23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 20:00

Mise à jour : 23 juillet 2011. Catégorie : Actualité et Société. 

Lingua portuniola lingua nostra :

 

Comme les brésiliens sont les premiers des touristes à venir en Argentine et les argentins les premiers à foncer, dès les beaux jours venus, sur les plages de Florianopolis, le mélange des habitudes et des langues se font.

L’argentin ne parle pas portugais (je veux dire brésilien) et ce dernier ne connaît en rien l’espagnol (ou plutôt le rioplatense), mais les deux sont bavards, extravertis, et il faut bien se faire comprendre avec les mains, les gestes et les mots !

Pas un seul ne fera l’effort de vouloir apprendre la langue de l’autre (En tout cas bien trop fiers d’eux même, pour avoir a sensation de « s’abaisser » au niveau de l’autre), alors le brésilien commandera dans sa langue dans un restaurant porteño, et l’argentin réservera sa chambre en rioplatense à Florianopolis. Mais à force de se côtoyer et d’échanger, chacun fit un pas vers l’autre, et le résultat a donné un jargon, un dialecte, que dis je ? Peut être même une nouvelle langue ? Appelons ça un « confluent de langue », le portugnol est né !

Portugnol : Phénomène de frontière

 

Le phénomène existait déjà depuis quelques années au bord des frontières, mais restait assez confidentiel jusqu’au jour ou avec le Mercosur il fallut uniquement être muni d’une carte d’identité et non plus un passeport pour aller voir chez les autres ce qu’il se passait ou plutôt voir si quelque chose était bon à acheter pour le revendre de son coté de frontière !

Le début de ce brassage apparu vers ce qu’on appelle ici la « Triple frontera ». On désigne par triple frontière, le triangle compris entre les villes de Ciudad del Este (Paraguay), Foz do Iguaçu (Brésil) et Puerto Iguazu (Argentine). La zone est peut être connue pour ses chutes, mais croyez moi on la connaît bien plus pour le trafic (de tout) qui est en pleine explosion depuis le début des années 2000.

Comme on sait que ce sont les commerçant de tout temps qui ont fait et défait les langues, en imposant une nouvelle à d’autre en acceptant toutes les détériorations linguistiques du moment qu’ils arrivent à se comprendre dans leurs négoces. C’est ce qu’il se passa !

Paraguayens, argentins et brésiliens commencèrent à ponctuer leur langue de mots portugais, espagnols voir guaranis. Au diable la concordance des temps, le bon emploi des prépositions, adverbes et autres conjugaisons ….

On accepte tout dans un premier temps, une sorte de nouvelle langue parlée (mal parlée) qui termine ensuite par être régulée en fonction des habitudes.

La reconnaissance se fit au fil du temps comme un outil utilisé par des peuples voisins obligés de communiquer.

Si le portugnol est le résultat de la confluence de langues, on trouve tout naturel qu’il soit né à la confluence de la colonisation espagnole et portugaise, des luttes entre les deux puissances européennes écrasant et sauvant à la fois le peuple guarani.

Photo : Ciudad del Este au Paraguay, la Mecque du portugnol !

Développement et diffusion du portugnol :

 

L’aire d’influence du portugnol (portuñol en espagnol et portunhol en portugais) s’étendra au fil des années à toutes les frontières (presque librement ouvertes) entre le Brésil et le Paraguay, Argentine et Uruguay.

Les  zones sont très peuplées depuis Chuy-Chui  (frontière brésilo-uruguayenne sur l’Atlantique) et la Triple frontière : 1.400 km ou habitent quelques millions d’habitants.

Apres les frontaliers, se sont intégrés au portugnol les hommes d’affaires, les touristes, les joueurs de foot qui passent d’un club à l’autre, les chauffeurs de taxis, les vendeurs ambulants. Toute une population hétéroclite et qui a touché toute les couches de la société. D’un phénomène très ponctuel, on parle de la zone uruguayenne de Rivera comme étant le berceau de ce patois, il s’est étendu à toutes les communes des frontières puis à Florianopolis quelques villes balnéaires de la cote des états brésiliens de Santa Catarina et de Rio Grande do Soul et maintenant aux secteurs touristiques de Buenos Aires.

Le portugnol est spontané, chaleureux, créatif et si cette langue est en expansion c’est qu’elle est à la mode ! Une sorte de jargon quotidien, un complément utilitaire, un dialecte sauvage inventé au gré des rencontres, par la volonté de l'échange et le désir de communiquer.

Photo : Du vrai portugnol ! Ou on dit "Viña del Mar" (en espagnol) ou "Vinha do Mar" (en portugais).

Tout a débuté en Uruguay :

 

Entre l’Uruguay et le Brésil, une ville coupée en deux par la frontière, Rivera coté Uruguay et son pendant brésilien Santana do Livramento qui regoupent ensemble 200.000 habitants. La langue quotidienne pour eux est le portugnol parfaitement compris et parlée par tous et depuis longtemps. Beaucoup mieux structuré que celui qu’on parle à Iguazu, il a attiré des linguistes qui y vont régulièrement pour y faire des études !

 

Ce « Portugnol riverense » plus ancien a de l’avance et a eu le temps de commencé à imposer des règles élémentaires. Ce qui a facilité la naissance de ce « dialecte » c’est la base latine des deux langues, ce qui permet a chacun de reconnaître au moins certainement fois les bases et permet avec un peu de déduction de comprendre et de se lancer sans complexe dans ce « charabia ». Cet exercice n’est en rien prétentieux, bien au contraire, on s’y risque sans peur du ridicule. C’est le fruit de la recherche non consommée d’un bilinguisme, un hybridisme naturel et sans complexe !

Au niveau de l’orthographe, nous entrons dans un monde ou la fantaisie est de mise. Phonétisme simple est de mise  et la spontanéité dans la construction de la phrase est. Une sorte de mélange, un article espagnol va accompagner un substantif portugais, un verbe portugais précède un complément espagnol. Par exemple en portugnol, un hispanisant remplace les « b » par des « v », les « el » par des « o » etc…. de plus il se met à employer des voyelles nasales inexistantes en espagnol.

A ce petit jeu, on est même très fier d’innover sans cesse.

Quelques exemples de portugnol :

(à coté la traduction en rioplatense (comme on parle à Buneos Aires), ce n’est pas non plus de l’espagnol d’Espagne.

 

Yo falo portuñol. (Yo hablo portuñol)

Por favor, me traiga una otra cerveza. (Por favor, me traes otra cerveza).

La viaje fue estupenda. (El viaje fue estupendo).

Voy saír más tarde. (Voy a salir mas tarde).

Marta no es en la sua casa (Marta no esta en su casa).

El gusta mucho del vino (A el, le gusta mucho el vino).

Va te llamar por teléfono a tarde (Te va a llamar por teléfono a la tarde).

No pode lo decir. E un secreto (No puedo decirlo, es un secreto).

Cenaremos en quanto él llegar. (Cenaremos cuando llegara).

No será divertido si tú no venir. (No seria divertido si no venís).

Es mucho linda, más no mucho inteligente. (Es muy linda pero no muy inteligente).

Mouvement intellectuel portugnol :

 

Un article en français a été publié le 11 juillet 2011 dans le Monde écrit par Jean-Pierre Langellier dont je me suis largement inspiré pour écrire ce paragraphe.

A lire sur : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/07/20/la-langue-de-la-triple-frontiere_1550839_3222.html)

 

Le Portugnol est né dans la rue mais il a aujourd’hui engendré un petit mouvement littéraire qui aurait surement fasciné Kafka. La première œuvre est celle du brésilien Wilson Bueno (1949-2010), qui en septembre 1992 sort une nouvelle “Mar Paraguayo”.

Ce livre, observe le philologue Étatsunien  John M. Lipski, est une histoire écrite pour être lue à voix haute. En prologue, le sociologue Argentin Néstor Perlongher souligne que “…L’effet du portugnol, avec ses caprices, ses déviances est poétique. Il y a entre les deux langues, une vacillation,  une tension  et une oscillation permanente. Chacune est « l’erreur » de l’autre  ou tout devient possible et improbable. »

Wilson Bueno a eut d’autres imitateurs, la plus connue la poète brésilien Douglas Diegues qui à 45 ans a déjà écrit de nombreux livre en portugnol et a fondé une maison d’édition « Yiyi Jambo » qui diffuse d’autres créations dans la même langue. A citer : les brésiliens Xico Sa ou Joca Terron. Dans toutes ces œuvres règne l’aspect ludique et surréaliste.

 

 Un extrait de Joca Terron en 2007 de “Tranportuñol borracho” :

"Lo mío es lo contrabando, lo lirikotráfico; como saber adonde si ubica la frontera si non sei onde empieza el dia y si acaba el sueño?; como conocer onde empieza el portugués y termina el castellano, si lo unico que sei és que el portuñol és infinito, assim como la borrachera? Lo mío és la poesia y el infinito, esa broma que llamamos vida".

 

Excellent aussi,  les préceptes très basiques pour jeunes escrocs :

Preceptos muy basicos y llamadas adicionales a los jóvenes escroques

“No afanes una baca más grande ke tu caçamba.
No mostre tu kulo a los megañas de la Polícia Carretera.
Negociatas largas con plata curta és prejuicio en la cierta.
No confundas el Evangelho con la Iglesia.
Nunca dedure los familiares ou tús amigos.
Evite bibir em cualquier hogar onde no sea posible mear de la puerta delantera.
Solamente porque és sencillo no significa que sea fácil.
No deje tu ojo grande llenar los cheques que tu panza vazia no pueda bankar.
Si usted no la quiere, no la provoques.
No estaciones entre dos bulldogues jugando sucio.
Cualquier uno amassa los tomatos; lo foda és que hagan el jugo.
Nunca si és miserable demás para dejar de prestar atención.
No mordiske por ahí y allá tus paranoyas.
Nunca durma con una chica que considere eso un fabor.
Si llevas un puñetazo del balentón, dá-lhe la otra cara. Se rolar de nuevo, atire en el hijo de puta.
Mantener és siempre dos veces más difícil do que consiguir.
Nunca cruces un pueblo a 120 por hora con la nenita del sheriff pelada en la garupa.
Nunca firmes el negro nel blanco.
Si usted no estás confuso entonces no tá entendiendo nada.
Amar és siempre más difícil do que parece”.

Le reste c’est internet qui l’a fait ! La machine infernal du web, impose et publie des pages entières dans le nouveau patois. Des centaines de sites existent maintenant autour des frontières. Hommes et femmes de lettres jeunes pour la plupart publient poèmes, hymnes, chanson.

Internationalisation du portugnol et résistance brésilienne :

 

Une journée Internationale du Portugnol est même célébrée chaque année le dernier vendredi d’octobre. Ses adeptes brandissent un drapeau portant le portrait de la chanteuse de samba brésilienne Carmen Miranda (1909-1955).

Le premier congrès international de portugnol a eu lieu à Rio de Janeiro en septembre 2009. L’artiste Uruguayen Diego de los Campos y a même présenté sa “machine à parler portugnol” qui prononce des mots espagnols et portugais remixés pour reproduire « La confusion linguistique » comme il l’appelle.

Le portugnol a ses détracteurs au Brésil, qui lamentent une certaine « prostitution »  de leur langue et qui ont peur qu’elle soit victime d’un « effet de succion » de la part de la langue espagnole. Pour cela le gouvernement brésilien développe le bilinguisme à l’école, connaître bien le portugais et l’espagnol permettrait d’enrayer le portugnol. A savoir ! En tout cas, je serais très curieux de savoir d’ici un siècle ou deux quelle sera la langue la plus parlée à Buenos Aires, Montevideo, Porto Alegre et Curitiba !

A lire dans le Petit Hergé : Langues officielles dans le Mercosur

- Langues officielles dans le Mercosur. (Mai 2008).

 

 

 

Province de Formosa : Généralités- Province de Formosa. (Avril 2009).

 

 

 

 

Les sept régions argentines

- Les sept régions argentines. (Juillet 2008).

 

 

 

Photo : Hong Kong ? Non, Ciudad del Este au Paraguay !

 
 

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