Mise à jour : 12 août 2011. Article écrit par Elodie Charrier.
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Toute promenade à San Telmo passe nécessairement par la calle Defensa, mythique rue de la feria de San Telmo. Ainsi il parait difficile de passer à côté de ce bar emblématique du quartier sans même le voir. Sa façade recouverte de bois, et ses miroirs muraux en font probablement l’indéniable charme. Mais que l’on soit un habitué du quartier, ou simple promeneur de passage, une halte au Britanico est toujours l’excuse pour prendre le temps de boire un café. « El nostalgioso café de las reuniones si apuro » comme disait le poète Norberto Caral. |
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La Cosechadora : L’histoire du Britanico s’avère être pleine de rebondissements. C’est sur le terrain d’un ancien cinéma de quartier, qu’en 1928, un nouveau bâtiment de cinq étages voit le jour. Au rez de chaussé, à l’angle, un « bar – almacen » ouvre sous le nom ‘La Cosechera’ (la moissonneuse batteuse) ce bar authentique du quartier de San Telmo devient très rapidement le repère des vétérans anglais de la première guerre mondiale. Ceux-ci habitaient près de là sur Avenida de Garay et avaient converti ce lieu en leur quartier général ! A l’époque il ne s’agit pas seulement d’un bar mais également d’un petit commerce de proximité, vendant à ses habitués à peu près tout ce dont ils peuvent avoir besoin. Très rapidement le petit magasin qui se trouvait à l’intérieur du café disparut pour permettre au bar de se développer. Avec sa clientèle majoritairement britannique, « La Cosechadora » devient rapidement le « Britanico ». Photos : Deux des trois gallegos, à gauche Manolo Pose, à droite Jose Trillo (décédé en avril 2009). |
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Les années passant les anglais sont plus rares, et en 1959, trois espagnols provenant de Galice achètent le bar. Il devient vite le repère des Galiciens du quartier de San Telmo. Les trois espagnols se relaient nuit et jour pour ne pas fermer les lieux. Pepe Miñones, José Trillo et Manolo Pose. Chacun ses huit heures, Pepe le matin, Jose en journée et Manolo le soir, et cela sept jours sur sept en pendant plus de quarante ans ! De nombreux artistes aimaient y passer de longs moments et on se souvient encore des longues parties d’échecs qui rythmaient leurs après-midi. |
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On pourra noter un autre changement de nom dans l’histoire du Britanico. Le bar se fit en effet appeler « El Tanico » durant la guerre des Malouines. Ce changement de nom est significatif car même s’il ne s’agit que de la suppression de trois lettres, il est lourd de sens car a permis d’atténuer la connotation anglaise du nom à une période où le sentiment anti-anglais était très fort. Une fois la guerre terminée, et le départ de Videla apprécié, les trois lettres furent placées de nouveau devant le « T ». Photo : Peinture du Bar Britanico. |
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Octobre 2005 : La mort annoncée En 2004, le contrat de location (commencé en 1959) se termine. Les trois espagnols sont en très bon terme avec le propriétaire des murs, et décident tous de poursuivre la location mais sans signer aucun autre nouveau contrat. Ce fut certainement une décision un peu légère car quelques mois plus tard, le propriétaire de l’endroit décède et le bar revient à son fils Juan Pablo Benvenuto qui n’a que faire de l’histoire du Britanico. Dans un premier temps rassure les trois locataires gallegos et promet que rien ne changera, mais en octobre 2005 fait signer la fin du Britanico en envoyant un « contrato de desalojo » (demande d’expulsion, à envoyer 6 mois avant). Plus intéressé à ce coin de rue qui au fil des années a pris de la valeur, il veut rénover tout le local pour ensuite le louer au plus offrant ! Pour Jose (Pepe) Miñonez et ces deux associés c’est un choc, 45 ans de vie ne peuvent s’achever ainsi, devoir rendre les clefs et voir mourir aussi une institution du quartier, lui parait impossible. Légalement il ne peut rien faire. Le 31 mars 2006, le Bar Britanico ne doit plus exister ! La presse s’empare de l’affaire, on voit Pepe au bord des larmes à la télévision, la clientèle stupéfait de la nouvelle, et les habitants de San Telmo s’unissent tous pour empêcher le « nouveau dueño » de vouloir démolir le temple de Brasil et Defensa ! 6.000 signatures sont réunies en quelques jours et déposées au gouvernement de Buenos Aires pour « faire quelque chose ». 6.000 signatures est ici le minimum demandé pour déposer une pétition aux autorités de la Ville. Ils en obtiendront 20.000 ! Le café était certes déclaré "bar notable" de la Ville dès 1998, lors de la constitution de la première liste des 39 bars à protéger, mais ce statut ne permet pas juridiquement d’empêcher un propriétaire de le mettre à bas. « Bar Notable » est uniquement une reconnaissance culturelle et non un statut juridique historique. |
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Au fil des mois la situation dégénéra, Juan Pablo Benvenuto déclarant même dans le bar que les trois gallegos avaient mieux à faire maintenant et qu’il serait mieux pour eux de retourner en Espagne ! Nous sommes passés près d’une scène de lynchage de la part des habitués du lieu sur le nouveau propriétaire. Celui-ci offre ensuite 20.000 Usd aux trois gallegos mais ceux-ci refusent. Entre avril et juin 2006, les gallegos et leurs clients font de la résistance, et le bar se transforme en Assemblée Generale permanente, ou les voisins du quartier passent pour soutenir ceux qui siègent en permanence, car un juge peut demander à la police de procéder a un « desalojo » à tout moment. Le Britanico devient un camp retranché. Le conflit remonte au politique, le président alors de la ville Jorge Telerman. En mai 2006 celui-ci fait voter par le parlement de la ville la loi (ley 1227) qui ordonne de «respetar el patrimonio histórico cultural 'tangible e intangible' » des immeubles de Buenos Aires. Ce qui sauve la destruction totale du bar, mais pas le changement d’affectation ni des travaux qui peuvent avoir lieu dedans. Le 05 juin 2006, on attend la police, rien ne se passe, tout le quartier descend dans la rue, la calle Defensa est fermée à la circulation, la nuit arrive et les habitants attendent avec les gallegos les forces de l’ordre. Le 06 juin, la rue est toujours bloquée, tous les medias sont là. On attend la cours civil 107 et le juge Diego Ibarra qui doit procéder à l’expulsion des gallegos du local.
Le 23 juin, les camions arrivent au matin avec les gallegos pour monter, chaises, tables, comptoir, mais aussi les cadres, les objets qui ont fait pendant près de 50 ans l’histoire du bar. Les assiettes, verres et couverts suivent, bidon d’olives, les jambons sont montés un à un, une vingtaine de fidèles sont là pour leur prêter main forte. Les gallegos sont abattus et la dernière phrase recueillie ce jour la par la presse de Pepe alors âgé de 70 ans est « je rentre en Espagne ! » Jose Miñones est décédé en avril 2009, les deux autres gallegos Manolo et Jose Trillo sont toujours à Buenos Aires. |
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Février 2007 : Agustín Souza et la Réouverture du Britanico : Toute l’année 2006, la police surveillera les abords du local, les rumeurs les plus farfelues passeront d’oreilles en oreilles. « Ils vont ouvrir un Mac Donald ! » « Ce sont les chinois qui ont acheté, ca va être un supermarché ! » … Début 2007, un nouveau locataire signe un contrat pour le local, ni chinois, ni américain, c’est un argentin, Agustín Souza, il va rouvrir le bar en y apportant des modifications et s’engage à ne pas changer ni l’esprit ni la structure. La cuisine, les toilettes, la ventilation et les sols ont été refaits entièrement pour les mettre aux normes de sécurité et d’hygiène. Le mercredi 07 février 2007, le Britanico rouvre ses portes ! A nouveau ouvert 7 jours sur 7, et 24h sur 24h. Lui, sa famille et entouré d’une dizaine de mozos, il continue l’histoire du Britanico. |
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Malgré la rénovation le bar Britanico est toujours un café des plus sympathiques et agréables à fréquenter car quand on en connait l’histoire, et on comprend combien ce bar ancré dans le quartier ne pourra jamais aujourd’hui disparaître. A en juger par les nombreuses pétitions et les nombreux groupes facebook créés lors de la menace de fermeture, on comprend que le gouvernement ait réagit et ait finalement décidé de donner à ce bar le statut de « site historique » quelque peu comparable à celui de « monument historique ». Même s’il a un peu perdu de sa clientèle artiste, le Britanico reste un café où il fait bon parler de longues heures durant de peintures, de littérature avec ses clients. La vue imprenable sur le parc Parque Lezama, le nombre d’artistes qui sont passés par là, ses miroirs, la lampe-ventilateur qui tourne au dessus de leurs têtes, sont autant de choses qui font aimer le bar Britanico aux personnes qui s’y rendent. Bien entendu ce café propose des formules pour déjeuner sur place. Cependant ce n’est pas nécessaire de s’y arrêter pour déjeuner. Un café suffit pour sentir l’atmosphère qui y règne, d’autant que la nourriture est loin d’y être exceptionnelle. Bien entendu on remarque tout de suite les nombreux cadres accrochés au mur et exposant tantôt des couvertures de livres écrit par des écrivains amoureux et habitués du quartier et du bar, et tantôt de vieilles photos du quartier qui leur est si cher. La casquette d’un « Taxista » coincée entre deux bouteilles de whisky nous rappelle que ce bar est ouvert toute la nuit et qu’il est très apprécié de profession. Il suffit de demander à Oracio, un des habitués de ce bar, de vous raconter l’histoire de celui-ci pour vous engager dans une conversation de deux heures, passant en revue les habitués du bar « Tu vois cet homme là bas, c’est un photographe de renom! » , mais aussi le moment où il est descendu dans la rue pour protester contre la fermeture du bar, sortant toutes les chaises et les tables devant la porte du bar. |
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Vidéo : Le Bar Britanico. 2 mn 02 s. (2009). |
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Ce café situé à l’angle de la rue Brasil et de la rue Defensa se situe juste en face du Parque Lezama dans le quartier de San Telmo. Il est ouvert 24h sur 24 et tous les jours. Il est idéal pour y boire un café, ou pour y manger quelques empanadas sur le pouce entouré de chauffeurs de taxi, d’artistes, de touristes de passage, ou de journalistes. Un passage par le café Britanico permet finalement de ressentir pleinement l’ambiance d’un vrai café ancré dans la culture et surtout l’histoire de Buenos Aires. C’est un retour dans le passé, au cœur de ce qui caractérise pleinement la culture argentine. |
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C’est un bar, pas un restaurant, ou alors comme on dit ici uniquement pour y manger des minutas ! (milanesas, empanadas et frites). On y va « comme ça », rien de formel, c’est plus pour y soulager ses pieds quelques minutes et se souvenir de ses mois de lutte la tête en l’air et l’esprit vagabond, le verre d’un fernet-coca à la main ! Il a retrouvé bon nombre de ses anciens clients. Evitez les samedis et dimanches en journée remplis de « bermudas-tong-brésiliens », en semaine plus authentiques, et le soir ou au milieu de la nuit, c’est un autre monde ! A faire, à voir surtout que vous connaissez maintenant l’histoire des luttes de ce lieu qu’il aura gagné à exister. "Los ojos del Británico no se cierran". |
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Los Tres Gallegos y el Británico :

Avril – Juin 2006 : La Résistance
et la fermeture :
Il est 7h du matin, le juge arrive
entouré par de nombreuses forces de l’ordre. L’officier de justice entre dans le bar et s’avance vers les trois gallegos et les met en demeure de se retirer du local. Ceux-ci acceptent en
convenant d’une date pour venir charger sur des camions leurs meubles et leurs affaires. Le bar est mis sous scellé et gardé par la police qui se poste 24h sur 24h sur le trottoir.


Fiche Technique :
Les conseils du Petit Hergé :















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