3B - Manger

Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 17:56

Mise à jour : 04 septembre 2010. Article écrit par Pierre Largeas.

Bar La Biela :

Au 600 de l’avenue Quintana, au coeur de l’élégant quartier de Recoleta, trône un des cafés les plus célèbres de Buenos Aires, La Biela.

Créé il y a 150 ans, ce café traditionnel aux allures parisiennes est une adresse incontournable pour tout porteño qui se respecte. De l’écrivain au pilote de Formule 1, du touriste à l’homme politique, La Biela est le point de rendez-vous de tous les passionnés de sports automobiles.

 

Un peu d'histoire :

En 1910, le 600 de l’Avenue Quintana n’était encore qu'un petit bar-épicerie, la «Pulpería de Michelena». Plus tard, il devient "La Viridita", petit bar de 18 tables toutes abritées sous une verrière. Puis quelques années passent et en 1940 le bar est baptisé "Aerobar", en hommage aux pilotes de l’aviation civile argentine habitués de l’endroit. Mais voilà, pendant l'été 1942, une après midi, alors que le pilote de course Bitito Mieres et ses acolytes (Jorge Malbran et Ernesto Torquinst) organisent une «picada», course illégale dans les rues de Recoleta, sa bielle rend l’âme à l’angle de l’Aerobar. Ce dernier, contraint d’arrêter la course, entre pour y trouver une nouvelle bielle. Fascinés par l’ambiance «mécanique» du lieu, et ayant été expulsés de leur ancien lieu de rendez-vous, le groupe de pilotes en font leur QG. Ils rebaptiseront alors l’endroit «La Biela Fundida», devenant officiellement le point de rendez-vous des pilotes de course, jusqu’à être surnommé le «secrétariat» de l’Association Argentine de Sports Automobiles qui n’avait à l’époque pas encore de siège. Cette passion et cet esprit du sport automobile sont encore présents aujourd’hui. En effet, La Biela reçoit en Octobre et Novembre prochain (2010) une exposition sur le Paris-Dakar, maintenant renommé el "Dakar -Argentina Chile", réunissant des clichés de la course. La surprise de cette exposition sera, selon Carlos Gutiérrez, la présence du quad de Patronelli, pilote argentin vainqueur du Dakar 2010. La Biela a par ailleurs l’habitude de sponsoriser le rallye Autoclásica Recoleta-Tigre chaque année, qui se déroule dans les jardins de l’hippodrome de San Isidro, et qui fêtera cette année sa dixième édition.

 

 Un peu plus d'histoire :

 

Vers 1850, le quartier de Recoleta n’était pas encore bien famé, aucun immeuble, très peu d’habitant,  uniquement des fermes, des chacras et des chemins qui conduisent au centre de Buenos Aires. A l’endroit même de la Biela, s’élevait une posta (un relais de route), puisque nous sommes juste sur la route qui longeait le rio en direction du nord (appelée aussi la calle larga). La posta se transforme en pulperia (épicerie-bar), les bagarres au couteau entre peones étaient régulières et faisaient partie de l’ambiance générale du lieu. A partir de 1871 (année de l’épidémie de fièvre jaune) la bourgeoisie de la ville quitte le centre pour la fuir et s’installer à Recoleta (alors en dehors de la ville) Vers 1880, le voisinage du quartier est toujours assez « rustre » et « La pulperia Michelena » (du nom de son propriétaire basque) est le centre de tout ce que pouvait compter le quartier de marginaux. Il y a encore de nombreux « conventillo » (immeubles de logement ouvrier, certains occupés par des gitans, d’autres par des prostituées), et la pulperia se convertit au fil des années en bouge mal famé ou on peut danser et faire des rencontres des plus malsaines.

Même si, entre 1880 et 1900, le quartier s’embourgeoise et que les premiers hôtels particuliers s’érigent sur les principales nouvelles artères (Avenidas Callao, Quintana, Alvear), la pulperia demeure, et son public plus que douteux continue à le fréquenter. C’est l’époque où Gabino Ezeiza (1858-1916), un argentin noir (surnommé "El Negro Ezeiza") vient régulièrement y chanter ses compositions gauchesques avec sa guitare. Autre artiste du lieu, Angel Villoldo (1861-1919), chanteur de tango mais surtout pionnier du genre. Le tango n’est pas encore à la mode en 1900 et seulement réservé aux mauvais garçon et aux filles de mauvaises vie. La pulperia Michelena est vendue à un espagnol et prend le nom de « Viridita » vers 1910. A partir de 1930, le bar se transforme et reçoit des "originaux" puisqu’il s’agit de pilotes de l’aviation, (il y avait un club de pilotes civils à coté) dans une ambiance un peu plus chic mais toujours aussi coquine. Le bar prend en 1940 la dénomination de Aero Bar et le lieu devient un peu plus fréquentable. Les bonnes familles bourgeoises sortant de la messe de l’église de Recoleta prennent l’habitude de venir y prendre un verre le dimanche. C’est au cours de l’année 42 que la légende du bar se transforme, puisque les amateurs de voitures de course (d’une certaines jeunesse dorée de Buenos Aires) en font le QG et y sont tellement présents que le nom de Biela (la bielle) s’impose au nouveau lieu de rendez vous. Les années 60 arrivent et le tout Buenos Aires artistique et littéraire a l’habitude de s’y réunir; Ernesto Sabato, Julio Cortázar. Fin des années 60, les bobos un point hippie s’y retrouvent. Le bar se transforme en restaurant le 04 mai 1967. Les sombres années 70 et la dictature le transforment en lieu de réunion de l’extrême droite (colonel Ramón Camps, chef de la police de la Province de Buenos Aires durant la dictature) et certains membre de la Triple A (groupe parapolitique anti communiste). D’ailleurs en 1975, un groupe de Montoneros (extrême gauche) y place une bombe à l’heure du thé, qui heureusement ne provoque aucune mort mais de gros dommages matériels. Les premières années de démocratie à la fin des années 80 et 90, remplissent le bar de yuppies et de nouveaux riches en quête de reconnaissance. Les années Menem sont synonymes d’une Biela politique bling bling. Depuis, la bourgeoisie et quelques touristes de passage forment le gros du public.

 

Classé par le gouvernement de Buenos Aires :

Le 15 décembre 1999, La Biela a été reconnu d’intérêt culturel par la ville de Buenos Aires et fait partie des 54 bars de la ville désignés comme «notables» par le gouvernement, avec le Café Tortoni, Café Margot ou encore El Federal. Par ailleurs, le 6 Mai 2010, le patron de La Biela, Carlos Gutiérrez, a signé un accord avec Enrique Meyer à l’époque président de l’INPROTUR (Instituto Nacional de Promoción Turística), pour faire partie de la «Estrategía Marca País» visant à promouvoir la marque argentine à travers ses valeurs, ses différences et ses richesses culturelles. Les raisons pour La Biela d’en faire partie ne manquent pas: son histoire, qui n’est autre que celle du quartier de Recoleta, est une des plus significatives du développement de la ville de Buenos Aires.

Parmi les clients célèbres de La Biela, des politiques comme Madame Mitterrand à une époque, l’ex-président Perón, des acteurs (Alain Delon, James Dean, Paul Newman, Steve McQueen), mais également des pilotes de Formule 1 tels que Nikki Lauda ou Felipe Massa. Robert Duvall, célébrissime acteur américain, a même avoué au New York Times qu’une fois rentré aux Etats-Unis, ce qui lui manquait le plus c’était le café La Biela.

 

Une déco "Mécanique" :

Il suffit de jeter un coup d’oeil à la salle de restaurant pour comprendre que La Biela a fait les beaux jours du monde du sport automobile dans les années 1950. Bielles, radiateurs Hispano-Suiza, lanternes de voiture, Klaxons et extincteurs en bronze ornent les murs de ce café où règne une ambiance art-déco. Sur un des murs trône le portrait de Juan Manuel Fangio, célèbre pilote de Formule 1 argentin cinq fois champion du monde (1951, 54, 55, 56 et 57), mais également des photos en noir et blanc de pilotes de renommée tels que Clay Regazzonni, Gastón Perkins, Rolo Alzaga..  Au dessus du bar, des photos d’Adolfo Cesares, plus connu pour ses talents d’écrivain, destinés à illustrer un livre de Jorge Luis Borges, tous deux habitués de la maison, si bien qu’une table leur était réservée en permanence. Et puis quelques dessins, dont un du jeune Fabrizio Ferrari, petit fils du «Commandatore». La décoration, faite par l’architecte du Café de la Paix de Recoleta, date de 1966, lorsque Carlos Gutiérrez, un des «socios» et président de La Biela, reprend le flambeau. Le café subit des travaux de ravalement de 1992 à 1994, modifiant toute l’organisation de la salle de restaurant. Le bar change de place, une salle fumeurs est aménagée, tous dans les moindres détails, jusqu’aux portes des toilettes marqués d’une bielle en bronze sur chacune d’elle. Seul le marbre (et quel marbre !) sera conservé.

 

Clientèle et plats :

La Biela, qui compte 60 employés, peut accueillir jusqu’à 700 clients grâce à sa terrasse. 60% de sa clientèle sont des habitués. Mais pour les voir, il faut venir le matin. Le matin, les serveurs sont toujours les même, pas de changement d’horaires, pas de travail à mi-temps, le directeur veut une relation quasi familiale entre sa clientèle d’habitués et ses serveurs, tous au moins âgés de 35 ans, tout comme le Mostrador, derrière le bar à la caisse, présent tous jours du matin jusqu’au soir. La clientèle touristique occupe davantage les heures de l’après-midi, aux heures d’ouverture des lieux touristiques alentours. La cuisine fonctionne de 7h à 3h du matin le lendemain, avec seulement 2 roulements de service, un à 11h et un à 17h. La Biela propose quelques fois des spectacles de Tango ou de Jazz selon la saison, mais est également un lieu d’expositions pour des artistes tels qu’Aniko Szabo, Manuel Serrat ou encore Renata Schussheim.

Sa carte propose une cuisine assez classique, avec des prix variant de 30 Ars à 50 Ars le plat (Prix septembre 2010), abordable pour le genre de clientèle qu’elle accueille (compter 15 à 20% de plus pour le service en terrasse). La spécialité de la maison est sa «sandwichería», genre de «fast-food» moderne mais néanmoins gastronomique, comme témoignent les trophées culinaires exposés dans une armoire à glace au coin à droite de la salle de restaurant. Sa terrasse, à l’écart du vacarme de la rue, ombragée par un arbre planté en 1878 est un havre de paix. Intellectuels et écrivains y ont souvent trouvé l’inspiration dont ils avaient besoin. La Biela est le passage oblige pour partager sa passion pour l’automobile mais également pour apprécier le service de haute qualité à deux pas des lieux touristiques tels que le cimetière de Recoleta ou encore le musée de Buenos Aires.

 

Conseil du Petit Hergé :

Vous êtes à Recoleta, donc attendez vous à vous offrir un service qui à un prix. L’ambiance est chaleureuse, les tables sont bien espacées, le service est d’excellente qualité, la décoration hors-norme, bref, La Biela n’est autre qu’un temple où règnent âmes de champions, notamment celle de Fangio, dont le portrait veille sur la salle entière. Si vous venez d’arriver à Buenos Aires, et que vous entamez votre visite de Recoleta, faîtes un tour à La Biela pour y prendre un café glacé en été, un thé en hiver. Si vous êtes là depuis un certain moment et que vous êtes en quête de repos et de coupure avec la ville, sachez que La Biela est le havre de paix dont vous avez besoin.

 

 Liens externes :

"En la Biela se encuentra la burguesía, los ricos y los miserables que están a su alrededor, las coquetas y elegantes señoras mayores y los chicos ruidosos, se escucha el aire del tango, se ve a la distancia la colonial iglesia del Pilar, y la contradicción de un cementerio lleno de ángeles en un lugar lleno de vida y se piensa:  bueno llegué a Buenos Aires".



- Site web de la Biela.

 

A lire dans le Petit Hergé :

- Confiteria del Molino à Buenos Aires.(Mai 2009)

- Le Cabildo de Buenos Aires.(Mai 2009)

- Les grands magasins Harrods de Buenos Aires.(Avril 2010)

- Le Bar Gato Negro de Buenos Aires.(Août 2009)

- Le zoo de Buenos Aires.(Août 2009).

- Mercado de Abasto à Buenos Aires.(Septembre 2008).

- Le Bar Merval à Buenos Aires.(Juillet 2009).

- Le musée Fortabat de Buenos Aires.(Août 2009)

Par Le Petit Hergé - Publié dans : 3B - Manger - Communauté : Argentine
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