Jeudi 2 août 2012 4 02 /08 /Août /2012 18:28

Mise à jour : 02 août 2012.

nullHomero Manzi :

Homero Manzi plus qu’un simple poète et parolier des tangos les plus connus du Buenos Aires des années 30 et 40, c’est avant tout un personnage bien complexe. Partisan d’idées avancées en matière sociale, il a touché à la politique, au journalisme, à la musique. A la fois professeur d’espagnol au collège, contestataire révolutionnaire contre le dictateur Uriburu en 1930, scénariste de film, membre de l’UCR mais se ralliant ensuite au péronisme. Tout indique qu’Homero Manzi fut un homme pris de doutes, se remettant sans cesse en cause, passionnel et passionnant à travers une époque de l’histoire Argentine aussi tourmentée que lui-même.

nullHomero Nicolas Manzione Prestera :

Plus connu sous son alias, “Homero Manzi” naquit à Añatuya, dans la province de Santiago del Estero le 1er novembre 1907. Dès l’âge de 7 ans il fut envoyé, accompagné de son frère Luis à Buenos Aires, son père restant travailler à Añatuya. Ils s’installèrent tout d’abord dans le quartier de Pompeya puis au 3251 de la calle Garay dans le quartier de Boedo, où il passait autant de temps à errer dans les bars que sur les bancs de l’école. Enfant brillant et studieux, se découvre une passion pour la littérature, les lettres et aussi l’écriture. C’est seulement à 14 ans, en 1922, qu’il écrit sa première chanson, une valse : «¿ Porque no me besas ?» (Pourquoi ne m’embrasses tu pas ?), puis son premier tango « Memorias a Taborda ». Aucun succès, mais le monde bohème des bars a tango commence à le hanter et lui permet de faire la connaissance d’autres artistes tels que Enrique Santos Discépolo. Son amour pour la langue espagnole et la poésie se sont toujours exprimés en refusant l’écriture de paroles en lunfardo (argot porteño), ce qui est une exception dans le monde tangero des années 20 et 30. Il faut certainement attendre la rencontre avec Sebastian Piana, musicien et compositeur, en 1926 pour que le duo commence à composer ensemble. Manzi n’a alors que 19 ans, et va commencer une longue série de composition les plus célèbres. En 1930, Homero Manzi demande à Piana de composer une milonga pour pouvoir ensuite au mieux y trouver des paroles. C’est un succès foudroyant, il s’agit de la « Milonga del 900 ». A 23 ans, il devient enfin célèbre. Le duo continuera avec d’autres succès comme  « Milonga sentimental ». Toutes les années 30, seront ponctuées de succès de Manzi. Les thèmes les plus célèbres furent ensuite enregistrés par Carlos Gardel. C’est ainsi que furent composés : "Pena Mulata", "Ropa Blanca" et la très célèbre "Negra María". En 1937, c’est "Milonga triste”, autre énorme succès. Il écrira ainsi pendant deux décades des succès retentissant comme « Malena » en 1941, ou « Sur » en 1948.

Photo : La nouvelle garde du tango de la fin des années 20. De gauche à droite : Catulo Castillo, Homero Manzi, Sebastian Piana et Pedro Maffia.

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Vidéo : Bande annonce du film de Eduardo Spagnuolo : "Un poeta en la tormenta". Sorti en Argentine le 24 septembre 2009. 2 mn 16 s.

nullPlusieurs vies pour un seul homme :

Homero Manzi est un homme complexe, si son gout pour la musique, le tango et la composition des textes qui les accompagnent n’est plus un mystère pour lui. C’est un homme qui aime aussi l’ambiance nocturne des ambiances tangeras, la vie de Bohème de Buenos Aires n’a plus non plus de secrets pour lui. Pourtant de jour, il étudie et entre en 1926 à l’âge de 19 ans à la Faculté de droit. Il y reste jusqu’en 1930 ou l’arrivée du dictateur Uriburu n’est pas de son gout, et sa militance au sein de l’UCR lui vaut son expulsion. Il termine tout de même ses études et c’est un poste de professeur de lettres et de littérature espagnole qu’on lui propose. C’est ainsi qu’il est accepté comme professeur dans les deux collèges nationaux les plus prestigieux de la capitale, celui de Mariano Moreno et celui de Sarmiento. Toujours aussi doué avec sa plume il collabore à la rédaction d’articles pour la partie spectacle dans les revues « Radiolandia » et pour le quotidien « Diario Critica » et fonde « Microfono ». Homme de musique, homme de lettre, homme de spectacle mais aussi homme de cinéma, puisqu’il est à deux fois scénariste et réalisateur de film.  “Pobre mi madre querida” en 1948 et “El último payador” en 1950. Il est aussi scénariste sur une bonne demi-douzaine d’autres films, et aussi compositeur de musique d’une autre demi-douzaine d’autres films. Le film le plus connu, est sans doute la Guerra Gaucha de 1942, qu’il réalise avec Ulises Petit de Murat.

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nullManzi, homme politique tourmenté :

Que de facettes pour un seul homme ! Homero Manzi, est passionné par tout se qui touche au caractère social de la société. Il est très jeune intéressé par la politique et devient membre de l’Union Civica Radical en entrant dans les rangs « Yrigoyeniste ». Le frère ainé comme le père étant aussi d’acharnés radicaux. Il se souvient même à l’âge de 8 ans être allé voir passer en famille le cortège présidentiel le jour de l’investiture d’Hipolito Yrigoyen en 1916. A partir de 1930 lors du renversement de son « guide politique » et l’arrivée de la dictature d’Uriburu, il entre en insurrection, et transforme sa maison en lieu de réunion des opposants et fabrique des bombes artisanales qui feront plus de ravage chez lui qu’à l’extérieur. Ils ont aussi l’habitude de se donner rendez vous au bar El « Aeroplano » (aujourd’hui Esquina Homero Manzi). Ses activités politiques sont entre 1930 et 1932 très dangereuses, et même de front sa vie d’écrivain, de musicien et de révolutionnaire.

nullFinalement il se fait arrêté par la police le 11 février 1931, avant d’être libéré en décembre de la même année. Il se marie avec Casilda Iñiguez en 1932 et continue toujours ses actions politiques. En mars 1933, né son fils, et quelques mois plus tard son mentor, Hipolito Yrigoyen décède.

Il prend alors l’habitude de se réunir avec ses compagnons politiques au bar « El Foro » se situant à l’angle Avenida Corrientes et Uruguay. L’idée est de monter un mouvement politique proche de l’Irigoyisme, c’est la mise en marche de la formation du groupe FORJA (Fuerza Orientadora Radical de la Joven Argentina) qui prendra jour le 29 juin 1935 lors d’une réunion secrète dans les sous sols du 1778 de l’Avenida Corrientes. Il est alors âgé de 27 ans et est l’un des fondateurs de ce mouvement. Ils ont aussi l’habitude de se réunir dans un autre bar « La Fusta » à Palermo.

Dès la déclaration de la seconde guerre mondiale en 1939, les « forjistas » comme on les appelle alors, se déchirent entre prendre parti pour les alliés ou rester neutres. Finalement le groupe FORJA opte pour la neutralité, mécontent Homero Manzi tout en restant dans le mouvement prend du recul. Finalement en 1945, le groupe va se dissoudre en se rapprochant du péronisme.

Photos : Manifeste de la fondation de FORJA en 1935. En vignette, Casilda sa femme.

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Photos : Le rendez vous favori de Homero Manzi. Dans les années 20, "El bar del Aeroplano" qui devint dans les années 30 "El Nippon" avant de devenir dans les années 50 "El Canadian". Homero Manzi va y mélanger sa vie de Bohème au rythme du tango avec ses réunions politiques. Aujourd'hui le bar existe toujours et se nomme "Esquina Homero Manzi"

nullExclusion de l’UCR et rapprochement avec le péronisme :

 

Il est certain que dès l’arrivée de Perón en 1943 au gouvernement, un certain nombre de radicaux se rapprocheront du justicialisme. Tous les artistes, musiciens, cinéastes, intellectuels de l’époque radicalisent leurs positions. Il y a les pro et les anti Perón.  Dans ces premières années, Manzi opte pour rester au sein de l’UCR, mais en parallèle dès 1946, il se rapproche d’un autre groupe « Movimiento Radical Revolucionario » conduit par Jorge Farías Gómez, qui au fil des mois se rapproche du péronisme. En décembre 1947, Manzi accepte pourtant avec le « Mouvement Radical Révolutionnaire » acceptent une invitation à la Casa Rosada. C’est la goute qui déborder le vase, et le comité de l’UCR expulse Manzi et d’autres radicaux du mouvement.

Manzi dégouté par l’attitude de la ligne directive de l’UCR, tombe dans un nationalisme et un anti impérialisme tout droit sortie des lignes directives du péronisme. Il dirige alors la revue politique « Linea » de la même tendance. Il reproche à l’UCR de s’embourgeoiser et de développer une politique conservatrice. Tout en se sentant encore lié au radicalisme, il ne fera que se rapprocher de la ligne péroniste. En 1947, Manzi déclare que Perón est la reconduction même de la politique entreprise par Yrigoyen. Ce qui ne fut pas du gout de tous.

Manzi rencontre à plusieurs reprise Perón et en 1948, on lui confie un poste « politique » de président de la SADAIC (La SACEM argentine), poste qu’il occupera d’ailleurs jusqu’à sa mort en 1951.

Dès 1946, on lui a diagnostiqué un cancer du colon, traitements et opérations, rien n’y fera, il va lutter cinq contre la maladie qui l’emporte le 03 mai 1951.

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Photos : A gauche, le fils d'Homero Manzi, "Acho" Manzi, (Homero Luis Manzioni) né le 06 mars 1933. On le voit aussi au centre sur une photo de 1947. A droite, timbre argentin de 2007 pour le centenaire du poéte.

Vidéo : Milonga del 900.

nullIl aura mené sa propre Guerra Gaucha :

 

Aujourd’hui, Homero Manzi est connu pour ses poèmes et son apport au tango grace à son travail avec le grand compositeur Sebastian Piana. 60 ans après sa disparition, le Porteño se souvient de l’artiste, mais a peut être oublié ses engagements politiques. On se souvient du film de la « Guerra gaucha » que tout argentin a du voir au moins une fois dans sa vie. Fresque historique romanesque où les valeurs nationalistes sont mises en avant. L’amour de la patrie, la lutte comme moyen de réaliser son idéal, mise en avant du courage, de l’amitié, certainement les mêmes valeurs qu’Homero Manzi a suivi lors de sa vie.

 

Photo : L'Esquina Homero Manzi dans le quartier de Boedo à Buenos Aires.

Liens et sources pour en savoir plus sur Homero Manzi :

Homero Manzi : Rebelle http://www.elortiba.org/manzi.html

L'homme et son époque : http://www.elortiba.org/manzi3.html

Le Mouvement FORJA : http://contexthistorizar.blogspot.com.ar/2010/08/que-es-forja.html

Le poète et le militant politique : http://eljineteinsomne2.blogspot.com.ar/2008/02/homero-manzi-poeta-y-militante-politico.html

FORJA : http://www.agendadereflexion.com.ar/2003/06/29/83-forja/

Le fils d'Homero Manzi : http://www.oni.escuelas.edu.ar/2002/buenos_aires/homero-manzi/silvia/WEB%20Homero%20Manzi/Homero%20Hoy/SuHijo/hijo.htm

A lire aussi dans Le Petit Hergé :

 - Musée Carlos Gardel :

L’univers du tango a été marqué par de grands artistes, et Garlos Gardel est sans aucun doute l’un d’entre eux. Il suffit de se promener dans le quartier de Abasto pour le croiser à tous les coins de rues : sur les murs sous forme de peintures ou mosaïques, sur les enseignes des magasins…(Lire la suite)

 

 

- Bar Sur :

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- Les spectacles de Tango à Buenos Aires :

Ne pas confondre entre spectacles (ou « shows » comme on dit à Buenos Aires) où on offre au public un spectacle en général de très bonne qualité, dansé et orchestré par des professionnels et les milongas qui sont des clubs bar où les amoureux du genre viennent en après midi et en soirée danser entre eux...(Lire la suite)

Par Le Petit Hergé - Publié dans : 06 - Culture - Communauté : Argentine pour tous !
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Commentaires

c'est certain que l'histoire complexe de l'Argentine fait naitre de tels personnages de "roman".

Tiens, tu devrais peut-être y penser ?

Commentaire n°1 posté par Michel T. le 03/08/2012 à 09h14

Hehehehehe ! 

Réponse de Le Petit Hergé le 06/09/2012 à 14h00

Je connais déjà un lecteur ... 

Commentaire n°2 posté par Michel T. le 06/09/2012 à 15h50

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