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Buenos Aires en 1610 :
La ville de Buenos Aires est fondée en 1580, et 28 ans plus tard (1608) on décide d’édifier le premier Cabildo sur le même emplacement que l’actuel, à savoir sur le cote Ouest de la Plaza Mayor En cette année, Buenos Aires est un gros village, on peut estimer la population de la ville autour de 800 habitants. Quelques écrits datant de 1602 donne une population proche de 700 âmes, et d’autres de 1620 proche des 1.000 habitants. |
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Le Capitulum :
Le terme de Cabildo vient du latin « capitulum » (signifiant : « à la tête de », mais aussi « réunion de l’autorité supérieure »). Capitulum provenant lui-même de « capite » (la tête). Le mot Cabildo désignait donc l’institution qui prenait en charge toute l’administration d’une cité, le concept existait en Espagne, et fut apporté par les premiers conquistadores dès le début de la colonisation de l’Amérique. Chaque cité possédait son Cabildo, et durant l’époque coloniale représentait le pouvoir des citoyens, ou du moins de ses représentant par rapport à celui de la couronne d’Espagne (Le gouverneur de la place forte). Les habitants désignaient des représentants qui ensuite siégeaient dans le bâtiment portant le même nom de « Cabildo » pour discuter des problèmes économiques, administratifs et politiques de la cité pour ensuite les résoudre entre eux. Les ecclésiastiques n’avaient pas le droit d’y participer ni même d’en faire partie. Entre le début de la colonisation au XVIème siècle et la fin de la période coloniale au début du XIXème, le Cabildo a perdu peu à peu de son autonomie, les droits et les décisions passant du pouvoir local au pouvoir central de la couronne espagnole. On peut simplifier en avançant que le Cabildo était une sorte de mairie ou l’alcalde (changeant et désigné chaque année) avait les mêmes droits qu’un maire actuel et n’appliquait les décisions qu’après discussions et votes de l’ensemble des membres de ce même Cabildo. L’alcalde avait un rôle très important, il pouvait même décider de ne pas appliquer un ordre venant du roi d’Espagne si il considérait comme n’étant pas approprié à la situation locale. Il avait aussi la charge d’assurer le maintien de l’ordre et de toutes les décisions incombant au gouverneur en absence ou décès de celui-ci. Le gouverneur n’ayant qu’un rôle militaire et politique puisque nommé directement par la couronne espagnole. Juste après l’indépendance du pays en 1812, la nouvelle république fusionna les rôles de gouverneur et de alcalde en nommant un « Gobernador Intendente » de 1812 à 1820. Puis entre 1820 et 1854, le gouverneur eut aussi la tache de devoir assurer le pouvoir exécutif du Rio de la Plata. Puis à partir de 1854, le rôle du gouverneur de Buenos Aires se limite uniquement à la province de Buenos Aires. La cite de Buenos Aires, elle est gouverner alors par un Intendente (maire). |
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Le premier Cabildo colonial (1610) :
En 1608, uniquement deux bâtiments construit en « dur » ! La cathédrale, dite alors Iglesia Mayor, et le fort (depuis 1595). L’Alcalde (maire) de Buenos Aires, alors Manuel de Frias demande à disposer d’un bâtiment propre pour discuter des affaires de la cité. Pour le financer on créé un impôt sur tous les bateaux qui mouillent au large du fort (il n’y a pas encore de port) et qui chargent et déchargent leurs marchandises au sud de la Plaza Mayor. La construction débute en 1608 sous la responsabilité des « alarifes » (ingénieurs) Juan Mendez, Hernando Alvarez et Domingo Herrera. Le Cabildo se termine en 1610. On suppose que les murs étaient d’adobe (brique pleine) mais que la toiture était de chaume à deux pants et surmontée de deux petites tours à ses extrémités. Le Cabildo en plus de se charger des taches administratives doit aussi régler les problèmes d’ordre de la cité et dispose donc d’une prison. Le bâtiment à peine terminé est remodelé en permanence en l’agrandissant à mesure que le rôle de la ville s’accroît. En 1612, on lui incorpore à l’arrière un solar ainsi que de nouvelles cellules pour étendre la prison. Des boutiques aussi viennent s’y installer et permettent au Cabildo de recueillir un peu plus de fonds. Le manque de place déloge les réunions du Cabildo dans la maison du gouverneur puis dans le fort. Le Cabildo devient presque exclusivement une prison et se délabre très vite. Un bon siècle passera ainsi pendant lequel le bâtiment du Cabildo n’aura plus que la fonction de prison, alors que le conseil du Cabildo siègera dans le fort. Plusieurs projets d’édification d’un nouveau bâtiment pour le Cabildo, plusieurs repoussés en raisons de problèmes politiques ou économiques et ceci jusqu’en 1719. |
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La construction du nouveau Cabildo (1719 – 1764) :
En 1719, on rase le veux Cabildo, que l’on avait l’habitude de nommer les « Casas de Cabildo », et la nouvelle œuvre est confiée tout d’abord à l’architecte jésuite Primoldi qui commence le bâtiment sur un plan à 13 arcades en façade, puis le projet passe entre les mains d’un autre jésuite en 1724 l’italien Andres Blanqui, sur un plan à 11 arcades sur la Plaza Mayor. Lui non plus ne verra pas la fin des travaux, puisqu’en 1728, c’est au tour d’un ingénieur militaire espagnol Cardoso de prendre les choses en main. La construction est plusieurs fois stoppée par manque de budget. (Stoppés en 1728, puis en 1731). En 1734, on inaugure déjà une première partie pour y placer les services administratifs de la ville et par la prison, mais il faut attendre 1751 pour le complexe soit entièrement terminé, on a donc le droit d’y faire une seconde inauguration. Il ne lui manquera que la tour centrale qui sera achevée en 1764. |
![]() Photo : une des premières photos de la Plaza de Mayo vers 1870. Le Cabildo n'a pas emcore été touché par Pedro Benoit. Pendant un siècle de 1764 à 1879, il ressemblera à celui qui est sur cette photo. |
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Pendant un siècle, depuis 1764, quelques modifications un peu anarchique qui fait perdre l’unité au bâtiment. Il est donc décidé en 1879 de confier une modernisation à l’architecte argentin d’origine française Pedro Benoît (1836-1890). A savoir : son père aussi architecte s’appelait Pierre Benoît et était venu s’installer de France en Argentine. (Donc ne pas confondre Pierre avec Pedro !) Pedro élève aussi en 1880 la tour de 10 m de plus et il accroche à la façade des ornements pour donner un style italianisant. Il en profite pour changer la couverture et faire disparaître les tuiles originales. Pour la petite histoire Pedro Benoît c’est l’urbaniste et l’architecte créateur de la ville de la Plata. Sa tour n’a pas beaucoup de succès puisqu’on la démolie en 1889, elle ne sera restée debout que 9 ans ! |
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Pas de chance pour le Cabildo en cette fin de XIXème siècle, mais les nouveaux plans d’urbanisme de Buenos Aires, dont le nouveau tracé futuriste parisien de l’Avenida de Mayo qui doit relier la Plaza de Mayo à la future Plaza Congreso passe sur l’aile nord du bâtiment. En 1894, les monuments historiques n’existent pas, et la sauvegarde du patrimoine coloniale passe après la nécessité de montrer à l’Europe que l’Argentine et sa capitale sont devenues des puissances riches dignes de pouvoir dépasser leur modèle : Paris. Un coup de bélier et trois arcades tombent pour créer la première « cuadra » de l’Avenida de Mayo. Reste alors un Cabildo déséquilibré avec 2 arcades coté nord, l’arcade centrale et 5 arcades coté sud. Le déséquilibre sera bientôt « rétabli » puisqu’en 1931, on décide de tracer la Diagonal Sur qui part aussi de l’extrême sud de la Plaza de Mayo. Pendant les années 1931-1933, la Diagonal Sur déjà tracée donne sur l’arrière du bâtiment mais comme ça gène la perspective, on décide de démolir les trois arcades sud, et le pauvre Cabildo fondant comme un chocolat sous un halogène se rétrécit à ne devoir compter que deux arcades de chaque coté de l’arcade centrale. Le Cabildo passera ainsi de 11 arcades en 1894 à 5 arcades en 1933.
En 1933, le bâtiment est devenu bien peu de chose, et l’énorme tour a tendance à devenir
trop lourde pour être soutenue par le si petit Cabildo. On règle le problème, on rase la
tour ! 1933, c’est aussi l’année où on vote le concept de « monument historique sauvegardé », alors une fois la tour à terre, on peut classer le Cabildo ! En 1938, maintenant qu’il n’en reste plus beaucoup, on essaie de lui rendre l’aspect qu’il pouvait avoir du temps de la colonie espagnole. C’est ce qu’on appellera pompeusement et politiquement correct la « restauracion nacional », qui consistera pour l’architecte italien Mario Buschiazzo (1920-1970) de lui rendre un semblant d’authenticité en la débarrassant de tous ces apports successifs, de lui remettre sa toiture en tuile, et de la débarrasser de tous les ajouts se trouvant dans l’actuel patio arrière.
Mario Buschiazzo deviendra maître en la matière puisque on lui confiera aussi en 1945 de
faire de même avec le Cabildo de Salta. |
![]() Photo : Toutes les arcades de gauche y sont, mais la Diagonal Sur existe déjà sur une cuadra, nous devons être en 1932. L'année suivante les 3 arcades présentes sur cette vue vont sauter. |
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Aujourd’hui le Cabildo n’est plus qu’un petit musée, et rien de plus. Petit aperçu à travers quelques pièces présentées d’avoir une idée de ce que pouvait être le Buenos Aires colonial. Bon point de vue sur la Plaza de Mayo à partir du balcon de l’étage. Derrière le bâtiment, ils ont aménagé une sorte de patio intérieur, il ne s’agit pas bien sur de l’original mais d’une adaptation de 1940. Le sol était encore en terre battue dans les années 1990, depuis 2002 il est en brique. Un bar s’y est ouvert depuis 2003 et certains jours quelques vendeurs de babioles s’y aventurent. Le cadre est agréable, le bâtiment vaut la peine d’être visité. |
D'autres articles à lire dans le Petit Hergé :- City Hotel & Diagonal Sur. (1935). - Centre historique de Buenos Aires - Quartier de la City de Buenos Aires. - Quartier de Retiro de Buenos Aires. - Quartier de Palermo de Buenos Aires. - Tramway de Buenos Aires. - Lujan. (Prov de Buenos Aires). - Buenos Aires en 1750. - Le métissage pendant l'époque coloniale. - Le Ciné Teatro Opera. (1936). |
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