18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 18:42

Mise à jour : 18 mars 2016. Catégorie : Buenos Aires 

La Calle Florida :

 

La rue Florida (« calle Florida » en espagnol) est la plus ancienne rue piétonne de Buenos Aires et encore aujourd’hui une des plus empruntée du micro centre de la ville. Placée en plein centre porteño suivant un axe sud nord, elle commence au sud au niveau de la calle Rivadavia (quartier de San Nicolas) pour se terminer au début de l’Avenida Libertador (quartier de Retiro), bien que son secteur piétonnier se termine avant à l’angle de la calle Marcelo T.Alvear. On oublie souvent que la calle Florida se poursuit le long de la Plaza San Martin. D’une longueur de 1700 m, (et piétonnier sur 1300 m) c’est aujourd’hui le rendez vous des touristes par le nombre de boutiques qui leur sont consacrées. Un certain renouveau et une revitalisation de cette rue a eut lieu à partir de 2003-2005 à la fois par l’ouverture de nouvelles enseignes et aussi par une restructuration de la chaussée et un renouvellement du mobilier urbain pendant la période 2012-2013. La calle Florida est devenue un passage obligé pour la découverte du centre ville.

Un premier article avait été écrit sur la calle Florida en 2008 (remis à jour en 2009 et 2013), je l'ai laissé en ligne pour les mordus d'anciens articles. 

Photo : La Calle Florida au niveau des 400 en 1904. A droite la Sociedad Rural.  Cliquez sur la photo pour l'agrandir. 

Un peu d’histoire :

 

Le tracé de la calle Florida remonte à la création de la ville (11 juin 1580), en 1734 son premier nom officiel est calle San Jose, mais on la surnomme souvent la calle del Correo, puisque la poste est installée à l’angle de la calle Peru (aujourd’hui continuité de Florida) et de l’actuelle Hipolito Yrigoyen (alors calle del Cabildo). En 1789 comme elle fut la première rue à être pavée de la capitale, on la surnomme vite la « rue pavée » (Empedrado). En 1808, elle prend le nom de Baltasar Unquera puis enfin en 1821 la « calle de la Florida », en mémoire a une bataille gagnée contre les troupes espagnoles dans le Haut Pérou (aujourd’hui Bolivie) en 1814. En 1837, la rue prend le nom de « Peru » et en 1857 reprend le nom de « Florida », sauf la partie se trouvant au sud de Rivadavia qui gardera le nom de « Peru ».

A partir des épidémies de cholera et surtout de fièvres jaunes de 1871, l’aristocratie délaisse les quartiers se trouvant au sud de la Plaza Mayo pour s’installer dans un premier temps dans l’actuelle micro centre nord de la ville dont la calle Florida, puis vers la Plaza San martin, avant  de migrer toujours plus au nord dans les quartiers de Retiro et de Recoleta. Dès 1872, la calle Florida devient le centre commercial de toutes les nouveautés venant d’Europe, vêtements, tissus, meubles, objets, optique, bijouteries,  accessoires, etc… La bourgeoisie y va pour se meubler, s’équiper et s’habiller.

  

Photos : A gauche la Calle Florida en 1925, à droite à la fin des années 60. Cliquez sur les photos pour les agrandir. 

L’artère du luxe et des grands magasins :

 

A la fin du XIXème siècle, la calle Florida devient l’artère commerciale la plus luxueuse (en attendant quelques années plus tard l’inauguration de l’avenida de Mayo), c’est une suite d’hôtels particuliers, de clubs (dont le Jockey Club de 1897) et de boutiques des plus raffinées.

Au début du XXème siècle, la partie la plus luxueuse de la calle Florida est celle qui donne sur la Plaza San Martin qui se borde d’hôtels particuliers les plus prestigieux comme le Palacio Ortiz Basualdo (1904), le Palacio Anchorena (1908) et le Palacio Paz (1912), sans compter le premier hôtel palace ouvert a Buenos Aires, Le Plaza Hotel (1909). On ne compte pas non plus les « confiterias » de luxe qui s’ouvrent le long de cette artère qui permet a la bourgeoisie de se réunir, et de se montrer comme la confiteria Richmond (1917). A la demande des commerçants, la municipalité de Buenos Aires décide de rendre piéton (en 1911) la calle Florida en semaine entre 11h et 21h.

La calle Florida était aussi l’artère des grands magasins, si on regrette le projet avorté d’ouvrir les « grands magasins du Bon marché » (bloqué par la crise de 1890), d’autres ont pu tout de même voir le jour comme les grands magasins Gath y Chaves a l’angle de Mitre et Florida (1901) puis un deuxième bâtiment s’ouvre sur Florida et Peron (1914) enfin un troisième bâtiments se monte toujours sur Peron et Florida mais a l’angle opposé (1925), et il y a enfin un quatrième bâtiment toujours sur le même axe consacré uniquement aux femmes sur Avenida de Mayo et Peru (1890).

Les grands magasins anglais Harrods ouvrent aussi une succursale (la seule au monde) en 1914 sur Florida ainsi que les magasins Thompson (meubles) toujours en 1914.

Autre grande réussite, la Galeria Guemes (1915) sur le modèle des passages parisiens, mais dans un style bien plus luxueux et impressionnant par ses dimensions.

Si la bourgeoisie se déplace vers Recoleta pour s’y installer, on continue à venir faire ses emplettes sur Florida encore jusque dans les années 1920.

Photo : En 1930, la calle Florida sur la cuadra des 300. A droite la Casa Mayorga. Cliquez sur la photo pour l'agrandir. 

Décadence de Florida :

 

Il est vrai qu’ensuite l’avenida Santa Fe (Retiro et Recoleta) commence dès 1930 à proposer des magasins, des confiterias et aussi des cinémas qui rivalisent avec ceux de Florida-Lavalle.

Quelques sursauts tout de même comme l’ouverture au rez-de-chaussée d’une galerie marchande dans l’Edifice Pacifico (1947), mais le déplacement de la clientèle riche dans les nouvelles galeries marchandes de l’avenida Santa Fe, dans le secteur de Recoleta que l’on nomme alors « Barrio norte »continue dans les années 50 et 60.

En 1971, la calle Florida se convertit réellement en rue piétonne avec nivellement de la chaussée, installation de mobiliers urbains et cabines téléphoniques, on pense alors qu’on va avoir un sursaut d’activité, mais il est déjà trop tard. Gath & Chaves ferment définitivement ses portes en 1974, Harrods fermera peu a peu ses étages, pour ne rester qu’avec le Rez de chaussée qu’il fermera aussi en 1998. La Galerie Pacifico va se vider et ses sous sols serviront même de lieux de torture sous le gouvernement de Videla entre 1976 et 1983. Lorsque l’Edificio Pacifico est déclaré monument historique en 1989, il est déjà totalement abandonné.

 

Photo : Calle Florida au niveau de l'angle de l'avenida Corrientes. On voit a droite la Casa Mayorga. Marroquinier, spécialiste en cuir installé depuis la fin des années 30. Cliquez sur la photo pour l'agrandir. 

Photo : La calle Florida en février 1991. Encore avec l'ancien mobilier urbain, pendule au centre de chaque cuadra et cabine téléphonique modèle Entel "bulle" ! Et puis des enseignes qui debordent sur la rue... Cliquez sur la photo pour l'agrandir. 

La récupération :

 

Peut être justement dater le début du renouveau de la calle Florida par la réouverture de la Galeria Pacifico en 1992. Ce bâtiment a eu chaud, on pensait froidement tout démolir en 1976 pour la préparation du Mundial 78.  C’est l’époque ou on monte à toute hâte des hôtels en pur béton pour recevoir l’épreuve. Dans le micro centre, on a démolit à toute hâte (Avenida 9 de Julio...). Bref voila donc un centre commercial très luxueux au milieu d’une rue devenue désertée. La ville de Buenos Aires enchaine le pas en 1999 en rénovant totalement la chaussée. (Adieu aussi les vielles cabines téléphoniques Entel « bulle »). Il faudra pourtant attendre encore le passage de la crise de 2001-2002 pour voir sombrer la rue au plus bas avec la moitié des locaux commerciaux vides.

Le véritable renouveau arrivera entre 2003 et 2005, tout d’abord l’explosion du tourisme international (et surtout venant des Brésiliens) assoiffés de shopping et qui vont transformer peu à peu cette rue en une artere « touristique». C’est ce qu’on appelle l’effet Lula que retrouve même à Buenos Aires, toute cette nouvelle classe moyenne brésilienne qui envahit tous les weekend débarquant de vols charters pour faire du shopping à Buenos Aires (alors une des villes les moins chères d’Amérique du sud). Fini les commerces et les bars et restos de grand papa qui ont ciblé pendant plus d’un siècle la bourgeoisie porteña, ce sont maintenant les magasins d’accessoires, bottes, chaussures, souvenirs pour Brésiliens qui de toutes façons logent aussi dans les hôtels de la zone.

C’est un mal pour un bien, car ce sont eux qui ont « sauvé » la calle Florida et relancé son activité commerciale !

En 2005, les grands magasins chilien Falabella ouvrent un premier magasin sur Florida, en 2006, ils en ouvrent un second (dans le même édifice qui était occupé par Gath & Chaves). Petite baisse de régime en 2008-2009, ou l’augmentation des prix de location font fuir les dernières petites boutiques, en 2010, des franchisés plus importants arrivent pour les occuper comme « Garbarino » ou « Fravega ». On regrette la Farmacia Franco Inglesa ouverte en 1892 qui disparait en 2004, et qui fut remplacée par une succursale de « Rodo » en 2005. Certe, la calle Florida est sauvée mais c’est un déferlement de franchises et de succursales de chaines d’électrodomestiques, parfumeries, et de vêtements.

A partir de 2008, un nouveau problème vient assombrir la rue, les « manteros », ceux qui installent des couvertures à même le sol pour vendre « illégalement » des vêtements ! Une véritable aubaine pour eux de s’installer dans la rue la plus passante et donc la plus chères pour vendre sans impôts au nez des commerçants leurs marchandises. La situation fut résolue peu à peu au cours des années 2012-2013 en intensifiant d’une part la recherche des stocks clandestins des manteros, d’une verbalisation de ceux-ci et aussi d’une mise en place à partir de 2012 d’une nouvelle chaussée piétonne incluant des bacs de végétation.

Enfin à partir de 2014, la ville de Buenos Aires a mis aussi en place une politique de rénovation de toutes les façades de la rue, en faisant disparaitre toutes les publicités disgracieuses ainsi que les marquises et les enseignes empiétant sur l’espace urbain.

En 2016, toutes les façades n’ont pas été encore « récupérées » mais l’esprit va dans le bon sens. 

    

Photos : Politique de récuperation des facades du micro-centro dont celles de la calle Florida. (Photos : 2011). Cliquez sur les photos pour les agrandir. 

A voir sur la Calle Florida :

 

Pour le moment 34 édifices ou endroit qui vaut le coup d’œil (pour les achats, pour l’histoire, pour l’architecture, ou pour boire un verre). Dans l’ordre en allant de la calle Rivadavia à Plaza San Martin et Avenida Libertador. 

- Florida 49 (Diagonal 550) : Ministerio de Espacio Público, Ex La compañía de seguros La Equitativa del Plata. Local Mostaza, Ex agence centrale de l’Aeropostale.à Buenos Aires

- Florida 52 (Diagonal 616) : Local Farmacity. Edificio. Edificio Miguel Bencich (1927)

- Florida 99 : Banque ICBC. EX First National Bank of Boston

- Florida 102 (Diagonal 615) : Local Picnic. Edificio Bencich Plaza

- Florida 165 : La Galeria Guemes

- Florida 198 : Ex Gath & Chaves. Casa Central.

- Florida 202 : Falabella

- Florida 232 : Ex Annexe Gath & Chaves

- Florida 234 : Banco Nacion. Ex Edificio Lutz Ferrando

- Florida 259 : Locaux Mostaza et Cheeky. Ex Musimundo. Ex Gran Cine Florida

- Florida 291 : Ex Tienda Ciudad de Mexico

- Florida 296 : Fravega. Ex Annexe Tienda Ciudad de Mexico

- Florida 301 : Rodo, ex Farmacia Franco-Inglesa

- Florida 340 : La Libreria El Ateneo

- Florida 343 : Falabella. Ex Siege du quotidien La Nacion.

- Florida 398 (Corrientes 602) : Burger King. Ex Palacio Elortondo Alvera. Ex Casa Mayorga

- Florida 439 : Galeria Via Florencia

- Florida 460 : Sociedad Rural Argentina. Ex Residencia Peña.

- Florida 466 : Ex Confiteria RichmondEdificio Peña

- Florida 537 : Galeria Jardin

- Florida 651 : Zara

- Florida 665 : Falabella

- Florida 781 : Galeria Pacifico

- Florida 801 : Centro Naval

- Florida 833 : Edificio Thompson (Galeria Buenos Aires)

- Florida 838 : Galeria del Caminante

- Florida 860 : Galeria del Sol

- Florida 877 : Ex Tienda Harrods

- Florida 899 : Café Florida Garden

- Florida 943 : Florida Center

- Florida 944 : Galeria del Este

- Florida 1000 : Plaza San Martin

- Florida 1005 : Plaza Hotel

- Florida 1065 : Edificio Cavanagh

    

Photos : Apres la rénovation des facades et de la chaussée en 2013. Il ne reste meme presque plus de cables qui pendent entre les immeubles ! Cliquez sur les photos pour les agrandir. 

Conseil du Petit Hergé :

 

Vous aurez compris la calle Florida est « à faire » lorsqu’on vient à Buenos Aires même 48 heures. Allez y pour y voir les bâtiments les plus emblématiques mais surtout n’y achetez rien, puisque tout y est plus cher qu’ailleurs. N’oubliez pas que (en 2016) tout ce qui se vend en Argentine est produit en Argentine, et les vêtements viennent presque tous de Once ou de Flores, donc au lieu de les acheter sur calle Florida allez les trouver dans ces deux autres quartiers à un quart du prix. La Calle Florida reste donc en 2016 la calle des touristes brésiliens, et des rabatteurs (brésiliens aussi) en spectacles de tango, excursions à Tigre ou Colonia, restaurants, artistes de tout poil ou même « arbolitos » pour le cambio ! Donc bonne ambiance, mais allez y uniquement pour voir mais pas pour consommer ! Animée essentiellement en semaine entre 10h et 19h, après cet horaire plus grand-chose à y faire puisque tout ferme ! La calle Florida vit la journée, pas la nuit !

Photo : Angle Diagonal Norte et Florida. Photo : 26 octobre 2013. Cliquez sur la photo pour l'agrandir. 

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