21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 01:20

Mise à jour : 20 mai 2017. Catégorie : Buenos Aires.

Le Boca qui n'a jamais existé :

 

En complément à l’article humoristique sur les clichés touristiques qui nous abrutissent, voilà donc un article sur les clichés qui circulent concernant le quartier de La Boca. Ce quartier haut en couleur a reçu une réputation qu’il n’a pas. Par contre ces véritables valeurs, son origine, l’histoire du Caminito et l’œuvre de Quinquela Martin sont bien souvent ignorés de la plupart de ceux qui un jour foulent ses quais et ses trottoirs. Donc cet article a pour but de remettre les pendules à l’heure et chasser tout ce qu’on peut lire dans les guides européens sur le sujet. Bonne lecture !

Photo : Linge fictif installé pour rendre plus vrai que nature le cliché de La Boca.

 

Autres sujets sur la Boca :

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- La Feria du Caminito (Septembre 2011).

- Match de Boca à la Bombonera (Octobre 2011).

Photo : Façade d'un magasin de souvenirs aux couleurs criardes "style Boca" pour attirer les touristes.  
 

Commençons par dépoussiérer les clichés :

 

"Le quartier abrite de nombreux habitants originaires d’Italie"(Source : Wikipedia).

 

Faux : En fait, il faudrait plutôt dire « abritait » et plus spécialement des Génois (de Gênes en Italie), des "Italiens" non (L’Italie existe seulement depuis 1861), mais des Génois, et cela entre 1830 et 1900.

Aujourd’hui, La Boca abrite 45.000 habitants, 20 % de cette population est en effet étrangère mais bolivienne, paraguayenne et péruvienne, quant aux 80 % argentins restant, l’énorme majorité est justement descendante de cette population des pays limitrophes et non plus d’Italie.

"C’est au fond des conventillos de ce quartier pauvre qu’est né le tango, à la fin du 19ème siècle"(Source : Guide du Routard)

 

Faux : Je retourne à ce que j’ai déjà écrit en mentionnant le quartier de San Telmo, Le tango n’est pas naît dans un quartier en particulier de Buenos Aires, ni seulement dans la ville de Buenos Aires.

Le tango est né sur les rives du "Rio de la Plata", à savoir, dans les villes et zones portuaires de la fin du XIXème siècle.

Ce qui englobe donc « aussi » Buenos Aires, et plus spécialement les quartiers ouvriers ou portuaires de la ville comme « EL BAJO » (quartier de Retiro, du coté de ce qui est aujourd’hui la calle Reconquista), San Nicolas (vers Avenida Alem), Montserrat, La Boca, Barracas, Nueva Pompeya, Boedo, Almagro, Avellaneda, ainsi que San Telmo. Mais aussi d'autres villes, comme celles de Rosario, Campana, Zarate, San Nicolas ainsi que Montevideo.

La Boca n’a donc aucune exclusivité sur le tango, comme aucun autre quartier de Buenos Aires en particulier.

 

Pour ce qui est du tango aujourd’hui, sur les 44 "milongas" les plus actives que j’ai pu recenser en 2013 (voir les Milongas de Buenos Aires) seule une est située dans le quartier de La Boca.

 

"A la Boca les maisons étaient peintes par d’anciens pécheurs qui, pauvres, n’avaient pas les moyens d’acheter des pots et se contentaient d’en trouver de couleurs différentes ce qui explique le bariolage multicolore"(Lu ou entendu de nombreuses fois)

 

Faux : Il n’y a jamais eu de pécheurs à la Boca, mais tous étaient des ouvriers ou des dockers. Les premières maisons étaient en effet en tôles ou en bois mais pas peintes. Et si elles le furent c'était d'une seule couleur.  A partir de 1959, le Caminito est peint de couleurs bariolées pour les touristes dans un soucis esthétique et sous la direction de Benito Quinquela Martin. Quelques années plus tard, au milieu des années 60, le temps que le Caminito devienne "touristique" la légende de la "peinture des pêcheurs" apparaît !

"Le "Caminito" est une ancienne rue ou les artistes du quartier vers 1900 avaient l’habitude de se réunir pour présenter leurs œuvres".

(Lu ou entendu aussi de nombreuses fois )

 

FAUX : Le Caminito est tout simplement le tracé d’une voie de chemin de fer qui aboutissait sur le quai (Aujourd’hui avenida Don Pedro de Mendoza). Il n’y a donc jamais eu ni chemin, ni route, ni rue à la place du Caminito.

Tout juste un sentier sur les traverses entre les deux rails.

Le projet d’ouvrir une nouvelle rue à son endroit date de 1954, et la rue fut ouverte en 1959. Elle fut de suite asphaltée. Les pavés aujourd’hui en place (tout comme les « anciens réverbères, bancs, et éléments urbains » datent des années 1990. Tout est donc kitch à souhait.

J’appelle ça le « faux vieux », les Argentins excellent dans ce style.

Ce qui est vrai par contre, c’est qu’un artiste peintre habitant le quartier (un véritable cette fois ci) du nom de Benito Quinquela Martin, a toujours pris part à la défense de son quartier et avait monter une association au milieu des années 50 pour dégager l’ancienne voie ferrée encombrée d’immondices et la transformer en rue.

C’est donc lui qui est intervenu auprès de la ville pour que le passage prenne le nom de « Caminito » en 1959. A partir de cette année, les artistes (bien souvent des amis et des élèves de Quinquela) pourront venir exposer leurs travaux sur le trottoir le dimanche. Il faut attendre les années 1990 pour que la municipalité la rend réellement piétonne.

Il y a donc bien des peintres qui y exposeront à partir des années 1960-1970 et jusqu'à aujourd'hui mais ne croyez pas que vous pouviez en voir en 1900 ou en 1930.

"Le tango "Caminito" désignait ce passage de La Boca"

 

 

 

Faux : Le nom de Caminito provient d’un poème "El Caminito de Olga" datant de 1903, écrit par Gabino Coria Peñaloza parlant d'un petit chemin proche de Chilecito dans la province de La Rioja.

En 1926, Juan de Dios Filiberto reprend les paroles et écrit une musique dessus pour en faire un tango. Il faut attendre que Carlos Gardel l'enregistre quelques années plus tard pour qu'il devienne un "tube", ce n'est qu'au milieu des années 50 que Quinquela Martin reprend le terme de "Caminito" pour appuyer sa demande de monter son projet culturel auprès de la municipalité de Buenos Aires.

 

"La Boca fut le premier port de Buenos Aires".

(Souvent lu et entendu)

Faux : Le port de La Boca fut chronologiquement le second de la ville à se créer.

Le premier port se trouvait un peu plus en amont toujours sur le Riachuelo, dans l’actuel quartier de Barracas (d’ou le nom : les baraques, qui servaient à entreposer les marchandises, cuirs, viandes salées et esclaves) et ceci durant l’époque coloniale espagnole, dès le début du XVIIIème siècle. A la même époque La Boca n’existe pas, puisque totalement pris dans des marécages. Quelques vaches y pâturent lorsque l’eau s’en retire.

Il faut attendre le milieu du XIXème siècle et le début de la révolution industrielle, pour que la ville de Buenos Aires entreprenne des travaux d’assèchement et gagne des terres sur l’eau pour commencer à tracer sérieusement un plan d’urbanisme.

  1. un plan de 1859, les rues de la Boca n’apparaissent pas encore, quelques maisons le long d’une route qui rejoint San Telmo. Il faut attendre un plan de 1888, pour voir enfin les rues tracées portant. Le port de La Boca existe réellement depuis 1860 et connu le maximum de son activité portuaire entre 1890 et 1900, à partir de 1910 il connait un net déclin au profit de Puerto Madero.

"La Boca est le plus vieux quartier de Buenos Aires"

 

Faux : Bien au contraire, La Boca est l'un des quartiers à ne s'être monté qu'à la fin du XIXème siecle et au début du XXème. La Boca, est au contraire un quartier plutôt récent (130 à 140 ans). Il a fallut tout d'abord assécher les marécages et installer les premières fabriques pour voir les habitants commencer à venir s'y installer.

Les quartiers du centre tels que Montserrat, Retiro, San Nicolas, Balvanera, Recoleta, sont bien plus anciens. Tout comme les faubourgs de San Telmo ou même les anciens villages de Belgrano, Flores qui furent par la suite (en 1880) englobés dans la ville de Buenos Aires. Tous ces anciens quartiers ont entre 100 et 300 ans de plus que La Boca.

Ce qui donne cette impression d'ancienneté est la vétusté des constructions qui sont en bois et qui se détériorent donc bien plus vite. Sachez par exemple que les maisons situées sur le Caminito datent de la même époque que l'Avenida de Mayo !

Mais qu'était donc La Boca en définitif ?

Sachez qu'il fallait mettre à mal tous ces clichés totalement faux qui ont la vie dure (et maintenus par l'industrie touristique) pour vous faire découvrir la réalité du quartier.

La Boca est un quartier très intéressant et donc sa visite aussi.

Il y a quatre points forts à découvrir et connaitre sur le quartier de La Boca :

1) Naissance de l'industrialisation

Vous êtes sur le lieu même, où pour la première fois l'Argentine connu le début de l'industrialisation. On peut dire que la "révolution industrielle", que le moteur à vapeur, à explosion et les "machines" posèrent leur acier, métal et fumées en terres argentines dans ce quartier.

Vous êtes donc à l'endroit même, où l'Argentine a connu le début de l'industrialisation avant de s'étendre aux autres quartiers, aux banlieues et aux autres villes du pays.

C'est aussi dans ce quartier où pour la première fois est né le prolétariat ouvrier, ou les masses d'émigrés européens souvent sous qualifiés venaient chercher du travail à leur arrivée. Les premières luttes, les revendications, les grèves, un monde pauvre digne des premiers films de Charlie Chaplin. Les "Temps Modernes" y sont nés !

Aujourd'hui le sous prolétariat est encore majoritaire dans le quartier, il vivent dans ces baraques en bois d'un autre temps qui se rapprochent plus de la "villa-miseria" que du cliché tout propret du "Caminito". Il suffit de passer un coin de rue et vous tomber dans la réalité. Pris entre l'envie de voir ce monde inconnu et hors du temps et la crainte de devoir essuyer une agression, votre choix sera souvent barré par un policier qui vous déconseillera de vous aventurer dans le vrai Boca. Dommage, c'est le plus intéressant !

Photo : En 1921, ouverture de la première usine Ford en Argentine à La Boca.

 

2) Lutte contre l'eau

La Boca c'est aussi la lutte incessante entre l'eau et la terre, combien de fois la Boca fut inondée ! La nature reprenant ses droits et voulant à nouveau convertir ce quartier en marécage. Voilà plus d'un siècle que la ville se bat contre l'eau. Après l'assèchement, ce fut les terre-pleins, le surélèvement de la Vuelta de Rocha en 1998, les barrages, les évacuations d'eau, un plan hydraulique mis en place avec un système de pompes depuis ces dix dernières années pour protéger le quartier des inondations. Une lutte sans merci qui la ville a pu finalement gagner pour le moment, puisque depuis dix, il n'y eu plus d'inondation dans le quartier. Les trottoir hauy de pres de 2 m dans certaines rues, des parois humides et les anciennes marques d'inondations sur les murs vous le rappellent sans cesse.

 

3) Quinquela Martin 

Benito Quinquela Martin, l'artiste peintre mais aussi le philanthrope, l'amoureux de son quartier, le defenseur de la classe ouvrière, celui qui est devenu de son vivant le représentant de son quartier et une fois disparu, le héros artistique de La Boca. Vous pouvez retrouver l'univers de ses peintures où les hommes paraissent souffrir sous le poids du travail dans une atmosphère brumeuse et noirâtre d'une époque ou les cheminées des usines crachaient le charbon. Ne ratez pas son musée !

 

 

4) La passion Boquense

Enfin, bien sûr, le foot ! Car La Boca hébergea deux grands clubs encore existants, tout d'abord River Plate (en 1901) et ensuite Boca Junior en 1905. Ce ne furent pas les premiers clubs de foot qui apparurent vers 1880, dans la collectivité anglaise mais les plus prestigieux qui existent encore aujourd'hui.

Toute usine, toute fabrique, tout chantier ferroviaire avait son club de foot. Le foot était né en Angleterre, les chantiers ferroviaires comme les premières fabriques était britanniques à La Boca et dans le pays, donc le quartier industriel de la Boca était vite devenu le temple du foot !

Les boutiques, les couleurs de l'équipe Boca Junior omniprésentes et surtout la Bombonera sont là pour vous le rappeler. Ici le foot n'est pas un sport c'est une passion !

Photo : Une Boca peinturlurée, un décor de Walt Disney ! 

Les conseils du Petit Hergé :

 

Tout dépend de votre état d’esprit, ou vous allez à la Boca comme on va à Euro Disney pour s’amuser et se faire plaisir à faire de belles photos, ou vous allez à la Boca pour découvrir réellement le quartier. Les deux choix sont valables. Mais si vous y aller uniquement pour vous amusez, surtout ne croyez en rien ce qu’on veut vous montrer !

Si vous avez envie de découvrir le quartier, contactez-moi !

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