Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 23:03

Mise à jour : 28 mai 2012.

nullLa Maison Rose, Le symbole du pouvoir argentin:

 

La Casa Rosada est le symbole du pouvoir puisqu’elle abrite entre ses murs le pouvoir exécutif de la Nation, à savoir la présidence de la République. Depuis la fin du XIXème siècle, les présidents argentins y gouvernent et certains y vécurent. Tout comme le Palais de l’Elysée pour la République Française, la Casa Rosada est devenu le bâtiment emblématique que tout argentins de passage dans la ville veut visiter. On y porte les yeux à chaque renversement de gouvernement, à chaque accession d’un régime militaire, à chaque débâcle économique. Pour les plus jeunes, on se souvient du 20 décembre 2001, où le président De La Rua dut fuir précipitamment des toits de la Casa Rosada en hélicoptère pour éviter la foule hostile amassée sous ses fenêtres. Pour les plus anciens, du bombardement du Palais le 16 juin 1955 par l’aviation militaire qui voulut mettre un terme au pouvoir de Peron, et pour les plus anciens encore, de la mobilisation de la classe ouvrière cette fois en faveur du retour du même Peron le 17 octobre 1945. La Casa Rosada est un bâtiment mais avant tout un symbole.

Photo : La façade sur la Plaza de Mayo. Photo Petit Hergé Novembre 2011.

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Le fort de Buenos Aires :

Il faut avant tout imaginer le fort qui construit entre 1604 et 1720 occupait l’emplacement de l’actuelle Casa Rosada.

Le fort du XVIIème siècle était malgré son nom peu approprié à défendre la ville de Buenos Aires, on peut même dire qu’il ne servit jamais. Les portugais n’attaquèrent jamais la ville, et les anglais à deux occasions (en 1806 et 1807) planifièrent leurs invasions par la terre en débarquant au sud de la ville, surprenant les défenses concentrées vers le Rio. Les anglais eurent plus à en découdre avec les marécages entre Quilmes et Buenos Aires qu’avec les quelques espagnols résistant à Barracas. Quant à la seconde invasion de l’année suivante, cette fois ci les anglais eurent tout le temps de se déployer dans ce qui est aujourd’hui la place Once avant d’attaquer toutes les lignes espagnoles à contre sens (de terre vers le rio), le fort devenant alors dans les plans britanniques, la pièce finale après que toute la ville soit conquise. Cette seconde invasion échouât par erreur tactique anglaise de vouloir disperser leurs troupes en 14 colonnes plutôt que de la concentrer sur le centre de Buenos Aires. On a beau dans les manuels scolaires argentin, faire l’éloge de la vaillance des « patriotes » de Buenos Aires (pour ne pas dire « espagnols », terme totalement prohibé dans le langage argentin politiquement correct de ce XXIème siècle, alors que tout le monde sait que le Rio de la Plata était encore « espagnol » et ceci jusqu’en 1810…bref !).

Ne nous éloignons pas trop du sujet…. Tout cela pour expliquer qu’un fort construit à partir de 1604 et agrandit à plusieurs reprises (et peut être même d’une manière un peu anarchique) jusqu’en 1720, n’eut d’utilité que de d’héberger la garde espagnole durant un siècle et demi et d’héberger les services des autorités coloniales espagnoles, un bâtiment militaire qui fut presque tout le temps utilisé à des fins administratives. Les gouverneurs et vice rois y logèrent jusqu’à la « Révolution » de mai 1810 et le pays accédant à l’indépendance, les premiers représentant du nouvel Etat Rioplatense et Argentin prirent la succession dans leurs quartiers. Le premier a refusé d’y loger, car déjà très insalubre et totalement obsolète fut Juan Manuel de Rosas, alors gouverneur de Buenos Aires (en 1829, l’Argentine n’existe pas. Le pays est coupé en deux et les guerres se succèdent entre fédéralistes et unitaires). C’est donc lui qui fut le premier mandataire a déménagé du vieux fort en 1838 pour s’installer dans sa propre résidence de Palermo. (Lire article sur sa résidence à Palermo). En 1838 le vieux fort était à la fois obsolète d’un point de vue militaire et surtout peu entretenu, tombant en ruine et nauséabond. Une fois Rosas déménagé, le doute sur l’avenir de l’ancienne place forte de la ville n’avait plus de doute.

Gravure : le fort de Buenos Aires vers 1820 . En légende : (A) Entrée à partir de la Plaza 25 de Mayo (Plaza de Mayo). (B) Mur d'enceinte. (C) La Casa de los Virreyes. En 1820 deja transformée en casa de gobierno.

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Photos : Ces deux photos sont vraissemblablement les deux plus anciennes du fort de Buenos Aires. Elles furent prises dans les années 1850-1852. Sur celle de gauche, devant toujours la Plaza 25 de Mayo, les enceintes (B) sont encore debout. Au (C) on apperçoit bien le vieil édifice de la Casa de los Virreyes. La porte d'entrée du fort n'apparait pas et se trouve à droite hors cadre. Au loin sur le Rio de la Plata, les navires en rade. Sur la photo de droite, La porte d'entrée (A) est visible, la muraille (B) vers le nord est encore debout, mais dans l'espace (E), on voit les ouvriers démanteler la muraille qui va bientot devenir un espace libre. Au (C) toujours le même angle de la Casa de los Virreyes. Sur le point (D) L'aile sud de la casa de los Virreyes. Cliquez sur les photos pour les agrandir, vous verez très bien les ouvriers à l'oeuvre.

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Photo du dessus : Nous sommes en 1867, il n'y a plus de murailles (B) au fort, seule reste la porte (A). L'emplacement au sud de la porte (E) est toujours libre et dans 6 ans commenceront sur ce terrain l'édification de la Casa de Correo. De l'autre coté de la calle Victoria, l'immeuble de Rentas Nacionales est tout neuf, il n'a que 7 ans.   

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Photo du dessus : Nous sommes toujours en 1867. La photo a été prise du haut des toits de la Cathédrale. On apperçoit une partie de la porte (A) de l'ancien fort. Le terrain (E) est maintenant libre pour accueillir le Bâtiment de la Poste. Les Trois arcades de l'entrée (G) de la chambres des députés. Ils siègeront ici jusqu'en 1906 avant de s'établir dans l'actuel Palacio de Congreso la même année. Cliquez sur les photos pour les agrandir.

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Début de la démolition du fort et construction du Palacio de Correos :

En 1850, une première partie du fort est démolie, celle qui donne sur le Rio, pour y élever le nouveau bâtiment de la douane (Nommé : Aduana Nueva, ou Taylor, du nom de l’architecte anglais), les murs d’enceintes disparaissent et seuls quelques bâtiments construits à l’intérieur du fort restent. En 1852, on termine de tout démolir sauf le bâtiment principal (on le nomme « La Casa de los Virreyes », la maison des vice-rois) se trouvant au centre du fort qui devient le siège du gouvernement. En 1873, sur la partie sud du terrain, tout est dégagé pour y construire par l’architecte suédois Kihlberg, le Palais des Postes.

nullEn 1879, « El Palacio del Correo », le palais des postes est achevé et domine l’angle des rues Balcarce et Victoria. A quelques mètres de là sur la partie nord du terrain, le vieux bâtiment de la Casa de los Virreyes qui abrite le gouvernement parait bien modeste face à cet imposant édifice des postes.

Plan du dessus : Emplacement de l'ancienne porte du fort (A) qui devient l'arc central d'entrée de la Casa Rosada. A partir de 1720, les murailles du fort (B) qui seront démolies à partir de 1850. La Casa de los Virreyes (C) de l'époque coloniale transformée ensuite en Casa de Gouvernement jusqu'en 1882. L'aile sud (D) de la casa de los Virreyes sera démolie un peu plus tôt. A partir de 1852, les murailles de ce secteur (E) seront abattues et laisseront place à un terrain libre aplani, il restera libre jusqu'en 1873 ou commence la construction du Palais des postes terminé en 1879. De l'autre coté de la calle Victoria, sera construit entre 1858 et 1860 l'immeuble de Rentas Nacionales (F) qui fut rapidement transformé en annexe de la douane puis démoli en 1937. En (G) entrée de ce qui fut le bâtiment de la premiere assemblée Nationale du pays.

Photo : Le Palacio de Correos (E). C'est la première partie de l'ensemble qui va donner la Casa Rosada. La photo doit etre de 1879 juste à la fin de sa construction. Il y a encore (C) au loin la Casa de los Virreyes. Le Palacio de Correos à 3 ailes au toit mansardé. Il ne restera que 5 ans tel qu'il est sur la photo avant d'être transformé.

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1880 : La Casa de Gobierno Roca :

 

C’est un an plus tard en 1880, à l’arrivé du nouveau président Julio Argentino Roca qui est décidé d’agrandir le Palais du Gouvernement, en construisant face à la Plaza de Mayo en avant du Palais de los Virreyes un bâtiment qui lui sera accolé, pour l’agrandir et aussi pour lui donner plus de prestige.  Le projet est confié à un autre architecte suédois, Henrik Årig (« Enrique Arig » en espagnol), avec ordre de proposer, sur la Plaza de Mayo, une façade identique à celle de la poste. Le nouveau palais du gouvernement est promptement construit pour être inauguré en 1883. On le nomme alors la Casa de Gobierno Roca. Entre le palais du gouvernement, la casa de los Virreyes et la Poste, une étroite rue mène à la douane de Taylor.

A Chaque année son nouveau projet, nous sommes une année après et en 1884, on constate que la casa de gobierno est encore trop petite, on fait appelle à un italien cette fois ci, Francesco Tamburini, (à qui on confiera aussi en 1889, le projet du teatro Colon) pour qu’il propose un nouveau projet. Celui-ci le présente aux autorités le 13 aout 1884. Le nouveau projet de l’italien consiste à unir par un arc les deux bâtiments, pour cela, il faudra modifier deux pavillons, le pavillon sud de la casa de Gobierno de Roca qui n’a qu’un an, et le pavillon nord de la poste qui a 5 ans ! Ce nouvel arc, marquera la porte principale de l’ensemble de la nouvelle Casa du Gouvernement. Puis, une fois l’arc réalisé (en 1886), démolir la Casa de los Virreyes pour pouvoir sur le reste du terrain libre continuer à agrandir la Casa de Gobierno Roca. Le projet est adopté, et il faudra attendre 1896 pour que l’ensemble se complète.

nullPhoto du haut : Cette photo est prise des toits du Cabildo le 25 mai 1883, en quelques jours de nombreux ouvrier démolissent la Recova (K) qui séparait la Plaza de 25 de Mayo (coté Casa de Correos) de la Plaza de la Victoria (coté Cabildo). Au loin on voit tres clarement le tout nouveau Palacio du Gobierno (i) inauguré en cette meme année 1883 à gauche, et la Casa de Correos (E) à droite. les deux batiments ne sont pas encore unis. La porte du fort n'existe plus, à son emplacement (A), une rue entre les deux palais mene à la Douane de Taylor (H), non visible sur la photo cachée par le Palais de la poste (E).  Sur le (F), l'edificio de Rentas Nacionales (1868-1870) a déja 13 ans. Les députés siègent toujours dans l'ancien Congreso (G).

Les deux bâtiments de la poste et du gouvernement ont les mêmes dimensions en façade et hormis la logia de l'étage semblent identiques. Cliquez sur la photo pour agrandir.

Photo ci dessus : Les deux bâtiments (I) et (E) enfin réunis par l'Arc central (A). La photo doit dater vraisemblablement de 1890, car on apperçoit que l'aile Rivadavia (L) est terminée. Prise aussi des toits du Cabildo. Au loin, toujours des navires en rade. Dans 4 ans (1894) vont commencer les premier travaux pour créer Puerto Madero. Cliquez sur la photo pour agrandir.

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Photos : Celle du haut date de 1870, celle du bas date de 1889.

En haut : La casa de los Virreyes (C) n'est pas encore démolie ni même la Recova (K) qui occupe la Plaza de Mayo. A noter l'imposant Ancien Teatro Colon (M) sur la même place de Mayo qui va fonctionner jusqu'en 1888. On apperçoit la toute premiere gare terminus "Estacion Central" (N) du chemin de fer "Ferrocarril del Norte" qui unissait le centre de Buenos Aires à Retiro puis San Fernando et enfin Tigre. En 1875, la ligne n'allait pas plus loin. Au dessus de la douane Taylor (H), on apperçoit le haut de l'edificio de Rentas Nacionales (F). Les dates sont celles des inaugurations des bâtiments. Il existe encore une rampe entre la Douane Taylor et le chemin de fer au bout de laquelle est posé un sémaphore (propre et tout blanc sur la photo).

En bas : Nous sommes 29 ans plus tard. L'angle de prise est presque le même. Les deux photos ont été prises du bout du muelle de pasajeros (quai des passagers). La douane Taylor (H) est un peu plus sale, tout comme le sémaphore qui a perdu son blanc immaculé (dans le cercle blanc). Sur la rampe, (dans les élipses rouges) plusieurs aguateros descendent dans le rio avec leurs chevaux pour remplir d'eau leurs tonneaux qu'ils revendront aux habitants qui ne sont pas encore connectés au réseau d'eau potable existant depuis vingt ans. La petite station de train (N) est vite devenue trop petite et les anglais proprietaire de la compagnie ont monté une station plus grande en bois, la Nueva Estacion Terminal (O) qui en fait était destinée à Madras en Inde. Le bois s'enflamme vite et dans 8 ans, en 1897, tout le bâtiment brûlera et sera détruit. Au loin l'édifice de Rentas Nacionales (F) est toujours debout et un peu plus délabré. L'aile Rivadavia (L) de la Casa Rosada est en construction, on peut voir les échafaudages en bois.

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Photo : Nous sommes en 1890-1891. L'aile sur Rivadavia est terminée ainsi que le terre plein y faisant face. Il est flagrant de constater que la Casa Rosada est un assemblement de plusieurs bâtiments aux architecteures differentes. La Casa Rosada n'est pas encore terminée, derrière ces façades l'ensemble n'est pas encore construit. La Casa Rosada a encore la forme d'un "L". Cliquez sur la photo pour agrandir.

Après Tamburini (1886 - 1891), Giovanni Buschiazzo prend la relève 1892 - 1896 :

Si en 1887, les deux bâtiments sont enfin réunis, ce n’est pas pour autant que la Casa Rosada est complète comme on peut la connaître aujourd’hui. En fait, seule la façade Ouest sur la Plaza de Mayo est presque semblable.

Ce sont les travaux sur l‘aile nord (L) donnant sur la calle Rivadavia qui commencent rapidement après la démolition de la Casa de los Virreyes en 1886. Trois ans de chantier pour qu’en 1890, la façade Rivadavia soit enfin terminée. Le pauvre Tamburini décédera peu de temps après en 1891 et sera remplacé par un autre de ses compatriotes, l’architecte Giovanni Buschiazzo qui devra suivre les plans de son prédécesseur. Il lui incombe de mener à bien la construction des deux dernières façades restantes (façades Est et Sud), ainsi que de toute la partie intérieure de l’ensemble (patios, escaliers, etc…)

Buschiazzo reprend donc le nouveau chantier de la façade Est en 1892. Les travaux vont durer 4 ans pendant lequel un autre chantier prestigieux va changer la physionomie de la ville. En effet, on décide de doter Buenos Aires d’un véritable port que l’on nommera Puerto Madero, et pour cela il faut gagner 3 km2 sur le rio et dans un premier temps démolir la douane de Taylor. C’est ainsi que dès 1894, on aura à quelques mètres de distance, le chantier de construction de l’aile Est de la Casa Rosada et la démolition de la Aduana de Taylor. Le terrain de la douane sera aplani, comblé, le rio sera repoussé et tout l’espace obtenu sous les fenêtres de la nouvelle aile de la Casa Rosada transformé en place, La Plaza Colon, séparé du tout nouveau bâtiment par la nouvelle Avenue de Colon.

C’est enfin en 1896, que la totalité de la Casa Rosada est achevée est inauguré en grandes pompes par le président Roca.

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Photo : Nous sommes en 1894, et la démolition de la Douane de Taylor (H) est commencée (cercle jaune) le quai de l'embarcadère des voyageurs a déjà disparu (Muelle de los viajeros). La démolition du deuxième étage commence (Cercle rouge). A la fin de l'année 1894, il ne restera plus rien de la douane de Taylor alors qu'au même moment les travaux de remblaiement pour gagner du terrain sur le rio sont entrepris afin de monter Puerto Madero. Au second plan, l'aile toute blanche et toute neuve (L) de la façade de la Casa Rosada sur Rivadavia, alors que l'on voit le montage de l'aile (J) donnant sur la future avenida Colon et la calle Victoria.

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Photos : Les deux prises ont été faites pratiquement avec le même angle. Celle du haut date aproximativement de 1880. On y observe la Casa de Correos (E) tout neuf, face au batiment des Rentas Nacionales (F). On apperçoit legèrement la un des élément de la douane de Taylor (H). Les transports se font encore à traction animale. Deja un tramway (à droite) mais tiré par des chevaux.

En bas, nous sommes vers 1900. On y retrouve le bâtiment des Rentas Nacionales (F), surmonté d'une installation électrique impressionante. Un homme y travaille. L'électricité commence a être présente dans le centre, les tramways de la compagnie "La Capital" prennent un étage et sont maintenant électriques depuis 1898. En une quinzaine d'année la ville s'est considérablement urbanisée. Au fond la Darsena 3 de Puerto Madero (P) inaugurée en 1892. à gauche, l'ancien Hotel des Postes (E) est englobé depuis 1896 dans la nouvelle aile (J) de la calle Victoria.

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1910 : Norbert Maillart et son jardin d’hiver

En 1910, le président Roque Sanz Peña, malade, installe ses appartements dans la Casa Rosada (1910-1914) et décide de leur rendre un peu moins austère et y faisant apporter quelques modifications.

C’est ainsi qu’en 1910 on fait appelle à l’architecte français Norbert Maillart, alors au sommet de sa gloire à Buenos Aires après les différents projets accomplis avec succès comme la Nouvelle Poste Centrale 1886, Tribunales 1905, et le projet du Colegio Nacional 1908, pour lui donner un autre projet bien plus modeste puisqu’il s’agit de créer un jardin d’hiver. Il s’en tire à merveille et réjouira le président. Ce jardin eut peu de chance car devant le manque de place, c’est sous la présidence de Marcelo T Alvear en 1927 qu’on décida de le remplacer par des bureaux sur deux niveaux.

Photo : Le jardin d'hiver.

nullLa démolition de 1938 :

  Un projet totalement fou est accepté par la présidence. En effet, en 1937, Le président Agustin P Justo décide d’éliminer totalement la partie sud (anciennement Palais des postes) pour ouvrir la perspective de la Plaza de Mayo sur Puerto Madero. Une sorte de furie de démolition entraine aussi en mai 1937 le bâtiment faisant face toujours dans la même rue Victoria, il s’agit de celui des Rentas Nacionales. Janvier 1938 c’est au tour de la Casa Rosada, la démolition débute... Le bâtiment est déjà démoli sur 17 m de profondeur à partir de la calle Victoria (aujourd’hui H.Yrigoyen), quand en février 1938 le nouveau président Roberto Marcelino Ortiz assume sa charge et stoppe net le chantier (par chance !). On aura perdu toute l’ancienne façade sur la calle Victoria ainsi que les deux pavillons des angles sur cette même rue. Le bâtiment est entamé de 17 mètres et on reconstruit la nouvelle façade de la calle Victoria sur le pauvre bâtiment qui revient de loin.

Les années 30 et 40 voient disparaître le patrimoine architecturale de la ville d’une manière absurde, aucune conscience de la part des autorités. Le Cabildo aura été entamé aussi en 1889 puis en 1931. 1937 étant aussi l'année de démolition du Palais Miro de la PLaza Lavalle.

Photo : Une des rares photos de la démolition de 1938.

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Photos : A gauche, la Casa Rosada si elle n'avait pas perdu son aile sur la calle Yrigoyen en 1938. A droite, la Casa Rosada aujourd'hui. En effet, il lui manque quelque chose !

null1955 : Le bombardement de la Casa Rosada

Autre mauvaise année pour la Casa Rosada : 1955. La popularité de Perón est au plus bas, il faut dire que d’un point de vue économique, l’Argentine fait face à une des crises les plus profondes, et le mécontentement gronde dans les rangs des socialistes mais aussi des catholiques et des militaires qui avaient échoué dans leur tentative de renversement du pouvoir en 1951. Le 16 juin est décidé par les « conspirateurs » de faire un coup d’état en déployant leurs troupes (terre, mer et air) et de s’assurer de frapper un grand coup en bombardant la Casa Rosada où pensent ils Peron doit se tenir. En fait Peron n’était pas à la Casa Rosada à 12h40, les avions lâchent tout de même 9500 Kg de bombe qui explosent sur le bâtiment mais aussi autour sur la Plaza de Mayo, calle Yrigoyen et Paseo Colon. Il y eut plus de victimes civiles que militaires. 308 morts et 800 blessés. Le coup d’état rate, Peron est sain et sauf. Le choc est rude pour les porteños, on l’appelle le « Massacre de la Plaza de Mayo » le péronisme s’en sert pour faire une épuration « rude » au sein des armées mais aussi auprès de l’épiscopat argentin. Finalement quelques mois plus tard le 16 septembre 1955. La Casa Rosada fut durement touchée par le bombardement, surtout sur le coté de la calle Yrigoyen et du Parc Colon. Il faudra plusieurs mois pour réparer les dégâts. Si aujourd’hui il ne reste plus aucune trace de ce bombardement dans la Casa Rosada, on voit encore les traces sur l’immeuble de la direction des Impôts situé en face sur la calle Yrigoyen.

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Photos : Le 16 juin 1955. A droite, au premier plan,  les toits de la Casa Rosada.

nullLes dernieres années :

En 1957, on inaugure en sous sol, un musée de la Casa Rosada (on y entrait par la calle Yrigoyen) ou l’on présentait des objets ayant appartenu à des anciens présidents. Ce musée avait été placé dans les restes des soubassements de l’ancien fort que l’on avait retrouvé après des travaux d’assainissement en 1942. Ce musée est resté ouvert jusqu’en 2007.

En 1991, on entame aussi des fouilles derrières la Casa Rosada (sur Avenida Colon coté Puerto Madero) qui permet de retrouver les fondations de la douane Taylor et aussi de détourner l’avenida Colon au delà de la Plaza Colon, qui s’intègre à la Casa Rosada comme jardin privé.

En prévision des fêtes du bicentenaire de 2010, on installe une grille tout autour de l’ensemble. Ce n’est pas esthétiquement vilain, bien que le principal motif fut d’ordre sécuritaire. On se souvient trop des manifestants se rapprochant trop près des façades en 2001. (La même grille a été placée aussi autour du Palais du Congreso à la même époque pour les mêmes raisons). Enfin la section de la calle Balcarce comprise entre la Casa Rosada et la Plaza de Mayo fut rendue piétonne, ce qui interdit maintenant aux véhicules de pouvoir tourner autour de la place.

La dernière petite touche date du 08 octobre 2010, lors de l’installation d’une horloge au dessus de l‘arc principal d’entrée de la Casa Rosada que l’architecte italien Tamburini avait prévu dans ses plans et qui n’avait jamais été placée. L’erreur est enfin réparée.

Pour finir, à l’arrière de la casa Rosada entre le bâtiment et la Plaza Colon a été construit en sous sol dans les fondations de l’ancien fort et celles de la Douane Taylor, le Musée du bicentenaire inauguré en 2011, qui reprend la base des objets qui avaient appartenu à l’ancien musée de la Casa Rosada élargit à une rétrospective les différentes étapes de la construction de la République Argentine depuis l’indépendance.

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Photos : Installation durant la nuit de l'horloge de la Casa Rosada le 08 octobre 2010, avec l'aide des sapeurs pompiers.

nullQue voir à l’intérieur :

 

Il est souvent impossible de pouvoir approcher ou même de pénétrer la plupart des sièges de gouvernement à travers le monde. A Buenos Aires, il est possible de pouvoir faire une visite de la Casa Rosada. Alors profitons-en ! Vous avez accès au rez-de-chaussée, tout d’abord à la porte principale d’accès sous l’arc donnant sur la Plaza de Mayo, puis de passer dans les deux espaces les plus importantes aujourd’hui décorées des portraits des principaux personnages ayant marqué les luttes sud-américaines, politiques, militaires mais aussi artistes (D’un point de vue du politiquement correct du gouvernement argentin en place), on la nomme la « Galería de los Patriotas Latinoamericanos del Bicentenario ». Si on voulait être méchant on se demande quelquefois comment certains personnages peuvent être mêlés, certains contemporains ayant été « opposés » (pour ne pas dire ennemis) de leur vivant (Eva Peron et le Che Guevara par exemple). Vous avez aussi accès à la galerie des bustes (Galeria de los Bustos) aussi nommée Hall d’honneur, puisque les personnalités importantes sont attendues par le chef d’état à leur sortie de voiture dans ce hall. Ce hall sera la fin de votre visite, puisque les sorties se font de ce coté du Palais. Toujours au rez-de-chaussée le Patio d’honneur, le plus grand des patios (les autres ne vous seront pas ouverts) aussi nommé le patio de las palmeras (des palmier) entourant un bassin. L’escalier d’honneur vous mènera à l’étage ou certaines salles vous seront ouvertes telles que les trois salons qui sont le salon blanc, le salon nord et le salon sud. Le salon de la presse, qui le nomme Salon des femmes argentines du bicentenaire tapissé de photos des compatriotes les plus illustres du pays. C’est Cristina Kirchner qui a établi ce lieu de célébration de la femme, il est juste de penser que comme pour le salon des patriotes de l’étage inferieur, les photos et portraits changeront au fil du temps suivant l’inspiration du gouvernement en place. Enfin vous aurez accès au salon de travail présidentiel, ainsi qu’au mythique balcon surplombant la Plaza de Mayo ou tout dirigeant est venu au moins une fois faire un discours ou saluer la foule.

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nullPourquoi la Casa Rosada est elle rose ?

 

Bonne question, elle est rose parce qu’on l’appelle Casa Rosada…. Si elle avait été bleue… Redevenons sérieux… plusieurs hypothèse, la plus répandue est que le Président Sarmiento (président entre 1868 -1874) voulu symboliser la fusion des deux courants qui s’affrontèrent durant près de 50 ans entre unionistes et fédéralistes (le blanc et le rouge) et donna l’ordre de peindre les façades en rose. C’est joli comme histoire, mais les unionistes avaient des drapeaux bleus, donc l’histoire ne tient pas debout. Ce qui n’empêche pas de continuer à raconter la même légende. Plus vraisemblablement reste une autre hypothèse. Au XIXème siècle, on emploie souvent à Buenos Aires un mélange de chaux avec du sang de bovins pour ses propriétés hydrofuges et fixatrices. La seule façade à être de cette couleur pour la préserver était celle donnant sur la Plaza de Mayo.

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nullLes conseils du Petit Hergé :

 

Profitez de votre passage à Buenos Aires pour aller voir la Casa Rosada. Un lieu symbolique connu dans le monde entier. L’entrée est gratuite et le bâtiment ne se visite que le samedi, dimanche et jours fériés. Ouvert de 10 h à 18h, je vous recommande quand même d’y aller le matin, à midi il y a déjà de nombreuses personnes. Si l’entrée au rez-de-chaussée est libre de mouvement, une fois dans le salon des patriotes il vous faudra faire preuve de plus de patience car il faudra faire la queue avant d’avoir l’autorisation de monter l’escalier pour poursuivre la visite, Cette fois, vous serez encadrés, les visites se font par groupe de 40 à 50 personnes, bien encadrées et vous n’aurez pas trop le temps de vous attarder car d’autres groupes devront monter à leur tour et vous pousser vers la sortie. Un peu dommage, on aimerait peut être trainer un peu plus dans chaque salle. Les photos sont libres mais sans flash. Comptez une demi-heure (sans le temps de faire la queue). Un dernier conseil, quand il fait beau c’est mieux, on peut faire des photos a travers les fenêtre sur ce qui est autour, les salles sont plus illuminées et surtout faire de belles photos de la Plaza de Mayo à partir de la loggia de l’étage. Quand vous avez terminé votre visite vous sortez coté Rivadavia, faites le tour de la Casa Rosada et allez jeter un coup d’œil au Musée du Bicentenaire, entrée sur Yrigoyen. C’est aussi gratuit et vous demandera une demi-heure à une heure de visite libre suivant votre intérêt.

A lire aussi dans le Petit Hergé :

Système d’approvisionnement en eau de Buenos Aires - Approvisionnement en eau à Buenos Aires : De la fondation de la ville de Buenos Aires jusqu’à la moitié du XIXème siècle, la seule manière de s’approvisionner en eau était de la chercher directement dans le Rio de la Plata pour ceux qui habitaient proche ou de l’acheter aux porteurs d’eau (el aguatero) qui parcouraient les rues. Le 04 avril 1869, fut la première fois que de l’eau filtrée passa d’une canalisation directement à un utilisateur...

 

 

Musée du bicentenaire (Casa Rosada - Buenos Aires) - Musée du Bicentenaire à Buenos Aires : L’actuel musée ne doit pas sa situation géographique au hasard. Cet emplacement qui peut parfois étonner le passant ou le visiteur -car le musée se trouve comme éclipsé par le palais présidentiel- recouvre en réalité les fondations de l’ancien fort de Buenos Aires, véritable place forte de la ville depuis 1580. L’emplacement du musée est aussi assimilée à celui de l’ancienne Douane Taylor (du nom de l’ingénieur l’ayant construite entre 1855 et 1857) utilisée jusqu’en 1894 et qui succéda au fort...

 

Musée Fortabat à Buenos Aires - Musée Fortabat à Buenos Aires : Ouvert en 2008, la Coleccion de Arte de Amalia de Fortabat est la plus importante collection privée du pays. Ce week end la « dueña » a eu 89 ans, nous en profitons pour la présenter elle et son musée… Amalia Lacroze de Fortabat etait considérée comme la femme la plus riche d’Argentine : sa fortune était estimée à 1600 millions de dollars, elle possèdait 40 estancias en argentine et des appartements dans plusieurs grandes villes du monde. En 2005 elle décida de vendre les cimenteries Loma Negra à un grand groupe Brésilien pour plus d’un milliard de dollars. Trois ans plus tard, la « Coleccion de Arte Amalia Fortabat » ouvrait ses portes sur Puerto Madero…

Lujan (Prov. de Buenos Aires) # 1 Introduction- Lujan dans la Province de Buenos Aires : Lujan c’est aujourd’hui une commune de 68.000 habitants qui n’existerait pas aujourd’hui sans la présence de la basilique. Lujan s’est créé autour de la basilique et pour la basilique. Lieu de pèlerinage, lieu de dévotion, le « Lourdes » bonaerense à portée de voiture du porteño.
Lujan c'est aussi deux autres musées, celui de l'histoire de l'Argentine, et celui des transports...
  

 

 

Par Le Petit Hergé - Publié dans : 02 - Tourisme - Communauté : Argentine pour tous !
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Commentaires

Bravo pour cet article très intéressant et très détaillé sur l'histoire de la Casa Rosada. J'irai la visiter lors de mon prochain séjour à Buenos-Aires en novembre-décembre prochain.

Rincon

Commentaire n°1 posté par rincon de la pistola le 30/05/2012 à 15h19

Superbe article ... d'architecte !! Un habitant de la ville "rose"

Commentaire n°2 posté par Michel T. le 30/05/2012 à 19h59

Hola todos,

Concernant l'histoire (anecdotique) de la couleur rose du palais, j'ai lu quelque part une autre version "politique" de la chose. Toujours Sarmiento, bien entendu, et toujours au sujet d'une "réconciliation" entre unitaires et fédéralistes. Mais cette fois, le blanc viendrait de la couleur des guêtres des militaires partisans de Bartolomé Mitre, général unitaire et président de 1862 à 1868. (Las polainas blancas) D'où le "blanc des unitaires". Version ni plus ni moins crédible que les autres. C'est toujours pareil avec les légendes : plus on raconte, et plus les versions s'altèrent. Allez savoir !

Commentaire n°3 posté par Paddy le 30/05/2012 à 20h43

Cependant j'aime bien la légende du mélange du blanc et rouge donnée par Hergé, même si peu crédible au regard du pragmatisme de la disponibilité des matériaux de construction ...

Commentaire n°4 posté par Michel T. le 30/05/2012 à 20h46

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