alfonsina Storni.

Un lieu dédié à la culture

 

Déclaré par la ville lieu d’intérêt touristique, le Tortoni fait parti des « bares notables » un groupe de lieux d’exception, soutenu par des programmes municipaux.

Mais le café fait également partie de la grande famille des cafés d’exception mondiaux, aux cotés entre autre du café Florian à Venise et du café de La Paix à Paris. Dans la salle César Tiempo, une vitrine comptant une collection de tasses des plus prestigieux cafés du monde nous le rappelle.

Le café Tortoni affiche clairement son héritage culturel et tente de perpétuer cet aspect. Le café abrite régulièrement des expositions de peintures, des rendez-vous autour des arts ou de la poésie. Tous les mois, sont publiés les carnets du Tortoni, une revue gratuite sur laquelle figure l’agenda du mois, des anecdotes sur le café et des notes historiques et culturelles.

Par ailleurs chaque année depuis 1988, le café rend hommage à une personnalité, un artiste fréquentant le café, en lui discernant une médaille commémorative, et ceci en collaboration avec l’association « Asociación Numismática ».

Photo : Le Salon César Tiempo installé dans l'ancien salon de coiffure.

Photo : Le coté comptoir avec une superbe caisse enregistreuse. 

C'était mieux avant :

Etre serveur au café Tortoni, c'est faire partie d’une famille. Car pour y rentrer, il faut avoir des connaissances, et une fois qu’on y est, on y reste. En effet les postes de serveurs ici ne font pas l’objet d’entretiens mais se transmettent par affinité. Aujourd’hui, le doyen se nomme Angel et travaille au café depuis 1977. C'est avec fierté qu’il raconte avoir servi Jorge Luis Borges, ou le Roi d’Espagne Don Juan Carlos de Borbón ; avec passion et nostalgie qu’il parle de l’histoire du café.

Passion parce que le lieu regorge d’histoires, nostalgie car la nouvelle orientation touristique transforme peu à peu le Tortoni. Aujourd’hui, le café compte 3000 visiteurs par jour, avec une grande majorité de touristes étrangers. La population a bien changé en quelques années : autrefois, un certain code vestimentaire était de rigueur. Les clients étaient surtout des hommes, d’âge mur, et de classe sociale aisée. « Aujourd’hui, on peut entrer en tongs et bermuda », se plaint Angel.

Depuis une quinzaine d’années également ont lieu tous les soirs des spectacles de tango dans la bodega et la salle Alfonsina. Les shows s’enchainent au plus grand plaisir des touristes. En effet, le café Tortoni compte 6 spectacles par soir, une production de masse qui dénote avec l’atmosphère intimiste que revendique le café. Et les spectacles de jazz ont disparu de la programmation, « ce n’est pas ce que cherchent les touristes ! » s’exaspère Angel.

Et il est vrai que pour un lieu caractéristique de la vie de Buenos Aires, les porteños se font rares. Les flashs crépitent dans la salle, où l’on entend plus parler le portugais, l’anglais ou le français que l’espagnol. Dans un coin, siège un stand où sont vendus des souvenirs : tasses, théières, cuillères, et divers objets portant le sigle CT, du café Tortoni.

L’authenticité originelle du lieu a indéniablement été remplacée par une image vendue aux touristes.

Les conseils du Petit Hergé :

 

Il n’y a pas à dire, le café Tortoni fait partie des “Incontournables” de Buenos Aires. Maintenant il est vrai que la quantité de touristes qui s’y déversent tous les jours a entaché l’ambiance si particulière des lieux encore présente il y a quelques années. Cependant, je conseille encore d’y aller jeter un coup d’œil et d’y prendre un « churros con chocolate » au petit déjeuner ou dans l’après midi à l’heure du gouter.

Le cadre par contre est resté non pas intact, puisque les murs ont tendance à se convertir en musée, et qu’il faut vivre aussi avec son temps, mais d’un intérêt indéniable si vous avez déjà des bonnes bases de culture argentine. Tableaux, ancienne photos, sculptures, l’ancien salon de coiffure. Un régal pour les yeux.

Les moments les plus tranquilles, c'est-à-dire sans aucune queue de touristes dans la rue, justement pour le petit déjeuner à partir de 08h du matin. A partir de midi, du monde, et en général avec trop de touristes sur le coup de 16h et cela jusqu’à 20h.

Si vous êtes amateurs de ces endroits un peu décalés dans le temps, n’oubliez pas la poussiéreuse Confiteria La Ideal toute proche de la (à 600m), et surtout la rutilante Confiteria Las Violetas dans le quartier d’Almagro.

L’adresse : Avenida de Mayo 825. (Métro Piedras). Ouvert tous les jours de 08h à 01h du matin.

A voir dans un rayon de 500 m autour du Café Tortoni : Le Plaza de Mayo (à 500 m), la Cathédrale (à 500m), L’Eglise San Ignacio de Loyola (à 500m), la Calle Forida (à 300 m), La Galeria Guemes (à 400m), la Avenida Diagonal Norte (à 300m), Le Club Espagnol (à 300m), L’Edificio La Prensa (à 300m), Le Cabildo (à 400m), L’Avenida 9 de Julio (à 300m), l’Hotel Castelar (à 400m).

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Published by Le Petit Hergé - dans Buenos Aires
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commentaires

TUDELA 13/09/2010 23:15



 Un café magnifique mais trop touristique ...



Le Petit Hergé 17/09/2010 16:55



Eh Oui ! Mais que faire ? Bon, il ne faut pas trop se plaindre, les touristes étrangers ne
connaissent que celui là, car inscrit dans tous les guides neuneus du monde. Les autres bars sont encore protégés ! ;-)



Paddy 08/09/2010 15:52



Je disais : "...comme tu le rappelles, Hergé...". Toutes mes excuses à Mathilde Arrault, la véritable rédactrice de cet article ! Comme ELLE le rappelle, donc !



Le Petit Hergé 17/09/2010 17:48



Ben oui, Mathilde est la vraie rédactrice de cet article, je ne fais que superviser et mettre en page. Et elle
se débrouille comme un chef ! (Enfin je veux dire une cheftaine ! ;-)



Paddy 08/09/2010 15:49



Le Tortoni n'a pas hélas échappé à la fatalité des cafés un jour fréquentés par des célébrités. Comme eux (Voir le Flore ou le Procope à Paris par exemple), il est devenu un musée. Il n'est donc
pas étonnant qu'il ne soit plus fréquenté que par des touristes. J'y suis passé moi aussi, comme tant d'autres, à faire la queue sur le trottoir en attendant que des clients libèrent une table.
Un musée, oui. Joli, quand même, celui-là, et nanti de serveurs sympathiques et accueillants, ce qui n'est pas le cas des serveurs parisiens ! Mais c'est vrai, ce n'est plus un bistrot. Qu'y
faire ? La faute à Gardel et consorts, qui, comme tu le rappelles, Hergé, n'étaient même pas des bons clients !



Le Petit Hergé 17/09/2010 17:52



Faudrait il interdire l’entrée aux touristes ? En été, j’en vois quelque uns (toujours des anglo saxons)
arriver en tong et en bermuda troué. Quand on sait que la fripe est super important pour les argentins (es), ça fait limite clodo. On est en ville, pas à la plage.  



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